‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 44 sur 98 · I9'2 JOUR^AL INÉDIT · texte numérisé non relu

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luy ayant lors redoublé, clic descendit, et remit le voyage, lorsqu'elle se porteroit mieux '.

On dit que l'inimitié de M. de Guise avec le maréchal d'Ancre venoit de ce que M. le Cardinal de Guise, ayant désiré instamment d'estre du conseil de la Direction, M. le prince de Condé en supplia la Reyne avec affection. Sur quoy, elle dépescha, à l'heure mesme, un courrier à Lésigny, oij estoyent Monsieur le Maréchal et Madame la Maréchale ; alors qu'elle eut receu réponse, M. de Guise estant venu luy renouveller la mesme supplication, elle répondit : J'ay fait deux fois la guerre pour empescher que Monsieur le Prince ne fust de la Direction, et je la feray encore deux autres fois, pluslost que votre frère y entre. — On dit aussi que MM. de Guise allant tous trois voir Monsieur le Prince, ils trouvèrent le maréchal d'Ancre qui en sortoit, et les salua ; que lors, M. de Guise et M. de Joinville le saluèrent, et qu'au contraire, M. de Rheims enfonça son chapeau, et dit haut : Si ce n'estoit le respect du lieu où je suis, je luy baillerois d'un poignard dans le sein.

Environ ce temps, M. de la Douze-Charton-, con-

' Suivant le duc de Rohan (Mém., p. i/iO), le projet de l'assassinat du maréchal d'Ancre aurait été discuté, dès cette époque, dans un conseil présidé par le Roi, où se trouvaient, entre autres grands de l'Etat, le duc du Maine et le maréchal duc de Bouillon, Le maréchal d'Ancre averti aurait pris la résolution de se retirer dans son gouvernement et de faire arrêter le prince de Condé et ses amis pour rétablir son autorité et celle de la Reine-mère. {Vo>j. Richelieu, p. 322- 334; Pontehartrain, p. 158.)

2 André Charton, conseiller au parlement depuis 1587.

d'arnaui.d d'andh.ly. 1*)o

scillcr en la (lour, vinl trouver iM. Barbiii, pour le tair(^ parler à la Reyne-mère, touchant affaires qui importoyentausalutdu Roy, crdle, et deTEstat; ce qu'il lit, encore que la Reyne eust prit médecine.

M. Cliarton ayant parlé à Sa Majesté, M. Barbin le suivit, d'autant qu'il luy avoitdit, qu'après qu'il auroil parlé à la Reyne, il luy diroil à luy les particularilez de l'alTaire et les remèdes. Mais lors, il le remit à M. de Sully, qui informeroit de tout cela, le lendemain, le Roy et la Reyne. — Le lendemain, M. de Sully vint trouver le Roy et la Reyne, à heure assignée, qui commença par ces mots : Pleut à Dieu que Vos Majestez fussent maintenant au milieu de douze cens chevaux ; et fit un grand discours de deux heures, dont la substance estoit, que tout estoit perdu. Et estant sorty, il rentra le corps à demy dans la chambre, et dit qu'il déchargeoit sa conscience, ayant averty Leurs Majestez; qu'il les souhaiteroit au milieu de douze cens chevaux; qu'il n'y avoit autre remède au mal que d'armer puissamment; mais que cela ne se pouvoit pas; et qu'il estoit trop tard'.

25. M. de Buillon, de retour de Provence, où il avoit esté quatre ou cinq jours auparavant, avoit porté parole à M. de Longueville, que le Roy luy donneroit le choix de quatre gouvernemens, avec l'un desquels, tel qu'il voudroit, M. le Maréchal traitteroit le gouvernement de Péronne, Montdidier, et Roye. — M. de Longueville, au contraire, vouloit en nom-

1 VO!/. Rirlinlieu, p. 320.

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Aoust luic. mer quatre, F un desquels seroit choisy par le Roy, et olîroit de remettre la place entre les mains d'un exent des gardes, pourveu qu'il n'amenast ])oint d'archers avecquc luy.

