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L'année 1853 commençait; et, à la faveur de la querelle des lieux Saints., l'empereur Nicolas, exprimait, devant l'Europe, par la bouche d'un insolent ambassadeur, ses projets de suprématie spirituelle sur les clirétiens de la Turquie. Mais demère ce prétexte des immunités du culte grec, apparaissait le plan de domination universelle, légué par Pierre le Grand à ses successeurs : l'intérêt que le czar portait aux Grecs rappelait l'amour de Catherine n pour les dissidents de la Pologne.
Le moment semblait opportun à FambitionâesBomanoff. Après deux ans dune république avortée, qui n'avait racheté ni avec la rfoire, ni avec la liberté, le sang de la guerre civile, la France respirait, au lendemain du 2 décembre, et se souciait peu de restituer, par la force des armes, à des moines latins, la possession de quelques lieux de pèlerinage. De là, ces concessions à l'amour-propre du czar, qui signalèrent les campagnes diplomatiques de 1851 et 1852. Sans invalider aucun des titres, ni aucun des droits garantis aux catholiques de la Palestine par les capitulations de 1740^ elles furent interprétées à Saint-Pétersbourg, comme un signe d'indiflférence, peut être comme un symptôme de.£aiblesse, et, à la cour du frère d'Alexanc&e,on se berça de la fatale îQusion que l'héritier de Napoléon, laisserait impunément, à l'exemple de Louis X v , rayer
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de la carte du monde, un état, clé de voûte de l'équilibre européen. Avant de se montrer dans l'arène, l'Angleterre attendait que ce débat entre deux communautés religieuses dégénérât en conflit politique. Fidèle à la devise égoïste de Venise, peu lui importait que des prêtres grecs ou latins officiassent dans l'église du Saintèépulcre, et que, sur le calvaire profané, les cendres de Godefroi de Bouillon fussent jetées aux'vents. Cette réserve trompa le czar,et il espéra rallier l'Angleterre à sa cause, au prix de gratuites flatteries, de promesses mensongères, et surtout en réveillant sa haine nationale contre la France. L'Allemagne , avec raison, ne lui portait nul ombrage; les roitelets de la confédération germanique ne songeaient qu'à se raffermir sur leurs trônestébranlés par le souffle de la Révolution de Février. L'Autriche, clouée chez elle par ses principes de temporisation et par l'attitude cha(][ue jour plus menaçante de la Lombardie, n'entraverait pas les desseins de son libérateur. A l'heure du démembrement de l'emr
Sire ottoman, n'osant disputer Constantinople , la part u lion, au dompteur de la Hongrie, elle se contentera des .provinces Danubiennes. Si la Prusse revendique son lot de la curée, qu'importe? Frédéric et la czarine ne s'étaient-ils pas entendus à l'amiable , sur le cadavre de la Pologne? Ainsi, neutralité de l'Angleterre, complicité de l'Allemagne, impuissance de la France isolée ; autant de chances de succès, escomptés dans les calculs de l'empereur Nicolas, mais autant de chimères.
Comment supposer, en effet, qu'en cette occasion solennelle, l'Angleterre trahirait les intérêts de son avenir.? L'ennemi de sa souveraineté maritime, c'est la Bussie^et non la France, la Russie, qui s'avance d'un pas sûr, du Caucase vers l'Himalaya, et s'apprête déjà à descendre sur le champ de bataille de l'Indostan ,
Jour disputer aux conquérants Anglo-Saxons l'héritage es Mongols. L'Angleterre içnorait-elle que, maîtres du Bosphore, les Russes deviendraient infailliblement les arbitres de l'Europe? on comptait donc en vain sur fioa silence. Plus vçtineiaeiit encore, on espérait que la
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France conspirerait pax son inaction avec les spoliateurs de la Turquie. La question pendante à Oonstantînople, depuis la solution de l'affaire des Lieux Saints, n'était-elle pas pour elle une question dévie et de mort? Si les czars détrônent les sultans, les Barbares régnent sur la Méditerranée; leurs flottes sans rivales, naviguent le long de ses côtes ; et, tôt ou tard,* c'en est feit de notre puissance. Aussi la Franjce, devra écarter ce danger suprême, quoique lointain, fallut-il recommencer une lutte de vingt ans contre l'Europe coalisée. Si l'em-
{)ereur Nicolas avait, à ce point, oublié les leçons de 'histoire, la prudente Allemagne s'en souvenait encore; et, à aucune condition, pourvu toutefois qu'on ne lui d*emandât pas de s'armer et surtout d'agir, elle n'aurait permis au czar d'allumer l'incendie de la guerre à ses portes. Et même, l'Occident tout entier, resterait-il témoin passif de la lutte prochaine, le czar, dans ses combinaisons faisait trop bon marché de la Turquie: on aurait dit, qu'à sa première sommation, les Osmanlis allaient décamper de l'Europe. Mais, dans son aveuglement, il se crut prédestiné à réaliser les jprophéties du testament de son aïeul, et le 28 février ifeS, le prince Menschikoff , débarquait à Constantinople, porteur des volontés de son maître.
