‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 43 sur 98 · Leurs Majestez de retour de Saint-Germain · texte numérisé non relu

Leurs Majestez de retour de Saint-Germain

Environ ce temps , M. de Refuge , le Conseiller d'Estat, est envoyé vers M. de la Force.

17 ou environ, M. du Mayne de retour de Soissons où il estoit allé quelque temps auparavant.

Monsieur le Prince de retour. H a voit laissé M. de Vendosme à Villebon '.

^ A l'occasion du retour de Motisiour le Prince à Paris, le sUerr. fr. cite le passage suivant qu'il emprunte à l'auteur de l'Apologie pour Leurs Majestés : « Monsieur le Prince donc, après plusieurs remises reciierchées pour l'accommodement de ses affaires et pour l'establissement de son authorité, se rend enfin à la cour, où il se trouve au milieu de la pompe et de la gloire, 11 est plus recherché et suivy que le Roy mesme : sa maison rend presque le Louvre désert : Tout le monde, selon la légèreté françoise, anoie ce Soleil levant; chacun s'eflorce de s'acquérir ses bonnes grâces : Aussi tout passe par ses mains; il est absolu au Con-eil ; il dispose des finances ; il fait entrer aux charges ceux qui ont suivy sa fortune, et en recule ceux qui ont fidellement servy le Roy ; et s'il faut dire franchement la vérité aux affaires d'Estat, il ne laisse à Leurs Majestez (jne le nom et les vaincs images delà Royauté. {Mcrc. fr., i. i\, 2*^ partie, p. l/i8.) l'oij. aussi Richelieu, p. 307; Pontchartrain, p. 152.

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\'\ M. le Milord duc Hayect, ambassadeur extraordinaire du Roy d'Angleterre, sur le sujet du jTiariage de Madame Christine, arrive en magnificence à Paris, conduit par M. le Prince de Joinville, lequel avoit esté au-devant de luy jusques à Saint-Denis. 11 eut audience de Leurs Majestez le dimanche 7, M. de Guise le conduisant depuis le logis de la Reyne Marguerite, où il est oit logé, jusques au Louvre. Depuis, il eut audiance particulière dans le petit Cabinet de la Reyne-mère, où il fut deux heures avec le Roy et la Reyne. Depuis, il fut festiné par tous les Grans et principaux Seigneurs de la Cour, comme Monsieur le Prince, M. de Nevers, M. de Guise, M. de Rheims, M. de Buillon, M. de Vitry, etc. , avec des superfluitez extraordinaires, jusques là que Monsieur le Prince fit faire quatorze services ' •

Environ ce temps, M. de Sully arrive.

9. Après plusieurs propositions faites pour reigler les Conseils, enfin il fut résolu que les mardy et jeudy au matin à huit heures, on tiendroit dans le Louvre un Conseil des finances tout semblable à celuy qui avoit accoustumé d'estre tenu auparavant, et au-

* y'otj. Ulerc. fr., t. iv, p. 149, le récit de toutes les fêtes qui eurent lieu pour honorer le représentant de la Grande-Bretagne. Suivant le Mercure, cet ambassadeur extraordinaire était Jacques Haj% baron de Saley, maître de la garde-robe. Votj. aussi Fontenay-Mareuil, p. 337. D'après ce dernier, Lord Hay, depuis comte de Carlisle, vint à Paris pour féliciter le Roi de son mariage, et parler de celui de Madame Chrétienne (quelques Mémoires du temps portent Christine comme notre manuscrit), sœur du Roi, avec le prince de Galles. Cette union ne se fit pas. Madame épousa peu de temps après le prince de 1 iémont. {Voy. encore Richelieu, p. Zlk ; Pontcliartrain, p. 153.)

IS/l JOUUNAL INÉDIT

quel la mesme confusion est demeurée (et ce jour fut .tenu le premier desdits Conseils), et où Monsieur le Prince se trouveroit (comme il a toujours fait) , et signeroit les arrests.

10. Quant au Conseil de la Direction, il fut ordonné qu'il se ticndroit les mercredy et vendredy, et qu'il n'y auroit que Monsieur le Prince, M. Jeannin, M. Barbin, et les quatre Intendans. Et ce jour fut tenu le premier desdits Conseils, au(|uel ces sept personnes assistèrent.

