LE TRAITÉ DE PAHIS
NlcolaïefF travaillent, pour ainsi dire, sous l'oeil de la diplomatie européenne. Sébastopol, en outre, ne saurait renaître de ses cendres qu'au grand jour, en supposant que les maîtres de la Crimée aient la pensée de relever des fortifications qui ont coûté plus d'un demi-siècle de trav-ail dispendieux, et qui ne représentent plus d'ailleurs qu'une machine de guerre usée, en vue de la conquête de Constantinople.
un article accessoire du traité de Paris, complète la clause fondamentale de la neutralisation de la mer Noire. Il oblige la Russie à n'entretenir qu'un nombre très-limité de vaisseaux de guerre, dans ces parages extrêmes de la Méditerranée, qui touchent au Bosphore. Cette condition, à défaut d'une surveillance, que des circonstances anomales ne permettraient pas à qui de droit d'exercer au foyer de la question d'Orient, assure la Turquie contre toute surprise, et gêne, en tout cas, les empiétements de la domination russe.
S'il est vrai que les intérêts des puissances occidentales aient été, au congrès de 1856, sauvegardés autant que les conjonctures de la paix le comportaient; s'il est hors de doute aussi que, par le fait des résultats de la guerre de Crimée, la Porte ait acquis, poiîr son existence immédiate, quelque garantie de sûreté, du côté du Bosphore, la Turquie, sous le rapport de son avenir, non -seulement n arien gagné devant Sébastopol, mais le traité de Paris peut être considéré, comme un nouveau terme de cette série de combinaisons diplomatiques qui, depuis Carlowitz et Passarowitz, accuse la progression du démembrement de l'empire ottoman. En effet, la partie de traité, qui touche à l'organisation intérieure de la Turquie comprend l'établissement d'un régime nouveau pour les provinces danubiennes, et l'engagement moral, pris par le sultan, d'octroyer des réformes libérales à ses sujets chrétiens. Et d'abord, le principe de l'union administrative des Principautés,
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SOUS un môme hospodar contient en germe leur autonomie. La Moldavie, la Bulgarie et la* Valachie continuent à payer tribut à leur suzerain de Stamboul; elles lui doivent aussi un contingent en hommes. Mais elles se gouvernent avec xme indépendance qui leur rend une vie propr.e : or, tout se trouvant diamétralement opposé en deçà et au delà des Balkans, la religion, les mœurs, les intérêts, le génie des habitants, il est incontestable que les Roumains, par tous les moyens d^action dont leur •constitution nouvelle les laisse maîtres, chercheront à secouer entièrement le joug, à la faveur de Taffaiblissement croissant du pouvoir des ancien? dominateui:s. Pour ce petit peuple d^origine latine, qui^a dans les veines du sang des plus fameux compagnons de Trajan, Texemple de la Grèce, à défaut du protectorat de TEurope, sert sans cesse d^encouragement.
