‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 42 sur 98 · La Revue avant résolu de mettre M. Man · texte numérisé non relu

La Revue avant résolu de mettre M. Man

'■ Jacques le Coigneux, seigneur de Bachaumont, conseiller au Parlement de Paris en 1011, président es Requêtes en 1616, conseiller d'État et président en la Chambre des Comptes en 1619, chancelier de Gaston, duc d'Orléans, président à mortier en 1630.

- yoi/. Mém. de M. Moié, p. 119 et suiv., les lettres-patentes dont i 1 s'a2;it.

ji.inu;ii;. . got en la charge de M. de Pisicux, elle envoya M. Barbin trouver M. de Villeroy à Conflans pour le luy dire et le j)rier d'instruire M. Mangot. M. de Yilleroy répondit (|u'il savoit le respect que l'on devoit aux Reynes, et à cause d'elles, à ceux qui venoyent de leur part ; et que sans cela, il luy cust donné sujet d'avoir déplaisir de luy estre venu porter cette parole. Après quelques autres discours, et entr'autres, qu'il y avoit cinquante-quatre ans qu'il faisoit la charge, qu'il civoit encore assez de force et de courage pour la faire aussi bien que jamais; que c'estoit sa charge, que l'on ne luy pouvoit oster et qu'il n'estoit nullement en humeur de se départir. 11 luy dit qu'il verroit la Reyne.

20. M. de Yilleroy voit la Reyne, luy représente courageusement toutes ses raisons. Après quelques répliques, elle luy dit : Lo voglio. A cela, il répliqua respectueusement et fort fermement, et s'en alla chez luy.

21. Le lendemnin, M. Barbin va chez le Président Jeannin, et avec luy, chez M. de Villeroy ; et là, après plusieurs discours sur ce qui estoit de la charge, M. de Villeroy se relâche à recevoir la récompense. Mais sur cela, il s'éleva très-grande difliculté, pour ce qu'il ne vouloit passer la démission qu'on luy demandoit en faveur de M. Mangot, qu'il ne vid l'argent chez luy , sans vouloir en rien avoir affaire au Roy sur ce sujet ; et qu'il dit qu'il demanderoit cinq cens mil livres de sa charge ; à quoy on luy répondit qu'il ne l'avoit vendue que deux

I)" V II \ Ali I. I> |)'aM)| |.|.\ , 175

ctMis mil li\ios à .M. (le l'isiciix , cl ([lie fou liiy en l)iiilliTi)it ft'tk' soiiiiiu', sur laiiuollo il rendra à M. de Pisicux les cent mil livres qu'il a receus de luy ; les aulnes cent mil livres regardoycnt le mariage de sa petite-fille. Depuis, M. Mangot en olïVil trois cens mil livres, et la Reyne dit que puis([ue Al, de A'illeroy vouloit tant avoir de sa charge, il l'aloil vendre celle de M. le Premier Président de Bordeaux '.

On dit (jue la coiinoissance de M. Mangot avec le Maréchal vient de ce que, quand on roua Alagnas" à Fontainebleau en 16.., M. Mangot, qui estoit le Président des Commissaires, ayant trouvé plusieurs lettres du duc de Savoye^ à Alagnas et de Magnas au duc de Savoye qui parloyent du Marquis d'Ancre et de M. Dollé (avec lequel Magnas estoit ordinairement) , il les porta toutes à M. Dollé et au marquis d" Ancre et n'en fit aucune mention dans le procès.

M. de Villeroy dit à la Reyne qu'il n'avoit point d" habitude avec M. Mangot, et que son humeur ne pouvoit compatir avec la sienne ; qu'il avoit nourry quinze ans M. de Pisieux, et qu'il l'assuroit qu'il estoit fort homme de bien, et luy répondoit de ses actions passées et de celles à venir. La Reyne répliqua :

' M. Mangot.

~ Magnas, accusé d'être un espion du duc de Savoie, avait été arrêté, jugé et exécuté à Fontainebleau en mai 1613. {Foij. Richelieu, éd. citée, t. XXI bis, p. 170, qui confiime la supposition rapportée pur Arnaukl d'Andilly.)

