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dits couplets d'opéra qu'on devrait proscrire, parce qu'ils inspirent aux enfants leurs premières erreurs sur la poésie de la guerre.
Après cet incident, U passa des chameaux prisonniers • .conduits parles messagers de la tranehée. Ces pauvres bêtes, au service des russes, mécontentes de leur nourriture en ville , avaient organisé une sortie. On en fit des gorges-chaudes. Avant midi, une bourrasque s'éleva ; la Chersonèse se replon^ea'quelques heures dans le silence, et chacun au logis n ambitionna qu'un moyen de récréation. Mais bientôt le soleil reparut; il arriva des gens de Eamiesch en excursion; parmi eux se trouvait un ami de la batterie, mécanicien à bord d'un navire marchand, plein de bravoure, commaudant de la
Sarde nationale de son village lors de la république ; avait expéditionné contre les brigands fraternels du temps, et il venait nous voir avec Tintention de connaître la grande guerre de près, de veiller une nuit ^ la tranchée. Nous nous efforçâmes de l'en dissuader, lui disant que la fortune se plaisait à frapper de préférence les aventureux que leur métier n appelait pas en ce guêpier; témoins : telle anglaise punie de sa curiosité^au combat de Balaclava, par une balle; tel touriste, preneur de notes, estropié récemment près du lazaretn. Pour son édification, on lui montra, avec commentaires, le trou de la bombe qui était, depuis le matin, un lieu de pèlerinage. Ensuite, dans l'espoir que le nanorama du siège serait plus éloquent que des con* sens, nous le menâmes à l'observatoire.
Malheureusement le rideau était comme baissé ; h peine un canon fumait-il à l'horizon, et l'on ne pouvait, à longue distance, se représenter l'intérieur de ces galères, cachées sous le nom de tranchées. L'amour-propre parlant, le capitaine de la garde civique peisista, et, à l'heure accoutumée, il emboîta le pas à l'officier de service. L'assi^ se tint coi du crépuscule à l'aube. A défaut d'une veillée de combats, l'amateur se contenta de goûter nos pkisirs de nuit ordinaires, le tremblement du froid, les crises du sommeil, les bâillements
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donloureux, les danses forcéd. Or, bon matin, 3 revint désenchanté, mais se flattant, malgré des grenouillères de boue accusatrices, qa'un obus isolé l'avait rudcgré en route, et qu'il avait à peine courbé le front. Ses affaires le rappelaient au port sans retard: Libre, je lui fis la conduite.
La rade de Kamîescb était en fête. La première bri-
Sade d'infanterie de Ip, garde, sous le commandement u général Ulrich, débarquait. Le gérféral en chef assistait à la descente de ces brillants renforts, présage, disait-on, de l'arrivée de l'empereur, et qui, à ce titre, remplit l'armée de joie.v Ça et là, dans les camps voisins s'alignaient quelques cabanes de vivandières, et les traces delà charrue se dessinaient encore sur l'emplacement du marché futur. L'inquiétude me
Soussa chez le capitaine Sandis, dont nous n avions plus e nouvelles. Le joyeux conteur souffrait à Constantinople sur mx lit d'hôpital et l'on désespérait de lui. Je repartis les larmes aux yeux, m'absorbant en chemin dans les plus noires pensées. Ainsi, chacun perdait tous ceux qui lui étaient chers, un à un; la solitude nous enveloppait ; on sentait presque un avant-goût de la tombe. Brave compa^on de l'Aima ! il méritait de mourir ce premier soir de gloire, chantant le verre à la main, la défaite des Russes. Nicolas, amaigri par les jeûnes, me ramena au logis, rondement, car il tombait une brume glaciale.
Le camp gémissait dans la douleur de la captivité. Au loin errait un ou deux.des chameaux, pris la veille,
ne leurs maitres avaient lâchés, ne pouvant les nourrir.
