lOiiUNAi, IN r;ni i
KcMfmbiTiRifi laloit distinguer, on renvoyant au Parlement, ce qui cstoit de la saisie féodale, et retenant au Conseil ce ((ui estoit de la saisie par armes. M. Mangot fit un long discours. — Après, l'avis estant demandé à M. Barbin, il dit, qu'il Uiy sembloit qu'il faloit remarquer une chose qui n'avoit point esté dite, qui estoit, que la saisie féodale n'avoit esté faite que quatre ou cinq jours après la prise de la maison ; sur quoy M. du Vair dit : si vous pensiez nous porter à vos conseils violons, vous vous tromperiez fort.
Voicy comme l'on conte cette alïaire dans le monde.
La Reync ayant assemblé le Conseil, commanda à l'Exempt, de dire tout ce ({ui s'estoit passé, et tout ce que M. de Nevers luy a voit dit. Il répondit. « Madame, vous plaist-il que je die tout?» Elle dit, « Oui. » Et après, il dit tout ce que dessus (grande imprudence). Cela fait, la Reyne voyant que personne ne disoit mot pendant un fort long temps, elle devint rouge, et en se levant, dit : Puisqu'il n'y a icy personne qui veuille conseiller le Roy, il faudra qu'il se conseille luy-mcsmc ; et aussitost, s'en alla à la fenestre, et tourna le dos à la table où ils estoyent tous assis. — On dit qu'incontinent après elle dit qu'elle ne prendroit jamais conseil de M. le Garde des Sceaux, de M. de Villeroy, et de M. le Président Jeannin. •
M. de Guise, dit, le lendemain, chez M. de Créquy, que cela se passa ainsi, et que pour luy, il ji'avoit point de conseil à donner pour estre d'avis de ruiner son Cousin germain, mais (lue quand on lu\
I) Vll\ VIJI.I) DANDIM^, '237
commanderoit, il obéïroil contre qui que ce fust, nuv.u.i.i.- ioi<i. t"ust-ce son pt^iv. et son i^rnnd-père, s'ils estoyent ;ui monde.
On tient pour plus certain, que l'Exempt ayant dit à la Ueyne toutes les paroles dites contre elle par M. de Nevers, lesquelles il n'avoit point mises dans son procès-verbal fait en Champagne, elle luy commanda de faire un autre procès-verbal, et de les y mettre.
On dit que ledit Conseil fut un conseil debout, où personne n'estoit assis, et qu'après que TExempteul leù le Procès- Verbal, la Reyne dit. Eh bien, Monsieur le Garde des Sceaux, dites vostre avis. A. quoy il ne répondit rien. Et que pour la deuxième fois, elle luy dit la mesme chose ; à c{uoy il répondit. Madame, vous vous conseillerez avec vos plus particuliers serviteurs. Sur quoy elle dit en colère, Ouy, ouy, le Roy s'en conseillera avec ses fidèles serviteurs. Et pourc[uoy pensez-vous donc qu'il vous eût appelle à la charge où vous estes, sinon pour luy donner conseil ?
J'ay ouy conter à M. Barbin comme ce Conseil se passa, qui est que la Reyne estant venue, et ayant dit qu'elle vouloit que le Procès- Verbal fust leû, M. le Garde des Sceaux dit, qu'il n'estoit pas besoin de le lire, on lut ledit Procès-Verbal. Après, la Reyne dit à M. le Garde des Sceaux, ce qu'il estoit d'avis que l'on fist sur cela? Il se retira un pas en arrière, et ne répondit rien. La Reyne luy dit la mesme chose pour la seconde fois, et il ne répondit encore rien et se retira un autre pas en arrière. Et puis, la troi-
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Novenibie icic. sième fols, ayaiit demandé, si l'on ne vouloit point donner conseil au Roy de ce qu'il falloit faire, il ne répondit encore rien. Surquoy, la lieyne se levy, rouge, et en très-grande colère, et dit, qu'il n'estoit point besoin de tenir Conseil, puisque l'on ne vouloil pas conseiller le Roy.
Tous les Conseillers d' Estât d'épée, qui cstoyent présens, firent un murmure, et dirent tout haut, que l'on leur demandast leur avis, et qu'ils le diroyent.