■'' Cliurlos-Eiiianucl, duc do Savoie, mort en 1030,

Juin ifiifi. Je ne me saurois servir du fils npi'ès nvoii- chnssé le père, et si je vous en doniandois avis, vous ne me le conseilleriez pas. M. de Villeroy dit: Au moins, Madame, si vous voulez que M. de Pisieux sorte, permettez-moy dctraittor avec quelques personnes dont je vous puisse répondre, comme M. de Préaux ', ou quelqu'autre. Elle répliqua : Je voy bien que c'est ; vous y voulez nommer; il n'est pas raisonnable ; cela appartient au Roy-.

On dit que le mécontentement de Messieurs du Parlement, lorsque les lettres de M. le Garde des sceaux y furent présentées, venoit de ce qu'il ne les avoit point esté voir. Il ne le devoit faire ; car un Garde des sceaux ne doit faire la cour à personne.

Quelques-uns disoyent qu'il devoit obtenir jussion, et que la plupart de ceux qui avoyentesté contre luy, y eussent obéy. D'autres dient qu'il faisoit mieux de n'en point prendre et de témoigner qu'il méprisoit leur refus; veu qu'aussi bien le mesme arrest ser-

' Charles de l'Aubespine, né en 1580, abbé de Préaux, puis marquis de Chàteauneuf, conseiller au parlement de Paris en 1603, ambassadeur en Hollande en 1609, puis à Bruxelles, chancelier des ordres en 1621, conseiller d'État, gouverneur de Touraine, ambassadeur en Allemagne, à Venise, en Angleterre en 1629 et 1630, garde de» sceaux en 1630, présida au procès des marécbaux de Maiillar et deMonUnoroncy en 1632 ; étant devenu suspect au cardinal diî Richelieu fut disgracié en 1633, arrêté et conduit prisonnier au château d'Angoulémc, où il resta jusqu'en 10^3 ; de nouveau garde des sceaux en 1650, remit les sceaux à Mathieu IMnlé en 1651 et mourut en 1053. Il était fils de Guillaume de l'Aubespine, baron de Chàteauneuf, doyen des conseillers d'État, du vivant duquel il fut appelé M. de Préaux, du nom de son abbaye. (V. P. Anselme, t. vi, p. 358).

2 Foy. Pontchartrain, p. Ili9.

d'arnauld d'andillv. 177

voit sur la vérification des autres points de la Ictlrc. nnniBie.

19. Sur les cinq heures du soir le Picart, cordonnier, estant au faubourg Snint-Cicrmain, en viic de...., des palefreniers de M. le Maréchal d'Ancre (les uns disent cinq les autres huit), ayant bastons et espoes, le chargent ;\ coups de baston. Il se jette dans une maison ; ils en cassent les vitres et rompant la porte ; il est contraint d'en sortir; ils le suivent à coups de baston; il s'enfuit dans une autre maison, dont ils ne peuvent rompre la porte. Enfin, le peuple s'assemblant, ils se retirèrent. Luy sort, prend une halebarde, s'en va chez luy. Le peuple s'y amasse ; un soldat parlant à l'avantage de M. le Maréchal d'Ancre est bien battu. L'alarme en alla grande au Louvre et à Saint-Germain où estoit le Roy. On disoit qu'ils estoyent quatre mil hommes en armes qui vouloyent aller au Louvre demander justice. On fit en diligence revenir les Suisses qui estoyent à Saint-Germain. M. Mangot et M. le Prévost des marchans furent faire écouler le peuple. Deux des palefreniers qui avoyent fait le coup sont remis par M. le Maréchal d'Ancre entre les mains de M. le Lieutenant criminel, qui fut seulement d'avis de les bannir pour trois ans. Le Procureur du Roy du Chastellet donna semblables conclusions; mais six jeunes conseillers, cpi vinrent pour assister au jugement du procès, allèrent avec quasy tous les autres, à la mort, où il passa de beaucoup de voix. Ainsi ils furent condamnez par sentence à faire amende honnorable devant l'Hostel do Ville; î^i ostre pendus; et aupara-

178 JOURNAL 1\ KD IT

.mm iBir.. vaiit iivoir la question ordinaire et extraordinaire'.

