Trêve continuée et publiée jusques au 5 may
Monsieur le Chancelier arrive de Tours à Blois.
28. La Reyne commande à M. le Président Jeannin d'aller dire à Monsieur le Chancelier qu'il luy remist les sceaux entre les mains, pour les bailler à celuy que le Roy aviseroit. (On disoit qu'ils avoyent esté oflerts à M. le Président Jeannin, et qu'il les avoit refusez ; mais selon ce qui s'estoit passé touchant M. du Vair, il n'y a point d'apparence qu'on les eust offerts à M. le Président Jeannin.) M. le Président Jeannin pria la Reyne de les lui envoyer offrir par un autre; mais elle luy commanda absolument d'y aller. 11 y fut donc ; et ayant fait ce message à Mon-
* Voy Mcrc fr., t. iv, p. 77; Fonteaay-Mareuil, p. 336; Pontchartrain, p. 1/|0.
2 Charlotte d'Est anipes-Valençay, fille de Jean d'Estampes, seigneur de Valençay, mariée en 1615, morte en 1677. Elle était la seconde femme de M. de Piiisieux, qui avait épousé en premières noces Madeleine de Neufville-Villeioy, fille de Charles de Neiifville, marquis de Villeroy et d'Alincourt, morte en 1613.
1)" Ali \ vrr.n dVvmhi.i.v. 150
si(nii' le Ghcincelier, il (icmeura tort étonné ; car encore bien qu'il sceiisL bien ([u'il estoit mal, néantmoins il ne croioit pas que le coup tust si proche, il pria M. le Président Jeannin d'aller dire à la Reyne qu'elle se taisoit tort (Ten user ainsi ; que tout estoit à elle; et qu'elle pourroit prendre les sceaux quand il luy plairoit ; mais qu'il la supplioit d'attendre encore queUiue temps. M. le Président Jeannin retourna. !.a Reyne luy dit ([u'elle vouloit qu'il les rendis!. H vint donc retrouver Monsieur le Chancelier, et luy dit: (jue puisque c'estoit une chose nécessaire, il se ("aloit résoudre à la faire courageusement, et qu'il luy conseilloit d'aller prompteinent trouver la Reyne, et luy reporter les sceaux, pour ce que luy ne desiroit pas de les recevoir. — L' après disnée. Monsieur le Chancelier y alla; dit à la Reyne qu'il avoit sceu qu'elle desiroit les sceaux; qu'il les luy venoit rapporter, et qu'elle pouvoit disposer, non-seulement de cela, mais de tout ce qu'il avoit au monde. Elle luy répondit qu'elle les recevoit, mais qu'il les gardast jusqu'à ce que celuy à qui elle les vouloit bailler fust arrivé. Le vendredy 29, il signa encore le bail des Gabelles fait à Pâlot'. — Le dimanche matin, il reporta les sceaux au Roy. On dit qu'il le fit pleurer, en parlant h luy, et que la Reyne pleura aussi.
Ce qui s'en suit est au vray, et comme je l'ay ouy dire à M. Barbin, en présence de MM. Arnaud, in-
* Jenn Pallot, secrétaire du Roi, contrôleur-s:énéral de rextraordi naire des aiuerres.
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tendant, Vignicr ' , l'abbé du Sainte- Cornille, et Déagent.