M. de Créquy (qui a un brevet de Duc et Paii) estant dans le Cabinet de la Reyne, demanda un siège à l'huissier, qui luy répondit qu'il ne le pouvoit faire, si on ne le luy commandoit. Sur cela, il s'addressa à M. le Maréchal d'Ancre, qui estoit assis, et le pria de luy en faire bailler un. 11 luy répondit, qu'il ne se mesloit point de cela. Après, il s'addressa à la Reyne, laquelle ne luy fit pas meilleure réponse; dont il demeura fort mal content.
Le malin, le conseil se tenant chez M. le Garde des Sceaux, M. de (ihevry luy dit, qu'il estoit besoin de résoudre les Edits ; sur quoy il commanda qu'on les luy apportast, et dit, on me les apporte comme des bottes d'allumettes, et deux jours après, on me les redemande scellez. Je ne vay pas si viste que cela, car je veux avoir le temps pour les voir. Après, il fit lire les Edits, et y remarqua des contradictions et autres fautes.
Le mesme matin, M. Barbin luy ayant dit, c[ue la Reyne vouloit que l'on évoquast au Conseil l'affaire d'entre M. de Nevers et M. leMarquisde la Vieuville,
d'uwaulu d'am)ii.i.v. "239
il dit, tiiie pour ce qui coucenioit la mouvance leo- Novembr.- lois. dale, il ne le pouvoit Taire, à cause que cela devoit aller au Parlement. Sur quoy M. Barbin répondit, 11 l'aut tout évoquer, Monsieui', car la Reyne le veut. Il répliqua : Il faut, vous ne devez point parler par: il faut : je say bien ce ([uil faut, et vous ne serez pas mal, si vous rendez aussi bon compte de vostre charge, que je ieray de la mienne. M. Barbin répondit. Vous me querellez en vostre maison, adieu !
La vérité est qu'au Conseil des alTaires d'Estat, tenu ledit matin chez Monsieur le Garde des Sceaux, le Procès- Verbal touchant l'alVaire de M. de Nevers ayant esté leù, comme ce fut aux opinions, M. le Président Jeannin fut d'avis de renvoyer au Parlement, et comme M. Mangot alloit opiner, M. Barbin prit la parole, et dit : 11 ne faut pas juger de cette aflaire, comme d'une afTaire de particulier à particulier, mais comme l'afTaire du Roy, estant facile à reconnoistre que c'est le Roy qui y est oiïencé, plus que M. de laVieuville, premièrement en ce que cette prise de maison a esté faite par cinquante soldats, lesquels se sont saisis du chasteau, six ou douze heures avant que l'on eust estably aucun commissaire par justice; en second lieu, cette prise a esté faite incontinent après le refus fait à M""" de Nevers par M. de la Vieuville ; et en troisième lieu, M. de Nevers a pris sujet de saisir ladite maison, sur la félonie qu'il prétend avoir esté commise contre luy par M. de la Vieuville, au refus qu'il avoit fait à M"" de Nevers, M. Barbin ayant dit cela, M. le Garde des Sceaux
"J/jO JOLI UN AL IXÉDIl'
iNovembic 1616, prit la parole, et dit : Je ne veux pas, en suivant vos conseils violens, estre Ministre d'iniquité. 11 faut faire venir de MM. du Parlement, qui soyent capables déjuger de cette affaire. M. Barbin répliqua : Monsieur, je suis très-homme de bien, et parler de conseils violens, c'est toucher le Roy et la Reyne. Vous me querellez en vostre maison. Adieu, monsieur '.
25. Sur les cinq heures et demie du soir, M. le marquis de la Force et de Loménie '■, allèrent trouver M. le Garde des Sceaux, M. de Loménie luy dit, que le Roy le prioit de l'aller trouver, et de luy faire apporter les Seaux. Il répondit, avec un Visage gay et résolu : Guy, ouy; allons vistement, et en mesme temps demanda les Sceaux et fit mettre les chevaux au Carrosse. Entrant dans le cabinet, comme il vid que l'on faisoit difficulté de laisser entrer le S' Du Mas, qui portoit les Sceaux, il dit : Laissez-le entrer; il a affaire icy. Et ayant trouvé le Roy et la Reyne dans le petit Cabinet, où se trouvoyent aussi M. de Guise,
M. le Maréchal d'Ancre, M. de Loménie 11 mit
les deux genoux en terre, et addressant sa parole au Roy, luy dit, que Sa Majesté luy ayant par deux fois fait l'honneur de luy écrire pour luy donner la charge de (iarde des Sceaux lorsqu'il estoit premier Prési-
' liHj. Richelieu, 3G3 et suiv. ; Poiitchaitrain, p. 188.
