‹ Journal humoristique du siége de SébastopolChapitre 7 sur 14 · LIVRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE IIL

VAENA,

Le 20 juin fut choisi pour le jour du débarquement. La batterie, sitôt à terre, alla bivouaquer dans le voisinage du parc de campagne. Je reçus l'ordre de présider au déchargement du matériel et de nos bagages ; triste corvée de début ! Nous restâmes huit heures, sans désemparer, les jambes dans le sable de la plage, Jar une température de quarante degrés, criant, altérés et à jeun. La poésie de la guerre me produisit alors, pour la première fois, Teffet d'une mystification! -et la nuit close, je gagnai le camp avec mes travailleurs harassés. Un simple biscuit apaisa notre faim. Je dressai ma tente au hasard; mon lit s'était perdu dans la bagarre , et, allongé sur les planches d une cantine, je passai ma première nuit de bivouac. Mille* insectes dont j'avais usurpé la place, me bourdonnaient aux oreilles ou bruissaient sous l'herbe. D'autres se posaient sur ma figure; indigné de leur sans façon, j engageai avec ces premiers ennemis, une lutte à outrance; mais la fatigue trahit bientôt mes forces, et je me livrai, endormi, à leur colère. Par bonheur, un rêve s'envola par la porte d'or pour charmer mon repos. Redevenu enfant, je m'ébattais à la maison, sôus les yeux de ma mère souriante. Hélas! au réveil, j'avais les côtes meurtries , les mains et le visage en sang, et je me trouvais transporté sur le théâtre des événements qui tenaient l'Europe attentive, à quelques

lieued de âilistrie^ôonô les remparts de Varna, en face de la porte d'Ibrahim,

Bâtie entre les derniers contreforts des Balkans, à rembouchure d'une rivière qui se jette dans les eaux marécageuses d'un lac salé et porte le nom de la ville, Varna oflEre,. vue de la mer, le plus attrayant coup d'œil, avec ses maisons aux toits verts et aux murs peints, avec ses jardins fleuris et ses fluets minarets. Toutes les villes turques, riveraines de la mer, ressemblent à ces fruits pestiférés, mais aux couleurs vermeilles, que produisent, dit-on , aux bords du lac Asphaltite, les cendres de Sodome et de Gomorre. De près, les rues tortueuses, sales et étroites de Varna; ftvïdiaent avec celles de Gallipolî. L'air y est plus étouffé, car une enceinte de bastionsl'enveloppe. Faces et courtines sont percéesd'une profiision d'embrasuresdecanon,dontlesunes regardent le rivage et les autres menacent la campagne. Un fossé peu large, quelques ouvrages avancés et un mur crénelé, du côté de la rade, complètent ce système de fortifications, le plus parfait qui existe dans l'empire tiirc; car il est l'œuvre d'ingénieurs étrangers. Les environs de la place sont à peu près frais et verts; des pâturages où maigrissent des troupeaux de buffles et de bœufs, des vignes dont les raisins n'atteignent pas la maturité. Ça et là des vergers, des yalis aux blanches façades, s'étagent sur un plateau incliné vers la mer, qui vient mourir au pied des glacis de la ville, et dont les dernières ondulations, montent jusqu'au sommet de la montagne.

C'est au faîte de ce plateau, sur les hauteurs deFranca, entre des bois et des escarpements du rivage, que la division Canrobert s'établit, à cheval sur une des routes que l'ennemi, s'il battait Omer-Pacha, devait probablement suivre. Les Anglais, à l'aile gauche, surveillaient les gorges de la Bulgarie.

L'arrivée des alliés eut, sur le Danube, un retentissement inexprimable. La garnison de Silistrie accueillit cette nouvelle avec la joie d'une armée agonisante, que l'espoir n'a pourtant pas abandonné. Les défenseurs des

