Maximes sur ce sujet
Partout où l'Espagnol nous empesche le trafic, nous le pouvons prendre justement. Les lignes se doivent entendre par le premier méridien, qui passe aux Açores, et par le tropique du Cancer; mais on y a aucun égard, mais seulement à ce qui est dit cy dessus. — L'Espagnol tient toujours des gallions au cap Saint- Vincent pour tacher de prendre tous les vaisseaux qui sont armez en guerre et ont apparence d'aller en long cours. L'Espagnol nous traitte fort rudement lorsqu'il a l'avantage sur nous. Par un jugement rendu depuis peu en l'isle Saint-Dominique, où est le siège de la justice des Indes, défonces sont faites aux Espagnols de trafiquer avec les François, sur peine de la vie, et aux François aussy, sur peine de la mort. Les ordonnances obligent d'amener deux hommes de l'équippage déprédé, afin qu'on les puisse interroger séparément, pour savoir le lieu où a esté faite la prise et apporter la charte-partie, c'est-à-dire, Testât de la cargaison de toutes les marchandises, faite au lieu d'où elles sont parties, afin que par là on ne puisse faire de tort aux marchans avictuailleurs, ni aux autres qui ont part au navire. Toutefois, au cas qu'on ne le face point, l'ordonnance n'y met point de peine. — Un vaisseau ne peut aller en voyage de long cours qu'il n'ayt congé de l'amiral, enregistré, et qu'il ne face au greffe les submissions nécessaires, et donné les eau-
d' \ r, \ \ I I M it A \ I) 1 1. 1. \ . 39
lions siifllsant(>.^, ci lo nom et lu (leiiu'iirc de Ions les hommes de \vuv équippag-e.
t>tS. Comliat de Livarrot et Auvilars conli(^. la Ferté et la Trye (tué), au chasleau de Yincesne. I.ivaiTot eut liuit coups d'espée.
'■2\). M. de Marillac-' rapporte une requeste au nom de tout le clergé, par hujuelle il demande que, dès i\ présent, toutes les causes de MM. les cardinaux du Perron et de Sourdis et de M. Tevesque d'Angers, soyent évoquées du Parlement au Grand-Conseil, attendu ce qui s'estoit passé touchant l'article, et l'empeschement qu'ils avoyent apporté à re,\écution de l'arrest du Parlement donné à ce sujet.
Ledit M. de Marillac dit en sa conclusion qu'il inclinoit d'autant plus volontiers à cette requeste, que la Reyne avoit témoigné avoir pour agréable do la leur accorder, et ainsi opina à ce qu elle leur fust accordée. — Après opineront MM. de "Villemontéeet de Monthelon. M. de Villemontée fut contre, mais ne dit quasy mot; M. de Monthelon fut pour; puis vint M. de Barentin, qui fut l'avis entièrement contraire, opina très-bien et dit, entre autres raisons, que Messieurs du Conseil cassoyent tous les jours les
1 Michel de Marillac, né en 1563, conseiller au Parlement en 1586, maître des requêtes en 1595, conseiller d'État et surintendant des finances en 162/i, garde des sceaux en 1G26, disgracié en 1630 après la Journée des dupes, mort en prison à Chàteaudun en 1632. {roy. Pctitot, 1" série, t. xux, les Mémoires de Marillac et la Notice sur cet illustre personnage.)
2 François de Villemontée, seigneur de Montaiguillon , conseiller d'État, intendant en Poitou, evCsque de Saint-Malo on 1657.
