‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 12 sur 98 · M. Digoine ', député de la noblesse de Bour · texte numérisé non relu

M. Digoine ', député de la noblesse de Bour

' Théophile do Damas, baron de Digoyne, député de la noblesse pour le bailliage de Charolles, enseigne de la com])agnie du duc de Mayenne,

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gogne , dit aux Estais (11 a loùjoiirs très-bien fait durant les Estais) qu'il avoit des choses d'extrême imporlance à déclarer au Roy. Mais (]ue pour le faire, il cstoii force d'al(a(|ucr et d'ollenccr deux grands; qu'il savoit bien qu'il mettoit sa vie en hazard, mais que cela ne l'cmpcscheroit pas. Ncantmoins, qu'il les prioit de le prendre en leur singulière protection, et tirer parole du Roy qu'il le prcndroit aussi en la sienne; qu'il avoit pièces justificatives pour prouver ce qu'il diroit. — Ils répondirent que le Roy ayant assemblé les Estais, les avoit rendus seurs et libres ; que de luy en demander une asseurance particulière, estoit douter de sa parole ; c'est pourquoy, ils ne le jugeoyent pas à propos; mais qu'il déclarast le lendemain matin à l'assemblée ce qu'il vouloit dire, et qu'ils luy promettoyent de répandre jusques à la dernière goutte de leur sang , pour empescher que l'on enireprist sur luy.

D'autres disent que M. Digoine dit , qu'il vouloit faire sa proposition au Roy en présence de plusieui's personnes ; que sur cela , les voix ayant esté prises, il passa à la pluralité, que l'on luy donneroit toute sorte d'assistance ; ce qu'on blasme, d'autant qu'on dit qu'ils l'accordèrent, sans savoir ce qu' estoit.

On dit que ces deux grands estoyent M. le maréchal d'Ancre et M. le Chancelier.

Le dit sieur Digoine est Bourguignon, de très-

servit longtemps le duc de Savoie , Charles Emmanuel, aux guerres de Piémont et fut tué au siège de Verceil en 1017.

d'aunai 1. n i)V\M>n.i.v. 5.*^

l)onno maison , chcl" d(3 la maison de Damas. Kst levrier lois. homme couvert de crimes . mesmc accusé d'avoir pai'ticipé au vol et meurtre du frère de M. Tevesquc trAulnii dont les complices ont esté exécutez. N'est tort hal)ile homme. — A depuis esté tué à Verseil.

\lx. M. Digoinc ne put faire sa proposition, pour ce qu'il survint plusieurs alfaircs quirempeschèrcnt.

15. M. (lu Mayne, que l'on tient en partie avoir porté -M. Dig-oinc à faire ce qu'il avoit fait, l'envoyé ((uérir, en ayant esté averty par la Reync, luy dit qu'il désire cjuil suive sa pointe, et qu'il veut encore ajouster à ses mémoires. A cet effect, le prie de les luy apporter tous, pour les voir. Les ayant, il les retient. Et est à remarquer que la pluspart estoyent signés. M. Digoine extrêmement fâché de cela, et se \oyant privé du moyen de faire ses preuves va le lendemain lundy aux Estais, leur dit que n'ayant plus les preuves qu'il avoit, il estoit résolu de se retirer, et de faict, se prépare pour partir. Cela estant sçeu au Louvre, on le veut faire arrester prisonnier, pour ce qu'il n'est permis aux Députez de se retirer sans permission du Roy. M. Digoine, en estant averty, se tient sur ses gardes, et va au Louvre. — Là, on luy fait toutes sortes de caresses ; et le lendemain, il retourne aux Estats comme auparavant.

D'autres disent qu'il dit à Messieurs des Estats qu'il ne pouvoit dire ce qu'il avoit proposé, pour ce que la Reyne luy avoit fermé la bouche, le luy ayant défendu ; et que puisque les Estats n'estoyent pas libres, il demandoit congé de se retirer.

5A JOIIHNAI, I ni': DIT

FcvHor 1(115. A onze heures du matin, Monsieur le Prince va

an Louvre, et dit au Tioy: Sire, je supplie très-humblenicnt vostre Majesté d'oublier tout ce qui s'est passé, et me le pardonner.^l.e Roy répondit: Monsieur le Prince, je vous le ])ardonne de très- bon cœur, et seray toujours très-ayse de vous donner auprès de moy le rang c|ui est deu à vostre qualité, pourveu que vous n'y retourniez plus, et n'y retournez ])lus.