)n aurait dit un sahara de neige. Il ne partait de l'arène aucun bruit de combat. Je m'assis jusqu!au jour
§rès de mon foyer éteint. H me vint alors un dégoût e tout ce qui me rattachait à la vie. Je condamnai au bûcher mes lettres les pus précieuses, mes derniers livres, surtout mes inutiles tablettes d'historiographe. Comme ces manuscrits interrompus &ute d'inspirations, mon recueil d'éphémérides n'avangait plus. Les conquêtes de l'attaque se bornaient au percement d'un
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bout de galerie de mine, et à la pose de quelques bastions. La garnison inactive sur les remparts de la ville, travaillait en secret à la préparation des fondations de Malakof. L'armée de secours se chauflFait oisive aux' bords de la Tçhemaïa. Les Anglais n'étaient plus que l'ombre des héros d'Inkermann, et se disposaient, l'honneur sauf, à restreindre leur champ de sape., L'armée d'observation méditait dans le repos de nouveaux et prochain^ exploits. Les journées du siège ne différaient entre elles que par des détails de la vie intime, où par des nuances de coloris dans le paysage, et cette saison de. trêve mortelle semblait devoir durer indéfiniment. Aussi, sans regrets, je commençai l'aùto-da-fé de mes papiers ; et la chaleur m'engageait à consommer le sacrifice, quand la raison me réleva à temps de cette défaillance.
Par un brusque revirement, désireux d'enrichir le cahier de notes, mon unique délassement que je venais d'épargner, je courus les bureaux de nouvelles. Des oflBiciers de la garde impériale annonçaient l'envoi de réserves nombreuses, et d'un équipage de siège. La France jurait de conquérir Sébastopol. Le temps des grands coups approchait. J'applaudis à ces échos de victoire.
La nuit fut calme à l'excès; le'canon ne souffla mot. Le lendemain, réveil insensible du feu de la place ; pluie hivernale. Le camp reposa en paix et se tint silencieux jusqu'au départ de la tranchée. Mon. tour venu je redescendis le Ravin des Anglais àla tête de quarante servants moroses. Nos devanciers trion^phaient; ils avaient à la fin miné l'arsenal du port. Les Russes l'avaient évacué, le but du tir de nos batteries étant provisoirement atteint, il ne nous restjEiit en partagée .
f)our lanuit, comme à la plupart des confrères, qu.e 'attente passive.
Il faisait clair, pourtant très-froid. Une^ épaisse couche de glace recouvrait les fossés intérieurs des parais lèles. La garde patina avec entrain, et la Chersonèse, au coucher de la lune, étala en vain à nos yeux, le-
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merveilles d'un décor de neige à perte de vue. L'obscurité, passé minuit, nous contraignit de renoncer à cet exercice réchauffant. Il fallut se contenter de la promenade accélérée. Rien ne troubla ces jeux de désespoir. A la faveur de la bienveillance des Russes, des glaneurs de bois s'étaient répandus sur le terrain, au delà du parapet, et ramassaient à l'aise les débris des sabots d'obus.
Les cheminées n'avaient plus d'espoir qu'en ces singuliers fegots; ainsi les assiégeants de Sébastopol rivalisaient de détresse avec les braves de l'armée du Rhin, réduits devant Mayence, à ne brûler que les par lissades de leurs retranchements brisées par l'artillerie ennemie. Le point du jour surprit à découvert en pleins champs ces bûcherons acharnés, et les embuscades russes à coups de fusil, leur sonnèrent le raliment. On leur décemjft, en récompense de cette ffuctueuse razzia, àl'arrivée desporteurs de rac,une portion supplémentaire.
Pendant les libatioi^ matinales, il plut, non-sei^ûié^ ment sur les approches, mais partout au hasard, des bombes et de la mitraille. Le bastion du Mât avait déshabitué ses adversaires de telles incartades. Chaque champion, en se préparant à lui répondre , cherche à deviner la cause oe cette fureur déréglée. Mon voisin l'Anglais intrigué vint aux informations. Il était bavard et parlait français. Nous causâmes à couvert et en attendant, des Indes, où il avait servi de longues années. Sans respect pour jnes illusions, il me certifia que les bayadères du Gange ne valaient pas la dernière lorette. Puis, comme le canon de la place un instant essouflé reprenait plus haut, il alla fièrement, insouciant de la mort, se placer la lunette à l'œU devant une embrasure pour étudier le pointage.
Cette bravade exaspéra les Russes contre nos alHés^ et une avalanche de fer tomba sur eux soudainement. Un boulet fatal décapita l'officier mieux que lauralt &it le tranchant d'une hfiche. Je fus au nombre des rares témoins qui ne virent pas jaillir le sang chaud du tronc de cet infortiiiié.