2 Voy. Mém. de Brienne, p, 319 et suiv., le récit de ce qui se passa lorsque les sceaux furent retirés à du Vair. M. de Loménie, pf-re de Etienne, ayant joué un rôle dans cette affaire, la relation de son fils a un caracti're on quelque sorte autlienti(|ue. I,p ré.-if de Brienne coiifirnie pleinement celui d'Arnauld d'Andilly.
i>"\ i;\ vu M) d'avo w \ \ . 'Ih 1
(lent en Provence, où il s";icqiiittoil de sa cliurge le Novembre lem. plus dignement (|iril iiiy estoit possible, il Tavoit très-huniblenient 8U|)plié de rexciiseï' , reeonnoissant bien qu'il n'en estoit pas capable, et qu'il n'y pourroit pas estre agréable à beaucoup de personnes (désignant le Maréchal et la Maréchale d'Ancre) ; qu'enlln, ayant, pour la troisième fois receu un commandement exprès de Sa Majesté, il avoit obéy et reçeu la charge avec une entière affection d y servir fidèlement Sa Majesté; que maintenant qu'elle luy redemandoit les Sceaux, il les luy rapportoit, avec le mesme désir du bien de son service qu'il les avoit receus, et prioit Dieu qu'il luy fist la gràc(> de luy donner un bon Conseil, dont il avoit bon besoin. On dit que la Reyne dit chose quelconque, et que M. le Garde des Sceaux ne dit à la Reyne que deux ou trois mots fort bas que personne n'entendit, et que elle luy dit assez haut : On aura soin de vous.
En toute cette atïaire M. du Vair a témoigné une très grande constance '.
Incontinent après que ■\1. Du Vair eut rendu les Sceaux, le Roy commanda que l'on fist entrer M. Mangot, qui estoit deineuré dans le grand Cabinet, et aue l'on avoit envoyé quérir chez luy, sur les sept heures, qu'il estoit déjà avec ses mulles de chambre, sans C[u'il sceut chose quelconque de tout cecy, ainsi que luy et M. Barbin l'ont juré depuis (le mesme se dit
• Voij. Mém. de Math. Molt', p. i;30, le discours remarquable adressé par du Vair aux députés du Parlement lorsque les sceaux lui furent retirés.
•i/|2 .lOiiRiVAr. im';djt
(le M. d(3 Lii(;()ii). Sa Majeslù luy dit ({iril uvoil toujours rrcû qu'il jo scrviroit bien, en quelque charge qu'il reniployasl; que maintenant, M. Du Vair luy ayant remis les Seaux, il les luy bailloit, sur celte assurance; et que la Reyne sa mère en garderoit la clef jusqu'à ce qu'il eust l'ait le serment. — Ainsi, M. Mangot remporta chez luy les Sceaux dans le carrosse, dès \e soir mesme. On tient qu'il ne fut pas trop content de cette charge, pour ce qu'il reconnoissoit bien qu'il n'estoit pas fort bien avec M. le Maréchal, et qu'il appréhendoit qu'ils ne les luy baillassent que pour un temps, et pour l'éloigner de celle de Secrétaire d'Estat, en laquelle il désiroit de s'assurer, et mesme, il estoit lors en termes d'en traitter avec M. de Villeroy, pour quatre cens mil livres, moyennant laquelle somme il avoit aussi la survivance pour son fils aisné. D'autres disent qu'il ne bailloit que deux cens mil livres à M. de Villeroy, sans parler de survivance. Mais je trouve ])lus d'apparence au premier. Il avoit vendu, il y avoit quelque temps, l'office de Premier Président à Bordeaux, h M. do (lourgues'. pour soixante mil écus.
J.a charge de M. Mangot est baillée à M. l'Evesque de Luçon ; et firent tous deux serment, l'un de Garde des Sceaux, l'autre de Secrétaire d'Estat, le lendemain au matin, qui estoit le samedy. Mais depuis,
1 Mai-c Antoine de (iuuifiLifs, l'reaùei- Présidoiit du Pai'leinent de Bordeaux, épousa Marie Séanipr, sœur de Pierre Séguier, le célèbre cliancelier de France.
