‹ Journal inédit, 1614-1620, publ. et annotéChapitre 42 sur 95 · Le Roy part de Bordeaux, fait Noël à Aubeterre · texte numérisé non relu

Le Roy part de Bordeaux, fait Noël à Aubeterre

M. de Monglat5 est tort en duel par M. de Vitry. Querelle : M. de Vitry jurant dans la chambre de

Décembre.

conseiller d'Etat, lieutenant général des armées du Roi, lieutenantgénéral au gouvernement d'Orléans.

4 Catherine de Lorraine, fille de Charles de Lorraine, duc de Mayenne, le célèbre chef de la Ligue.

3 Voy. Pontchartrain, p. 115 ; Richelieu, p. 279; Fontenay-Mareuil, p. 323 ; Mère. fr.n t. iv, p. 365.

1 Voy. Fontenay-Mareuil, p. 321.

4 Voy. Pontchartrain, p. 120-121 ; Richelieu, p. 280 ; Fontenay- Mareuil, p. 323 ; Merc. /h, t. iv, p. 367.

5 On lit par erreur dans le manuscrit Mont fort au lieu de Monglat que je rétablis.

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Décembre un. M. de Guise, M, de Guise luy dit : Tu ne te sçaurois

empeacher de jurer. Monglat ' , sur cela dit : Gomment s'en empescheroit-il , qu'il n'y a pas jusques à son aumosnier qui, en attendant la messe, ne s'amuse à jurer, M. de Vitry répondit : Et moy je vis hier le tien qui s'amusoit à plumer une poulie.

La charge de Grand Louvetier donnée à M. de la Roche-Guyon '*. Celle de premier Écuyer de Monsieur fut donnée au mois de septembre 1616 à M. de Losières, fils de M, de Thémines.

> M. de Rheims fait Cardinal.

Monsieur le Prince fait retirer son infanterie dans les ides d'Oleron3.

4 Robert de Harlay, baron de Monglat, grand louvetier de France on 1Ç12, mort en 1015, dit le Père Anselme, t viu, p. 706, des blessures qu'il reçut dans un combat singulier avec le seigneur de Vitry, son plus intime ami. Il mourut sans alliance, et le fils de sa sœur, Jeanne de Harlay, héritière de la baronnie de Monglat, mariée & Hardouin de Clerniont, seigneur de Saint-Georges, fut le marquis de Monglat, l'auteur des Mémoires.

2 François de Silly, duc de la Roche-Guyon, marquis de Guarchoville, grand louvetier de France à la mort du précédent en 1615, mort au siège de la Rochelle en 1628.

1 Arnauld d'Andilly (du moins dans la copie manuscrite que nous suivons) néglige de parler des affaires assez importantes qui eurent lieu en Champagne, pendant les mois de novembre et de décembre, entre les armées du Roi et celles des Princes. On en peut lire le récit dans le Merc. /h, t. iv, p. 380-387.

SOMMAIRE

Jakviul — Affaires entre l'année du Roi et celle des Princes. — • "Départ des députés de l'Assemblée de Nîmes. — Le Roi arrive à Poitiers. — M. de Candale se déclare de la Religion. — La Conférence de Loudun est décidée. — Disgrâce du commandeur de Sillery , de MM. de Lorme et de Guron. — La Cour arrive à Tours. — Accident dans la chambre du Conseil.

Février. — M. de Vendôme se prononce pour Monsieur le Prince. — Brouille entre M. de Vendôme et le marquis de Cœuvres. — Noms des députés â la Conférence de Loudun. — Mort de Montalte, médecin de la reine-mère, et de M. Fleurance, précepteur du roi.

Mars. — Affaire près de Château-Thierry, entre M. de Vitry et M. de Novion. — Nouvelles de la Conférence. — Retour de la maréchale d'Ancre à Paris. — Démêlés du marquis de Cœuvres avec les habitants de Crespy. — Nouvelles de l'armée et de la Conférence. — Retour du maréchal d'Ancre à Paris. — Le marquis de Bonnivet mis à la Bastille. — M. de la Vieuvllle achète de M. de Plainville la charge de capitaine des gardes. — Mort de M. Dollé.

Avril. — Rigueurs de M. d'Épernon en Limousin. — Mort de M. de Beau mont. — M. de Béthune envoyé en Italie. — Départ du maréchal d'Ancre. — Appel de M. de Vitry par le comte de la Suze. — Mort de M. de la Boulaye. — Les sceaux retirés au chancelier.

Mai. — Paix signée à Loudun. — Retour de la reine-mère à- Paris. — Arrivée du roi et de la reine dans la capitale. — M. du Vair garde des sceaux. — Les Princes viennent trouver le Roi a Paris* — M. Barbin nommé contrôleur général, le président Jeannin surintendant, et M. de Castille intendant des finances.

Juin. — Évasion de M. de Mareil. — Appel de M. de Montbason par le baron d'Anneval. — Le sieur de Beauveau, condamné â mort , tiré de prison par commandement du Roi. — Remontrances du Parlement. — Préséance contestée au garde des sceaux par le Parlement. — M. Mangot nommé secrétaire d'État contre la volonté de M. de Vil-

leroy. — Soulèvement contre le maréchal d'Ancre. — Le comte d'Auvergne sort de la Bastille.

Juillet. — Exécution do deux palefreniers du maréchal d'Ancre. —

Retour de quelques-uns des princes.

Août. — Arrivée de l'ambassadeur d'Angleterre au sujet du mariage

de Mme Chrétienne. — Réorganisation des Conseils du Gouvernement.

— Reddition de Péronne à M. de Longueville. — Démêlés entre Monsieur le Prince et le maréchal d'Ancre. — Ce dernier se retire à Caen. — Inimitié de M. de Guise et du maréchal d'Ancre. — La Reine-mère veut rétablir l'autorité du Roi.

Septembre. — Arrestation de Monsieur le Prince ; détails à ce sujet.

— Départ de MM. du Maine, de Bouillon et de la Trémoùille. — M. de Vendôme se sauve. — M. de Guise et M. de Joinville vont rejoindre les princes à Soîssons. — Départ de M. le président le Jay. — Pillage de la maison du maréchal d'Ancre. — MM. de Thémines et de Montigny nommés maréchaux de France. — Conduite de M. de Sully. — Mariage de MUe de Soissons avec M. de Longueville. — Le Roi va au Parlement faire vérifier la déclaration contre les Princes absents. — M. le comte d'Auvergne nommé général de l'armée du Roi. — Duel de M. de Brantes et de M. de Ryonne. — On envoie vers les princes pour traiter avec eux. — Conduite de M. de Nevers — Reddition de Chinon. — Retour de MM. de Guise et de Joinville — Mort de M. de la Chastaigneraye. — M. de Guise va à Soissons et obtient l'accommodement des princes.