dO .lOUKINAI, i,m:i)it
jmnkr 1C15. aiTests dii Parlement, et que, néantmoins, on n'évoquoit point leurs causes. M. J)ollé fit très-bien, dit en tr' autres choses que : Jà à Dieu ne plaise que l'on die aux nations estranges que le clergé de France s'est voulu soustraire de la jurisdiction du Parlement; que cette affaire estoit très-dangereuse et de très-pernicieuse conséquence ; que les évocations estoient fondées ou sur la personne des juges ou sur celle des parties; que, pour le regard des juges, qui estoient le Parlement, ils n'avoyent point sujet de vouloir mal en particulier à Messieurs du Clergé pour avoir soutenu une autre opinion que la leur ; que, pour le regard des parties, qui estoyent Messieurs du clergé, ils n'avoyent point de sujet d'entrer en défiance de Messieurs du Parlement ni de leur justice. — Mais, en voulant complaire sur ce sujet et louer le corps du clergé, il laissa échapper ce mot : qu'il estimoit que, sur le fait de l'article, ils n'avoyent parlé à leurs Majestez qu'avec tout respect et retenue...— M. de Boissise dit, entr'autres choses, que le corps du Parlement est qu'il y avoit quantité d'ecclésiastiques, et qu'ainsi il ne voyoit point de lieu d'en vouloir éviter la juridiction. Bref, tous d'une voix furent d'avis de refuser la requeste; mais les uns opinoyent à mettre à néant, les autres à la rendre sans réponse ; auquel avis il passa , et M. le Chancelier en fut. M. d'Espernon fut d'avis qu'il faloit qu'on ne parlast plus de cela.
M. le Prince n'estoit point au Conseil. (On dit que, piqué du quartier de sa pension retranché, des gar-
d'vunai II) i)\v\ij|i.i.v. /;!
(Ii's (le la j^areniie de Saint-]\laurostez, fasché d'Ani- linivi.r i.ii.'i hdise cl j)ossil)le, de ce qui se passa au Conseil le inardy touchant l'Amirauté, fasché de la mort de la Trye ', il s'en alla en carrosse on ne sait encore où.)
M. le cardinal de Sourdis estoit au Conseil. M. d'Angers vint parler à M. de Marillac qui estoit au bout d'en bas. Il dit f[u'il ne rapportoit point la requeste, si la Reyne ne le commandoit. Après, on luy lit dire qu'il la rapportast et monta au bout d'en haut, derrière la chaise de la Reyne. Un peu auparavant, M. le cardinal de Sourdis avoit parh; à la Reyne, la Reyne à M. le Chancelier, puis tous trois avoient parlé ensemble, et aussitost le dit sieur cardinal sortit.
Le Roy, M. de Lorraine, M. de Ventadom', M. de Rohan n'estoyent au Conseil.
Quelqu'un ayant dit à M. de Thou qu'il s'estonnoit comme M. de Marillac s'estoit chargé de cette requeste, et que, s'il l'eust refusée, nul autre ne l'eust voulu prendre, il répondit : Celuy qui a esté d'avis autrefois d'emprisonner le Parlement pouvoit bien estre capable de rapporter cette requeste-là.
A la levée du Conseil, chacun murmuroit touchant la hardiesse et l'insolence de cette requeste ; et, en mesme temps, on couppa une bourse dans le Conseil.
oO. M. d'Angers fut trouver le matin au sceau
^ La Trye, tué en duel ainsi (|u'on Ta vu plus haut, était un gentilhomme particulièrement attaché à M. le Prince. (Foy. Pontchartrain, t. XVII, 2" série, p. 45, le récit d'une sédition dont il fut cause à Poitiers.)
A 2 JOiiiiiVAL i.M';i)ir
jniivifi- 1615. Monsieur le Chancelier, lis en vinrent n des paroles violentes.
Au sortir de là, M. d'Angers alla aux Augustins, où il déclama avec furie contre Monsiciu^ le Chancelier et sa maison ; dit qu'elle abusoit des jeunes ans du Roy et de la facilité avec laquelle on menoit la Reyne, et qu'elle s'estoit nouvellement agrandie tellement, qu'on en voyoit un Chancelier, un secrétaire d'Estat', un ambassadeur en Espagne-, qui, au retour, seroit surintendant des finances. 11 déclama aussi contre M. le maréchal d'Ancre.
Cela se passa sans que personne répondist rien.
31. Le lendemain, M. d'Angers, prenant sujet sur ce (jue 12 cvcsques, qui estoyent le jour précédent au Louvre, n'avoycntoûy sa plainte, recommence à dire les mesmes choses. Sur cela, Péricart'', cvesque d'Avranches, l'un des 12, prit la parole avec luy, et ensuite. Monsieur le Cardinal parla aussi longtemps et avec colère ; dit, entr'autres choses, qu'il désavoûoit entièrement la requcste, et n'avoit jamais pensé cà se soustraire à la jurisdiction du Parlement, où il n'y avoit pas quatre jours qu'il avoit gagné un procès, sans l'avoir solicité.