Monsieur le Chancelier estant demeuré à Tours, M...., maistre des Requestes, luy dit qu'il avoit avis que M. du Vair venoit à la Cour ; sur quoy il demeura extrêmement étonné. Quelques jours après, estant au seau, il reçut une lettre de M. du Vair, qui commençoit : Monseigneur , cinquante années de service, etc. Lors, en se souriant, il montra le commencement de cette lettre audit maistre des Requestes, qui estoit présent, comme se voulant en efîet moquer de l'avis qu'il luy avoit donné. Le sujet de ceste lettre estoit en faveur d'un conseiller d'Aix, qui avoit servy cinquante ans, et demandoit permission de résigner sa charge à son fils, et de l'exercer néantmoins, tant qu'il vivroit. — Quelques jours après, un gentilhomme de Provence luy ayant parlé d'une affaire, il demanda ce qu'on disoit en son pays. Il répondit qu'il n'y avoit rien de nouveau, sinon que M. du Vair venoit, et qu'il l'avoit laissé à Avignon. Sur cela, il demeura du tout estonné, se hasta de revenir à Blois, et pria le Président Jeannin de voir la Reyne sur ce sujet ; ce qu'il fit. Et luy ayant dit tout ce qu'il pouvoit en faveur de Monsieur le Chancelier, elle luy dit qu'il estoit vray qu'elle avoit mandé M. du Vair, et que c'estoit une affaire à quoy il faloit que Monsieur le Chancelier se résolust.M. le Président Jeannin
* Jacques Vignier, baron de Saint-Liébanlt et de Villemor, conseiller d'Etat ":
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ayant rapporté cela h IMonsicuir le (^liaiicclior. il lo pria de retourner encore; ce qu'il fit. Et ayant trouvé la Reyne tellement fermée ci ceste résolution qu'il n'y avoit moyen quelconque de l'en démouvoir, il vint redire à Monsieur le Chancelier qu'il n'y avoit point d'espérance, et qu'il faloit se résoudre h faire courageusement ce qu'il ne pouvoit éviter; la Reyne luy ayant mesme refusé entièrement de luy laisser les sceaux jusques à Paris, comme il l'en avoit suppliée. Ensuite Monsieur le Chancelier vint rapporter les sceaux au Roy, en présence de la Reyne ; entra si étonné et si tremblant ciu'il fut contraint de s'appuyer sur M"* Caterine' ; se mit à genoux, pleura, et fit, en somme, toutes les actions qui peuvent témoigner un extrême défaut de résolution. Voyant que par toutes ses soumissions et prières, il ne pouvoit obtenir qu'on luy laissast un seul jour davantage les sceaux de France, il supplia, avec une très-grande instance, qu'au moins on luy laissast ceux de Navarre ; ce qui luy fut accordé.
28. Au dernier sceau que Monsieur le Chancelier avoit tenu, on luy avoit présenté les lettres-patentes pour le conseiller de Provence dont il est parlé cydessus ; il les prit, les plia, les mit à part, et puis dit tout haut : ce sont des lettres- patentes pour une telle affaire dont M. du Vair m'a écrit, par plusieurs fois, et que j'ay toujours refusées, d'autant que je n'estime pas qu'elles se doivent accorder; mais
1 PromièrP fpinmc de cliariil)ro do la reine.
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viii inii;. lorsque M. du Vair sei'ii icy, il les pourra sceller luy-mcsmc, s'il les trouve justes '.
May. 2. Monsieur le Gliancelier part de Blois; alla
coucher à Orléans, chez M. Descures. Le jeudy 5, il arriva à Berny.
o. La paix signée à l^oudun, à 9 heures du soir. k trois heures après midy, tout avoit esté rompu, sur ce c|ue M. de Longueville disoit que le Roy luy ayant donné le choix de la Normandie ou de la Picardie, il optoit la Picardie, et estoit prest de signer. M. de Villeroy répondit qu'il n'avoit point charge d'accorder cela . Sur quoy Monsieur le Prince et M. de Longueville répliquèrent qu'il les trompoit donc, leur ayant toujours donné ceste assurance. Et ensuite, il y eut grande division. Enfin, M"''^ la Comtesse de Soissons, M. de Nevers et autres, firent tant qu'ils firent signer Monsieur le Prince, et ensuite MM. du Mayne et de Longueville, et puis les autres, qui faisoyent fort les fâcheux-.