!>' \ r, \ Air. n n\\\nir. i.v. ^2[\2y
M. (\c Lucoii ayant ou <('s pi'ox isions. lil iioiivoaii serintMit. lo '2 di'coinhrt' '.
'2(). M. le Maréchal d'Ancre pari à sept heures (Ui malin. a\cc luiil elie\;m\ à son carrosse, un autre carrosse à six chevaux qui suivoit, el environ cincpiante hommes de cheval, pour aller à Roiien, tenir les Estais.
27. J.c Fioy dance un ballet au Louvre, qui est le premier qu'il ait dancé.
M. de JNevers disant avoir eu avis qu'on avoit fait expédier des lettres patentes pour luy fermer les portes de lletel, y fut en personne et y mit deux ou trois cens hommes. Et le mardy 29, disant pareillement qu'on luy vouloit ester l'entrée de S''^- Menehoud, il v fut avec sa maison, et y mit 9;;}vnison.
M. de Buillon renforce la a-arnison de Sedan.
' lotj. Meic. fi., p. ">00. Le Mercuie lapimitc le discouis plein de (lignite quo prononça en cette occasion le garde des sceaux du \ air. yoy. Fontenay-Mareuil, p. 3(50; Hi-ienne, p. .iJO et suiv. Voij. Briennei p. 322, les contestations qui s'élevèrent au sujet de la préséance de l'évèque de Luçon sur les autres Secrétaires d'Ftat. f oij. Rohan, p. 1 '[■'< : Ricljelieu, p. 3Gi5 et suiv.; Pontchartrain, j). 100. Richelieu, évêquc de Luçon, orateur du clergi'- aux l'itats de l(51'i, aiim6ui(!r delà Reine légnante, avoit d(''jà, «luoique très-jeune, unegiande influence, particulièrement sur l'esprit de la Reine-mère. .Xommé secrétaire d'État à la place de M. Mangot, qui lui-même avoit remplacé M. de Puisieux dans la survivance de la charge de M. de Villercy, doyen des secrétaires d'fttat, Richelieu voulut entrer dans le Conseil, non pas au laufi de M. Mangot, son prédécesseur, mais à celui de M. de Villeroy et avoir ainsi la préséance sur ses collègues. Ceux-ci résistèrent énergiquement, mais Richelieu remporta sur eux. T.e -iic'nir' dominateur du r^rand Ministre se révélait déjii.
'2l\h JOUUINAI, I.MÎDIT
ucceinbie 1616. 1. M. clc Ncvers, fait ciitrer 11110 forle gamisoii dans S""-Menehoud.
9. M. le Maréchal d'Ancre revient à quatre heures du soir, de Rouen, où il a voit tenu les Estats de Normandie'.
1 0. A sept heures du matin , M. le Garde des Sceaux Mangot vient chez M. Barbin. — lis vont ensemble chez M. le Maréchal d'Ancre, lequel, aussitost qu'ils furent sortis, arrive chez M. Barbin, où ils reviennent tout court; et entrent tous trois dans le Cabinet où M. de Luçon estant venu, demy-heure après, ils demeurèrent trois heures, et jusqu'à ce que la Reyne envoya quérir M. Barbin. MM. de Thémines et de Mcntigny vinrent, et ne purent parler à M. Barbin. M. le Comte d'x\uvergne fut à l'entrée de la porte du Cabinet, où il ne dit qu'un mot à M. Barbin, et puis s'en retourna. On dit (|ue l'après-disnée, ils tinrent encore trois heures, ce mesme conseil. Ils parloyent, entr'autres choses, de la Bastille.
M. le Maréchal d'Ancre témoigne vouloir oublier la mauvaise volonté qu'il avoit eue contre M. de Luines.
Dès ce jour, on apprit que la Reyne vouloit ester la Bastille à M. de Thémines ; ce qu'ayant appris il l'alla trouver, et luy dit, en substance, qu'il luy remettroit la Bastille entre les mains, et toutes les charges qu'il avoit, toutes et quantes fois qu'il luy plairoit, et qu'il la supplioit très-humblement, que si elle la luy vouloit ester, cela se fist de sorte qu'il ne luy fust
1 foij. Pontcliartrain, p. 102.
n'ARNAn. n i>\\Nnii.(,Y. 2^l5
point drslionnorahlt.'. A (iiioy clic luy rcpoiidit, qtic nr.pn.i.mMfi. cela u'estoit point, et (lue c'csloit luiifes impostures et .'«rtifices.