2^. Résolu que M. de Longuoville demeureroit en Picardie, comme il y esLoit auparavant ; que M. de Montbazon y prendroit la ville et citadelle d'Amiens, et la Lieutenance du Roy, comme y avoit le maréchal d'Ancre, auquel doivent estre Péronne, Montdidier et Roye, et que ledit Maréchal prendroit la Lieutenance de Normandie, avec Caen et le Pontde-l' Arche, et cent mil ecus comptant. On dit qu'il sera aussi remboursé des fortifications et avances par luy faites dans la citadelle d'Amiens^

26. M. le Comte d'Auvergne ^ sort de la Bastille où il avoit esté, à deux fois, près de quatorze ans. M. de Montmorency estoit, quelques jours auparavant, revenu exprès de Languedoc, afin d'obtenir sa

1 Voy. Merc. fr.^ t. iv, p. 137. Ce cordonnier Picart, sergent du quartier de la rue de la Ilai'pc, avait, couime on Fa vu plus haut, empûché le maréchal d'Ancre de sortir de Paris par la porte de Bussy, sous prétexte qu'il n'avait pas de passeport. C'est pour se venger de cet affront que le maréchal tlt infliger cette rude correction audit Picart, Peut-être cependant les gens du maréchal agirent-ils de leur propre mouvement et pour leur propre compte ? Foy. aussi Richelieu, p. 300.

2 Voy. Merc. fr., t. iv, p. 88 ; Richelieu, p. 296 ; Pontchartrain, p. 145.

3 Charles de Valois, comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulème, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, né en 1573, grand prieur de France en 1587, comte d'Auvergne en 1589, se signala à Arques en 1589, à Ivry en 1590, à Fontaine-Française en 1595, accusé de conspiration et mis à la Bastille en IGOZi, condamné à avoir la tôte tranchée eu 1G05, peine commuée .en prison perpétuelle, mis en liberté en 1616, réintégré dans ses charges et dignités, colonel général de la ca. Valérie légère, duc d'Angoulûme et ambassadeur en Allemagne en 1620, commandant au siège de la Rochelle, fit les guerres de Languedoc, de Lorraine, d'Allemagne et de Flandres, et mourut en 1650. On a publié ses Mémoires. {Voy. P. Anselme, t. i, p. 202, et son historiette, Tallomant des Réaux, avec le commentaire de M. Paulin Paris.)

l)\\lt N vu 1.1) J)'AiM)ILI.\. 179

délivrance. La lleyiio Tavoit promise avant, son voyage de Bordeaux ; et M. de Montmorency la trouvant aucunement refroidie, fit feu et flame et s'opiniastra de telle sorte qu'elle luy accorda ce qu'il deniandoit'. M. le Comte d'A-Uvergne, suivy de M. de Yauzay, qui ne le quitta point jusqu'à ce qu'il l'eut remis entre les mains du Roy, ne trouvant point la Reyne au Louvre, alla jusques à Issy où il la remercia. Après, il vid le Roy. — MM. de Guise, tous trois-, vinrent souper aveque luy à l'hostel de Montmorency et attendirent une grande heure avant qu'il fustvenu; luy témoignèrent beaucoup d'amitié, et à M. de Montmorency, tout ce qui se peut au monde ^

Environ le '27. M""- la Princesse de Condé douairière arrive.

M. de Rochefort arrive aussi ''.

1 Le comte d'Auvcrg;iie a^^ant épousé Charlotte de Montmorency, fille du connétable, était le beau-frère du duc de Montmorency.

- Le duc et le cardinal de Guise et le prince de Joinville, depuis duc de Chevreuse, tous trois fih du Balafré.

3 Le comte d'Auvergne était resté cette seconde fois onze ans et huit mois à la Bastille ! Il fut réintégré dans sa charge de colonel de la cavalerie légère qu'avait eue à sa place le duc de Nevers. Le Mercure fait à ce sujet la réflexion suivante : « Quel changement aux affaires du temps ! de voir eu liberté celuy qui estoit prisonnier et qui pensoit jamais n'en sortir, commander trois sepmaines après les troupes du Roy, et entendre la voix commune du peuple qui asseuroit qu'on avoit mis sur la chambre où estoit ledit sieur Comte en la Bastille, chambre à louer. » {Merc. fr., t. iv, p. 140.) Foij. aussi Fontenay-Mareuil, p. 336; Brienne, p. 324; Richeheu, p. 295 ; Pontchartrain, p. 150.

'' Foy. Merc. fr., t. iv, p. 147. Ce gentilhomme en qui Monsieur le Prince mettait toute sa confiance, était envoyé par lui vers le Roi à l'occasion d'une difficulté survenue quant à l'exécution du 33« article de l'Edit de Loudun.