Février ICIS.
o. BonncvaP, député pour la noblesse du haut Limosin, irrité contre M. de Chavaille% lieutenant
' M.;de Piiisicux, fils du chancelier.
2 Le commandoui' de Sillcry, frère du chancelier.
^ François de Péricart, évoque d'Évreux et d'Avranches.
'' Henry, sieur de Bonneval.
' Jac^^iucs de Chavaille, député du Tiers-État.
|)\VU \ A l- l.l) d'à. M) M, IV, l\l\
ii,riit''r.il (TUsarclie, en Jiiiiiosiii. sur ce (|iril avoit wvner jeis. esté esleii malgré liiy, le lioiivaiil ;\ la sortie des îVugustins, lui baille des coups de baston, puis se sauve chez j\I. d'r.spcriion, et de là s'en va.
Ce Bonneval, sur la fin de l()I5, a eu un nouveau régiment, que M. d'Espernon luy a fait bailler, et a commis des cruautés horribles.
II. Messieurs du Tiers-Estat, en corps, vont demander justice au Roy, qui leur dit qu'il en remettoit la connoissance au Parlement et qu'il tiendroit la main à leur faire rendre justice.
Messieurs de la noblesse soustiennent que la connoissance n'en peut estre attribuée au Parlement.
Le clergé...
Commission expédiée au Parlement, qui lui attiibue pleine connoissance de ladite alTaire. Arrest du 11 mars 1G15, par lequel ledit sieur de Bonneval est condamné à avoir la teste tranchée '.
5. M. de Marsillac avoit esté à Monsieur le Prince; depuis, l'ayant quitté, la Pieyne s'en estoit servie à luy donner des avis et luy avoit fait accorder deux mil livres de pension. Il y avoit eu grande broûillerie entre luy et M. de Piochefort, et mesme avoyent mis l'espée à la main l'un contre F autre, il y a environ un an. Depuis peu, ayant eu avis qu'on luy vouloit faire un mauvais tour, il le dit à la Reyne. qui mande à M. de Buillon d'en parler à Monsieur
1 Von. Petitot, Mém. de Richelieu, 2' série, vol. 21 bis, p. 233, et Mac. fr., t. m, p. 225. ^
llf\ JovwMii. rMCDir
KéviUT iBiN. le Prince. — Le matin, à 11 heures, dans la rue de Beauvais, proche la rue Frementcau, vers le Louvre, Marsillac est saisy par derrière par un laquais de M. de Rochcfort (à cheval, suivy de 3 ou d autres, et plusieurs laquais) , et se voyant chargé <i coups d'espée et de baston, se retire dans une porte, demeure blesse à la teste de deux coups d'espée donnez par Rochefort. La Reyne, avertie, envoyé M. de la Mothe à Monsieur le Prince, qui dit qu'il avoûoit ce qui s'estoit passé, et l'avoit commandé, pour ce que Marsillac estoit un maraut qui l'avoit otîencé. La Reyne, fort indignée, en remit la connoissance au Parlement, et envoya quérir le Procureur général, afin qu'il en fist faire prompte justice.
Monsieur le Prince, ayant sçeu ce qu'avoit fait Rochefort, se mit fort en colère, et dit qu'il avoit bien que faire que l'embarrasser en une si méchante aflaire.
Dès le soir mesme, commission fut expédiée, adressante au Parlement, pour en connoistre.
Le mesme soir, au bal, Monsieur le Prince dit tout haut à... avec des sermons exécrables, qu'il n'avoit point creu que la Reyne le dust trouver mauvais, et que M. de Buillon ne luy avoit jamais parlé.
M. de Buillon dit que la Reyne lui avoit bien mandé par Boneuil qu'il en parlast à Monsieur le Prince quand il le verroit, mais qu'elle ne luy avoit donné charge de l'aller trouver, et qu'ayant la goutte, il n'estoit point sorty depuis et n'avoit point veu Monsieur le Prince.