Monsieur le Prince et M. de Buillon vouloyent que la Reyne prescrivit l'ordre de règlement des Conseils, afin de rejetter sur elle la hayne de tous ceux qui en seroyent exclus ; ce qu'elle voulant éviter, elle envoya M. Barbin, qui prit heure pour se trouver chez Monsieur le Prince sur ce sujet, où M. de Buillon se rendit. Et là, M. de Buillon voulant faire parler M. Barbin, il dit qu'il n'a voit autre charge de la Reyne, sinon de faire tout ce qu'ils voudroyent, et qu'elle trouveroit tous bons avis, pourveu que elle pust dire qu elle l'avoit fait avec leur conseil.

Quant au samedy, ce jour fut destiné pour lire le matin la Semaine en un Conseil de Direction ; après, la faire arrester à la Reyne ; et le reste du jour devoit estre employé au Conseil desDépesches, c'est-à-dire, pour les affaires d' Estât, auquel assistoyent les Princes et officiers de la Couronne.

Cet ordre s' exécutant. Monsieur le Prince se rendit si assidu à tous les Conseils , et y prenoit tant d'autorité, que la Reyne en entra en jalousie. En ef-

1) AU.NVLLI) L)"aM)1 l.l.V. 1 So

let, il faisoit le Surintendant des finances, et arrestoit de sa main les rooUes de l'Espargne et autres estats. Là dessus, M. de Sully se jetta h la traverse, et vid la Reyne, M. Mangot, M. Barbin, afin de rentrer aux alYaircs'.

Environ ce temps, après plusieurs difficultez sur dit'ficultez apportées par M. de Villeroy au traiUé de sa charge avec M. Mangot, dont ils estoyent convenu le prix à quatre cens mil livres, enfin il dit qu'il ne pouvoit conclure sans M. de Pisieux ; et fit venir ledit sieur de Pisieux, lequel dit qu'il ne voiiloittraitter en façon quelconque. Tellement que sur cela , le traitté se rompit entièrement ; et on expédia et scella le 12 une commission à M. Mangot pour faire la charge entièrement, tant en l'absence qu'en la présence de M. de Villeroy, lequel ayma mieux cela que de quitter sa charge (d'autant qu'il vouloit, comment que ce fust, mourir Secrétaire d' Estât). Le lendemain samedylo, M. Mangot presta le serment'.

i!i. Les habitans de Péronne s' estant assemblez en leur hostel de ville, tant sur ce que M. de Longueville leur avoit mandé qu'il vouloit faire son entrée le 25, que sur ce qu'ils avoyent eu avis que Ton leur vouloit envoyer toute la garnison qui sortoit d'Amiens, M. de Favrolles% qui commandoit dans

1 Voij. Pontchartrain, p. 153.

- roij. Fontenay-Mareuil, p. 3i'i; Brienne, p. 3J2 ; Richeliou, p. 298 ; Pontchartrain, p. 151 et 154.

5 Le sieur de Favrolles (suivant d'autres Mémoires, de Favolles ou de Favols), gentilhomme gascon, était lieutenant du maréchal d'Ancre au gouvernement de Péronne.

Péronne, vint à leur assemblée avec M. de Plainville, et commença à user de paroles fort hautaines pour leur faire rompre leur assemblée. Ils répondirent qu'ils vouloyent obéir au Roy, mais qu'ils n'avoyent nul commandement de Sa Majesté pour ne point recevoir M. do Longueville, et pour recevoir les garnisons qui sortoyent d'Amiens ; que durant les dernières guerres, il n'y avoit jamais eu que cinquante hommes au plus en garnison en leur ville ; et que maintenant, durant la paix, on leur en vouloit bailler deux cens d'augmentation ; ce qui n'estoit pas pas raisonnable ; qu'au reste, il ne fist plus tant le mauvais, et qu'ils n'estoyent plus résolus de l'endurer. (On dit qu'il avoit baillé, il y a quelque temps, quantité de coups de baston, en plein auditoire, à un sergent qui l' avoit fâché). Gomme sur cela, M. de FavroUes voulut répondre aigrement, ils Tarrestèrent en leur Hostel de Ville, et en mesme temps mandèrent à M. de Longueville, qu'il y arrivast aussitost. Le lundy 15, la nouvelle de cela arrive à Paris, à deux heures après midy, et le soir mesme à sept heures, M. Mangot part pour aller trouver M. de Longueville. Le mercredy 17 , estant à sept heures du matin arrivé auprès de Péronne, il trouve un capitaine avec quelques cavaliers qui l'arresta jusques au soir, quoy qu'il luy pust dire; et le soir, lorsqu'il l'amena pour parler à M. de Longueville, il le fit encore attendre trois ou quatre heures aux portes. Tout cela, afin de donner, cependant, le loisir à M. de Longueville de prendre le Chasteau, comme il