Octobre. — Retour du maréchal d'Ancre. — Il se réconcilie avec M. de Guise. — Brouille entre M. d'Épernon et les Rochellois. —

— M. de Luynes grand fauconnier. — Le maréchal d'Ancre fait dresser des lettres d'érection de son marquisat en duché-pairie. — Mort de M. de la Chevalerie. — Maladie grave du Roi. — M. do Lesdiguières va secourir le duc de Savoie.

Novembre. — Changements dans les Conseils du Gouvernement. — Exécution de Boursier, accusé d'avoir voulu tuer la reine-mère. — M. de Lussay envoyé pour favoriser le passage du duc de Nemours en Savoie. — L'entrée de Reims refusée à Mm* de Nevers — M. de Nevers fait piller la maison de Si appartenant à M. de la Vieuville.— ' Bompar assassiné par Cusac. — M. de Blerancourt, gouverneur de Péronne, Montdidier et Roye. — Duel du duc de Rohannois et de M. de la Frezelière. — Le Roi exige que M. de Nevers rende justice à M. de la Vieuville. — Résistance opiniâtre de M. de Nevers. — Exa- ' men de cette affaire au Conseil d'État. — Les sceaux sont retirés à M. du Vair et donnés à M. Mangot. — M. de Luçon est nommé secrétaire. d'Etat à la place de M. Mangot. — Le maréchal d'Ancre

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part pour Rouen où il va tenir les Etats. — Le Hoi dauœ sou premier ballet. — MM. de Nevers et de Bouillon se fort i H ont. Décembre. — Retour du maréchal d* Ancre. — Le gouvernement de la Bastille enlevé à M. de Themines; sa conduite à ce sujet. — Mauvais état des finances. — Projets du Roi pour y pourvoir. — Opposition de la Cour des Aides. — Discours du garde des sceaux et do président Chevalier. — Sainte-Menehould repris à M. de Never£ — l«e gouvernement en est donné à M. de Fossez. — M. de Schomberg envoyé en ambassade extraordinaire en Allemagne.

1. M. de Guise fit une traiste de vingt lieiïes •"••"««•• »«««■ avec deux mille chevaux et cinq cens mousquetaires à cheval (M* de Boisdaufin menoit le reste de l'armée) , pour aller surprendre Monsieur le Prince et MM, du Mayne, de Longueville et de Buillon qui estoyent dans Saint-Maixant. — M. de Saint-Aignan ' , qui marchoit devant avec cinq cens chevaux-légers, rencontre les carabins de M. de Sully, puis les gardes de Monsieur le Prince ; les chargea, ce qui fut entendu, et donna l'alarme à Saint-Maixant. MM. le Prince, de Longueville et de Buillon sortirent, et M. du Mayne demeura pour assurer M. de Sully.

2. M. du Mayne, voulant avoir sa revanche, part avec deux mil chevaux, pour enlever le quartier des chevaux-légers du Roy, lesquels en ayant eu avis, se

1 Honorât de Beauvillier, comte de Saint-Aignan, né en 1579, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , conseiller d'Etat , inestrc de camp général de la cavalerie légère en 1611, commandant de la cavalerie de l'armée du Boi en 1615, lieutenant général du Berry en 1617. S'étant joint au parti de la Reine-mère, le comte de Saint-Aignan fut fait prisonnier au Pont-de-Cé en 1620, et privé de &a charge de mestre de camp de la cavalerie légère II mourut en 1622. Son fils fut premier duc de Saint-Aignan et membre de l'Académie française. (Voy. P. Anselme, t. iv, p. 795 ctsuiv.)

janvier i«6. retirèrent. M. de Praslin, croyant que M. duMayne mettroit pied à terre, et demeureroit quelque heure dans le bourg, pria M. de Guise de trouver bon qu'il allast attaquer l'escarmouche avec cent chevaux; que Ton envoyast après les chevaux-légers pour le soustenir, et puis que l'on fist marcher le reste de l'armée. Il y fut donc. M. de Fossez menoit les douze premiers, qui servoyent de courriers ; M. de Créquy' suivoit à trente pas avec vingt-cinq ou trente ; et M. de Praslin menoit après le reste. Ils trouvèrent M. du Mayne deslogé ; s'il y eût encore esté, M. de Praslin estoit taillé en pièces.

4. Les députez de l'Assemblée de Nismes, qui avoyent voulu parler au nom des députez de l'Assemblée générale de Nismes, ayant seulement esté entendus au nom de l'Assemblée de Nismes % sur l'instance de*M. de Thianges3, qui, sur ce qu'on ne les voulôit point ouïr du tout, dit ne pouvoir retourner

1 Chartes, sire de Crëquy et de Canaplés, prince de Poix, depuis duc de LesdigHières, comme héritier du connétable son beau-père, pair de France, lieutenant général du Dauphiné, mestre de camp du régiment des gardes en 1604, blessé au siège de Saînl-Jean-d'Angely, maréchal de France en 1621, ambassadeur à Rome en 1633, tué d'un coup de canon en 1638, dans un combat contre les Espagnols.

* « Enfin le baron de Thi anges dit au Roy qu'il né pou¥oît retourner vers Monsieur le Prince, que ceux de ladite Assemblée n'eusseat présenté leurs lettres à Sa Majesté, et qu'ils ne fussent ouys : Cela leur fut accordé, comme députez de l'Assemblée de Nismes, mais non de l'Assemblée générale de ceux de la religion prétendue reformée. » {Merc. /7\, t. iv, 2* partie, p. 5.)

3 Charles Damas, baron puis marquis de Thianges, maréchal de camp, lieutenant général en Biessc, capitaine de cinquante nommes d'armes, mort en 1638.

d'arnauld d'andilly. iâ5

vers Monsieur le Prince, qu'ils n'eussent esté ouïs, *»*«« mm. ledit jour donc partirent lesdits députez de la Rochefoucaud où le Roy estoit, pour retourner à Nismes en l'Assemblée ; et MM. de Nevers et l' ambassadeur d'Angleterre ' sont aussi partis le mesttie jour pour retourner vers Monsieur le Prince4.