Environ le 20. La Reyne se voyant en peine de l'affaire de Péronne, et reconnoissant qu'il estoit nécessaire que le Roy se meslast de la conduite des affaires, afin de conserver l'autorité royale qui s'affoiblissoit journellement, elle lui dit, et luy en parla avec affection. ( M. le Maréchal estoit alors à Lésigny. ) — Le Roy dit que, puisqu'elle le désiroit, il le feroit; et deux heures après, comme on lisoit la dépesche que M. de Buillon devoit emporter, il y remarqua deux grandes fautes, dont Tune estoit, que l'on vouloit bailler à M. de Buillon le pouvoir de loger l'armée, qui estoit le mettre en pique avec M. le Comte d'Auvergne. Aussitost que M. le Maréchal fut de retour, elle rompit ce coup-là, et empescha que le Roy ne prist connoissance des affaires.

sepicnii.re. Jcudy 1". Mousieur le Prince arresté prisonnier

dans la chambre de la Reyne, par M. de Thémines et ses deux fils '. 11 avoit esté au Conseil des finances toute la matinée , et estoit sorty, et monté chez la Reyne, suivy de M. de Roban, Monsieur le Garde des sceaux, M. le président Jeannin, et quelques autres. Il avoit trouvé le Roy dans ladite chambre, auquel il

1 Antoine de Lauzit'res, marquis de Thémines, tué au siège de Montauban en 1621, et Charles, seigneur de Lauzirics, tué au siège de Montheur, la même année 1(52:1.

d'/VRNAULd d'antmlly. 195

demanda s'il pourroit voir la Reyiie. Le llay dit qu'il s.i.amhii; icio. alloit y voir; et estant entré dans la Garde-l\obl)c ou cabinet, M. de Tliémines sortit, et dit à Monsieur le Prince : Monsieur, le Roy m'a commandé de vous dire, qu'il a besoin de vous pour une alîaire qui se doit résoudre cette après disnée, et qu'il vous prie de ne bouger d'icy d'aujourd'huy ; et, pour ce sujet m'a donné charge de vous arrester. — Comment! m'arrester, moy ! ce dit Monsieur le Prince. Et en mesme temps, voulant mettre la main à l'épée, il trouva que M, de Thémines l'avoit saisie de la main gauche, et il commença à crier : Gomment ! arrester un Prince du sang ! vous n'estes point capitaine des gardes. — Non, répliqua M. de Thémines, mais je suis gentilhomme, et obligé d'obéir aux commandemens du Roy, mon maistre et le vostre. — Sur cela, Monsieur le Prince se retourna vers M. de Rohan, et luy dit : Mon cousin, souffrirez-vous que l'on arrcste ainsi prisonnier un Prince du sang? — M. de Rohan répondit : Je suis tout seul ; il faut obéir au Roy. — Après, Monsieur le Prince dit : Monsieur le Garde des sceaux, qui vit jamais une pareille injustice ! Faitesmoy parler au Roy ou à la Reyne. Lors, Monsieur le Garde des sceaux et les autres baissèrent la vue. Puis il s'écria : Hé quoy ! n'ay-je point d'amis. Sur cela, M. de Praslin entra, qui dit : Monsieur, il faut obéïr au Roy. — Et M. de Thémines luy dit : Monsieur, ne vous émouvez point, s'il vous plaist, et n'entrez en aucune appréhension, car je vous répons sur mon àme et sur mon honneur, que le Roy entend que vous soyez

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Iniilté comme luy-mesme. Aprùs, il le mena dans une chambre qui estoit proche , où luy M. de Thémines avoit trois siens gentilshommes; et en passant, JVlonsieui' le Prince ayant apperceu M. Delbone, lieutenant de la compagnie de chevaux légers de Monsieur, avec douze ou quinze de ses compagnons, il s'écria : Je suis mort, voilà un homme qui ne m'a jamais aymé. Que l'on m'ameine vistement un prestreet que l'on me donne au moins le loisir de penser à ma conscience. Lors, M. Delbene luy fit une révérence jusques à terre, et luy dit qu'il avoit toujours esté son très-humble serviteur; qu'il le supplioit de ne le point prendre pour un bourreau, et de croire qu'il n'y avoit personne qui eust le pouvoir de luy faire accepter mie telle charge. — Monsieur le Prince estant nnpeu revenu de cette appréhension, demanda M. de Piochefort, son apoticaire, un certain valet de chambre, et un certain cuisinier. On luy fit venir les trois derniers, mais non le premier, qui estoit chez M"" la Comtesse de Soissons, et à une heure, avoit pris la poste au Bourg-la-Picyne, pour aller à Chinon (où l'on dit que l'on fit écrire Monsieur le Prince, et à Bourges aussi, où du Pioger, oncle de Rochefort, s'en alla, afin de faire remettre lesdil;es places entre les mains de qui le Roy voudroit). Le Roy ayant envoyé de sa viande à Monsieur le Prince, il la refusa, et Sa Majesté s'en fascha. — Monsieur le Prince se trouva estre malade de chancres, et autres vilenies, qu'il avoit gagnées chez un maquereau nommé Ghercaut, lequel lient des femmes chez luy, et traitte en festins. Deux