D'MiNAULn d'a^dh.ly. JS7

lit, j)iir roiiiposition avec les soldats , de leur faire pa\ er (juatre montres , moyennant quoy ils enfermèrent Hame', ([iii les commandoit, et se rendirent. M. Mangot trouva M. de Longueville en résolution (le ne point rendre Péronne , et mesme il luy dit que Ton se moqueroit de luy, s'il le rendoit ; et qu'en ce temps-cy, on ne rendoit point de tels morceaux. Enfin, lorsqu'il revint, il croioit l'avoir davantage adoucy : et fut icy de retour le vendredy 19.

jM. du Mayne envoya quatre compagnies de gens de pied, enseignes déployées, se jetter dans Péronne, lesquelles il avoit tirées de ses places. M. Barbin a dit qu'il y avoit cinq cens hommes.

Lorsque la nouvelle de Péronne arriva , Monsieur le l^rince estoit allé à une maison nommée... qu'il avoit achetée sur le chemin de Vallery. M. de Buillon luy envoya dire en diligence par un gentilhomme ce qui s' estoit passé, et luy manda qu'il le prioit instamment de ne parler à âme vivante, jusqu'à ce qu'il l'eût veû chez M. du Mayne, oii il l'attendoit, et par oi^i il faloit nécessairement qu'il passast. M. Yignier dit que, sachant cela, il fut, avec Monsieur l'Archevesque de Bourges-, au devant de Monsieur le Prince; luy dit que M. de Buillon l'attendoit ; mais qu'il le supplioit de ne point se laisser emporter à ses persuasions ; que l'action estoit honteuse ; ne se pouvoit défendre ; et que ce seroit à ce coup, que la Beyne

1 Le sieur de Rames Baqueville, capitaine de la garnison de Péronne.

2 André Fremiot, archevêque de Boui'ges, député du clergé aux Etats de 161^.

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reconnoistroit ce qu'elle devoit attendre de la sincérité de ses intentions. Monsieur le Prince le liiy promit. Jl nlla chez M. du Maync, où M. de Buillon le persuada à ce qu'il voulut.

J'ay oiiy dire à M. Barbin, le 23 mars 1618, comme j'cstois un de ses trois Conseillers, que les affaires du Roy estoyent lors en un estât si misérable, et celles des^Princes si relevées, qu'ils témoignoyent tout haut trouver mauvais quand le Roy et la Reyne parloyent à des gens de qualité, et jusques h des gentilshommes de dix mil livres de rente , disant qu'ils leur vouloyent débaucher leurs serviteurs ; que M. du Mayne dit un jour à M. de Lusson, qu'il ne pouvoit trouver bon que l'on l'envoyast vers Monsieur... pour le leur débaucher; que Monsieur le Prince manda un jour à la Reyne, qu'il ne se soucioitplus qu'elle parlasttant qu'elle voudroit à M. de Guise, parce qu'il estoit maintenant très assuré de luy. Sur quoy la Reyne, par le conseil de M. Barbin, parla à tous les Seigneurs de la Cour, afin de témoigner qu'elle ne se voaloit pas laisser aller aux entreprises et aux insolences de ces Princes ; que M. du Vair , amenant un jour M. de Buillon par la main à la Reyne, luy dit: Madame, il ne faut plus que vous ayez de défiance de M. de Buillon et de ces Messieurs, car ils ne désirent que de bien servir le Roy. Sur quoy la Reyne devint rouge ; que par l'avis du Maréchal mesme, la Reyne estoit résolue de s'en aller au Parlement, pour se démettre de l'administration des affaires ; ce que M. Barbin luy déconseilla en-

d'aiinaild d'andilly. 189

tièrement, liiy disant que si elle le faisoit, le Royaume, Aoust icie. le Uoy, et ses (Milans estoyent perdus; d'autant que Monsieur le Prince prendroit toute l'autorité, et que chacun des Grans penseroit à tirer sa pièce; sur leciucl discours, le Roy estant entré dans le cabinet, la Reyne frémit et dit : llo ! je ne quitteray point les alïaires, quoy qui en puisse arriver.

Knviron le mardy ou mercredy 17, M. le Comte d'Auvergne part, pour aller investir Péronne avec les compagnies de gendarmes et de chevaux légers qui se trouvoyent icy autour et dix compagnies du régiment des gardes. M. de Créquy n'y fut point, soit (|u'il refusast ou autrement. Ils trouvèrent que M. de Longueville estoit demeuré dans Péronne avec cent ou six vingts gentilshommes et deux cens hommes de pied (quelques uns dient sept cens; mais je ne le croy pas) '.

