‹ Journal inédit, 1614-1620. Publié et annotéChapitre 46 sur 98 · W^ ..-.' JOURNAL INÉDIT · texte numérisé non relu

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septeinbie 1616. d'autres qui le serviront. — On dit (|if il avoit témoigné par plusieurs actions, n'approuver nullement Tarrest fait de Monsieur le Prince. Et depuis ce temps, la Reyne ne témoigna pas faire tant de cas de luy, que de coustume.

7. Le Roy va à cheval au Parlement, faire vérifier la Déclaration contre les absens, et l'Edit du... engagement des greffes ' . Monsieur le Garde des sceaux porta la parole. La Reyne-mère y estoit, Monsieur, frère du Roy, MM. de Montmorency, de Rets, de Rohan, de Sully.

Mesdames estoyent dans la lanterne. Monsieur le Premier Président parla peu. M. Servin, beaucoup".

Gorbie et Abbeville envoyent assurer le Roy de leur fidélité. Sancerre en fait de mesme. On dit que les habitans, se défiant de M. le Gomte de Sancerre'' parent de Monsieur le Prince, feignirent, un jour qu'il estoit allé à la chasse, qu'il y avoit un homme qui avoit fait dessein de le tuer, et s' estant assemblez

1 L'Édit du rachat des grcfl'es, mesure financière prise pour couvrir les dépenses de la précédente guerre civile, qui, y compris les dons considérables faits aux princes, aux termes du traité de Loudun, s'élevaient à plus de vingt millions de livres.

- Voy. Merc. fr., p. 213-2/i8, le récit du Lit de Justice tenu par le Roi et la Déclaration contenant les motifs de l'arrestation du prince de Condé. — Voff. Fontenay-Mareuil, p. 357 ; Richelieu, p. 351 ; Pontchartrain, p. 164. ^'oy. aussi Mém. de Math. Mole, le compte-rendu dé. taillé de ce Lit de Justice et la Déclaration contre Monsieur le Prince. (Mém. de M. Mole, p. 125.)

2 Jean de Bueil, comte de Sancerre et de Marans, grand échanson de France, mort en 1638. Il était par sa mère, Jacqueline de la TrémoiUe, parent du prince de Cond»;, dont la nièro était (lliarlotte Catliprine de la Trémoille.

d'arisauld d'andili. V. 'lii

plusieurs sur ce sujet, firent sembluuL de le vouloir mettre prisonnier dans le chasteau, et ainsi, s'en lirciil ouvrir les portes, et s'en saisirent'.

11. M. le Comte d'Auvergne fait Général de l'arniécdu Koy, dit, en recevant lu charge, qu'il i)ro" tesloit à Leurs Majestez qu'encore qu'ils luy fissent cet honneur, il obéiroità qui il leur plairoit cy après d'envoyer, et se contenteroit de faire sa charge de Colonel de la cavalerie légère.

On expédia estats et commissions pour mettre deux armées sur pied, l'une sous la charge de M. le Comte d'Auvergne, et l'autre, sous celle de M. le maréchal de Souvré, pour aller prendre Chinon. En la première, il y avoit... compagnies de chacun des vieux régimens ; les régimens de Yaubecourf-, Rambures, Beaumont, la Mailleraye, Thorigny (chacun de douze compagnies de cent hommes) , Gressia (qui avoit en 1615 servy Monsieur le Prince) , de dix compagnies, et quelques autres nouveaux régimens, de six compagnies, de chacune cent hommes. Le rendez-vous estoit à Meaux. L'équipage d'artillerie estoit de six couleuvrines. Le pain de munition fut adjugé à un sol.

On envoya M. de Castille, Intendant des finances, faire une levée de quatre mille Suisses, laquelle il

* Voij. Merc. fr., p. 253 ; Richelieu, p. 3i8.

'• Jean de Nettancourt, Comte de Vaubecourt, Conseiller d'Etat, Maréchal de camp, Colonel du régiment de son nom. Lieutenant Général au gouvernement de Verdun, Gouverneui' de Cliàlons, mort en 1642.

Oclobri- 1616.