M. .M. de Thcniinos eut encore les mcsmcs discours avec la Reyne, et elle luy dit encore les mesmes choses.
1:2. M. de Théniincs, disnant chez l'abbé Ruccllay ' avec M. de Guise, il sceut, (|uc, sous prétexte d'une querelle de M. de Saint Béarn, et autres artifices, dont ensuite, on s'estoit servy, on avoit faitsorth' M. de Losières son fils, et la plupart de ses Gentilshonnnes, et puis qu'on leur avoit fermé les portes de la Bastille.
Sur cela, il va trouver la Reyne, laquelle luy fit dire, que s'il estoit en colère, elle ne vouloit point parler à luy. Il luy fit répondre, qu'il n'etoit point en colère, et sur cela, estant entré, la Reyne luy dit qu'elle le prioit de ne point parler, s'il estoit en colère, et qu'avant toutes choses, il sceût qu'elle Iny^accorderoit tout ce qu'il luy demanderoit. Il répondit, qu'il savoit assez ce qui estoit de son devoir, pour ne point ignorer qu'il ne luy appartenoit pas de se mettre en colère, contre ceux sous la Domination desquels Dieu l'avoit fait naistre, comme le Roy et elle, mais que, puisqu'elle luy faisoit l'honneur de
1 L'abbé Ruccullai geutillioinniti tloreiiUii, introduit à la cour par le maréclial d'Ancre, signalé pendant quelque temps par ses intrigues en faveur de la Reine-mère, mourut dans la retraite en 1627, après avoir joué un rôle assez considérable. {Voy., sur ce personiuige, Moieri, t. ix, p. 423, et Richelieu, Mémoires, éd. citée, t. xxii, p. 22/i et mis.)
''2!\(\ iodh.nal kmîdit
liiy promettre tout ce qu'il liiy dcnianderoil, il In I)rciiuil au mot, et luy demandoit (^oiigé, pour luy et pour ses enfans, de se retirer en sa maison. Elle luy dit, qu'elle ne le vouloil en façon quelconque, et (ju'au contraire, elle se vouloit vservir d'eux. Et que pour le luy témoigner, elle luy bailloit le brevet, (qu'elle tenoiten sa main,) de la charge de Premier Ecuyer de Monsieur, {)our M. de M. Losières. 11 répli((ua, qu'il la remei'cioit très-humblement, et que puisqu'on avoit voulu luy faire un Ici affront, et à Losières, il se réputoit indigne, et ses enfans aussi, de servir le Roy en des charges lionnorablesr qu'il luy avoit, par deux fois, sur les bruits qui couroyent offert de luy rendre les clefs de la Bastille, qu'elle l'avoit refusé, et qu'ensuite, on luy avoit fait le plus grand affront qu'il pust recevoir au monde. (On dit, ({u'il luy dit aussi qu'elle estoit très-mal conseillée, et que sur cela, il luy parla très-hardiment.) La ,.Reyne luy dit, qu'elle voioit bien qu'il estoit en colère, qu'il s'en allast à son logis, et ((u'il la reverroit le lendemain '.
Le Président Chevalier, avec le Président Bebours et quelques autres Présidens et Conseillers de la Cour des Aydes, ayant esté mandez au Louvre, Monsieur le Carde des Sceaux leur représenta la nécessité des finances, les excessives dépences que le Boy est contraint de supporl(;r, et comme cela le contrr.ignoit de trouver des moyens extraordinaires,
' l'oii. Mcir. fr., p. SjO : Ricliolieu, p. 37/i ; Poiitchaitiaiii, p. l'Jô.
n'\u\\i i.i) I) AM)ii,i,\. "2!]!
pour y sul)\ciiir, l'\c. ; (jiic poiii'C(.' .sujcl, \c \\o\ nou- Idil envoyer M. le comte de Soissons à la Cour des Aydes, assisté d'un Maréchal de France, et de trois des plus anciens du Conseil, pour faire vérifier les Kdits, qui y avoyent esté portez, et que, partant, ils se disposassent à exécuter l'intention de Sa Majesté. Après cela, le Président Chevalier fit un pas en arrière, et puis dit, en substance, (lue c'estoit un très pernicieux conseil, que d'envoyer M. le Comte en leui' Compagnie, que le Roy leur avoit mis entre les mains une partie de sa Justice ; que l'on leur devoit envoyer les Edits; que s'ils esloyent justes ils les vérifieroyent : sinon, qu'il n'en l'a loit jamais parler; que s'il y a\ oit de la nécessité aux finances, comme on le disoit, elles estoyent très-mal ménagées; qu'il supplioit le Roy de luy permettre dédire devant la Reyne sa mère, (l.eurs \Iajestez estoyent présentes,) une chose très-importante, laquelle, peut-estre, elleignoroit, qui est que sur l'alVaire des droits de signature de RoUedes Eleus, on avoit traitté à quatre cents mil livres, et ({u'il avoit papiers dans son sein, pour justifier que l'on oiTroit douze cent mil livres comptant, ({ui est huit cent mil f(ne Ton a l'ait perdre au Roy sur cette seule allaire; qu'il croiroit commettre un crime, s'il n'avertissoit Sa Majesté de ceUi.