D ' A II \ A u r. i> I) ' A \ n I r, i. \. I\ 5
('), Monsieur le l'riiicc iiyaiit srcii ({uo Ton iiiloriiioil de rjillaire de JVlarsillac, va au Louvre, trouve le Koy et la Reyne ensemble, adresse sa parole à la lieyne, luy dit qu'il avoit sçeu la commission qui .ivoit esté addresséc au Parlement; qu'il la prioit d'enoster la connoissance au Parlement, pour ce que c'estoit chose qui s'estoit faite par son commandement; que Marsillac estoit un coquin qui avoit médit de luy par tout. — La Reyne répondit: Monsieur, je ne croys point que vous ayez fait fairu cela, j'ay trop bonne opinion de vous. — Sur cela il répondit pour la seconde fois qu'il l'avolt fait faire, qu'il l'avoûoit et que l'on ne sçauroit qu'en dire. — La Reyne luy ayant répondu comme à la première fois, il répli- ([ua encore : Ouy, c'est moi, et que me saurait-on faire pour cela? on ne sçauroit que me faire. — Sur ces paroles, la Reyne dit : Monsieur, je vous prie de me pardonner si je dis que voilà une grande insolence et une grande eiïronterie d'oser dire, en la présence du Roy et de moy que vous avouez des coups de baston donnez à un gentilhomme qui est au Roy et qui le sert. — A. ces paroles, il répondit que l'on n' avoit jamais traitté ni outragé Prince du sang de la sorte ; qu'il voyoit bien qu'on le vouloit éloigner du Roy, mais que, malgré ses ennemis, il y demeureroit, et achevant cela, il s'en alla. Le Roy voulut parler, Monsieur le Prince le retint. Tout cecy se conte fort diversement.
Monsieur le Prince dit qu'il dit à la Reyne qu'il ne croioit pas que Sa Majesté aflectionnast tant Mar-
l.;vrliT liilS.
^6 JOlinVAL TNIÎDIT
lévrier jciti. sillac, (il ([iKi si rcust crcu, cela ne seroit pas arrivé. Monsieur le Prince dit aussi qu'ayant dit à la Reyne, pour la troisième l'ois, i[n\\ avoiioit Rochefort, elle avoit appelle le Roy, disant : Mon fils, venez voir l'elTronterie et l'insolence de Monsieur le Prince, qui avoue d'avoir lait l)ailler des coups de basion à un gentilhomme qui est à vous. Qu'à cela, il répondit : Madame, le feu Roy mon seigneur et le vostre, a quelquefois esté en colère contre moy, mais jamais il ne m'a traitté comme vous me traittez ; qu'elle répondit : Non, car jamais vous ne luy en eussiez donné le sujet que vous m'en donnez. Qu'il ajouta : On n'est point accousturaé d'olTencer ainsi les Princes du sang. J'ay l'honneur d'estre de la maison, et ne tiens rien de vous. Que sur cela, le Roy ayant voulu parler, il luy dit : Sire, je supplie très-humblement Vostre Majesté de ne point parler en cette affaire, car je sçay que Vostre Majesté a esté prévenue , et si Vostre Majesté semettoit en colère contre moy, cela me porteroit au désespoir. Vous estes mon Roy, vous estes mon maistre , je répandray jusques à la dernière goutte de mon sang pour vostre service, mais quant à la Reyne, je n'en dis pas de mesme; et que sur cela, il s'en alla.
Monsieur le Prince bailla à rapporter à M. Grasseteau, aux Enquestes, une requeste par laquelle il avoûoit l'affaire de Rochefort, et demandoit que les chambres fussent assemblées sur ce sujet.
Tous les trois ordres de l' Estât vinrent en corps s'offrir à la Reyne sur le sujet de cette alfaire, et
i)'\R\AiiLn d' v.Nnir. r. V. M
riiiciil nH'.ciis dans la ^alm-ic doiéc, en présence de limlela Cour. On dit (|iie la Ueyne avoit l'ait témoigner dans les l'istats, qu'elle auroit celU; (h'piilalioii agréable.
Monsieur le Prince va dès cinq heures au Pala is.