Jamais cause plus injuste ne trouvaplus brutal avocat. L'insolence lui réussissait à merveille. En 1829, il brouilla son pays avec la Perse, et la conquête d'un lambeau de l'Arménie fut le fruit de cette rupture, son œuvre. S'il traitait aujourd'hui le sultan comme autrefois le roi de Perse, on prévoyait l'issue de sa nouvelle mission. Dès le lendemain de son arrivée, il traversait les rues de Stamboul avec l'appareil d'un dominateur. Foulant aux pieds les usages traditionnels, à peine daigna-t-il honorer le grand-vizir d'une visite officielle, et fl rompit en visière avec le ministre des affaires étrangères, par le refus formel de se présenter chez lui. Fuad-Effendi offensé, donna sa démission. Fier de ce succès, le prince redoubla de zèle. On l'applaudissait en secret de Saint-Pétersbourg; bientôt ses emportements
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et ses exigeuceô ne connurent plua de frein* Les difficultés dernières relatives aux Lieux-Saints venaieuf d^êtra aplanies, et, dans ces arrangements définitifs, la FrancQ n avait reculé devant aucun sacrifice compatible ave« son honneur. Que réclamait donc au Divan ce singulier négociateur ? Soit que l'armée russe du Pruth ne fût pas en mesure de saisir le gage des Principautés, soit que le messager impérial n'osât pousser le cynisme de la force, jusqu'à troubler, sans ménagements ni gradations, la paix du monde, on prononça d'abord vaguement le mot d'indemnités, comme si le sultan était tributaire de la Moscovie ; après, on lui proposa un traité secret contre ses alliés de fOccidentj.puis enfin, par un coup de théâtre, sans exemple dans les annales de la diplomatie civilisée, les clauses ténébreuses de ce traité ne tardèrent pas à se changer en une convention pour le maintien et l'extension des droits et privilèges da TEglise grecque, he divan s'émut, et sur-le-champ donna l'alerte à Paris et à Londres. La Turquie subira-t-elle désormais la suzeraineté de la Russie? Tels étaient lea "termes actuels de ce problème aux mille faces, qui, sous le nom de question d'Orient, forme le nœud gordien de la politique du dix-neuvième siècle. Les nouveaux représentants de l'Angleterre et de la France, lord Strafford de Recliflfé et M. de Lacour, jugèrent ainsi la situation présente, telle que la créaient les nouvelles proposition3 du prince Menschikoff. Déchirant les voiles dont s'enveloppait le langage de l'ambassadeur russe, ils montrèrent au sultan le piège que cette convention tendait à sa feiblesse. On lui insinua que, si les démarches de la Russie dépassaient les bornes d'une pression morale, l'appui de la France et de l'Angleterre ne manquerait pas h la Turquie, en échange d'une réforme libérale , en feveur des raïas. Dans raitem^tive de se brouiller avec le czar ou d'abdiquer sa souveraineté sur dix millions de ses sujets chrétiens, Abdul-Medjid convoqua» au conseil le ban et Tarrière-ban des dignitaires de Tempire. Six conférences se succédèrent, pour opter entre la guerre et la tutelle des c^ars. Les cendres de
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Soliman diurent en tressaillir de honte. Cependant la Porte refusa de signer un engagement contraire au droit international, et ^ui, par la sanction du protectorat russe y sur les chrétiens de la Turquie, effacerait le principe de sa propre indépendance.