6 ou 7. Le Roy arrive à Poitiers.

7. M. de Praslin ayant eu avis que les régimens de Desostels, Basme et Villarceaux* estoyent logés à Nanteûil , à une lieûe de Saint-Maixant, va luy quatorze ou quinzième en pourpoint (dont M. de Feûquière4 en estoit l'un) les charger dans leur logement, enfonce leur barricade, taille en pièces

1 L'ambassadeur d'Angleterre Edmond avait été chargé par son Souverain de s'offrir pour arbitre entre le roi et Monsieur le Prince et de chercher à leur faire faire ia paix.

2 Voy. Merc. fr., t. iv, 2e partie, p. 2-18. M. de Thianges avait été envoyé vers le roi par le .prince de Cohdé pour'lui proposer la tenue d'une Conférence dans laquelle des député* de l'en et de l'autre parti traiteraient des conditions de paix. Cette proposition fut acceptée. Le Mercure entre dans de grands détails à ce sujet. On y trouve la lettre de Monsieur le Prince au roi et la réponse du roi qui est très-belle. Voy. aussi Richelieu, p. 285.

^ Nicolas de Moroay, seigneur de Villarceaux, mestre de camp en l'armée de Monsieur le Prince, mourut à Saint-Maixant, lors du Voyage de Poitou en 1616. (P. Anselme, t. vi, p. 292.)

4 Menasses de Pas, marquis de Feûquière, né en 1590^ lieutenantgénéral, fait prisonnier au siège de la Rochelle, ambassadeur en Allemagne, lieutenant-général des gouvernements de Metz et de Toul es 1631 , de celui de Verdun en 1636, commandant en 1639, au siège de Tbionville, où il eut le bras cassé, fut fait prisonnier et mourut en 16&6. On a publié ses lettres et ses négociations pendant son ambassade en Allemagne en 1633 et 1634. Récemment on a édité la Correspondance des Fe uquière. Le marquis de Feûquière était cousin par alliance d'Araauld d'Andilly.

Iâ6 JOURNAL INÉDIT

jamier tm. ceux qui la défendoyent. Les autres se sauvent dans l'église et à la fuite. Il prend quatre enseignes. MM. de Vitry et de Bressieux donnèrent par un autre costé \

10. M. de Candale se déclare de la Religion à Àlez, en l'Assemblée des églises des Sévenes et Gevaudan2.

15. M. de Brissac3 et M. de Villeroy partent pour aller trouver Monsieur le Prince à Niort, pour résoudre quelques articles qui restoyent en difficulté et convenir du lieu et des personnes de la Conférence. Ils le trouvèrent à Fontenay. Le Conseil se tenoit à Tentour du lit de M. de Buillon qui avoit la goutte. Trêve résolue pour le mois de février. Conférence à Loudun le 10 février, et autres articles portez par la trêve4.

Disgrâce de M. le Commandeur de Sillery, de M. de Lorme et de M. de Guron5. M. de Fossez revient à Paris avec luy, dont la Reyne s'offença, et

* Voy. Merc. /h, t iv, 2e partie, p. 18; Pontchartrain, p. 124. 2 Voy. PontchartraiH, p. 124.

s Charles de Cossé, II" du nom, duc de Brissac, gouverneur de Paris pour la Ligue en 1594, maréchal de France en 1594, duc et pair en 1611, grand pannetier et grand fauconnier de France, mort en 1621.

* Voy. Merc. /h, t. îv, 2* partie, p. 19. Le Mercure rapporte en entier le traité préliminaire -en onze articles par lequel il fut décidé que la Conférence aurait lieu à Loudun le 10 février et qu'il y aurait une suspension d'armes. Voy* Richelieu, p. 285 ; Pontchartrain, p. 125.

5 Gabriel de Rechignevoisin, seigneur de Guron. Il fut souvent chargé d'importantes missions, notamment lors du siège de Montauban, auprès des rebelles auxquels il fit accepter les conditions proposées par le {loi; une autre fois auprès du duc de Lorraine; et lors du siège de Casai, auprès du Pape et des Vénitiens.

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ne l'ayant voulu voir lorsqu'il la fut retrouver à Tours, il se retira à sa maison d'où il ne bougea jusques à quelque peu auparavant la prise de Monsieur le Prince que la Reyne le manda et luy fit trèsbonne chère '.

15. Leurs Majestez partent de Poitiers pour aller à Tours. Le plancher de la chambre de la Reyne, où elle tenoit le Conseil à Tours, s'estant enfoncé pour la plus grande part, M. le comte de Soissons tomba, M. d'Espernon, M. de Villeroy, le marquis de Villaine2 (bien blessé), M. de Bassompierre et plusieurs autres. L& Reyne ne cheut point, ni MM. le Chancelier, président Jeannin, de Pisieux, etc. 3.

Jaavter Ui«.

4. M. de Bullion arrive à PaTis ayant esté renvoyé de la Cour.

M. de Vendosme qui avoit levé des gens de guerre avec des commissions du Roy ^t tiré toutes ses armes de Paris avec des passe-ports de Sa Majesté, disant qu'il vouioit aller au devant du Roy pour le servir, se trouve avoir assemblé jusques à six ou sept

Février.

* Voy. Pontchartrain, p. 127.

2 Brandelis de Champagne, marquis de ViUaines, conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du Roi, chevalier du Saint-Esprit en 1599.

* Voy. Mère, /r., t. iv, p. 24. Suivant le Mercure, le Roi partit de Poitiers le 21. L'accident eut lieu à l'hôtel de la Bourdaisière, où la reine-mère était logée. Suivant Fontenay-M areuil , p. 328, c'est aussi le 21 que le Roi partit de Poitiers. Voy. Fonteoay-Mareuil, p. 329 ; Richelieu, p. 286; Pontchartrain, p. 128.