40. Messieurs de la (Iraud Chambre font appellcr Messieurs les Gens du Roy, pour avoir leurs conclusions. Gomme Monsieur le Prociu'(>ur Généial l'ut sort y, on ouvre Taudience. H revient, se plcint (ju'on ne luy donne pas le loisir de prendre ses conclusions. 11 apporte ses conclusions sur les informations, et voyant plusieurs Conseillers des Enquestes dans les lanternes, il dit tout haut : Que ceux qui sont dans les lanternes se retirent, sinon je prendray mes conclusions contre eux. — Sur cela, ils se retirèrent tous. En ces entrefaites, on alla avertir Monsieur le Prince (qui estoit à la porte), que s'il n'entroit promptement, le coup s'alloit frapper, pour ce qu'ils alloyent donner arrest. Il entra donc, fit une grande harangue, dont la conclusion fut qu'il feroit toute sorte de satisfaction, et rendroit toute sorte de devoirs et de services au Pioy et toutes sortes de respects à la Reyne ; que cependant, ils les prioit de dilTérer jusques au lendemain. Sur cela. Messieurs du Parlement s'arrestèrent et mandèrent à Messieurs les Gens du Roy d'aller faire entendre à Leurs Majestez ce qui s' estoit passé. Ensuite, ils furent tous trois à huit heures chez Monsieur le Chancelier, à dix au Louvre, dirent qu'ils venoyent faire ce rapport sur relation, la Chambre ne les ayant point in-
/i8 JOURNAL INÉDIT
formez cllc-mcsme . Que quant à la requeste d'aveu de JNJonsieui- le Prince, il n'y faloit avoir aucun égard, et n'user d'aucune surséance. — Après disner, sur les deux heures, Messieurs du Parlement furent mandez au I.ouvre, et Monsieur le Premier Président ayant dit que Monsieur le Prince avoit dit au Parlement qu'il feroit toutes sortes de satisfactions, de devoirs et de services au P»oy et à la Reyne, M. Servin hocha la teste et dit, respect. — L'aftaire estant mise en délibération en présence de Messieurs du Parlement, il passa tout d'une voix que l'onpasseroit outre. La Reyne avoit répondu à Messieurs les Gens du Roy, que pour le regard de l'offence que Monsieur le Prince avoit faite au Roy et à elle, il seroit toujours reçeu à satisfaction, attendu qu'il estoit enfant de la maison, mais que pour le regard de Rochefort, elle entendoit que justice en fust faite.
11. Monsieur le Prince fut à toutes les chambres des Enquestes l'une après l'autre, haranguer sur le sujet de son affaire.
La requeste qu'il avoit baillée luy a esté rendue à la Grand Chambre.
INIessieurs de la Grand Chambre décrétèrent contre Rochefort.
12. Le Roy mande au Louvre tous les Présidens du Parlement, tant de la Grand Chambre (M. le président Séguier ' n'y vint) que des deux chambres
' Antoine Séguier, né en 1532, conseiller au Parlement, maître des requêtes, surintendant de justice en Provence en 1576, conseiller d'Etat, avocat généi'al au Parlement de Paris, président à mortier en
d'arnaui.o d'wdii.i.v. (|9
des l\(>qiiestes et ciu({ chainl)n's dos Knqiioslos, el {liicilre Conseillers de la Grand Chambre, jMM. Prévost, Courtin, Deslandes, Scarron, et deux anciens Conseillers de chacune des autres chambres. — Messieurs du Conseil assistèrent lorsqu'on parla à eux. — Le lloy commença le premier. Après parla la lleyne, qui leur dit : que le Roy avoit sçeu que le jour précédent, Monsieur le Prince avoit esté en toutes les chambres du Parlement ; qu'elle désiroit sçavoir par leur rapport ce qui s'y estoit passé. — ]\[onsieur le Premier Président commença , et dit (|ue Monsieur le Prince leur avoit dit qu'ayant appris qu'ils ne vouloyent point avoir égard à la requeste (ju'il leur avoit présentée, il les venoit prier de la luy rendre ; que sur cela, ils l'avoyent prié de se retirer, et qu'après avoir mis l'alTaire en délibération, ils avoyent ordonné qu'elle luy seroit rendue; et luy ayant représenté qu'ils estoyent ses très-humbles serviteurs, mais qu'ils estoyent encore plus obligez au service du Roy, et au devoir de leurs charges, et estimoyent qu'il luy seroit toujours honorable d'estre bien avec vSa Majesté, il leur avoit répondu qu'il les remercioit ; qu'il ne désiroit rien davantage, et qu'il avoit employé la Reyne Marguerite et madame la comtesse de Soissons ' pour en parler à la Reyne.