Monsieur le Garde des Sceaux répondit, ([uc pour le regard d'envoyer M. le Comte de Soissons à la Cour des Aydes, c'estoit chose que le Roy avoit résolue, pour de bonnes considérations; que quant à l'atïaire des Eleus, il y avoit si peu que le Roy l'avoit
2/|S .lODRNAI- INÉDIT
Pfrfn.hie ifin honnoi'c clcs Sceaux qifil ne savoitpasparticulicrcmoiil connue elle s'estoit passée; mais qu'il s'en inl'onucroit, ets'assuroit que le Roy reconnoistroit que ses finances sont trop bien ménagées, pour y avoir esté commis une faute si préjudiciable au service de Sa Majesté.
13. MM. des Finances s'assemblent le matin chez M. le Garde des Sceaux, touchant l'affaire des Eleus ; voyent tous les papiers, et trouvent que, sur ce que les Eleus prenoyent plus que les trois droits de signature de rooles qui leur estoyent attribués, on avoit ordonné, qu'ils restitûeroyent le passé, et que pour l'avenir, on leur augmenteroit deux droits de signatures de rooUes, qui estoyent cinq en tout; et que pour cela, ils payeroyent des maintenant quatre cent cinquante mil livres; et qu'attendu que ceux qui traittent , lesquels sont d'entre le corps mesme des Eleus, et en grand nombre, ne pourroyent de long-temps recouvrer l'argent qu'ils baillent dès maintenant au Roy, et qu'il y pourra aussi avoir de grandes non-valeurs, on leur baillera un parisis davantage de finance, qui est le quart de la somme, et partant, 0*2500 livres de finance, outre les quatre cent cinquante mil livres par eux payez. En quoy, s'il y a eu quelque chose de gratifications, c'a esté en considération de ce que l'on traittoit avec les officiers mesme, et qu'il n'y avoit nulle apparence que d'autres en voulussent bailler davantage.
L'après-disnée, le Roy et la Reyne envoyent quérir M. le Président Chevalier, et tous ceux qui estoyent
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venus avec liiy. Monsieur le Garde des Sceaux prit la nrrr.nbro imr. parole, et fil excellemment bien, et courageusement. Il dit, entr'autres choses, que le Roy ayant voulu savoir particulièrement ce qui s'estoit passé touchant l'aHaire des Eleus, avoit trouvé (juc MM. de ses finances y avoyent apporté tout le ménage qui se pouvoit. Et commença lors, à déduire particulièrement Taftaire, dont il avoit les papiers à la main, et ajoutta que s'il en pouvoit faire trouver les douze cent mil livres qu'il avoit dit, le Roy en donnoit dès à présent deux cent mil à celuy qui voudroit traitter. Que le Roy luy avoit commandé de dire, que pour ce qui cstoit de la Cour des Aydes, Sa Majesté en avoit toute sorte de contentement; mais que pour luy elle en estoit très mal-contente ; qu'il avoit très insolemment et calomnieusement parlé en sa présence, et de la Reyne sa mère, contre ceux qu'elle a chargez de la conduite de ses finances; mais qu'il faisoit cela à dessein, et par faction, afin de continuer le chemin fju'ont tenu tant ceux qui ont voulu desservir le Roy, r[ui est de rendre le Gouvernement odieux, et ensuite ceux qui se meslent des affaires, afin de donner sujet aux libelles diffamatoires, et par là, aliéner les esprits des peuples, et les porter aux émotions que nous avons veûes; que Sa Majesté l'avoit chargé de luy dire, qu'il se devoit souvenir qu'il n'y avoit pas deux ans qu'elle luy avoit fait grâce, et qu'il disoit grâce, (car il répéta deux fois ce mot) ; qu'au surplus, il avoit aussi parlé insolemment touchant la justice que le Roy a mise entre les mains de ses officiers, laquelle
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