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Les drames de ce genre étant familier^ à la tranchée, c'était trop déjà d'entendre les cris des victimes expi- .rantes, je Dénis le ciel de la myopie qui me dérobait la vue de cette exécution capitale. Après ce coup déplorable, l'assiégé parut redoubler de rage contre les Anglais, et obSgea toutes les batteries auxiliaires de Taile gauche à entrer prématurément en lutte. Cependant le retranchement de nos frères d'armes offrait un spectacle d'une originalité toute britannique, te parapet n'était plus qu'un amas confus de terre et de tronçons de
abions. La plupart des pièces, démontées, penchaient 3e travers sur leurs affûts. Le chef mort, gisait dans la neige ^rougie, et tandis qu*une partie des artilleurs, naguère encore sous ses ordres, se disposaient à porter son cadavre en brancard au cimetière avec ce flegme qye rien ne déconcerte, les autres, à pas comptés et désormais réduits à l'impuissance, exécutaient la retraite derrière les rochers de la poudrière, leur unique refuge. . ^ ^ ,
Sitôt à l'abri, plus d'un de ces soldats-citoyens, retire un journal de sa poche et lit, laissant l'ennemi raser leur épaulement, ,mais comptant bien que le feu des Français les vengerait. En effet, à leur intention, la querelle avec le bastion d'attaque dura sans répit jus-
Su'au soir. Désœuvrés, le temps nous aurait assommés e sa massue. Dans le doux entraînement du tir à volonté, le reste de la fection s'envola pour tous, pareille à une partie de chasse. Ver» la ^fin du duel, les combattants s'avouaient à leur manière contents de la jour^ née. Les ouvrages du jardin et des casernes aVaient ireçu au^moins autant de coups qu'ils en avaient donnés, si, dé notre côté, de larges pans de terrassement s'éboulaient, on avait- taillé aux prepiiers assiégés, ample besogne. Quitte à quitte et sans rancune.
A peine relevés de garde, nous enfilâmes victorieusement le chemin du camp. Oase plaisait à l'approôhe de la table en projets dinatoir^. Ces glorieux man-
feurs aé krd setihaitaîent, aien un ^epae de; Tpi, maïs es légumes frais ! Pour moi, la soupe^«OHûfce«x eam-
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pagnarde fig^nrait dans mon rêve à travers champs ; et, si un bienfaisant génie m'avait accordé cette douceur au retour je lui aurait -élevé un autel près de mes dieux . Lares. La fée se personnifia en Qotre visiteur de la veille. Quelle ne fut pas ma joie, dès mon entrée daus la cuisine, quand à mes yeux, sur la table, s'épanouit mieux que des choux, une bouriche d'huîtres, grasses et blanches, ornées de. petits pois. Liesse et ripaille ! A défaut de chablis, le vin bleu noya militairement les verres, et l'on essaya la gaudriole. Mais,' soit qu'un sevrage du plaisir nous eût rendus sérieux, soit que les macérations du siège nous ^eussent convertis , la verve OTivoise fit dé&ut, et noiis honorâmes simplement à l'unanimité notre amphytrion absent, en garnissant, comme trophées , nos cheminées d'écaillés de mollusques . Ce soir là, sans préméditation, le Cercle ouvrit le carnaval. Maints camarades aux environs avaient ban* quêté à notre exemple, par hasard, et tous ceux qui vinrent à la soirée, étiient d'humeur plus ou moins4)acliique. Le calembourg, semblable à tm farceur dépaysé, en lieu de pénitence, réapparut. Ce fut 'à qui abuserait le mieux de cette claire langue de nos pères qui prête en bonne fille, le flanc à l'équivoque; et les plus malins s'aperçurent à l'œuvre que le régime de la tranchée avait écorné leur bagage d'esprit. Mais le nom de Malakof, prononcé & haut^ voix par les gens les plus sévères de la compagnie qui péroraient dans un coin, 08 nom, symbole des nouveautés de l'attaque, dominait parfois le vacarme des caiiseries et des rires, fusant souvenir ainsi qué^nous ne serions pas de longtemps au bout de nos peines abrutissantes. Peu à peu la conversation tourna à la science, et, devant ce sujet, Êustidieux, la plupart des buveurs se retirèrent en serpentant à travers la neige en trouvant azuré le gris du ciel. Girande surprise au logis ! mon feu brillait bourré de bûches dont je n'eus pas l'indiscrétion de demander à messire Martin la provenance, les objets utiles ayant de moins en moins, selon la morale du t^aj», besoin de tîtfede^^opdété.