Février t««. mille hommes de pied et sept ou huit cens chevaux. Le Roy connoissant que ce n'estoit pas ea intention de bien faire, envoyé vers luy M. de Yignolles ■ qui rapporte à la Cour plusieurs demandes de M . de Vendosme , et entre autres, d'avoir des commissions pour ceux des siens qui avoyent levé sans commission* M. de Vignolles le retourna trouver avec con-> tentement sur ce sujet et plusieurs autres* Néantmoins, il persiste toujours et augmente ses forces du débandement de l'armée du Roy et de celle de Monsieur le Prince, s'avance en Bretagne et fait mine de vouloir attaquer Nantes. On envoyé à Chantecé un héraut d'armes le 6ommer de désarmer, lequel parle à luy couvert, M. de Vendosme- ayant la teste nue. M. de Vendosme, après trois ou quatre heures de temps qu'il demanda pour penser à sa réponce , dit qu'il estoit très-humble serviteur du Roy, et qu'il avoit pris les armes pour venger la mort du feu Roy, et que ses intérests estoyent joints à ceux de Monsieur le Prince **

1 Bertrand de Vignolles, dit La Hire, marquis de Vignolles, capitaine des gardes d'Henri, roi de Navarre, conseiller d'Etat, lieutenant général en Champagne, capitaine de cent hommes d'armes, premier maréchal de camp des armées d'Henri IV et de Louis XIII, né en 1566, se signala en 1587 à la bataille de Coutras, en 1590 à celle d'Ivry, au siège de Rouen en 1592, en Béarn en 1621, fut premier maréchal de camp au siège de la Rochelle en 1628, se distingua dans la campagne de Savoie en 1630, eut en 1632 le commandement de plusieurs provinces en l'absence du prince de Condé, et mourut en 1686. {Voy. P. Anselme, t. n, p. 145.)

* Poy. Merc, /h, t. rv, p. 38. Le récit du Mercure confirme entièrement celui d'Arnauld d'AndiHy. Voy, Fontenay-Mareuil, p. 830-331 ; Richelieu, p. 286; Pontehartrain, p. 126 et 133.

d'arnauld d'andilly. 139

M. le Marquis de Cœuvres f ne s'estoit point dé- v**** «««. claré en faveur de Messieurs Les Princes; mais néantmoins témoignoit estre mal-content de ce que Ton ne remploient point, de ce qu'on ne le faisoit point servir en la charge de Maistre de la garderobbe de Monsieur, etc. Enfin M, de Vendosme armant, il l'alla trouver avec trois ou quatre cens chevaux qu'il leva salis commissions du Roy \ et qu'il avoit fait ceste levée pour témoigner qu'il n'estoit pas si peu capable de servir que Ton vouloit le faire croire. M. de Vendosme s'estant déclaré contre te Roy, on tâcha à la Cour de désunir d'avec luy M. de Cœuvres ; et enfin on le fit On tient que le vray sujet qui fit qu'il quitta M. de Vendosme vint sur ce que M. le marquis de Cœuvres dit à M. de Vendosme que Bocage, son secrétaire , luy donnoit de très-mauvais conseils et le perdoit. M. de Vendosme luy répondit que Bocage estoit fort homme de bien et qu'il ne trouvoit nullement bon qu'il en parlast ainsi. Sur quoy M. de Cœuvres répliqua que Bocage estoit un coquin qui le perdoit^ et M. de Vendosme répondit: mon oncle*, n'en parlez pas davantage ; je .le tue-*

1 Franco» An ni bal, marquis de Cœuvres, puis duc d-Estrées, évèque de Noyons eu 1694, embrassa la profession des armes en 1597, gouverneur de Tlsle de France, de Soissons, de Laon, ambassadeur en Savoie en 1614, à Rome en 1621, en Suisse en 1626, maréchal de France en 1626» de nouveau ambassadeur à Rome en 1636, iluc et pair en 1668, fit la fonction de connétable au sacre de Louis XlV en 1656, mort en 1670.

2 11 y a probablement un membre de phrase passé dans le manuscrit. * Le marquis de Cœuvres était frère de Gabrielle d'Estrées, mère du

duc de Vendôme.

140 JOUKNAL liNÉDIT

Février m%. neray en croupe partout où vous voudrez. M. le marquis de Cœuvres repartit : Monsieur, si un autre que vous me disoit cela, je le quitterois. Et après cela, il le quitta, et dit qu'il ne vouloit pas retourner à la Cour, pour ce que les affaires de M. de Vendosme estant en assez mauvais termes, il eust semblé qu'il eust voulu profiter de son malheur. Et ainsi s'en revint à sa maison de Cœuvres, et passa par Paris où il ne vid personne. On dit qu'il receut lettres du Roy qui luy mandoit qu'il luy avoit fait un très-agréable service; qu'il le reconnoissoit ; qu'il tinst ses trouppes ensemble, et qu'il les mist en garnison en la ville de son gouvernement qu'il aviseroit. Pendant son absence, Beauregard, son lieutenant à Laon, avoit pris de l'argent dans les coffres et y avoit mis au lieu des blancs de M. le Marquis de Cœuvres.

Conférence remise au 15. MM. de Brissac, de Villeroy, de Thou, de Vie et de Pontchartrain y vont pour le Roy.

MM. le Prince, du Mayne, de Longueville, de Buillôn, de Sully, de la Trémoille,de Rohan, de Soubise, de Candale, de Tingry, de Thianges, députez de l'Assemblée de Nismes, y estoyent. (Des Bordes-Mçrcier ayoit sa voix dans le Conseil des Princes. )

Mme la Princesse douairière de Condé\ Mme de

1 Charlotte Catherine delà Tremoille, veuve de Henri de Bourbon, Ier du nom, prince de Condé, morte en 1629.

D'ARïVÀULD D*ANDrLLY. 141

Longuevillé, M"' de Rohan la douairière • et Mm* de *«**« tut Rohan la fille * y estoyent aussi.

M. l'Ambassadeur d'Angleterre Edmond5, M. le Comte de Soissons, Madame sa mère; M. de Nevers et Mm€ de la Trémoille (qui s'est toujours très-bien conduite en toutes ces affaires-cy, et mesme a esté remerciée par le Parlement de Rennes) y assistoyent \

Monsieur le Prince dit qu'avant qu'entrer en Conférence, il demandoit deux choses, Tune, que M. de Vendosme fust receu à la Conférence, et l'autre, que la trêve fust prolongée pour tout le mois de mars ; autrement, qu'il vouloit rompre. Sur cela, grande contestation.

On envoyé vers le Roy. Enfin, M. de Vendosme est receu à venir à la Conférence, et la prolongation de la trêve accordée jusques au quinze mars. Convenu que Monsieur le Prince fera office envers

1 Catherine de Parthenay, dame de Soubize, veuve de René II, vicomte de Rohan, depuis 1586* morte en* 1631.

2 Marguerite de Béthune, fille du grand Sully, mariée en 1605 au duc de Rohan, morte en 1660.

3 Sir Thomas Edmondes, habile diplomate, fut chargé de négociations importantes et fut plusieurs fois envoyé comme ambassadeur eo France. Il se fit aussi remarquer au Parlement pendant le règne de Charles Ier, et mourut en 1630. On a publié sous le titre de Vue historique des négociations entre les Cours d'Angleterre, de France et de Bruxelles de 1502 à 1617, des extraits de douze volumes in-folio de sa correspondance et de ses papiers. (Foy., dans la Biographie Michaud, l'article de Suard sur ce personnage.)