d'arnalld d'a.m)ii.lv. 197

jours après, on grilla une autre chainbie au T.ouvre, sopii-mbrc i6i«. où on mit Monsieur le Prince, et on luy osta tous ses gens hormis Luisible, qui luy sert de valet de chambre et d'apoticaire. Un nommé le capitaine Rol)ert, auquel il se fie, appreste ses viandes, et les luy apporte à la porte de la chambre, entre les mains de Luisible, et Monsieur le Prince veut voir le visage de Robert, afin d'estre assuré qu'elles n'ont passé que par les mains des siens.

Monsieur le Prince avoit esté averty, par diverses fois, qu'il y avoit un dessein de l'arrester, et encore le mercredy au soir, allant au bordel, avec un seul gentilhomme près Saint-Martin-des-Champs, il en eut avis, et répondit : La beste est trop grosse.

Pendant que Monsieur le Prince estoit au Conseil, on avoit fait redoubler les gardes tant suisses que françoises à la porte du Louvre, où estoyent MM. de Créquy et de Bassompierre, et dedans le Louvre, on avoit disposé toutes les gardes du corps du Roy.

La Reyne-mère ne se coucha point toute cette nuit là. Elle manda le mercredy au soir à M. de Bassompierre qu'il la vint trouver inconnu à trois heures du matin. Il vint à deux ; il la trouva seule dans son cabinet avec M. Barbin qui, estoit contre la table, et elle se promenoit.

après avoir tenu cjuelques discours à M. de Bassompierre sur la confiance qu'elle avoit en sa fidélité, elle luy dit le dessein qu'elle avoit pris de faire arrester Monsieur le Prince, j\L du Mayne, M. de Yendosme, M. de Buillon, M. de la Trém>oille ; qu'il

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essayast do faire que les Suisses fussent plus forts que les gardes du Roy, dont elle ne se fioit pas; et pour luy montrer combien elle se fioii en luy, elle avoit résolu, si l'alïaire réussissoit mal, de se mettre avec le Roy, ses enfans, et ses bagues, au milieu du bataillon de ses Suisses, et ainsi s'en aller à Mante. M. de Bassompierre qui avoit mandé dès le soir à ses capitaines dans les quartiers, qu'ils se tinssent prests au premier coup de tambour, luy dit qu'il luy répondoitde se rendre le plus fort devant le Louvre; mais qu'il croioit qu'elle se pouvoit assurer de M. de Créquy, en l'engageant par générosité et ne le luy disant que sur le point de l'exécution. Ainsi, elle l'envoya quérir à six heures du matin, et le retint avec elle, jusquesà l'heure qu'il fut besoin d'agir; et M. de Bassompierre se tint toujours auprès de luy, luy disant qu'ils se serviroyent chacun de témoin de leurs actions. Sur les six heures du matin, il vint un gentilhomme de Poitou demander à parler à la Reyne; elle se jetta sur son lit, et fit mettre derrière la ruelle M. de Bassompierre, M. Barbin et M. de Fossez. 11 luy dit que tous ces messieurs estoyent avertis, et qu'ils vouloyent monter à cheval et s'en aller. On y envoya ; il se trouva qu'ils ne bougeoyent. Sur les huit heures, le Roy estant avec la Reyne, on leur vint dire que Monsieur le Prince estoit entré, dont ils furent très-aises. Et puis, on leur dit que M. de Vendosme estoit aussi venu (ce qui n'estoit vray). Et lors, le Roy dit : Bon, voilà ce fils de putain pris. Et quelqu'un dit en riant : Et deux. La Reyne dit :

d'AUNAUM) d'AA 1)11,1, K [[)[)

11 ifost pas heiii'o de rire; il faut prier Dieu, si-ph-mine i.>ih.