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AU bruit du frétillement délicieul de la flamme je m'endormis, les ailes de TimaginjEition déployées vers le paradis des songes. Un incident singulier coupa mon somme commençant. Il survint une bande de rats et de rates qui se mirent à ronger les fraîches coquilles d'huitres. A quoi bon les déranger? Les pauvres diables étaient affamés et pour cause. Le soldat leur avait déclaré guerre à mort. Le goût de leur chair se répandait et les matelotes de rats étaient prisées à l'égal des daubes de cheval ou des salmis de corneilles. Partout ou tendait des embûches, partout des chasseurs guettaient les issues de Ratapolis, et ces autres assiégés ne pouvaient plus fourrager que la nuit. Il leur était mêma difficile d'emplir leur besace, puisque leurs ennemis avaient à peine du paii^ sur la planche. Quelle popularité j'aurais. gagné en plaçant des souricières près de mes dienets et faisant largesses du gibier! Quelles ressources perdues pour les amateura. Mais nous ne rafoUions pas du rat à la pension, ce qui nous attirait de la part de certains Spartiates le reproche de délicats. Nous avions beau nous distinguer parmi les hippophages d'alentour.
Dès qu'un mulet était abattu, la diplomatie du maître coq obtenait une part des dépouilles; et ce fils de Vatel, dépité de n'exercer son talent que sur des matières viles, accommodait si bien cette viande do distinction que, tous, la fourchette à la main, nous formions des vœux impies pour le renouvellement fréquent de ces fêtes de la gueide. Heureusement les vaillantes bêtes de somm^, espoir des charrois du Grand-Parc ne ôuocombaient pas au gré des estomacs faméliques du camp.
La journée du 30 tint l'armée en éveil. Les vigies d'Inkermann signalèrent à Makenzie un passage de troupes inusité. Les grands-ducs étaient ae nouveau arrivés à Sébastopol, et en leur honneur, on compta sur une entreprise de la garnison. Or, la niiit, il y eut au siège violente tempête. Le canon des sorties se fît entendre et letravail, tasnt des sapes que des batteries
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de siège, n'avança pas. Au réveil, janvier finissant, se montrait dans toute sa noirceur. La surface verglacée de la Chersonèse reflétait la sombre couleur des ^nuages. Pas un être vivant à Thorizon, si ce n'est des corbeaux qui allaient en vols, croassants à la hâte, s'abattre sur les morts perdus sur leâ squelettes de chevaux partout à fleur de terre. Ça et là, au loin quelques trompettes, en leurs ennuis^ répétaient ' la sonnerie de la charge, comme pour rappeler aux serviteurs dès tranchées de ne pas s'amollir, tandis que les convois de brancards encombrant l'ambulance, attestaient qu'on s'était évidemment battu. En attendant les nouvelles de la tranchée, c'était à
3ui, sous son toit, s'épuiserait le plus à la recherdie 'un passe temps. Je soupirai sans Ibois depuis le matin après la fin de l'hiver. A mes côté^ Nicolas frisonnan.' secouait les glaçons de sa crinière, et, il n'était pas pourtant, comme animal, des plus à plaindre.' En considérant cette immense misère qui s'appesantissait sur les bêtes et sur les hommes, je lus pris d'un de ces accès de ferveur religieuse, dont les sceptiqiles ne se défendaient plus, et remerciai Dieu d'abord de souffrir moins que mon cheval, puis d'avoir échappé aux obus égarés qui, la nuit,"^ avaient labourés le terrain d'alent tour et dont un .éckt avait blessé certain voisin au Ut- La prière me réconforta, et je me réjouis de la fumée du déjeûner. Sur ces entrefaites, une voix plus cérémonieuse que de coutume et d'un bon augure cria du dehors : « Messieurs, vous êtes sefpvis ! » Je me léchai les lèvres d'avance et aiguisai mes dents, çonvaicu qu'on nous ménageait quelque rareté. Le plat paraît... Hélas ! ce n'était qu'un brouet au lard. On manda le cuisinier, et il lui fut prescrit de ne plus prendre, à l'avenir sans raison, ce ton solennel des héros de festin. La vie était assez semée de déceptions sans en ajouter d'autres !