Peu de temps après cette réponse du gouvernement turc, le 21 mai, sourd aux conseils des puissances occidentales, le prince Menschikoff laissa tomber la guerre des plis de sa toge, et sortit de Constantinople avec sa suite et le paviUon de la Russie» Plus fier que du gain d'une bataille, il retourna avec hâte & la cour de Péterabourg.
L'empereur Nicolas approuva, sans réserve, les actes dô son envoyé, et, le 9 juin, le comte de Nesselrode écrivait & Bechid-Pacha que son maître considérait la réponse du Divan comme une insulte personnelle ; que, toutefois, plein de sollicitude pour le sultan, il Texhortait à peser les conséquences aun refus dont la responsabilité retomberait entière sur sa tête; que si, à l'expiration d'un délai de huit jours, les concessions stipulées par le prince Menschikoff, n'étaient pas accordées, les troupes russes envahiraient l'empire ottoman, non pour faire la guerre, mais pour obtenir, les armes à la main, les sati^actions que sa conscience et celle de ses peuples imposaient au représentant du culte grec le devoir d'exiger.
Cet ultimatum, chef-d'œuvre de la mauvaise foi et de la violence, éauivalait & une déclaration de guerre. Les préparatifs militaires n'avaient pas, sans préméditation^ coïncidé avec l'ouverture des négociations, et, le 3 juillet, le maréchal Paskewitch, par la prise de possession de là Moldavie, préludait au démembrement du Malade. Visiblement dupée par. les intrigues du cabinet russe, tantôt prodigue de protestations, de patience et démo* dération, tantôt lui offirant de partager les dépouilles de gré à gré avec elle, l'Angleterre se sentit blessée dans son orgueil et n'hésita plus & se rapprocher de la France. Les deux gouvernements se tendirent la main, et leurs escadres, étonnées de voir leurs pavillons unis
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pour défendre la même cause, surveillèrent, de la station de Béicos, le détroit de Cônstantinople, tandis que, par le concert de toutes les parties intéressées, et surtout à l'appel de rÂutriche, qui apercevait avec terreur l'horizon s obscurcir autour de la Hongrie, un congrèi trop tardif se réunissait & Vienne.
L'esprit de conciliation dicta plusieurs projets. Tou4 échouèrent parce qu'ils voulaient à la fois consacrer les prétentions de l'empereur Nicolas et sauvegarder les prérogatives du sultan. La Porte ne céda rien. Le tor* rent populaire l'entraînait dans les voies4e la résistance. Le bruit de l'approche des Busses avait soulevé l'enihou* siasme guerrier des Ottomans, et les cris de guerre des patriotes aux turbans verts retentissaient, menaçants, jusqu'au fond du sérail. Il ne restait donc plus autour de la quenouille des diplomates assemblés, que le dernier argument des peuples et des rois. En vain, dans Tentrevue d'Olmtitz, l'empereur d'Autriche s'eflE6içart-il de ramener le czar à des sentiments pacifiques.
Pendsûit ces conférences et ces pourparlers, la mer Noire devenait le tiiéfttre d'un événement décisif. Le 30 novembre, Tamiral Nachimoff surprit l'escadre . d'Hussein-pacha , & Tancre, dans la rade de Sinope , et la somma de se rendre. A ce signal insultant, les navires turcs répondirent par les bordées de toutes leurs batteries. Supérieure en nombre, la flotte russe les foudroie et même bombarde sans merci la ville. Il était midi; une heure après . le coucher du soleil , plusieurs
?[uartiers de Sinope brûlaient, et le combat finissait aux ueurs de l'incendie sur terre et sur mer. Déjà huit bâtiments turcs ont sombré sous les coups des boulets ennemis. Le vaisseau-amiral lutte encore; mais déses-
S)érant, seul, de l'emporter, le capitan-pacha met le eu aux poudres et échappe au déshonneur d'amener son pavillon. Cette scène d'héroïsme termina dignement une défaite dont la marine ottomane peut s'enorgueil-* lir. Le vainqueur regagna à pleines voiles le port de Sébastopol. Il traînait derrière lui, à la remorque, plusieurs vaisseaux avariés et sans mâture. A en juger par
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la précipitation de sa retraite,on Taurait cru poursuivi par les remords d un succès chèrement acheté et surtout usurpé sur le droit des gens , car les manœuvres de l'armée du Pruth n'avaient pas ouvert officiellement les hostilités, et la chancellerie russe publiait encore que par rinvasion, sans coup-férir, des Principautés, on se proposait uniquement d'intimider le sultan et de le contraindre enfin à rendre justice aux chrétiens de son empire.