Après, il vit la Reyne, et parla à elle si bas, et elle à luy, que personne ne l'entendit. Jl parla environ la moitié plus qu'il n'avoit fait au Roy. Après, il se retira ; et voyant que personne du monde ne l'abordoit, il s'accosta de M. le comte d'Escars, et luy demanda des nouvelles de son procès. Enfin, le comte d'Escars l'ayant aussi comme c|uitté, et se voyant seul, il fit la révérence et s'en alla '.

20. ]\I. l'Evesque de Beauvais ' va haranguer la noblesse pour faire recevoir le Concile de Trente ; appelle en son discours ceux de la Religion plusieurs fois hérétiques, dont quelques uns d'eux s'ofTencèrent. Aprèsqu'il eut parlé, Monsieur le Vidame de Chartres^ de la Religion , s'avança , et luy dit que le Concile de

^ Voy. sur cette affaire de Marsillac et de Rochefort et sur la conduite de M. le Prince à cette occasion, Petitot, 2* série, Mém. de Pontchartrain, t. x\ ii, p. 70 ; Mém. de P.ichelieu, t. xxi bis, p. 234, et 3Ieic. fr., t. iir, 229. On trouve dans les Disc. deConrart, t. xiii, in-/i", p. 533-557, une « Relation de l'assassinat de M. de Marsillac par M. de Rochefort » qui contient des détails très-intéressants.

2 René Potier, évùque et comte de Beauvais, pair de France.

3 Préjan de la Fin, vidame de Chartres.

n*ARNAiii, I) d'andif.ly. 55

TrtMJIe décidoit (lu'il ir; l'aloil point tonir la loy aux '•'^^'•'*"'' ""^■ lu''rétit|iies ; que cela estant, les Edils de Pacification ne pouvoyent subsister. Sur cela, l'evesque d'Àvranches, Péricart, commença à déclamer contre ceux de la Religion, sur le sujet de l'insolence faite par quelques-uns d'eux à en Provence. Monsieur le Yidame de Chartres et M. du Vigean répondirent (lu'il n'estoil point besoin d'exagérer cela ; (|ue c'estoit chose arrivée il y a deux mois; que l'aflaire ne s'estoit point passée comme on le disoit ; ({u'il avoit esté décerné commission à la chambre de Castres , pour taire le procès, et qu'eux-mesmes se joindroyent pour requérir qu'on punisse très-sévèrement ceux qui avoient commis cet acte et ce crime. Sur ces entrefaites, M. le baron de Digoine s'avança, et dit : C'est une honte que ceux de la Religion soyent présents, lorsque l'on délibère sur la réception d'un Concile : Il faut qu'ils sortent tous. Monsieur le Yidame de Chartres répondit : Vous nous gronderez et nousaboyerez assez, mais vous ne nous ferez pas de mal; et dit à M. duYigean : Sortons Monsieur, sortons ; et ainsi s'en allèrent tous deux. — M. de Chambaut ', fils de M. de Gouvernet, voyant cela, se leva, et dit : Je ne say comme on entreprend de nous faire sortir d'icy. Kous sommes icy en qualité de sujets du Roy, et luy sommes aussi affectionnés qu'aucuns des autres ; et n'y a que le Roy seul qui nous puisse ester

* René de la Tour de Gouvernet, baron de Chambault, député de la noblesse du Languedoc.

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icMi.i- iKis. de nos places. Qiinnl n nioy , je déclcire que je ne sortiray point de la mienne. — Celte action de M. de Chainbaut fut fort approuvée par la Reyne et par tout le monde.

20. Le lendemain, M. de Ghambaut alla trouver M. Arnaud, Intendant des finances, luy conta ce qui s'estoit passé, et luy dit que Monsieur le Vidame de Chartres et M. du Vigean, estant sortys de rassemblée, s'ils n'y entroyent le lendemain, qui estoit le dernier jour que Ton s'assemblcroit, le bruit courroit par les Provinces que l'on a voit chassé des Estais les Députés de la Religion, ce qui pourroil apporter de la brouillerie. — M. Arnaud, sur cela, alla voir Monsieur le Chancelier, qui envoya quérir MM. le Vidame de Chartres et du Vigean, et leur commanda, de la part du Roy et de la Reyne, d'entrer le lendemain aux Estais.