4 Voy. Merc. fr.y t. tv, p. 43. M; de Tingry est M. de Luxembourg, duc de Piney, prince de Tingry. Voy, aussi Fontenay-Mareuil, p. 331 ; Pontcharlrain, p. 134.

-?ewier i««. M. de Vendosme pour le faire désarmer, au moins pour la plus grande partie* et que ledit sieur de Vendosme retirera toutes ses forces de Bretagne , et les pourra mettre au Mayne, Anjou, Perche et Normandie ; que les contributions seront réglées, etc. La Conférence se commence. Les députez du Roy estoyent ceux qui sont nommés ey-dessus, et les députez de Monsieur le Prince estoyent

. Environ le 15. Mort de Montalte, juif, médecin de la Reyne-mère, Mort de M, Fleurance, précepteur du Roy.

Mars. 1er. La trêve estant expirée à minuit, et la pro-

longation n'estant point publiée en Brie, M. de Yitry ayant assemblé trois cens cinquante cuirassiers (dont il y en avoit deux cens cinquante gentilshommes de Brie) , trois cens carabins et cinq cens hommes de pied des garnisons de Saint-Denis. . , . . La Ferté-Milon , etc. charge , près de Chasteau-Thierry , un nommé Novion (qui «st celuy qui a pris M. de Forges et Grangemenant ) , lequel avoit avec luy trois cens chevaux, dont il y en avoit quatre-vingt des gendarmes de M. de Luxembourg, les met en fuite, en tue quinze, en prend prisonniers cinquante ou soixante. Les soldats gagnèrent cent vingt chevaux, des armes et de l'argent que ces médians avoyent exigé du peuple. Novion se sauva à la fuite. A dix heures du matin, la trêve fut signifiée par un trompette à M. de Vitry, lequel renvoya les prisonniers.

d'aanauld d'andilly. 143

2. Les affaires estant en fort bons termes à la m«* i«*. Conférence, M. de Vendosme y arrive, lequel avec

les offres qu'il leur fit, s'efforça de porter les affaires à la guerre, et changea toute la face des affaires. Mais une visite de quatre heures que Monsieur le Prince fit chez M. de Yilleroy, remit toutes choses en pareil train qu'auparavant On tient que Monsieur le Prince, M. du Mayne, M. de Buitlon sont portez à la paix, et le reste à la guerre, principalement ceux de la Religion.

3. MmB la Maréchale d'Ancre part de la Cour avec ses en fans et arrive à Paris le lundy 7. On tient qu'elle venoit pour faire opiniastrer son mary à nepoint quitter la citadelle d'Amiens, pour estre rasée. Elle manda son mary, qui ne vint point, s' excusant sur un mal de gorge. Elle se logea dans le Louvre, ce qui fut trouvé fort étrange, et fut trois ou quatre jours sans vouloir voir presque personne.

Les affaires de la Conférence estant en assez mauvais termes, Monsieur le Prince y entra, ce qu'il n'avoit point fait auparavant, et en trois séances,. avança plus le traitté que l'on n'aist fait en trois mois. La trêve prolongée jusqu'au 25 mars.

7. MM. de Nevers, de Brissac, Villeroy et Pontchartrain arrivent à Tours , ayant laissé MM. de Thou et de Vie. Au commencement de ce mois, M. de Guise témoigna à la Reyne qu'il estbit trèsmal content de ce qu'elle tenoit des Conseils secrets ; et Ton disoit le 2 que le Roy luy avoit commandé de se tenir prest pour se mestre en campagne le dixième.

Manieie. 13. MM. de Nevers, de Brissac et de Pontchar-

train retournent à la Conférence chargez des volontés du Roy.

16. M. le Marquis de Gœuvres, Lieutertarit-général au gouvernement de l'Isle de France (qui durant ces derniers mouvemens avoit exempté Crespy de garnison et de passage de gens de guerre) approchant de Crespy avec quelques gens, les habitons envoyèrent quatre d'entr'eux luy faire toutes sortes de complimens, et mesme luy offrir d'entrer dans la ville. À quoy il leur répondit que, puisqu'ils se mettoyent en ce devoir, il oublioit la faute qu'ils avoyent faite de luy témoigner cy-devànt qu'ils ne désiroyent pas qu'il entrast dans leur ville, lorsqu'il alla trouver M. de Vendosme. Et que puisque ainsi estoit, il passeroit dans Grespy avec quelques uns des siens. Sur cela* ils le prièrent de ne vouloir point entrer dans leur ville , à cause que quelques uns des habitans pourroyent entrer en appréhension. Sur quoy il se mit en colère, retint les quatre députez prisonniers , et s'en alla loger avec ses trouppes, dans le faubourg de Crespy, et ainsi, avec cent vingt chevaux-légers qu'il avoit, et cinquante ou soixante carabins, assiégea les habitans. Le 18, nouvelles de cela arrivent à Paris. Messieurs du Conseil envoyentM. Déagent1,

1 Guischard Déageant, recommandé à M. de Luynes par Arnauld d'Andilly, fut d'abord commis de Barbiu, puis secrétaire du roi et intendant des finances. Il obtint une grande faveur et joua, pendant quelque temps, un rôle assez, considérable. Disgracié, il fut longtemps enfermé à la Bastille, obtint sa liberté et fut relégué dans le Dauphiné, sa province, avec la charge de premier président de la chambre des