M. Mangot ne vint qirà neuf heures du matin au Louvre, qui estoit beaucoup trop tard. M. Barbin y esloit venu devant cinq heures.

Monsieur le Prince avoit continué ses débauches de telle sorte, avec quelques conseillers de la Cour, que M. du^ Mayne et M. de Buillon ne pouvoyent parler ù luy; de quoy s' estant mis en colère, M. de Buillon, ou tous deux ensemble, luy mandèrent, que s'il ne chassoit ses petits conseillers, ilslesiroyent chasser eux-mesmes, à coups de baston. On dit qu(^ M. de Buillon, ayant une fois fort affaire à luy, fut contraint de Taller chercher chez une nommée dame Marie.

Monsieur le Prince qui avoit couché à Saint-Martin, ayant esté le matin, dès cinq heures, chez M. de Buillon, M. de Buillon luy dit, qu'il avoit avis assuré, qu'on le vouloit arrester, s'il alloit au Louvre. Monsieur le Prince ne le voulut point croire, et luy dit ciu'il alloit bailler des fermes. De là, M. de Buillon s'en alla chez M. du Mayne, auquel il dit les propos qu'il avoit eus avec Monsieur le Prince ; le pria de n'aller point ce matin là au Louvre, et de mettre des gens aux avenues du Louvre, afin de découvrir ce qui se passeroit, et se tenir sur ses gardes, de peur d'estre surpris ; que cependant, il s'en alloit à Charenton, et reviendroit disner avec luy et chez luy ; que, s'il survenoit quelque chose, il le prioit de luy en donner avis. Suivant cela, M. du Mayne envoya des gentilshommes aux avenues et dedans le Louvre, lesquels ayant découvert la prise de Monsieur le Prince, luy en vinrent

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donner avis, à toute bride, dans les Jésuites, où il oyoitla messe. Aussitost il envoya les mesmes gentilshommes à M. de lîuillon, et s'en alla après eux. Lesdits gentilshommes trouvèrent M. de Builloii à Saint- Antoine-des-Champs, qui revenoit en carrosse de Charenton. (M. du Tremblay m'a dit que ce fut luy qui luy porta la nouvelle, et que ^]. de Jîuillon dit : Ce petit brouillon nous a tous perdus. Où est M. du Mayne?) En mesme temps, il monta à cheval, sans bottes. Incontinent après, M. du Mayne arrive, et M. de la Tréraoille. Ils ramassent six ou sept vingt chevaux, et se promenèrent assez long-temps le long du rempart, en tirant vers le Temple, sur ce que M. de Buillon disoit, qu'il croioit que l'on les envoyeroit charger et qu'il vouloit tailler en pièces tous ceux qui viendroyent. Mais l'on tient qu'en effet, leur dessein estoit de voir s'il n'arriveroit point quelque émotion dans Paris. M. du Mayne vouloit opiniastrement rentrer dans Paris, avec cinquante chevaux, et faire garder la Porte Saint-Martin par trente ou quarante autres, afm de tâcher à émouvoir le peuple, et, s'il se trouvoit disposé à cela, s'en aller droit au Louvre. Mais M. de Buillon l'en empescha. En effet, M. du Mayne fut un gros quart d'heure à la Porte Saint-Martin, avec trente ou quarante chevaux, et envoya M. de Thianges le long de la rue Saint- Martin, avec cinquante ou soixante chevaux, afm de tâcher d'émouvoir le peuple; mais chacun fermoit sa boutique, et nul ne se bougeoit.

La Reyne ayant sceu qu'il avoit paru de la cava-

d'aIUN AlIl.I) l> A N J)l l.l. Y. 1201

lerio vers le Temple, comiiKinda à M. de Montrno- scptembif lue, rency de s'y en aller, le([iiel monta à cheval, sur les trois ln'iires, a\ec M. de Rets et quelque cent ein- (liiaiileg'entilsliommes, et alla jusques à Montfaucon, mais il ne rencontra personne. M. du Tremblay, (jui avoit conduit M. de Buillon jusques à Claye, ayant rencontré M. de Montmorency, qui alloit après M. de Buillon et M. du Mayne, il luy dit : Monsieur, M. de Buillon m'a commandé de vous dire, que vous luy avez fait gaster aujourd'huy un bas de soie, mais qu'il vous fera gaster plus de quatre paires de bottes. On dit que M. de Montmorency marchoii avec si peu d'ordre, que s'il eust rencontré M. de Buillon, qui avoit disposé ses gens en trois trouppes et en trèsbon ordre, il y a grande apparence qu'il eust couru fortune.

