‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 45 sur 98 · lOUIlNAL IINKDIT · texte numérisé non relu

lOUIlNAL IINKDIT

septembre icifi. Leurs Majcstcz mandèrent l'après disnée dudil jeudy, 1"' septembre, Messieurs des Cours souveraines, Prévost des marclians et Lieutenant civil, pour les informer par la bouche de Monsieur le Garde des sceaux, des causes qui avoyent forcé le Roy de s'assurer de Monsieur le Prince. Et mandèrent aussi les principaux Ambassadeurs, comme Espagne et Angleterre.

M. de ïhémines fait Maréchal de France. Trois ou quatre jours après, M. de Montigny le fut aussi '.

M. le Comte d'Auvergne est redemandé de Péronne -.

M. le duc de Savoye, ayant sceu la nouvelle de l'arrest de Monsieur le Prince, envoya quérir M. de Lcsdiguières, qui estoit sur la frontière du Dauphiné, et furent cinq heures à parler ensemble. Après, M. de Lcsdiguières s'en revint en Dauphiné, et M. le Duc de Savoye s'en retourna en Piémont.

On avoit estimé qu'en effet, M. de Lesdiguières estoit arresté par M. de Savoye.

2. Leurs Maj estez firent dire par Paris, le soir, par les Capitaines, que l'on meneroit Monsieur le Prince, la nuit, à la Bastille, et que chacun tinst un homme armé, qui veillast. C'estoit pour voir ce que l'on diroit.

o. Ayant esté tenu Grand Conseil au Louvre, M. de Sully fut une grande heure à opiner, et com-

* Fotj. Mac. fr.^ p. 207; Fontenay-Mareuil, p. 355; Pontchartrain, p. 162.

2 Voy. Merc. fr., id. ; Pontchartrain, p, 163.

d'arnauld d'andilly. 207

mença son avis, par dire, qu'encore; cfu'il ne sceiisl septembre icic. si r'avoit esté un bon conseil d'arrester Monsieur le Prince, d'autant ([ne pour en jug'er, il eust esté besoin (r(\-;tr(' informé des inouvemensqui y ont porté Leurs AJajestez, touletbis, puis(iuec'estoitune chose faite, il ne l'aloit pas abandonner les alïaires, etc. Sur cela, la Reyne l'interrompit et se tacha, disant, qu'il se devoit souvenir de ce qu'il luy a voit dit, à tels et tels jours, et à telles heures, et en tels lieux. — Surquoy, il faut savoir que quelques jours auparavant, M. de Sully avoit esté enfermé plus de trois heures avec la Reyne, n'y ayant que MM. Mangot et Barbin , luy disant que les atïaires estoycnt perdues si on n'y pDurvoioii promptoment par quelque grand coup. Surquoy la Reyne luy ayant demandé par plusieurs fois quel estoit ce grand coup, et ce qu'il estoit d'avis de faire, il rentroit en infinis grans discours, et conclûoit toujours de mesme sorte. Ce que la Reyne et ceux qui estoyent présens, interprétoyent tous à arrester Monsieur le Prince. On dit que depuis, M. de Sully a dit que, par ce grand coup, il entendoit que l'on luy rebaillast les finances. Plusieurs croyent qu'en eiïet, ilsavoit le dessein d'arrester Monsieur le Prince, et que M. de Rohan ne l'ignoroit pas. Témoin, ce que, incontinent après la prise de Monsieur le Prince, on luy vint dire, que le Roy le demandoit. 11 répondit : Je m'en vay fort assurément, car je ne crains rien. Et le mesme jour, il écrivit des lettres à ceux de la Religion, de ses amis, et à quelques villes, pour les confirmer en l'obéissance du Roy. — Or,

208 JOllR^Al, INKDIT

scptonbieiBifi. quant à M. de Sully, on dit, sur le propos que dessus, que M. Edmond, ambassadeur ordinaire d'Angleterre, Ta lia voir et luy dit que l'on faisoit courir le bruit qu'il avoit esté du conseil d'arrester Monsieur le Prince , mais qu'il ne le pouvoit croire ; et avoit esté bien aise de savoir de luy ce qui s'ostoil passé de sa part en cela, afin de pouvoir répondre à cette calomnie. M. de Sully fit un grand discours de tout ce qui s'estoit passé afin de justifier comme il n'y avoit point pensé. — Après qu'il eut achevé, M. Edmond luy dit : Monsieur, lorsque je suis entré céans, je croiois que c'estoit une imposture; mais maintenant, vostre discours me fait estimer qu'il est véritable '.

Incontinent après la prise de Monsieur le Prince, on estoit en grande appréhension de M. le Comte de Soissons ; mais la Reyne le gagna, et Madame la Comtesse par le moyen du mariage de Madame Henriette Marie-; ce qui contenta fort aussi M""" de Longueville (laquelle vint alors à Paris. On tient qu'elle est la Princesse mentionnée en la Déclaration) , à cause du mariage de M. de Longueville avec M"" de Soissons. Environ ledit jour, samedy o, M. d'Aumont' fut

^ J Oij. Richelieu, p. 350.

2 Henriette-Marie de France, fille d'Henri IV et de Marie de Médicis, née en 1609, mariée en 1625 à Charles P^ioi d'Angleterre, morte à Colombes, près de Paris, le 10 septembre 1669. Elle avait alors sept ans, et, d'après ce passage, aurait été promise au comte de Soissons; ce qui devait plaire à M""^ de Longueville, dont le fils était accordé avec M'" de Soissons. Vorj. Pontchartrain , p. 165, dont le récit confirme celui d'Arnauld d'Andilly.

3 Antoine d'Aumont, marquis de Nolay, gouverneur de Boulogne-

d'ar.nauld d'andilly. 'iOO

envoyé par le Roy vers M. de Guise, avec beaucoup sei.i.uii.rc icid. de grandes offres (mesine on parla de la charge de Connestablc). Il rapporta plusieurs belles paroles, avec protestation qu'il n'estoit avec ces Princes, que poury servir le Roy '.

II. Environ le k, M. le Maréchal de Montigny va en Berry ; ceux qui estoyent dans la tour de Bourges, pour Monsieur le Prince, se trouvant sans munitions, capitulèrent de se rendre s'ils n'estoyent secourus dans dix jours. Depuis, ils se rendirent".

6. Le Roy, qui n'estoit point sorty par la ville, depuis la prison de Monsieur le Prince, va à l'àrcenal en carrosse.

Le Maréchal d'Ancre, ayant sceu la prise de Monsieur le Prince, coucha depuis dans le chasteau de Caen, et quelques jours après, alla à Rouen, où il fut receu magnifiquement.

Monsieur le Garde des sceaux dresse la déclaration pour porter au Parlement ; mais sur ce qu'il n'y avoit pas mis, à beaucoup près, ce qui estoit porté par les mémoires qu'on luy avoit baillez, et résistoit à ce que l'on vouloit y faire ajouster quelques uns des points oubliez, la Reyne luy dit : Monsieur le Garde des sceaux, si vous ne voulez servir le Roy, il y en a

sur-Mer, chevalier des ordres en 1597, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances, mort en 1G35. H était fils de Jean d'Auniont, VI* du nom, maréchal de Fi'ance, mort en 1595.

1 Koy. Merc. fr., p. 210, la lettre que le duc de Guise écrivit ou cette occasion au Roi.

- l'oy. Merc. fr., p. 270; Fontenay-Mareuil, p. 35G ; Rohaii, p. I'i3; Pontchartrain, p. KKi.

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