d'abnauld d'andilly. U5

secrétaire du Roy, vers M, le Marquis de Cœuvres Mamim. et vers les habitais, avec lettres de créance. Le 19, M. Déagent estant arrivé, trouva que Ton tiroit de part et d'autre; que les babitans avoyent fait une sortie en nombre de vingt-cinq, avoyent perdu un des leurs, et tué deux de M. le Marquis de Cœuvres ; que depuis, il y avoit eu encore deux des habitans tuez, et quelques-uns de M. de Cœuvres blessez ; et que M. le Marquis de Cœuvres faisoit provision de pétars, échelles, mantelets, instrumens de sappe, et autres choses, pour forcer la ville ; qu'il avoit envoyé quérir deux cens hommes de pied à Laon , d'où il menaçoit de faire venir du canon. M. Déagent, après avoir représenté tout ce qui se pouvoit au dit Marquis , sur ce sujet , et luy avoir ouvert plusieurs ex-* pédiens, enfin, il se ferma à un , qui estoit que Messieurs du Conseil qui estoyent à Paris, luy envoyeroyent tel nombre de gens de guerre qu'ils aviseroyent, avec lesquels il entrerait, seul de sa trouppe, pourvu que l'on baillast aussi un prévost , pour faire prendre trois ou quatre des habitans, les plus mutins, qu'il nommeroit. M. Déagent tâcha de faire en sorte d'amener les habitans à cela (sans leur parler toutefois du prévost), mais il n'en put tirer autre chose,

comptes de' Grenoble, qu'il exerça jusqu'à sa mort arrivée en 1626. Déageant a laissé de courts Mémoires adressés au cardinal de Richelieu sur quelques événements de son temps. Cet ourcage, publié en 1668, n'offre qu'un médiocre intérêt, mais il est bon à consulter^ principalement sur la mort du maréchal d'Ancre, événement -auquel Déageant prît une part plus importante qu'honorable. Arnauld d'Andilly s'explique longuement sur ce personnage dans ses Mémoire».

146 JÔttANAL INÉDIT

Mars me. sinon qu'ils iroyent porter les clefs des portes audit sieur marquis, et luy faire toutes les soumissions qu'il sçauroit désirer, pourveu que ni luy ni aucun des siens n'entrassent dans la ville. Ainsi, M. Déagent revient le lundy 21. On prend quatre résolutions au Conseil : la première , de renvoyer le lendemain de grand matin M. Déagent avec nouvelles lestres de créance ; la seconde, d'envoyer M. de Vilaine à la Cour, pour rapporter lestres du Roy à M. de Cœuvrès, portant qu'il face retirer promptement ses trouppes de devant Grespy, et qu'il rende les quatre prisonniers qu'il tient , et que l'oft luy fera justice de ceux des habitans de Grespy qui ont manqué à leur devoir envers luy ; la troisième , de faire donner arrest au Parlement portant qu'il sera envoyé un conseiller de la Cour , sur les lieux , pour informer contre ceux des habitans qui peuvent avoir failly au respect qu'ils luy doivent , et cependant enjoint à luy de retirer ses trouppes ; la quatrième, de faire avancer M. de Ville-Gomblin en diligence avec sa compagnie (qui est aux faubourgs de Manse), vers Creil, pour de là, avec des compagnies de Saint-Dénis, de la Ferté- Milon et autres* s'aller jester «dans Crespy, s'il en estoit besoin. Tout fut exécuté , excepté qu'à cause qu'il estoit le lendemain mardy procession générale, on ne donna point d? arrest au Parlement. Mais Monsieur le Premier Président écrivit à M. le Marquis de Cœuvres, et Monsieur le Procureur gééral aussi. Messieurs les Prévost des marchans et Eschevins allèrent ledit jour lundy, trouver Mme la Maréchale

d'arnàuld d'andilly. 147

de Balagny \ sœur de M. le Marquis de Cœuvres, et *•« mu luy dirent que Paris estoit en telle rumeur de ceste affaire que si son frère ne quittait ce siège, il luy en pourrait arriver quelque chose qui luy apportèrent du déplaisir. Le 22, M. Déagent part le matin, comme il avoit esté avisé, M. le Vicomte de Sardiny 2, intime amy de M. de Gœuvres part aussi en poste, à la prière de Messieurs du Conseil, avec lettres de créance audit sieur Marquis. Les lettres portoyent que les habitans avoyent grandement failly, et qu'ils méritoyent d'estre punis, mais que ce n'estoit pas par cette voye qu'il les faloit chastier. Cestoit trop accuser ces pauvres habitans , veu que leur faute estoit fort excusable ; mais il le faloit faire ainsi pour contenter ledit sieur Marquis qui se servoit de cette lettre pour montrer à ses amis (ainsi que l'événement le fit connoistre, car il témoigna A M. Déagent en estre très-satisfait, et mesme le pria de la montrer aux habitans ; et au contraire , estre trè6-mal content des lettres de Monsieur le Premier Président et du Prévost des marchans) . MM. de Sardiny et Déagent, qui arrivèrent en mesme temps à Crespy, trouvèrent que par l'entremise de MM. de la Borde et de Billemont, M. le Marquis de Cœuvres avoit capitulé avec les habitans, à condition qu'ils luy bail-

* Diane d'Éstrées, sœur dé Gabrielle d'Estrées et du marquis de Cœuvres, veuve depuis 1603 de Jean de Montluc, seigneur de Balagay , maréchal de France.

* Scipion Sardini, noble Lucquois, vicomte de Buzancy, baron de Chaumont-sur-Loire ? (Voy. Bayle sur le mot Limeuil.)

148 JOUJRNÀL INEDIT

su» nie. leroyent 1500 écus ; qu'il entreroit avec dix gentilshommes et quinze de ses gardes ; que les portes de la ville seroyent gardées par soixante mousquetaires de la garnison de la Ferté-Milon, qui sont entièrement pour le service du Roy ; que les habitans luy feroyent des excuses ; et qu'ils ne paroistroyent point armez ( toutefois ils se tinrent armés par trouppes dans des maisons) ; qu'il iroit à la messe , feroit un tour par la ville, et puis sortiroit. Cela fut exécuté le 23 au matin , nonobstant qu'il y eust eu grande contestation entre les habitans, pour ce que la populace ne vouloit point tenir ce que les principaux avoyent fait, ni bailler d'argent. M. le Marquis avoit dessein de les forcer. Il avoit fait venir cent cinquante hommes de pied, et avoit mesme fait solliciter la garnison de Soissons, et en cas, il se fust précipité et déclaré pour Monsieur le Prince. Et ce qui le fit résoudre à la capitulation , fut une lettre que Mme de Balagny, par l'avis de M. Déagent , luy envoya toute la nuit, le 21, par laquelle elle luy mandoit' que s'il s'y opiniastroit, on luy feroit lever honteusement le siège par force, comme on eust fait M. Déagent, le 26, va à la Cour, à la prière de M. le marquis de Gœuvres, et requis par Messieurs du Conseil pour justifier l'action dudit sieur Marquis.

Trêve continuée jusques à Pasques.