MM. du Mayne , de Buillon et de la Trémoille, ayant ramassé le plus qu'ils purent de leurs amis, partirent sur les deux heures, pour aller à Soissons; mais craignant quelque rencontre, ils ne prirent pas le droit chemin, et allèrent coucher, c'est-à-dire, faire repaistre leurs chevaux à Nantoûilletet le lendemain arrivèrent à Soissons.

M. de Buillon, estant arrivé à Nantoûillet, se trouva si extrêmement las de la traitte qu'il avoit faite à cheval, qu'il dit, qu'il n'en pouvoitplus. On luy bailla trois œufs; après, il but un coup, et on luy chercha une charrette, dans laquelle il dit qu'il se mettroit, lorsqu'il ne pourroit plus aller à cheval. Enfin, il alla jusques à Soissons, sans entrer d.ans la charrette.

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septcMibrc i(ii<i. Il y ayoit ù Louvres, en Parisis, six vingts maistres de la compagnie de gens d'ai'mes de la Reyne, qui poiivoyent empescher ces Messieurs de gagner Soissons.

M. de Vcndosme estant au faubourg Saint-Honoré, ou dans sa maison, ou tout contre, M. de Saint- Géran reçut commandement de le prendre. Estant arrivé, il l'entrevit à travers la porte, et comme il heurtoit, et que Ton n'ouvroit point, on dit que M"" de Vendosme luy dit : Monsieur, voilà M. de Saint-Géran qui vous demande; à quoy vous amusez-vous? Que ne venez-vous? Cependant M. de Vendosme monta à cheval, luy quatre ou cinquième, et s'enfuit par derrière son logis.

M. de Saint-Géran courut après luy jusques vers Montmorency, où Ton dit que Ai. de Vendosme estoit prestde demeurer, à cause que son cheval, et de tous ceux qui le suivoyent, estoyent hors d'haleine. Il rencontra six gentilshommes auxquels il fit accroire qu'il avoit querelle, et ainsi, eut leurs chevaux; tellement que M. de Saint-Géran, dont les chevaux estoyent plus frais que ceux de M. de Vendosme, ayant rencontré ces gentilshommes, et sceu comme il avoit pris leurs chevaux, fut obligé de s'en revenir. M. de Vendosme se rendit à Soissons, avec les autres.

M. de Guise estoit, comme Ton croit, du dessein contre le Maréchal d'Ancre. Lorsqu'il sceut que Monsieur le Prince estoit arresté , il envoya M. de Joinville faire toutes sortes d' offres à la Reyne, laquelle estant agitée par les mouvemens qu'une si grande

I)\\K\ A l 1,1) d'.WUIIJ, V. "iOS

alî'airc lii\ doiiiioit, ne rûpuiiilit pas à M. de .loinvillc sri.innbre laie. avec assez d'alVoction, selon son gré; tellement qu'il sortit du L()uvi(^ étonné, et vint donner l'alarme à M. de (iuise, auquel déjà plusieurs personnes vouloyent persuader qu'on avoit du dessein contre luy ; lelltMnent qu'il se résolut de s'en aller, et partit sur li's trois heures, avec M. le Prince de Joinvillc, et arriva le lendemain aux portes de Soissons, sans pouvoir entrer, jusques à ce que, trois heures après, M. du Maync et ces autres Messieurs arrivèrent.

On dit que M\l. de la Gave' et de Laubespinfurent ceux qui firent résoudre M. de Guise à s'en aller, afin de se taire après de teste, pour estrc envoyez vers luy, ainsi qu'il fut fait; car le dimanche li, M. de Laubespin y fut, et M. de la Gave depuis. M. le Cardinal de Guise estoit hors de Paris, lorsque i\Ionsieur le Prince fut arresté, et fut trouver Messieurs ses frères. On tient que M. de Guise et sa troupe pensèrent mourir de faim et de froid. On dit qu'assurément la Reyne avoit si peu de dessein contre M. de Guise, que lorsqu'elle commanda, avec le Roy, à M. de Thémines d'aller arrester Monsieur le Prince, elle luy dit : Allez, Monsieur de Thémines, allez faire les affaires de M. de Guise.