'21 "2 JOURNAL im;dit

amena à Saint-Jean-dc-J-osne, environ le dernier

d'octobre.

Environ l(>dit jour 11, M""' la jeune Princesse de Condé arrive fort aiïligée. On dit que M. de Montmorency fut mal content de ce que la Reyne ne luy \ oulut pas permettre de voir Monsieur le Prince.

12. M. de Brantes se bat contre Ryonne, qui se pleignoit partout de M. de Luynes. Il luy donne un coup d'épée à travers le corps, et la vie. Luy rebailla son épée, son chapeau et son manteau, le ramena penser. 11 revint après chez M. le Comte de Vitry ; le soir, il alla à Saint-Germain-en-Laye, où M. de Luynes l'alla quérir le jeudy, et le ramena.

13. MM. de Boissise et de Chanvalon partent pour aller traitter. M. de Chanvalon entra dans Soissons. M. de Boissise, lequel conféra toujours avec M. de Guise seulement, près d'une grange, distante d'une lieue et demie de Soissons'.

15. M. de Termes- arrive de Soissons, où M. le Grand l'avoit envoyé, avec lettres à M. de Guise. 11 dit que c'estoit pour l'exhorter au service du Roy: néantmoins cette action a esté calomniée ; car on dit, que M. de Guise ayant écrit à M. le Grand, et l'ayant

1 roi/. Merc. /"/■., p. 2^8 ; Fontenay-Maieuil, p. 358; Richelieu, p. 352 ; Pontchartraiii, p. 165.

2 C^sar-Auguste de Saint-Lary, baron de Termes, d'abord ciievalier de Malte et grand prieur d'Auvergne, puis premier écuyer jusqu'en 1016 et grand écuyer de France par la démission de son frère, mort d'une blessure qu'il reçut au siège de Clérac en 1621. A sa mort, le duc de Bellegarde reprit sa charge de grand écuyer.

n'VHNAll. I> l)*A\ 1)1 I.I.V. 213

pri«» de luy donner conseil, coninic voulant suivre entièrement ses avis, M. le (îrand envoya M. de Ternies vers luy, afin de s'ollVir ;i luy ; (|ue quand cela ne seroit point, il ne devoit point envoyer vers M. de Guise un homme de créance tel que son irère, sans qu'auparavant, il l'ust venu trouver le Roy, pour savoir sa volonté. Ledit sieur de Termes apporta toutes bonnes paroles de M. de (luise.

Environ ce jour, M, de Nevers ayant envoyé ses Maréchaux des logis, marquer ses logis dansChalons, M. de Tresmes', gouverneur, les fit sortir delà ville. Sur quoy M. de Nevers luy ayant mandé (pfil n'y vouloit entrer que luy sept ou huitième, il luy lit réponce qu'il avoit défences expresses de le laisser entrer, et montra des lettres patentes, scellées du grand sceau, pour cet effet. — On a découvert depuis que M. de Nevers avoit expédié quarante commissions, pour lever des gens de guerre, et qu'il alloil à Chàlons pour s'en rendre maistre, et là, prendre de l'argent pour les payer; mais que son dessein n'ayant réussi, il retira lesdites commissions.

M. de Nevers s'en alloit en ambassade extraordinaire en Allemagne, sur le sujet du mariage du Roy. et estoit encore sur la frontière, lorsque Monsieur le Prince fut pris ; dont ayant sceu la nouvelle, il écrivi;

1 René Potier, comte de Tresmes, gouverneur de Chàlons en 1008, gouverneur de Monsieur, capitaine des gardes du corps en 1611, conseiller d'Etat en 1629, duc et pair en 1648, mestre de camp de cavalerie en 1652, gouverneur de Pont-Audcmer en 1661, mort en 1670. {Voij. P. Anselme, t. iv, p. 771.)