Quant aux stipulations du traité de Paris, relatives aux raïas de la Turquie, elles aboutirent à la promulgation d^un hatti-houmayoun, complément du hatti-chérif de Gul-Khané. Mais cet acte était Texécution d'une parole solennellement donnée par le chef du khalifat à ses hbérateurs, et non la consécration d'un progrès accompli dans les sentiments des Osmanlis à Tégard des chrétiens. Au point de vue des rapports entre les vainqueurs et les vaincus de la terre ^ d'Islam, trois ans de communauté militaire des ' enfants du Prophète avec les armées européennes n'avaient apporté aucun changement. Trois années durant, le courant de la civilisation avait passé, à l'abri des drapeaux alliés, dans le cœur de Stamboul, sans détruire un préjugé de la barbarie orientale. Quelques courtisanes du sérail brûlaient peut-être de copier le luxe des dames françaises, et regrettaient de ne plus rencontrer ces se- . duisants modèles d'élégance aux Eaux -Douces ou en ville; quelques passementiers du bazar pleuraient une clientèle confiante de gens de guerre;
mais les vraLs croyants^ pegrettant la milice de la vraie foi, exterminée par Mahmoud le Renégat, .avaient applaudi au départ des giaours^ et le dépit quç leur avaient causé, depuis TAlma, les victoires remportées, sans eux et pour eux, par des mécréants auxiliaires, tendait à envenimer leur haine contre • les coreligionnaires des héros odieux de Sébastopol. Un décret impérial avait beau proclamer Tégalité des infidèles devant la loi, leur aptitude à la plupart des fonctions publiques, les juges refusaient de recevoir leur témoignage, au même titre que celui des musulmans, tandis que le fisc aux abois, heureux d'un expédient qui le dédommageait de Tancien trafic des capitulations ou des immunités des lieux saints, pervertissait en supplément d'impôts l^obligation du service militaire imposée, par faveur, aux protégés des vainqueurs du Russe. Ainsi, ce code, dicté en apparence par une tolérance intelligente, et qui se proposait œabord d'améliorer la condition des populations chrétiennes, ne pouvait manquer, pour elles, sous Tinfluence de Tesprit public, de donner Heu, en multipliant le frottement, à des vexations nouvelles ; ainsi, dans les provinces mahométanes de l'empire, là oii les raïas disséminés étaient incapables de travailler avec concert, comme dans la Roumanie émancipée, à un plan de délivrance, chaque individu, de plus en plus victime de l'arbitxaire, en son isolement, devenait du moins, à mesure qu'il avait mieux conscience de ses droits, un centre de résistance et d'insurrection secrète; ainsi, en provoquant des concessions aux chrétiens, dbnt un gouvernement obéré devait sans honte se iojuer, et (jue l'orgueil intraitable de la race conquérante ferait dégénérer inévitablement en une aggravation de servitudes, le congrès de Paris avait affaibli la Turquie plus encore qu'en préparant l'affranchissement des Principautés. •
La réaction contre la 1 domination des Turcs, en Orient, dont le soulèvement de la Servie et de la
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Grèce avait été le signal au commencement du siè-: cle, et que l'œuvre du traité de 1856 a nécessairement continuée, marque une révolution féodale dont le^ caractère particulièrement grave permet de conclure, avec toute là rigueur des déductions historiques, l'avenir de la monarchie ottomane. En effet, il ne s'agit pas seulement de feudataires, Timarioles ou propriétaires àeziamei, qui se déclarent indépen* dants dans leurs domaines, chacun, pour soi, sans accord ni projet séditieux, comme il arriva sous les faibles prédécesseurs de Mahmoud II ; c^est un mouvement irrésistible, poussant à la révolte tour à tour^ dès qu'elles sont mûres pour les privilèges de l'autonomie) toutes les provmces, musulmanes ou non, qui ont gardé le souvenir de leur ancienne nationalité, et dont le long régime de Toppression n'a pas éteint la vitalité pohtique ; c'est une conspiration qui^ des rochers de Monténégro aux confins de l'Arabie, poursuit, sous diverses bannières, le même but, le renversement d'un despotisme qui n'^a plus de nerf ni de raison d'être. Serviens, Roumains, Égyptiens, emploient la même marche pour le succès final : avant de secouer entièrement le joug, ils traitent, à la voix amie de TEi^rope médiatrice, avec leur suzerain, comme pour endormir sa vigilance, et tracent, les armes à la maiuj^ les limite^ de leurs droits, sûrs que l'évanouissement graduel du pouvoir central rendra de plus en plus illusoire leur vasselage* Dans ce tourbillon, l'empire ottoman tend à se circonscrire autour de l'enceinte de^ Constantin nople, de même que la royauté mérovingienne se vit réduite, en son décUn, à quelques villes de la Gaule.
A la vérité^ s'il est juste de comparer des époque? si éloignées l'une de l'autre, on remarque une analogie de situation entre les Osmanlis, qui semblent de nos jours, plus que jamais, bivaqués en terre ennemie, sur la rive européenne du Bosphore, et les Francs neustriens du huitième siècle, alors que disperséa*