L'après-midi fut, pour moi partagée entre le griffonnage de notes en retard , et la lecture de mon ohna- *nach de tranchée. Ces petits livres, formaient presque
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exclusivement la bibliothèque du camp; ils marqtiai^it nos tours de garde, indiquaient combien d'étapes nous séparaient encore du soleil d'avril, et surtout prédisaient le tempsdu lendemain. Lç devin Larrivay annon* • çait-il pour la journée prochaine dut soleil? On s'abandonnait à l'espoir de la promenade; cette confiance procni-ait maintes heures d'illusion, et quoiqu'il fut souvent trompeur, on croyait à l'oracle en se moquant de soi.
Aujoifrd'hui , le prophète promettait ciel bleu, et il faisait froid noir. Sans doute , sa femme l'avait influencé. Les gens de Carpentras racontent qu'un jour, le Noiftradamus, à la veille d'une année nouvelle, préparant son almanach, venait de ^rendre contre le ' 31 janvier cet arrêt : • Tempête ; • quand sa ménagère qui avait foi en la science de son mari, tout comme s'U était admis au conseil du maître des saisons, lui objecta que ce jour-là, elle laverait, probablement, sa lessive. Le maître, biffa les frimats d'une plume complaisante, et mit à la place : t 31 janvier. Serein. • N'écrit-on pas ainsi plus d'une histoire?
Cette anecdote populaire, en mon pays, me revint à la mémoire, tandis que je feuilletais le manuel de mes corvées futures; et de rire. Les camarades de table, en Tcntrant de la tranchée, me trouvèrent dans ce gai têteà-tête. Eux-mêmes rayonnaient de joie; ils avaient pris part à la victoire de la nuit précédente, et jnous la célébrâmes. Cette attaque des Russes était le premier fait de guerre, important de la campagne. L'ordre du jour, la garde descendante et les gazettiers du camp , en ayant donné la version, on savait la vérité.
Or, la veille, vers dix heures du soir, du temps que les brigades du Géùie' entamaient l'ouverture d'une con^munication en avant de la troisième parallèle, ime horde de volontaires la plupart masqués de drap blancs, afin que la neige dissimulât leur marche, étaient tombés sur nos embuscades. Plusieurs éclaireurs se sacrifient en défendant le passage; les autres rétro^iradant derrière les parapets, avertissent que Teimemi est là.*.
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AU .même instant, les Busses trahissent leur arrivée par une détonation de*hourras. Les nôtres, voltigeurs du 7« léger, les accueillent à coups de baïonnettes dans le ventre. Mais de toutes parta, Tassaillant plus nombreux, envahit la place d armes. Dès lors, mêlée san-. glante. Les fusils ne servent pas suffisamment la vs^e des champions. Les pierres volent ; pelles, pioches, leviers à Tenvi frappent et tuent au hasard.Lafortunehésite entre ces assommeurs. Le chef du Génie s'élanc#, avec une poignée des plus braves, sur la queue de la colonne tînnemie; une balle en pleine poitrine le frappe, arrête le mouvement offensif, et Tassiégé, pied à pied, g^ne du terrain. Cependant les renforts du 42® se pré- . dpitent à sa rencontre. Le choc des arrivants ébranle les Russes. En vain, ils redoublent de hurlements et de prouesses ; ils tournent le dos à la fin, sous la mitraille que les débutants de la batterie de campagne (u'^âT) leur lance à profusion.
Les vainqueurs de retour, sous entendaient, en leur narration, la canonnade de clôture, finale de rigueur exécutée en pareil cas, par l'artillerie du bastion du Mât; mais tous se faisaient avec plaisir, Técho delà voix des tranchées. En cette occasion, le 42® s'était brillamment réhabilité ; ses détracteurs n'étaient plus en droit de lui jeter à la face Tenlèvement de quelques mortiers confiés jadis à sa garde. Après cette réparation, vinrent les épisodes de petite monnaie, entre autres, le qui pro qvo d'un fecétieux grenadier, per^ suadé que, durant le combat, les Russes pour s'exciter, criaient : t au rat! »» et lui, poursuivait les fuyards en leur disant : • Je vais, moi, vous faire crier ; au chat! t
L'armistite ordinaire du matin, pour' l'enterrement des morts, avait été remarquable, par les signes d'amitié qu'échangèrent les deux partis aux avant-postes : des saints de la main, des baisers au vent! on aurait dit des pères réconciliés. En même temps, les défenseurs des remparts et de no^ lignes, assis au loin sur les gabionnades, affectaient de uuner, à découvert, le calumet de la paix. Mais, après la retraite des infirmiers.