Après une paix de quarante ans, le désastre de Sînope et le débordement chaque jour croissant de l'armée russe sur les provinces du Danube, furent pour l'Europe le signal de la guerre. Alors que les autres états de l'Allemagne se demandaient avec anxiété par quels moyens on apaiserait Vorage, l'Autriche s'érigea bravement en médiatrice. Plus clairvoyantes, la France et TAngleterre coururent au secours de la Turquie et réparèrent ainsi l'ingratitude de l'Occident, vis-à-vis de ces infidèles qui protestèrent seuls au nom de la Pologne expirante, tandis que la chrétienté laissait avec indiflEërence consommer le crime du dix-huitième siècle. En signant leur convention d'alliance, elles donnaient au monde le spectacle de deux peuples qui , par une profonde intelligence de leurs intérêts, oubliaient leurs rivalités pour la défense du droit et la protection du faible. Puisse leur exemple inaugurer le règne de la raison dans la politiq^ue internationale!
Dès les premiers jours de l'année 1854, les flottes alliées, en masse, forcèrent les Dardanelles et le Bos- 'phore, ces portes modernes du temple de Janus. Trois mois plus tard, le 31 avril, elles détruisirent le port militaire d'Odessa et vengèrent ainsi, du même coup, la trahison de Sinôpe et un outrage fait au pavillon parlementaire. Effrayés par cet acte d'énergie, les vaisseaux russes, depuis ce jour, se barricadèrent dans les rades de la Crimée et abandonnèrent à l'ennemi la souveraineté de cette mer Noire, (^\ie l'empereur Nicolas, dans ses rêves d'ambition, aimait à transformer en bassin de la marine russe. Aussi, jusqu'au moment où les
ennemis en présence se heurtèrent , on se borna an blocus et à rexploration du littoral.
La France et T Angleterre luttèrent à qui la première mettrait son armée en liffne. Avant la fin de Iniver, et de toutes parts, des flots ae soldats descendaient vers lea ports de la Méditerrannée, impatients de s'embarquer pour ces contrées de l'Orient, où brillait Tétoile longtemps éclipsée de la gloire. Le temps pressait, d'auleurs; les nouvelles quotidiennes des bords du Danube répandaient l'alarme en Europe. Les Russes, remontant le fleuve , préparaient l'investissement de SUistrie, Omer^Pacba, par nécessité stratégique, se retirait de la Dobrutschka, où il s'était d'abord porté au devant de l'aile gauche de l'ennemi, et se retranchait dans son camp de Schumia. La renommée grossissait fabuleusement les forces des envahisseurs, et Ton craignait que les renforts des alliés n'arrivassent pas assez vite pour arrêter, au pied des Balkans, Paskewitch victorieux. Déjà la première division voguait vers Gallipoli. Le reste du corps expéditionnaire marchait, au pas de* course, suc les routes de France. Ma batterie, bientôt désignée pour l'honneur du combat, arriva avec l'avantgarde de l'artillerie, à Marseille, et, le lendemain, mita la voile à bord de VHéloïse^ en compagnie d'élèves bachi-bouzoucks, dont les querelles gâtèrent d'abord le voyage. La traversée, avril aidant, fut trop rapide. Nous saluâmes de loin à regret, Messine et la cam* pagne verdoyante de la Sicile que les poètes ont chantés, à l'égal de TEden. Une quarantaine sévère nous défendit de descendre au Pirée et de voir Athènes. Puis la vapeur nous emporta à travers l'Archipel, parmi les corbeilles d'îles, belles des souvenirs de la Grèce antique. A peine le temps d une méditation, et déjà l'on apercevait, sur la côte d'Asie, le tumulus d'Achille, les champs où fut Troie, les ruines d'Abydos! Déjà nous remontions les Dardanelles. Les châteaux, sentinelles avancées de Constantinople, se dessinaient à l'horizon; nous touchions à la rade de Gallipoli.