Septcmbic 1818,

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une lettre au Roy, assez hardie, demanda ni cvimnie raison de celle action ', .1' .• i , - ^

M. de Nevers ayant, depuis le refus de l'entrée de ChAlons, témoigné estre extrêmement ulcéré, Leurs IMajestez eurent avis de divers endroits, qu'il assembloit des trouppes, et refusoit attache et rendez- vous à ceux que le Roy faisoit lever : Sur quoy, le traitté estant arresfé avec les autres Princes et Seigneurs, on résolut d'envoyer une partie des forces de l'armée du Roy en Champagne, sous la conduite de M. de Praslin. Environ lequel temps, M. de Maroles"- vint, lequel assura que tout ce que l'on disoit de M. de Nevers, estoyent calomnies ; et que si on vouloit y envoyer quelqu'un, on le reconnoistroit. Sur quoy, le 15 octobre, M. de Luçon' fut envoyé vers M. de Nevers, lequel n'y trouva point de gens de guerre, et revint avec de bonnes paroles.

La Déclaration du 17 janvier 1617, contre ^L de Nevers porte, qu'ayant passé Rheims, il y revint, lorsqu'il sceut la prise de Monsieur le Prince, assem-

' loi/. Mac. fr.^ p. 2] 1, cette lettre du duc de Nevers.

■^ Claude de Marolles, lieutenant colonel des cent-suisses de la garde du corps, capitaine des gendarmes et chevau-légers, maréchal de camp des armées de Champagne, de Picardie et de Piémont, mort en 1633. Il étai't père de Michel de Marolles, abbé de Villeloin, à qui l'on doit un grand nombre d'ouvrages, des Mémoires intéressants, et la célèbre collection d'estampes qui est une des richesses du dépôt de la Bibliothèque impériale. (Foj/. Morcri, t. \ii, p. 268.)

5 J'oy. Richelieu, p. 361 s « Elle (la Reine) me fît l'honneur de me choisir pour y faire un voyage de la part de Sa Majesté, croyant que j'avois quelque dextérité par laquelle je pourrois ménager son esprit et le ramener à la raison ; mais tout cela fut en vain, car il n'en étoit pas capable, «

d'aRNAULD D'AXniM.Y. '215

blii les habitans, leur fit entendre qu'il se l'ésolvoit septembre i6i«. de lever si\ cens chevaux et c(uatre mil hommes de pied, proposa aux esleus d'imposer une partie de la somme nécessaire pour les entretenir. Ce que ayant refusé de faire sans comjnandement du Roy, il offroit d'en faire l'avance, pourvcu qu'ils consentissent la levée, dont s'estant excusez, et remis aux trésoriers de France à C.hàlons, il dit qu il iroitdonc à Châlons, sur ce sujet. — Envoya devant quelques-uns des siens, qui demandoyent logis pour quatre cens chevaux, prirent deux host(^lleries , proche des deux principales portes de la ville, voulurent, contre la coustume, marquer les maisons des chanoines, disant qu'ils en avoyent besoin pour des seigneurs de qualité. L'entrée de Châlons ayant esté refusée audit sieur duc de Nevers, il sortit quelque temps après de Rheims'.

17. M. le comte d'Auvergne envoyé M. des Cures, et part le lendemain matin, pour aller à Meaux^.

23. M. de Souvré part pour aller à Chinon, le- (]uel fut depuis rendu par Rochefort, moyennant quatre-vingt-dix-mil livres, et M. Delbene en eut le gouvernement^.

2[i. M. de Guise et M. le Prince de Joinville

1 Voy. Merc. fr., p. 249, la lettre du duc de Nevers au Roi, au sujet du refus qui lui fut fait de le recevoir à Châlons. {Foy. aussi Fontenay- Mareuil, p. 359 et suiv. ; Pontchartrain, p. 170.

2 foy. Merc.fr., p. 2/49.

' Voy. Merc. fr., p. 272. Suivant le récit du Mercure., Rochefort ne voulut aucune récompense pour la reddition de Chinon. {Voy. Fontenay- Mareuil, p. 356 ; Richelieu, p. 360 ; Pontchartrain. p. 171.

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viennent à J'aris trouver le Roy, et M. de Chanvalon avec eux'.

La nuit d'entre le samedy au dimanche, environ minuit et demy, on mena Monsieur le Prince du Louvre à la Bastille, pendant une très-grande pluye. 11 y avoit cinquante chevaux devant, conduits par M. de Thémines".