1507, ambassadeur à Venise, mort en 1626. Antoine Ségiiier était le cinquième fils du président Séguier (Pierre I) et Toncle de Séguier (Pierre HI), le célèbre chancelier, en faveur de qui il résigna sa charge de président à mortier.
1 Anne, comtesse de Montafié, mariée au comte de Soissons en 1601, morte en 164'i.
60 JOJir, \\I. IN'KDIT
Feyri.M- 1618. Aprôs celfl , 1(1 Hcyiio rc'ijondit : (jifil ne luy disoit rien de Ifi faveur et de la cire. Il ré|)ondit : Madame, je n'estiinois pas qu'il fiist besoin de représenter à Vostre Majesté toutes ces particularitez, mais puisqu'il vous plaist de me le commander, la vérité est que Monsieur le Prince dit qu'il n'y avoit plus de justice ; que l'on usoit de faveur envers qui l'on vouloit, et de sévérité envers les autres. M. le président le Jay ', pour la Tournelle, dit fort peu de chose, et passa l'alTaire le plus doucement qu'il put. — M. le président Lescak)|)ier'-, pour la chambre de l'Edit, parla hardiment et en bons termes, dit que Monsieur le Prince avoit dit que la faveur et la cire estoyent jointes ensemble, et que la faveur avoit fait fondre la cire. M. Fayet, M. du Mesnil, M. Crespin, et autres Présidens des Requestes et Enquestes parlèrent aussi. M. Crespin entr'autres , dit que Monsieur le Prince avoit dit qu'il y avoit des gens élevez de peu qui pouvoyent tout auprès de Leurs Majestez, et qui en reculoyent les grands.
Après qu'ils eurent tous parlé, la Reyne prit la parole, et leur conta tout du long comme l'affaire s' estoit passée, depuis le commencement jusques à la fin, ainsi qu'il est écrit cy-devant; parla toujours en termes fort honnestes de Monsieur le Prince; dit
1 Nicolas le Jay, conseiller au Parlement de Paris en 1600, procureur du Roi au Cliâtelet, lieutenant civil, président à mortier, premier président en 1630, garde des sceaux en 1636, mort en 16/i0.
'^ Jean Lescalopier, conseiller au Parlement en 1597, maître des requêtes en 1603, président à mortier en lOl/i, mort en 1620.
I»'\l!\ A I I. I) 1>' \ M)l II, V. 51
cnli-'iiati't'S cliosi's : (|iii' niadiiiiie la conitcss" do Soissoiis luy criloil \lmiii paiicr sur ccî siijol, l(! soir pi-('rt"(l('iit, cl l(3s discours (ju'olli's avoy.'iil ous (MIseinblo; que Monsieur le Prince seroil toujours le bien venu à revenir prendre sa place auprès du Roy, (]ui l'excuseroit , et le traitteroit toujours comme estant enfant de la maison ; que le U;jy leur défendoit de plus recevoir Monsieur le Prince dans le Parlement, en façon quelconque, si ce n'cstoit qu'il y eust des alla ires particulières ou qu'il allast dans la (îrand Chambre, prendre sa place pour juger, mais que jamais il n'allast aux Enquestes, et ne parlast dans le Parlement d'afîaiiv^s d'Estat. — Et après que cela fut fait, on leur donna congé.
Le soir, MM. de Ventadour et président .Teannin furent de la part du Roy dire à Monsieur le Prince que sa Majesté luy dcfendoit déplus aller en tout aux chambres des Enquestes, et de n'aller aussi au Parlement, s'il n'y avoit des alTaires particulières, ou qu il ne voulust prendre sa place en la Grand Chambre pour juger. Il leur répondit avec force honnestetez et soumissions. Et sur ce qu'ensuite, ces Messieurs luy dirent qu'il pourroit voir le Roy et la Reyne quand il luy plairoit, et raesme le pressèrent d'y aller dès le soir mesme , il leur dit qu'il desiroit prendre la nuit pour conseil.