' Voij. Merc. fi:, t. iv, p. 78-79. Le Mercure dit qu'on ne sait pas ce qui se. passa dans l'audience pendant laquelle le Chancelier rapporta les sceaux. Le récit d'Arnaukl d'Andilly, qui déclare tenir les détails de cette scène de la bouche même de membres du Conseil présents à cette audience, n'en est que plus intéres.sant. foy., sur cette affaire, Fontenay-Mareuil, p. 333; Richelieu, p. 291; Pontchartrain, p. 140. Foy. aussi les Mém. de M. Mole, p. 119, où l'on trouve le discours prqnoncé par le Chancelier devant les députés du Parlement lorsque les sceaux lui furent retirés.
2 Voy. Merc. fr., t. iv, p 89, l'Ëdit de Loudun contenant les conditions de la paix entre le Roi et les Princes. Cet acte important n'avait pas moins de 54 articles, plus 15 articles particuliers. Voij. Fontenay- Mareuil, p. 332; Brienne, p. 307; Rolian, p. 132 ; Richelieu, p. 287 et
i>'AUN\rr.D n'A>nii,i. V. 163
M. de Chevry fut envoyé à Loudun, pour donner
ordre au licenciement des trouppes de Messieurs les
Princes, et M. de Maupeou travailla, à Tours, au
licenciement de celles du Roy'.
M. de Vignoles fut envoyé à Xaintes vers M. d'Espernon (très mal content), afin de le faire désarmer; à quoy il se résolut avec grande peine. Enfin, il en donna parole. Quelque temps auparavant M. de Soubise s'estoit avancé vers luy avec trouppes ; mais il s'en revint, ayant appris que M. d'Espernon s'estoit mis en estât de le bien recevoir, ayant assemblé, compris les vieux régimens estant en garnison dans son gouvernement, quatre mil hommes de pied et cinq cl six cens chevaux.
7. Leurs Majestez partent de Blois. Le lundy, le Roy part d'Orléans et va coucher à Pithiviers, et le lendemain à Fontainebleau ".
8. M. le président du Vair arrive à Paris ; vid Madame la Maréchale. Le jeudy, vid la Reyne, laquelle luy avoit escrit trois lettres pour le faire venir; la première estoit en créance.
IL La Reyne régente arrive à Paris, descend à
et 291 ; Pontchartrain, p. 142. Voy. surtout le Journal de la Conférence de Loudun par Pontchartrain, qui y joua un grand rôle. (Mém. de Pontchartrain, éd. citée, p. 315.) Le récit en quelque sorte authentique de Pontchartrain confirme entièrement, quant aux dates et aux faits, celui d'Arnauld d'Andill3\
1 Foy. Merc. fr., t. iv, p. 80, l'ordonnance du roi pour la pacification des troubles et celle sur la retraite des gens de guerre; Foy, aussi Richelieu, p. 290.
2 Foy. Merc. fr., t. iv, p. 83.
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Sjiiiil-Victor ; do là, va à son haslirnoiit ', cl puis au liOuvro. I*'.ll(' n'avoil point voulu d'ontrôc ; et néantiiinins. il lui ({uaiitiU; de monde et de peuple au devant d'elle. Elle témnignoit un contentement extrême de revenir à Paris. \l. déduise, M. de Sclioiiihcrg-, M. de Praslin el Monsieur le (ii'and-PrévosI estoyent avec elle.
Monsieur le Chancelier estoit encore à Berny, lorsque la Revue arriva àParis; on quoy l'on trouve qu'il fit très-grande faute. Il fut fort visité audit Berny.
12. Monsieur le Chancelier vint coucher à Paris, dans un carrosse fermé, et partit le lendemain matin pour aller à Panfou. C'estoit poui' prendre les papiers de son cabinet. 11 n'avoit osé entrer à Paris devant l'arrivée de la Reyne, de crainte que l'on dist qu'il ne fist quelque faction.