forts Arab-Tabia et Gulanti-Tabia, boulevards de la place, se faisaient tuer, en héros, sur la brèche, un à un. Les Eusses redoublaient de fureur. Dans la nuit du 19 mai, pendant ^ue les alliés se mettaient en marche, de Gallipoli, plusieurs colonnes d'infanterie, profondes, brûlant de venger leurs précédents échecs, s'étaient jetés sur ces redoutes, en avaient franchi les palissades, et escaladé le parapet, sous une grêle de mitraille. Déjà, les assaillants débordaient par les embrasures des batteries; mais les Ottomans avaient victorieusement, à la baïonnette, repoussé ce dxoc. Cet avantage, toutefois, leur avait coûté plus cher qu'à l'ennemi; en eflfet, les vides de leurs rangs ne se comblaient pas, et il était aisé de prévoir qu'avant peu, cette vaillante troupe de Silistrie, décimée par le feu, la faim et les maladies, se réduirait à des (havres. Omer-PacIui,de Schùmla, témoin de ses efforts, épiait, toujours en vain, l'occasion de briser le réseau, qui, de plus en plus, étreignait la ville. De son côté, le maréchal Paskewitch ne s'abusait pas sur les chances de l'avenir. Ses tentatives d'assaut réitérées et jusqu'alors inutiles ne le décourageaient pas. Mais, trente lieues à peine le séparaient de Varna, et la proximité de l'avant-garde anglo-fraïisaise l'inquiétait visiblement,plus encore que l'approche des chaleurs. En prévision d'une attaque des alliés, il accumu- Ifiit des travaux défensifs sur la rive droite du Danube et se privait ainsi de bras et d'instruments de siège, qui, employés contre la ville, auraient avancé l'heure de sa chute.

Du camp, nous prêtions l'oreille avec anxiété à tous les bruits du dehors, comme si l'on avait pu entendre le canon de Silistrie, et que le boute-seUe du combat fîit sur le point de sonner. Chaque jour, les vaisseaux, avec une rapidité miraculeuse, versaient sur la plage de nouveaux régiments, tous enflammés d'ardeur. Les marins semblaient se disputer l'honneur de hâter la marche de nos aigles. Ils s'acquittèrent de leur mission, avec un dévouement et un succès, qui, à défaut des titres de guerre, leur vaudraient leur large part de gloire.

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Le maréchal remercia la flotte dé ses services, au nom de la France et de Tarmée. Par ce concours, avant la fin de juin, la division du prince Napoléon était rassemblée à Varna, et la quatrième division voguait déjà pour nous rejoindre. Cependant le général Bosquet débouchait des Balkans et n'était plus qu'à quelques journées de la passerelle du Kamtchick, la primeur du travail de nos pontonniers. Les bataillons anglais débarquaient en foule. Bientôt les alliés compteront soixante-dix mille combattants.

Or, il importait de se rallier, au pas de course. Omer- Padia annonçait que les Busses concentraient des troupes sans cesse croissantes, autour de Silistrie, et qu'il était désormais obligé de renoncer à la diversion projetée en fisiveurde cette ville. C'en était donc fait de la gardienne du Danube f Le 24 juin, ouverture du bombardement suprême; le feu des assiégeants ne cessa pas jusqu'au soir. Les colonnes d'assaut se rangeaient en bataille; les Turcs se préparaient à leur dernier jour, bien déterminés à s'ensevelir sous les décombres de leur citadelle plutôt que de capituler. Mais ce déploiegoient de toutes les forces vives de l'attaque n'était qu'un appareil de théâtre, destiné à dissimuler un dessein imprévu de l'ennemi. Pendant la nuit, en effet, les Russes détruisirent leurs lignes de la rive droite, replièrent les ponts; et, au point du jour, ils avaient levé le blocus de Silistrie.

Tandis que les restes de la garnison triomphante, remerciaient Dieu de leur délivrance, la consternation régnait au quartier-général des alliés. A peine le maréchal touchait-il cette terre, où il espérait enfin livrer bataille et s'illustrer, qu'il apprend la retraite des Russes. La perte de Silistrie ne l'aurait pas fi'appé d'un coup plus rude. tPaskewitch me vole en se sauvant i, dit-il au messager d'Omer-Pacha qui lui transmit la nouvelle ; et ce cri d orgueil trahissait l'amertume des regrets d'un général en chef, qui sent la victoire lui échapper au moment où il croit la tenir. Son visage de glace se voila de tristesse; il s'inquiétait avec raison; l'inaction le