Ledit jour samedy, M. de Rohan s'en va en Poitou, ayant obtenu payement des cent mil livres qui luy avoyent esté promis, après l'alTaire de Saint- Jean-d'Angely.

'•11. M. de Guise retourne à Soissons, trouver les Princes, avec bonnes réponces de Leurs Majestez. M. de Joinville demeure à Paris.

M. de Sully s'en va chez luy, pas trop content.

M. de la Chastaigneraye, capitaine des Gardes de la Reyne-mère, meurt. M. le marquis de Thémines a ea charge.

•29. M. de Guise revient de Soissons, après avoir entièrement fait résoudre le Traitté à Messieurs les Princes, lesquels s'en retournèrent chacun chez soy. Rameine avec luy M. le cardinal de Guise. — Il n'avoit rien fait signer, pour ce que la Reyne ne l'avoit désiré ; mais depuis, ayant esté conseillée de les faire signer, on parla que M. de Guise y retourneroit. Toutefois, M. de Thianges y fut seulement envoyé, et M. de Boissise aussi, à cause que M, de

1 l'on. '^f'^'C- /"'••. P- 238 ; Richelieu, p. 359 ; Pontchartrain, p. 168.

2 foij. Mcrc. fr., p. 258 ; Pontchartrain, p. 169; Bassompierre, p. 129,

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(iiiise eiist en trop de peine à les voir tous, estcHit vi-tnni.rc leie. séparez eomme ils sont, et éloignez les uns des autres. — On tient qu'ils ne se sont tous accommodez (pie par force, et pour ce qu'ils n'avoyent point moyen de le\er des hommes, à cause (jue tous ceux dont ils pouvoyent l'aire estai, estoyent en Savoye, et que le Duc de Savoye se voyant pressé de deux armées du Roy d'Espagne, Tune de quarante mil hommes du costé du Piémont, et l'autre de vingt mil hommes du costé de la Franche-Comté, conduite par M. de Nemours', il ne soulTroit sortir de son service un seul soldat François (dont il avoit le nombre de vingt mil au' moins), mais faisoit pendre tous ceux qui se débandoyent, et pour cet effet, faisoit garder les passages des montagnes-,

2. M. le Maréchal d'Ancre revient à la Cour, onobre accompagné de quantité de \ormans. On dit qu'il entra par la porte Saint-Honoré , et que le peuple luy donnoit tout haut infinies malédictions. On dit , qu'ayant salué la Reyne dans la cour du Louvre, lorsqu'elle descendit de carrosse, elle luy dit qu'il estoit gras, et qu'il avoit bon visage, et que sur cela,

1 Henry de Savoie, l" du nom, duc de Xemoui-s, né en 1572, élevé à la cour du duc de Savoie, commanda ses armées, s'empara du marquisat de Saluées, fut du parti de la Ligue, fit la guerre en Dauphiné en 1591, s'accommoda avec Henri IV en 1596, eut un différend avec le duc de Savoie en 1615, fit sa paix avec lui en 1616. Il mourut en 1632.

2 Voy. Merc. fr., p. 259 et suiv., les treize articles présentés par le duc de Guise au Roi, au nom des Princes, et les réponses du Roi. Ces articles étaient relatifs à Texécution de quelques clauses du Traité de Loudun, Foy. Pontchartrain, p. 168.

"ils JOIJUNAL IMÎDIT

Octobre 1616. il hiy répondit: Est-ce pour cela que vous m'avez envoyé quérir si viste '.

!l. La Beyné remet M. le Maréchal d'Ancre avec M. de (luise. On dit ([u'ils se firent froid à l'abord ; et qu'après, Monsieur le Maréchal ayant esté reconduire M. de (luise jusques à son carrosse, M. de (luise luy dit : c'est un excès d'honnesteté à M. le Maréchal d'Ancre que, de vouloir mesme faire les honneurs du Louvre. — M. le Prince de Joinville et le cardinal de Guise ne se raccommodèrent point lors avec M. le Maréchal d'Ancre. — Par le Traitté avec les rirans, M. de Longueville remit Péronne, et on acheta Han cent mil livres de M. le Vicomte cleBrigueil', pour le luy bailler.

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