Tartas pris de nuit, par surprise, par M. de Grammont et démantelé \

1 Voy. Merc. fr., t iv* p. 76.

d'arnauld d'aindilly. i/il)

±2. M. de Pontchartain arrive de Loudun à la "m» m«. Cour, touchant quelques points en difficulté. Retourne le vendredy 25. Aussitost, Monsieur le Prince envoya lesdits articles à la Rochelle, en rassemblée de ceux de la Religion qui l'avoyent là transportée de Nismes.

26. M. de Manicamp f , gouverneur de la Fère pour M. de Yendostne, ayant eu quelque huit jours auparavant commandement sur commandement de M. de Vendosme, enfin, le vendredy 25, fit entrer la nuit dans la citadelle deux cens hommes des garnisons de Messieurs les Princes. Le lendemain, comme le lieutenant de M. de la Serre2 estoit allé hors la ville en dévotion au mont du Calvaire , et que ses enfants eurent mené à la chasse le lieutenant de M. de Villegaignon, il fit sortir par force les soldats des dites deux compagnies , lesquelles ne dévoient estre que de cinquante hommes chacune. M. le Marquis de Cœuvres, ayant sceu cela à quatre heures du soir à Paris le lendemain dimanche 27, partit à Fheure mesme pour aller à la Fère*

27. M. le Maréchal d'Ancre arrive à Paris, loge en sa maison proche le Louvre, dit à tout le monde qu'il ne tiendroit point à la citadelle d'Amiens que la paix ne se fist, et qu'il estoit tant obligé au Roy,

1 Achille ou Philippe de Longueval, seigneur de Manicamp, gouverneur de Coimar et de la Fère.

2 Jean- Jacques de Montesquiou, seigneur de la Serre, connu sous le nom de capitaine de la Serre, capitaine puis lieutenant-colonel du régiment de Vaubecourt?

Mare taie. à la Reyne et à la France, qu'il baillefcoit non. seulement ses biens, mais sa vie, etc., *. ' 28v M* le Maréchal d'Ancre fait mettre à la Bastille le Marquis de Bonnivet, qui àvoit esté prison-* nier à Calais, longtemps auparavant ♦ pour avoir esté en Angleterre pour Monsieur le Prince eoritre le service du Roy \

29 ou 80. MM. de Chevry et de FlexèHea8 partis pour aller à Loudun* On dit que c'estoit pour porter de l'argent afin de licencier leà trouppes. Retournez à la Cour le * On dit que la Reyne fut fort

en colère contre M- de Villeroy de ce qu'au lieu de traitter le point de Picardie le premier, il l'avoit resserve pour le dernier. Cet article de la citadelle d'Amiens a tenu la paix fort longtemps en incertitude, car M. de Longueville s'opiniastroit à la faire raser ou à l'oster au moins au Maréchal d'Ancre ; et la Reyne luy offrôit le gouvernement de Normandie avec le chasteau de Caen, Dieppe et le Pont de l'Arche; ce que Mtte de Longueville sa mète, Mon*sieur le Prince, M. du May ne et M.- de Ruillon luy conseilloyent d'accepter; mais il ne le leur vouloit point acdorder, disant que pour l'amour d'eux, il quitteroit tout ce qui ne regardoit que son bien et mesme sa vie ; mais qu'il n'y a Voit rien au monde

*- Voy. Mire, fr., t. iv, p. 73, la lettre du maréchal d'Ancre à la reine-mère au sujet de la citadelle d'Amiens que lés rebettes voulaient faire raser.

4 Voy. Mère, fr.^ t; iv, p. 73.

1 Le sieur de Flesselles, secrétaire du conseil.

d'ariuuld d'andillv. 151

qui luy pût faire faire chose contre son honneur ainsi m*» mm. qu'estoit cela , veû qu'il y alloit de la parole qu'il avoit donnée aux Picards. On dit qu'il avoit une fois demandé que Ton mist dans ladite citadelle ou M. de la Curée ou M. de Montigny ' ou M. de Praelin. Depuis, on dit que le Roy y vouloit mettre M. de Luynes; ce qu'on dit que M. de Longueville consentit. Et que sur. cela, M. du Mayne répondit : Je pense que voua estes fou d'aymer mieux le simple gouvernement de Picardie que la Normandie avec les places que l'on vous y offre. A quoy M. de Longueville ayant répliqué qu'il estoit fort homme de bien, M. du Mayne répondit : Je ne doute point que vous ne soyez fort homme de bien, et ce que j'en ay dit n'a nullement esté pour vous offencer, mais pour ce que j'affectionne vostre bien plus que vous-mesme. Et ainsi cela se passa. M. de Buillon et Monsieur le Prince témoignèrent aussi à M. de Longueville, improuver extrêmement le conseil qu'il prenoit sur ce sujet. On dit que M. du Mayne fut dix jours sans voir M ♦ etM°" de Longueville. Je ne sçay si ce fut devant ou après cecy 2.

* François de la Grange, seigneur de Mentigny, gentilhomme de la Chambre, capitaine des gardes sous Henri III, gouverneur du Berry, roestre de camp général de la cavalerie légère, se signala à la bataille de Coutras en 1587, ou il fut fait prisonnier par le roi de Navarre, servit au siège de Rouen en 1592, fut aux combats d'Aumale et de Pontaine-Française en 1595, au siège d'Amiens en 1597, gouverneur da Paris et de Mets en 1*03, maréchal de camp dans l'armée du duc da Quise «a 1615, maréchal de France en 1616, mort en 1617* (foy. P. An* selme, t. vu, p. 424.)

* Foy. Mm. /►., *• **i P* 55* *»• longue remontrance adressée au roi pour le prier de faire raser la citadelle d'Amiens.

Murs i«t«. Le chasteau de Lombez, en Albigeois, surpris par

le vicomte de Panât, huguenot, La ville estoit tenue par ceux de la Religion et le chasteau par le Roy. On a dit depuis que ce vicomte n'estoit entré que dans la vHle, laquelle est huguenotte.

M. le Marquis de la Vieuville ' achète de M. de Plainville soixante-quatorze mil ecus la charge de capitaine des gardes. Il a dispute avec CorniHan.