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tourmentait à Gallipolî; pour Tévîter, son année venait de parcourir cent lieues, au pas de charge ; et ce spectre de rinaction se dressait encore devant lur avec plus d'horreur, car les chaleurs de l'été tarissaient déjà les fontaines et présageaient l'invasion des épidémies ; car la France et l'Europe étaient plus que jamais Uvrées aux perplexités de l'attente; car, de Boulogne, le corps expéditionnaire de la Baltique partait, pour conquérir les premiers lauriers de la guerre; car, enfin, aucune issue ne se présentait pour sortir de l'impasse où la fuite des Russes fourvoyait les alliés, où les fluctuations de la politique autrichienne semblaient devoir les retenir sans fin* Le mouvement rétrograde de Paskewitch, exécuté, au risque d'aflaiblir le moral de ses troupes, quand ^ilistrie épuisée allait tomber, présentait une éni^e stratégique dgnt les exigences au moment ne pouvaient donner la clef. De Varna, les alliés ne menaçaient pas de couper aux Busses le chemin du Pruth. La présence du baron de Hess, à Bucharest,, faisait-elle craindre une coalition de l'Autriche avec les puissances occidentales? Au contraire, le cabinet de Vienne traînait les choses eu longueur, dans l'espoir de maîtriser, par la tactique de ses savantes indécisions, un incendie al* lumé sur les frontières de la Hongrie et de la Pologne, Le czar lisait au fond des pensées du ministère autrichien. Or, devant l'évidence des difficultés qui, de jour en jour, grandissaient autour de lui, voulait-il conjurer la tempête? Se résignait-il & l'évacuation des Principautés, et au prix de cette gratuite concession, comptaitil sur la médiation de l'empereur François, sur la condescendance de la France et de l'Angleterre? Un ordre formel de Pétersbourg aurait alors conduit Paskewitch à battre en retraite avant l'heure ; à défaut de cet ordre, devait-on s'étonner que ce vieillard expérimenté renonçât, avec honneur, à la prise de Silistrie, plutôt que de séjourner plus longtemps dans un pays, où la peste aurait, avant la fin de la saison, dévoré son armée? Plût au ciel que le maréchal Sain^A^naud eftt attribué

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la manœuvre des Russes, uniquement & la terreur des marais de la Dobrutschka !

Ces explications ne consolaient pas le chef français d'un fait qui avait presque, à ses yeux, la portée d'un échec. A Varna, nous ne tardâmes pas à en éprouver, le contre-coup. On ne devisait plus, au bivouac, que sur les lenteurs interminables de la guerre ; et le découragement germait dans les cœurs, à la veille des plus cruelles épreuves que la fortune puisse infliger à une armée, les épreuves sans l'auréole de la gloire. En effet, le choléra s'avançait à pas de géant, et ses ravages désolaient Malte, le Pirée, GallipoU,Constantinople. Par un vague instinct du danger, l'armée demandait hautement de marcher à l'ennemi. Plus que nous tous, le maréchal voulait agir, et il modérait notre ardeur, parce que l'enchaînement fatal des circonstances le condamnait à attendre encore. Afin de ne pas afficher ses craintes de l'avenir, le général en chef avait repris son masque d'apparat. É passa la revue des derniers-venus, et plus que jamais parla de combats prochains, de victoires. Mais, à l'approche du fléau qui s'annonçait dans les camps par des malaises précur- v seurs, il tenait sans cesse conseil, la nuit avec luimême, le jour avec les amiraux et ses divisionnaires, et cherchait avec eux une prompte solution pour la campagne à ouvrir.

Cependant, par des reconnaissances de cavalerie et des espions, il observait lès Russes. Ceux-ci se massaient vers Calarah, et tenaient les Turcs sur le qui- vive, en escarmoiichant le long delà rive gauche du Danube, entre Guir^ewo et Tourtoukoï. De son côté, Omer- Pacha ne s endormait pas sur les exploits de SUistrie. Il avait visité le maréchal, le lendemain de la levée du siège. Une revue générale avait eu lieu en son honneur; et cette parade fat une leçon pour ce réformateur militaire de la Tm^uie. De retour au camp du Danube, ' il prit l'offensive.

Le 7 juillet, un de ses lieutenants, Hassan-Halik- Pacha, sous la protection de la citadelle de Bouts-

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cliouch, descendit dans l'île de Eama, occupée par les Russes. La lutte s'engagea. Après une boucherie de dix heures, l'ennemi lâcna pied et s'enfuit. Pendant

?ue les Ottomans se consolidaient dans l'Ile conquise, 'askewitch, brûlait le pont de bateaux, les établissements du port de Guirgewo, et désormaiSySans arrièrepensée d'un retour offensif, il donnait à son avant* garde Tordre de repasser le Pruth.