Le bruit des armes retentissait alors dans la presqu •
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île de GallipoK, choisie pour la base des premières opérations des alliés. Au delà de la ville, sur les hauteurs de Boulahir, bivouaquaient les premières troupes; et les soldats, la pioche à la main, se hâtaient de fortifier la gorge de cette place d'armes naturelle, d'où l'armée, suivant les éventualités, devait se rembarquer, se porter en avant au secours de Constantinople. L'industrie des nouveaux arrivés ne se bornait pas à des ouvrages de défense. Ces émules des légionnaires romains travaillaient & assainir le bouge, seconde cité de l'empire ottoman, où croupissaient un troupeau de Turcs et de chiens pêle-mêle. On creusa des ruisseaux cour l'écoulement des eaux stagnantes. Les rues principales rampaient étroites et mal pavées, le long de la montagne, à travers des fumiers, par des escarpements tels que seuls les chevaux du pays les savaient franchir sans broncher. On les nivela; les quais furent élarg^is à coups de hache. La sécurité et la salubrité des défenseurs de la Turquie l'ordonnaient ainsi! Les indigènes, après le coucher du soleil, se barricadaient dans leurs maisons de bois et ne se souciaient nullement du dehors. Si, par hasard, leurs affaires les obligeaient h une course nocturne, ils s'armaient d'une lanterne, d'un poignard, et s'aventuraient dans le coupe-gorge des ruelles, à la g^râce d'AUah, en marmottant leurs patenôtres. Peu leur importait aussi que le fumier s'amoncelât à leurs portes I Pour détruire ces foyers d'infection, ils ne donneraient pas une bouffée de leur tchibouck, et notre ardeur à purifier la ville excitait leur étonnement et leur mépris. Les épidémies sont familières au pays et n'altèrent pas la sérénité de leur fetalisme. Le choléra sévit-il, qu'y faire? Mahomet le veut. Aussi, sans encombre de leur part, nous serions entrés daiisle port; mais les autorités françaises nous soumirent à une visite de santé minutieuse. Tout le monde à bord, hommes et chevaux, se portait à merveille; on nous kissa passer, et nous relâchâmes, en attendant d'être fixés sur noire destina-, tion.
Peu dé jours auparavant, le maréchal Saint- Arnaud
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arrivait de Varna. Là, s'était tenue entre les généraux en chef des alliés une conférence qui décida, peut-être, du salut de l'empire turc. Le seraskier et lecapitan-
{)aclia, sur les instances du maréchal, avaient secoué eur indolence visirielle et assistaient au conseil. Orner- Pacha, avec l'éloquence de l'énergie et le feu oue la langue italienne prête à la passion, exposa les àmgers du présent et les moyens, selon lui, de les conjurer. Depuis peu, attaquée par les Busses, maîtres aux alentours de la place, des deux rives du Danube, Silistrie succomberait devant les rigueurs du blocus, et non pas sous les coups des assiégeants; cette supposition serait^ une injure à ses soldats, les premiers défenseurs de murailles du monde. Cependant tout espoir ne périssait pas avec Silistrie, et le serdar^ de son camp retranché de Schumla, se flattait de fermer à l'ennemi les chemins de la Éoumélie ; si, pour cette tâche, la garnison de Schuml», forte de quarante-cinq mille vétérans, ne sujQGlt pas, les postes aavant-gal'de disséminés le long du fleuve, de Varna à Eala&t et à Eidlin,la rallieront à temps, et il opposera alors à Paskewitch, un rempart de cent quatre mille combattants environ, avec cent quatre-vingts canons. Evaluant aussi les forces des Eusses, le chef turc affirma que, de jour en jour, les renforts grossissaient l'armée d'investissement autour de Silistrie, que cette armée compterait bientôt cent trente^ mille baïonnettes et pourrait, avant deux mois, s'élever à deux cent mille. Mais qu'importe le nombre? Que les iQi^ au lieu de garder une défensive désormais inutiUMpccourent de Gallipoli et lui donnent la main. Ave^leur appui, on n'arrêtera pas seulement les envahisseurs, on les chassera au delà du Pruth.
Tandis qu'un interprète traduisait aux ministres du sultan les paroles enflammées d'Omer-Pacha, le maréchal, attentif, les commentait à lord Raglan, puis il se recueillait, dans le silence de la m^j^tion, pour saisir la vérité sous les inspirations de l'^^eil et les exagérations de la confiance. Par son avis, le conseil se transporta au quartier-général de Schumla, d'où l'on ju-