180 JOURNAL im':dit

(liiill. dit que Monsieur le Prince avoit promis à -M. de Sully de faire oster la charge à M. Arnaud l'intendant. Sur cela, il fut le mercredy 29 trouver la Reyne à son disner, et luy ayant commencé à parler de ce bruit, elle luy répondit tout haut que c'estoyent des méchans qui faisoyent courir telles faussetez.

29. Six soldats des gardes voulant enfoncer la porte de M...., conseiller du Chastellet, dans la rue Saint-Julien-le-Pauvre, près la place Maubert, pensant que ce fust celle d'un bordel, quelques voisins, et en tr' autres, un apothicaire nommé ..., qui a autrefois esté de la compagnie de M. de Broûilly, sortent de leurs maisons. Ces soldats mettent l'épée à la main, et tirent des estocades audit apothicaire, dont l'une le blesse au poignet ; et luy, d'un coup de pertuisane, tua un soldat, et d'un autre coup en blessa un autre '.

Environ le 5. M. de Rohan arrive à Paris '.

M. de Pisieux prend congé du Roy ; va à Panfou, quelques jours après.

MM. le Maréchal de Brissac, de Vie et Champigny ^ vont à Poitiers remettre les réfugiez qu'ils remirent heureusement le ...

En toutes les voix de l'Assemblée de ville, il n'y en eut que une contre la volonté du Roy '\

' Vojf. Merc. fr.^ t. v, p, 139. Le lieutenant-civil fit à rette occasion une Ordonnance pour la sûreté publique.

2 Voy. Méni. de Rolian, p. 138.

= C'est la diflicnlté relative a l'exécution du 33e article de l'Fdit de

d'ar.nauu) n'.wnii.i.Y. 181

7. -Madame Déegeant iiicurl. Les deux palefreniers de M. le Maréchal d'Ancre qui avoyent este; condamnez au Chastellet, sont jugez au Paiieinenl (;t la sentence confirmée, excepté pour l'amende lionnorable et la question. Ce jugement passe tout d'une voix, hormis M. le Président I.escalopier, le(iucl fut

d'avis ; et ayant dit, entr'autres choses que

l'action faite par le Picard, à la porte de Bussy, ne se pouvoit excuser, veu qu'il n'y avoit persoinii^ (jui ne connust M. le maréchal d'Ancre, M.Prévost Malassise dit : Je croy qu'il s'en trouvera plusieurs qui ne le connoissent point, et pour moy, je suis de ce nombre. Ayant dit cela, chacun de tous les autres en dit de mesme ; et ainsi M. le Président Lescalopier demeura seul de son avis. — L'après disnée, lesdits palefreniers furent exécutez au bout du pont Saint- Michel. Il y avoit une extrême quantité de monde ; et on tient que tous les bourgeois du quartier estoyent tout prests dans leurs maisons, avec leurs armes, pour sortir, si quelqu'un s'efforçoit de les enlever. Et continuèrent ainsi toute la nuit, jusques à quatre heures du matin, à demeurer armez chez eux, appréhendant que l'on vint ester la nuit les corps morts de la potence, où ils vouloyent, à quelque

Loudun, dont il est parlé plus liant. Cet article décidait que tous lo^ officiers tant militaires que de judicature qui avaient quitté Poitiers lors du trouble qui eut lieu dans cette ville le 23 juin IGU, seraient réintégrés dans leurs charges. Les habitants de Poitiers demandèrent que l'on n'accordât pas cette faveur aux militaires. Le prince de Condé insista pour que l'article fût entièiement observé. Mais la ville de Poitiers ayant persisté dans ses n'clnmaMons, il y fut fait droit.

,ruiik-f i(!i(i. ])i-ix (]uo ce fiisl, qu'ils demeurassent vingt -quatre heures entières.

8. J.c Roy et la Reyne vont à Saint-Germain-en- Laye. On tient que la Reyne vouloit, à la persuasion de M. le Maréchal d'Ancre, aller à Roiien avec le Roy, afin d'installer M. le Maréchal d'Ancre en sa charge de Lieutenant du Roy en la Province, et faire souffrir le peuple de Paris, dont elle estoit mal contente, par l'absence de la Cour. Mais on remontra à Leurs Majestez combien ce dessein estoit dangereux par infinies raisons, et que c'estoit perdre Paris.

Page 1