Brouillerie de M. deSouvré' avec M. de Luynes*. Le Roy avoit . peu auparavant , baillé sa bourse à M. de Luynes. incontinent après, M. de Luynes eut la charge de capitaine des Tuilleries de Monsieur le général des Calères% et le Roy luy donna aussi la

1 Gilles de Souvré, marquis de Courtanvaiix, gouverneur de Touraine, gouverneur de Louis XUI, maréclial de Franco en 1015, mort en 1G2G.

2 Charles d'Albert, seigneur de Luynes, né en 1578, gouverneur d'Amboise en 1615, grand fauconnier en 1G16, garde des oiseaux de la chambre du Roi en 1617, duc et pair en 1619, Connétable de France et garde des sceaux en 1621, mort le 15 décembre 1621.

^ Philippe-Emmanuel de Gondy, comte de Joigny, général des Galères en 1598, mort eu 1626. Il était fils d'Albert de Gondy, duc de Retz, pair et maréchal de France.

d'à II N \ I II) !>' \ N DM, I. V. 57

cli;ii"}i;e do ca}Mlaiiio des (lalùres; vl cnsiiilo. il ciil, i>viinr leiu. aussi la cliarg;i' de M. de Congis aux Tuilleiies ; eL depuis, celle de M. de Fonleiiay ' , de capitaine du chasteau du J.ouvre'-.

:2I. Monsieur rArclicvesquc de Lyon '' fut Taprès disnée l'aire une harangue à la Reyne, sur le sujet du Concile de Trente, et sur ce qui avoitesté fait en Proxence par ceux de la Religion.

'Jo. Clôture des Esta ts. Séance Royale ''.

1 François du Val, marruiis de Fontcnay-Mareuil, parent d'Arnauld d'Andilly, né on 1595, capitaine du Louvre, maréchal de camp, conseiller d'État, ambassadeur en Angleterre en 1G26, à Rome en 1641 et 16'|7, auteur des Mémoires publiés dans la collection Petitot par M. Monmerqué, qui les a fait précéder d'une Notice biographique. {I oij. éd. citée, t. l, p. S'il.)

- f'oy. sur l'élévation de M. de Luynes, Petitot, 2' série, Aléni. de Rohan, t. xviii, p. 1/|4 et 148 ; Mém. de Richelieu, t. xxi bis, p. 211; et 1" série , Mém, de Fontenay-Marcuil, t. l, p. 138, 268, 341. — A propos du gouvernement d'Amboise donné à Luynes par la faveur du maréchal d'Ancre, Richelieu fait cette réflexion triste et toujours vraie : « En quoi paroît combien est grand l'aveuglement de l'esprit de l'homme, qui fonde son espérance en ce qui doit être le sujet de sa crainte ; car le Maréchal ne recevra mal que de celui de qui il attend tout le contraire, et Luynes, qu'il regardoit comme un des principaux ajipuis de sa grandeur, non seulement le mettra par terre, mais ne bâtira sa fortune que sur les ruines de la sienne. »

* Simon de Marquemont, député du Clergé.

'' J'o'j. le J/erc. fr., t. iir, p. 463, et pour tous les détails sur les travaux remarquables de cette grande assemblée , la relation de Florimond Rapine, député du Tiers, J'oij. aussi le chapitre consacré aux mûmes États-Généraux par l'illustre historien M. Augustin Thierry dans son histoire de l'Origine el des progrès du Tiers-État.

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M nu Mayne, sur un placet.

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© M. DE RKT/..

0 M. DE MONTBA/.ON.

M. DE StmvBÉ.

M. le inaréi!h. (I'Ancre.

M. de BOISDAtiPHIN.

M. de Brissac.

sur une chaisp sans dossier. M. de BEArvAis. M. de Noyon.

.M. le cardinal HoN'/.y.

M. le cardinal de i.a

RdCHFFOl CAULD.

M. le cardinal de Sour-

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