La décision de la conférence de Schumla avait donc délivré la Turquie de l'invasion étrangère; il restait à punir l'agresseur. Dans ce but, quel plan adopter? Les raisons qui, à GaUipoli, militaient dans l'esprit du maréchal, contre une expédition en Bessarabie, subsistaient maintenant plus palpables. Les Busses, derrière eux, dévastaient tout: et dans une contrée où mémo l'eau potable manquerait, loin de nos vaisseaux, il &u* drait pour vivre un matériel de transports hors de proportion avec nos ressources. Or, comment remédier à la pénurie de fourgons? Confier le charroi de nos approvisionnements aux bouviers bulgares? Mais, aigris par leurs misères, travaillés par de sourdes menées, la pu-

Î)art des paysans dédaignaient nos salaires , brisaient eurs arcms^ et, après nous avoir privés des services que ces chars rustiq[ues auraient rendus au besoin, ils abandonnaient les villages aux brigandages des Bachi- Bouzouks et passaient à l'ennemi avec teurs attelages de buffles. Ceux qui n'émigràient pas formaient des vœux pour le succès du czar, leur Mesae. Des arguments d'un autre ordre s'élevaient contre l'opportunité d'une expédition sur le Pruih. Le baron de Hess, aux portes des principautés danubiennes, se remuait, et son avant-garde bivouaquait déjà sur la lisière du terrain abandonné par les Russes. En même temps, un envoyé de l'empereur François, le colonel Kalisch, venait d'arriver à Scnumla, av^c la mission de se concerter, tant avec Omer-Pacha qu'avec les généraux alliés, sur le rôle futur de l'armée autrichienne. La politique de l'Autriche paraissait donc entrer dans une phase nouvelle. Mais, par l'intervention de ses troupes, voulait-elle faire cause

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commune avec nous, ou bien compliquer les embarras du présent? Si nous poursuivions aventureusement Tennemi dans les, plaines de la Bussie méridionale, la contenance du baron de Hess, sur nos flancs et sur nos derrières, ne nous rappellerait-elle pas autour de Varna? C'est pourquoi, les instructions de Tempereup recommandaient, avant tout, au maréchal, de se concentrer sous les murs de cette place forte, autant que les événements dont on le laissait juge, ne s'y opposeraient pas. • Que l'armée soit toujours prête à monter & bord de la flotte. • Tel était le mot d'ordre.

Dans ces conjonctures, l'instant fi|vorable lui semblait venu de reprendre lé projet d'une descente en Crimée, son rêve de Gallipoli. Le maréchal appliqua toutes ses fecultés à cette étude. Peu à peu la lumière se fit dans son'esprit; et, une fois convaincu qu'à Sébastopol était la gloire et If salut, il s'attacha h, éclairer les incrédules, à vaincre les oppositions qui surgissaient autour de lui, surtout dans le camp des marins; et déjà, en vue d'un débarquement de vive force, il commandait à l'arsenal de Constantinople une flotille de chalands, alors que les gouvernements de France et d'Angleterre élaboraient en secret, de concert, le même plan, et allaient donner le signal de l'exécution.

Vers les premiers jours de juillet, lord Raglan reçut de Londres, des communications positives, lui prescrivant de ne pas s'égarer dans la Dobrutschka, à la recherche des Kusses, de se réserver pour le siège de Sébastopol, et de ne renoncer à cette entreprise capitale 3 ne devant la certitude d'une disproportion trop grande es forces de l'attaque avec celles de la défense, disproportion que les retards ne sauraient qu'aggraver. Peu après, le télégraphe apporta au marécnal une dépêche, conçue dans le même sens. L'Angleterre, après avoir été remor(juée dans l'Euxin, s'érigea en héraut d'armes. Le 17 juillet, l'ordre arriva au quartier-général de lord Raglan, d'attaquer Sébastopol. Le temps des tâtonnements est passe ! C'est en Crimée cpie doit se dénouer le drame, ouvert par les acteurs de Smope et de ^strie.