' Estant entrée dans Paris par la porte Saint-Victor, elle en sortit par la i)ortc Saint- Germain pour aller voir son superbe bastiment au parc de Luxembourg, où elle fut receiie par une musique de hautsbois que les ouvriers y avoient fait venir pour la resjouissance du retour de Sa Majesté, qui fut très aise de voir que ce bastiment ii'avoit point esté discontinué pour le trouble. Après qu'elle l'eut visité, elle rentra dans Paris par la porte de Bussy et s'en alla au Louvre, les rues estoient pleines d'une multitude, de monde, joyeuse de son retour et de la paix. » {Uerc. fr., t. i\, p. 83.)
2 Henry de Scliomberg, comte de Nauteuil, né en 1575, gouverneur des Marches, maréchal de camp général des troupes allemandes au service du Roi, lieutenant de Roi en Limosin en 1608, ambassadeur en Allemagne eu 1617, surintendant des finances en 1619, gouverneur de Limosin, Saintonge et Angnumois en 1022, conseiller d'État, maréchal de France en 1625, commanda au siège de la Rochelle en 1628, blessé au pas de Suze en 1629, prit Pignerol en J630, défit et fit prisonnier le duc de Montmorency à Castelnandary en 1632, gouverneur du Languedoc, mort en 1632.
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|(). Le Uoy et la Ueyne sa Ceiniiii' .iniveiit à Paris par le faubourg Saint-Jacques. M. de (Ihevry (qui s'estoit lait noinnier colonel général par Sa Majesté) alla au devant d'eux avec dix mil hommes disposez en neuf bataillons, et avoit fait défences de tirer, sur peine de la vie. Ils ne tirèrent point quand le Roy les vid, mais lorsque la Reyne approcha d'eux, ils firent une salve dont elle eut frayeur, et en eut un très-grand vomissement toute la nuit. Sans des gentilshommes qui arrestèrent les mullets de sa litière, ils prenoyent l'épouvante. Leurs "Majestez allèrent droit à >[ostre-l)ame, oii les Cours souveraines les attendoyent en corps. Six muids de vin que M. de Chevry fit porter furent cause de tout ce désordre '.
Aussitost que le Roy fut dans le Louvre, il envoya quérir M. du Vair, auquel il donna les sceaux. Le Roy scella luy-mesme ses provisions-,
17. M. le président Jeannin et Messieurs les Intendans des finances furent voir M. du Vair qui leur parla très-honnestement.
Monsieur le Garde des sceaux donna au bonliomme M. Combaut la charge de garde des roiles et acquits des parties casuelles, dont il s'estoit défait entre les mains de Renouard. Cette charge dépend du Chancelier ou Garde des sceaux qui entre en charge, le-
' l'oij. Merc. fr., t. iv, p. 8i, le récit curieux de l'entrée soluniiellc du roi et de la reine à Paris; l'oij. Pontcbartraiii, p. l/i3, et Méni. do Math. Mole, p. 111.
2 Foij. Fontenay-Mareuil, p. 335 ; B.ienne, p. 312; Richelieu, p. 205; Pontchartrain, p. 1Z|4.
1()() ,iorii\\i. im;i)it
Mnyi6i6. (jiiol la peut donner pour le temps qu'il est en charge. 18. Monsieur le Garde des sceaux scelle pour la première fois; parle fermement aux secrétaires ; leur dit qu'il ne vouloit point qu'on luy prcsentast que des lettres de justice, et qu'il sauroit bien rcconnoistre ceux qui le voudroyent surprendre ; refuse infinies mauvaises lettres.
20. MM. du Maync, de Buillon et de la Tremoille arrivent à Paris; virent Leurs Majestez en mesme temps, de qui ils furent bien reçus. Ils entrèrent en carrosse dans Paris, suivant ce que le Roy leur avoit mandé, sur ce qu'ils l'avoyent supplié de leur faire savoir sa volonté sur ce sujet. M. de Buillon alla loger chez M. de Laverdin ', à la Place Royale, duquel il a acheté cent dix mil écus la terre de Negrepelisse que M. de Sully avoit marchandée ; ce cjui causa de la brouïllerie entre eux ".
21. M. de Brantos^ revient d'un voyage que le Roy luy avoit envoyé faire vers M. de Longueville.