jyjme jj^ Princesse de Gondé douairière, sachant la prise de Monsieur le Prince, s'en alla courant en carrosse par les rues, criant, que l'on vouloit poignarder

* Gilbert de Berthelon, seigneur de la Cave '1

2 François de Sainte-Colombe, seigneur de l'Aubespiu ?

"iO/l J 01) UN Al. 1M';])1T

5ci>tpn.i)iT Kir,, son fils. Brc'f, elle faisoit tout ce qu'(;lle pouvoit pour exciter le peuple à sédition ; et inesme fut vers le logis du cordonni(3r Picart ; mais il y eut des marchaus qui luy dirent que c'estoitelle qui estoit cause de cela, et qui avoit donné ces mauvais conseils à Monsieur le Prince, et qu'elle se retirast. Tellement qu'elle entra en grande appréhension, et se retira en grande haste. Il y en a qui croyent que, de ce pas, elle alla à Villebon. Quelques jours après, elle revint.

M. le président le .Tay s'en alla à la Maison Rouge, aussitost qu'il sceut la prise de Monsieur le Prince, et écrivit à la Reyne, qu'ayant esté neuf mois en prison, il la supplioit de luy pardonner si, sur les appréhensions que l'on luy avoit données, il s'estoit retiré. Depuis, il fut trouver Messieurs les Princes à Soissons. Il estoit lors très bien avec M. de Guise, et non plus tant avec Monsieur le Prince, duquel il estoit mal content, et disoit qu'il ne se conduisoit nullement bien. Il avoitdit au Chevalier du Guet, quelques jours auparavant, qu'il se ruinoit en sa charge, et se mettoit mal avec Messieurs du Parlement. L'autre luy ayant demandé d'où venoit cela, il luy répondit : Je croy que vous feriez mieux de ne venir point si souvent au Louvre. — Nota, contre le service du Roy '.

1 f'oy., sur rarrestation de Monsieur le Prince, le iMerc. fr., p. 19li et suiv. Le récit du Mercure confirme de tout point celui d'Ainauld d'Andilly qui est cependant plus complet et contient des détails nouveaux et curieux sur cet événement important. — Conf. Fonteiiay-Mareuil, p. 350; Brienne, p. 313; Rolian, p. llil; Richelieu, p. 334; Poutchartrain, p. 159 ; Bassonipierre, 2' série, t. xx, p. 119.

D'Auwur.n n'A\Dii-r,Y. 205

Ou(M([ucstloint'sti([iu's(l('. Munsioui'li! Prince, ayant scptcmbip i«i«. crié partout dans le faubourg Saint-Germain, que Ton tiioit les Princes du sang, et que c'estoit le Maréchal d'Ancre, quelques ninii(i'u\res du Luxembourg et autres, furent h la maison du Maréchal d'Ancre, et commencèrent ;\ piller. Incontinent le nombre s'augmenta. Monsieur le Gouverneur de Paris y fut, avec neuf chevaux seulement (c'estoit une faute, et il y devoit mener cinquante chevaux et force archers). Lorsqu'il arriva , le peuple se pressa de telle sorte pour sortir, qu'il y en eut deux d'étoutïez. Mais dix des gardes de Monsieur le Prince, gens résolus, qui estoyent en haut dans la maison, voyant qu'il n'y avoit que neuf hommes de cheval , descendirent en bas, encouragèrent le peuple, et tirèrent deux coups de carabine, dont l'un tua M. de la Douville. Ainsi, Monsieur le Gouverneur se retira, et le peuple continua à piller. Et quand il eut pillé la maison et écuries, commencèrent à démolir ; et le lendemain, en firent autant à la maison de Corbinelly, secrétaire du Maréchal d'Ancre, jusques à onze heures du matin, que M. de Créquy y fut avec deux compagnies des Gardes. Aussitost qu'ils oûirent sonner le tambour, ils s'enfuirent. On estime cent cinquante mil écus la perte faite par M. le Maréchal d'Ancre. Il y eut une robbe de la Reyne perdue, qui valoit cinquante mil écus ' .

1 l'oij. Meic. fr., p. 202 et 205-, Fontenay-Mareuil, p. 333 ; Briciine, p. 317; Rohan, p. 142; Richelieu, p. 3'i5.

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