30. Mort de M. DoUé, à quatre heures du matin. Il avoit esté malade quatorze jours. Lorsqu'il tomba malade, la Reyne se confioit plus en luy des affaires d'Estat qu'en nul autre. Il estoit fort bien avec Monsieur le Prince, lequel lui avoit fait dire par l'abbé d'Aumale, qu'il s'assurast qu'il ne luy vouloit aucun mal, et qu'il estoit très-marry de ce qu'il avoit esté mis hors le manifeste ; mais que M. de Buillon l'avoit voulu absolument. On dit qu'assurément ledit sieur Dollé estoit au plus haut point de sa faveur et de ses espérances. Il se jugea mort le second jour de sa maladie, et fit son bonjour. Il a laissé huit enfans. — J'ay ouy la veufve sepleindreô M. Arnaud de ce que nul autre de Messieurs du Conseil ne l' avoit visitée que M. de Maupeou, et nul n'y ^voit envoyé que

* Charles, I'r du nom, marquis puis duc de la Vieuville, premier capitaine des gardes du corps en 1616, grand fauconnier de France après son père mort en 1612, lieutenant-général en Champagne, surintendant des finances en 1623 ; disgracié sous Richelieu, il sortit de France et fut condamné par contumace; rentré en France après la mort de Louis XIII, il fut rétabli dans toutes ses charges et dignités en 1643; il fut de nouveau surintendant des finances sous Mazarin ; créé duc et pair en 1651, il mourut en 1653. {Voy. F. Anselme, t.* via, p. 761.)

d'à un au ld d'an mm, y. 153

Monsieur le Chancelier et M. le Président Jeannin \ *■» *««.

La Reyne permit à la veufve de vendre l'office de son Procureur Général. Elle en traitte à six mil eeus avec M. de Bercy -Ma Ion %; mais le Maréchal et la Maréchale d'Ancre ne l'eurent agréable.

2. M. le Maréchal d'Ancre voulant aller en sa a%tu. maison du faubourg Saint-Germain, accompagné de quinze ou vingt gentilshommes, la sentinelle de la porte de Bussy les arresta. Sur cela, ils dirent que c'estoit M. le Maréchal d'Ancre, et dit-on, quelqu'un d'eux ou le coeher dit que c'estoyent de beaux badaux. Sur quoy la sentinelle cria aux armes, et un cordonnier nommé Picart, sergent de la compagnie, se trouva là. M. le Maréchal d'Ancre, voyant le peuple qui s'émouvoit, se retira dans l'hostel de Lyon.

M. d'Espernon, estant en Limosin, fit charger quatre-vingt cuirassiers, qui conduisoyent l'attirail de deux canons, que M. de Buillon vouloit mettre à Turenne. Il y en eut trente de tuez. Depuis, il fit pendre, à deux fois, quatorze soldats qui levoyent la taille, et n'avoyent point de commission expresse de Monsieur le Prince.

Mort de M. de Beaumont*, fils de Monsieur le

1 Voy. Pontchartrain, p. 140.

1 Claude Malon, seigneur de Bercy, maître des Requêtes, président au grand Conseil?

3 Christophe de Hariay, comte de Beaumont, lieutenant-général au gouvernement d'Orléans, bailly du Palais, ambassadeur en Angleterre de 1602 à 1607, mort en 1616.

15/t JOURNAL INEDIT

Avr« îew. Premier Président de Harlay !, de fièvre de pourpre. Ses charges de bailly du Palais de Paris et d'Orléans furent conservées à son fils âgé de neuf ans \ en vdrtu d'Un brevet II est -mort endetté de de.ux cent mil écus. .• '

M. de Béthune3, frère de M. de Sully, estant à sa maison, à Celleé en Bçrry, mandé par la Reryne pour aller à Turin, Milan et Venise touchant les différera émeus es dits pays. -7- Nota ; défaveur à M. de Rambouillet4 qui avoit traitté cette affaire Tannée dernière.

8. Monsieur vint loger au Louvre. On remarque que jamais Prince du sang n'y avoit logé en l'absence du Roy. On dit que la Maréchale d'Ancre le fit faire, afin d'estre gardée par ses gardes. .9. MM. de Yilleroy, de Nevers, de Brissac et

1 Achille de Harlay, comte de Beaumont, né en 1536, conseiller au Parlement de Parts en 1557, président à mortier et conseiller d'Etat en 1572 1 premier président après la mort de Christophe de Thou, son beau-père, en 1582 ; il se démit en 1611 en faveur de Nicolas de Verdun et mourut en 1616.

1 Achille de Harlay, IIe du nom, comte de Beaumont, conseiller au Parlement et maître des Requêtes en 1635, procureur général en 1661, mort en 1671.

1 Philippe de Béthune, comte 4* Selles, conseiller d'Etat, ambassadeur en Ecosse en 1599, à Borne en 1601, gouverneur du duc d'Orléans, ambassadeur en Italie en 1616, en Allemagne en 1626, en Italie en 1629, mort en 1649.

4 Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, vidame et sénéchal du Mans, capitaine des gentilshommes de la maison du Roi, conseiller d'État et colonel général de l'infanterie italienne en 1620, maréchal de camp, maître de la garde-robe, ambassadeur en Piémont et en Espagne en 1627, mort en 1652. Sa femme, Catherine de Vivonue, fille du marquis de Pisani, a immortalisé le nom de Rambouillet.

d'arnauld d'andilly. 155

de Pontchartrain arrivent de Loudun à Tours avec attu m: assurance de la paix. Et arrivèrent aussi M* et M"* la comtesse de Soissonà.

En mesme temps qu'ils estoyent partis, Monsieur le Prince a voit envoyé M. de Sully à la Rochelle, pour dire h l'assemblée de ceux de la Religion, qu'il les prioit de trouver bon ce que le Roy leur accordoit, qui estoit très-juste, sinon qu'il ne laisseroit pas de faire là paix.

10. A huit heures du soir, M. le Maréchal d'An* cre monte en carrosse avec trois ou quatre des siens, va à la Bastille, dit à M. de Vauzay, qui y commandoit, qu'il vouloit sortir par là hors la ville; ce qu'il fit, et trouva dehors plusieurs des siens qui estoyent sortis deux à deux et trois à trois, en vertu de passeports de Monsieur le Gouverneur et du Prévost des marchans etéchevins. Et ainsi, les ayant joints, il alla au rendez-vous qui estoit près la porte Saint-Denis^ où toutes ses trouppes Pattendoyent. Et là, prit le chemin d'Amiens. Il descendit avec une échelle dans le fossé, et dit-on qu'il se mouilla les jambes*

On dit que sachant que la paix ne serait signée que dans huit ou dix jours, et craignant les placarda qui avoyent esté affiche* contre luy dans les rues, il se retira ainsi.

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