‹ Journal humoristique du siége de Sébastopol (volume 2)Chapitre 28 sur 33 · LE TRAITÉ DE PA.B1S · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE PA.B1S

amollis, ils se trouvèrent dépaysés, au milieu de la société gallo-romaine. Mais, une invasion des fraîches tribus de TAustrasie devait avoir pour effet, en retrempant les vertus guerrières des premiers conquérants, de relever leur souveraineté. Or, cette régénération par la forcé s'opéra au temps des rois fainéants y et, personnifiée sur le trône dans le génie de Pépin et de Gnarlemagne, elle valut à Tempire franc les plus beaux jours de sa grandeur. Du reste, à défaut de ce rajeunissement de leur puissance , tout n'aurait pas été perdu pour les soldats de Glovis : car, entre deux nations, filles du christianisme, gui se détestaient sans se mépriser, et dont la fusion était destinée, plus tard, à former Funité française, un rapprochement n'aurait pas été impossible' dès la fin de la première dynastie.

Au contraire, il ne reste aux Ottomans aucune de ces chances de renaissance. Le Turkestan, leur berceau, est habité par de& nomades, barbares impuissants qui fuient au désert, devant le drapeau russe. Si la Turguie, pour ressusciter, n'a rien à attendre du dehors, elle ne saurait, â plus forte raison peut-être, fonder quelque espoir de vie nouvelle sur ses .moyens intérieurs. Le Coran, altéré dans son esprit par un clergé, systématiquement ennemi des lumières de la civilisation chrétienne, appliqué dans sa lettre par une oligarchie qui, héritière des vices des janissaires, prospère au milieu du désordre, le Coran a creusé, depuis Mahomet II, entre les vainqueurs et les vaincus, un abîme si profond que des réformes radicales et loyales, telles que Kupruli les avait jadis pratiquées et conseillées, pour le salut de Tislam, n'auraient pas aujourd'hui la vertu de le combler. De même que par les difficultés insurmontables d'une transaction entre les oppresseurs et les opprimés, les Ottomans, pour se régénérer, ne peuvent s'appuyer sur les raïas de la Turquie d'Europe, qui leur sont de beaucoup supérieurs en nombre et en force morale, de même ils' ne doivent compter en

ET l'avenir de la QUESTION d'ORIBNT 573

aucune manière sur leurs ressources personnelles. A travers les plaines de la Roumélie, autrefois les plus fertiles du monde, que les Balkans abritent des vents du nord, sous un climat jadis chanté par les poètes, où la nature, pour prodiguer ses merveilles, ne demanderait qu'une culture superficielle, les chardons poussent en touffes sur les tumulus qui, ondulant la terre, lui donnent Taspect d'un cimetière en ruine. De loin en loin seulement, entre les broussailles, apparaissent des plantations de tabac, symbole de Tindolence^ du lanoureur , fumant du matin au soir à côté de sa charrue qui se rouille. Çà et là aussi, les bruyères sont émailiéesde roseraies, pour le plaisir des odalisques, harpies de la fortune publique, qui grèvent le trésor en frais de parfums, et vendraient, sans remords, contre des cassolettes, rétendard de Mahomet. Les forêts sont brûlées au gré des aventuriers qui s'y cachent, tandis que, pour se préserver des émanations pestilentielles des marais, le& bergers, errant à la tête de maigres trou- Seaux, livrent aux flammes, selon leurs besoins, 'immenses nanpes de ronces, tandis que les bandes d'incendiaires détruisent tout impunément sur leur passage. Ainsi le feu en permanence, par suite du chaos social, joint ses ravages, d'un bout à l'autre des déserts de la Turauie, aux fureurs des fléaux endémiques, qu'Allah défend de combattre. Les routes praticables manquent autour du siège de l'empire, et la locomotive reculerait devant les brigands, maîtres de la campagne. Pas de ponts sur les rivières, pas même de barques traversières. Les trésors dorment au fond de mines inaccessibles. La difficulté des communications concourt donc avec l'absence de sécurité à empêcher le succès de toute entreprise industrielle.

Cependant, à de longs intervalles, parmi ces provinces, qu'un système détestable de tyrannie a réduites à la misère, sont échelonnés des villeâ et des villages. La plupart ressemblent à autant de bara-

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