IG. M. le Maréchal d'x\ncre ayant eu avis qu'il y avoit eu dessein fait par M. du Mayne et M. le Prince de Joinville, de l'enlever de sa maison du faubourg Saint-Germain et de le faire passer l'eau à un bateau qu'ils avoyent prest, puis l'emmener à Soissons, il part en diligence, la nuit d'entre le mardy et le mercredy, pour s'en aller à Caen.

Monsieur le Prince ayant donné charge à M. l'Ar-

' Sur la sédition de Péronne qui, en rompant le traité de Loudun, commença ce qu'on a appelé la troisième guerre civile, et décida la Reine-mère à faire arrêter Monsieur le Prince. {Foy. Merc. p., p. 179- 194 ; Fontenay-Mareuil, p. 345 et suiv. ; Brienne, p. 31 2 ; Rohan, ]). 1 40 ; Richelieu, p. 316; Pontcliartrain, p. 154.

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chevesque de Bourges (qui se mesloit fort avant dans ses afTaires et qui n'est pourtant qu'un trihoullet) de porter rudes paroles à M. lo Maréchal d'4.ncre, et de luy dire, entr'autres choses, qu'il ne le pouvoit ni ne le vouloit plus garantir, et qu'il se conservast comme il l'eniendroit; il envoya quérir, quelque temps après, M. Barbin, qui le vint trouver à Saint-Martin. Là, il luy fit plusieurs honnestetez, et pour ce qui estoit de Monsieur le Maréchal, et particulièrement pour ce qui estoit de luy.

M. Barbin luy ayant remontré les grans sujets de mécontentement qu'il donnoit à la Keyne , il luy dit qu'il le reconnoissoit bien ; mais qu'il ne savoit comment faire, et s' estoit trouvé fort empesché, pour ce que M. de Buillon et ses Princes luy faisoyent entendre que s'il abandonnoit ses amis, ils l'abandonneroyent aussi ; et qu'après, il se trouveroit dans le mépris, et plus bas que jamais ; mais qu'ayant esté encore, le jour de devant, plus de quatre heures avec eux, enfin il s'en estoit débarrassé, et qu'il vouloit bien que le Roy et la Reyne sceussent qu'ils luy avoyent plus d'obligation qu'à leur père, et qu'il le prioit de le dire à la Reyne.

M. Barbin s'en allant, trouva l'Archevesque de Bourges qui luy dit qu'il estoit bien aise de l'avoir rencontré, et qu'ils s'en iroyent ensemble trouver M. le Maréchal d'Ancre ; où estant arrivez , M. de Bourges luy dit, de la part de Monsieur le Prince, d'extrêmement mauvaises paroles, suivant ce que dessus. Monsieur le Maréchal se mit en grande colère,

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et dit ((Lie Monsieur le Prince estoil Prinee du sang, mais qu'il s'assuroil (iifil ne diroit point cela devant lii\. — M. Barbin, sur cela, dit ce que le Prince luy venoit de dire, et le lendemain, Monsieur le Prince ayant envoyé quérir M, Barbin, dit que M. de Bourges n'avoit dû dire cela.

La Maréchale d'Ancre couchoit aussi lors au faubourg Saint- Germain. On dit que le dessein estoit de les tuer tous deux. Monsieur le Prince manda à M. le Maréchal d'Ancre, qu'il luy avoit promis de le garentir, mais qu'il ne le pouvoit plus faire. Et sur cela, le Maréchal d'Ancre se résolut de s'en aller en Normandie ; où estant près de Caen, il fut visité et accompagné de quantité de noblesse. On dit que M. Dumesnil Morant' dépença deux mil pis toiles à le traitter. On dit aussi qu'il caressoit fort les bourgeois de Caen, et se familiarisoit avec eux, au contraire de ce qu'il faisoit à Amiens. II couchoit dans la ville.

J'ay oûy jurer à M. Barbin, qu'il n'y avoit point dessein de tuer ni de prendre M. le Maréchal d'Ancre, et qu'il avoit résolu d'aller en Normandie, avant que Monsieur le Prince luy eust mandé ce que dessus ; et qu'il est vray que le Maréchal s'en alloit pour ne plus revenir, et se devoit embarquer sur la mer, et sa femme aussi, qui estoit malade, et monta mesme en litière, pour s'en aller. Mais l'accès de sa fièvre

' Thomas Morant, baron du Mesnil-Garnier, trésorier de l'épargne, grand trésorier des Ordres en 1021.

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