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Le maréchal triomphait. Sa pensée première avait |»pévalu dans les conseils des souverains. A lui l'honneur de l'initiative, peut-être de la conception! Honneur aussi aux hommes d'état et auxpublicistes, travailleur» qui tous ont apporté leur pierre à l'édifiée, et ont ainsi préparé la tâche dQ l'armée d'Orient ; car, il en est pour ainsi dire, de ce grand dessein de l'expédition de Crimée, comme de ces idées de la science, qui ne fructifient pas, sitôt écloses.

La guerre d^Orient se distingue essentiellement de presque toutes les guerres de l'histoire; aussi, dans la conduite générale des opérations qui aboutirent à la

Î^rise de Sébastopol, n'offre-t-elle pas les prodiges de 'art miUtaire, td que l'ont pratiqué les plus fameux capitaines de l'antiquité ou des temps modernes, cet art dont les combinaisons jaillissent du cerveau d'un seul homme. Que Frédéric II, de toutes parts pressé par la ligne de ses ennemis, accomplisse les prouesses de sa campagne de Saxe ; que Bonaparte, pour conquérir l'Italie s immortalise à Ârcole et à Lodi; que les armées de la République promènent, dans le monde en* tier le drapeau.de la Uberté ; que les successeurs de Mahomet rabjuguent l'Orient, en apôtres de l'islamisme : mais, autre but, autre tactique; ni l'amour des conquêtes, ni le prosélytisme de l'indépendance des peuples, ni le fanatisme religieux, ni l'enthousiasme du . patriotisme, aucun de ces mobiles n'avait poussé les alliés à s'armer. Immédiatement nationale pour la Turquie, la guerre avait, à leurs yeux, une portée plus haute. L'avenir de l'équilibre européen était menacé par l'ambition des czars. Champions de cet équiUbre, la France et l'Angleterre, sans passion, avaient juré d'arrêter les empiétements de la Russie, et sa marche occulte sur Constantinople , d'où elle trônerait un jour sur la Méditerranée et prétendrait à la domination universelle. Comment atteindre le but? En fermant à jamais è ses flottes le chemin du Bos^hoore. Posé en ces simples termes, le problème, stratégiquement parlant, n'admettait pas d'autre solution que la destruction de

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la souveraineté moscovite da^s k mer Noire, «'est-^KUre Tanéantissement de Sébastopol, l'âme de cette souveraineté. Près de six ïnois de réflexion, d'expériences, d'indécisions, s'écoulèrent avant de se déterminer.

Le 18 juillet, le conseil des amiraux et des fi^énéraux en chef se réunit, sous la présidence du marécnal, pour discuter les bases de l'expédition. Les officiers anglais, soit conviction, soit consigne reçue, votèrent l'action immédiate à l'unanimité. L'amiralHamelinhésita devantles dhances d'un échec et la trop lourde chaîne qui, le cas échéant^ reviendrait à la marine. L'avis du maréchal n'es tait plus un mystère. Toutefois, selon lui, Sébastopol ne céderait pas avant deux mois de siège. Dans l'intervalle, l'armée de secours entrerait infailliblement en ligne et l'on n'en viendrait à bout qu'au prix de plusieurs batailles.

On examina aussi le plan d'une descente simultanée àPérécopou en Circassie. Le chef fiançais combattit avec vigueur l'idée d'un coup de main sur Pérécbp, parce que des bancs de sable, reconnus, défendraient aux bâtiments de s'approcher de la côte; parviendraiton à conquérir l'isthme entiète, les fièvres en rentraient le séjour trop mortef à l'armée de débarquement, et sa défense coûterait trop de sacrifices, sans résultat décisif, la route de Pérécop n'étant pas la seule voie ouverte aux approvisionnements de la Crimée. Le maréchal approuva, au contraire, le projet de tendre la main aux tribus de Circassie. Deschefe du pays, récemment arrivés à Varna, lui avaient promis le concours de Sdiamyl, et il ne désespérait point, en jetant quelques troupes à Anapa, de détruire la puissance russe, chan^ celante dans le Caucase.

Mais ce programme de diversion fut ajourné, on ne s*occupa que de Sébastopol; et une commission d'offi.ders spéciaux fut désignée pour aller, sans délai, étudier le httoral de la Crimée, jusqu'à trois lieues au nord et au sud de la ville qu'on se proposait d'assiéger.

Le Choléra approchait à grands pas ; dès demain, chaque jour de plus resté à Varna, équivaudra à la perte d'une bataille sanglante. Les délégués msent donc sur-

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