u UN Al, iim:j)i I
en ce cas, former sa pleinte contre le clergé, et s'i. le clésavouoit, former sa pleinte contre le cardinal de Soiirdis en particulier. — Le Roy et la Reyne luy repondirent assez doucement , (|u'il fist ainsy qu'il aviseroit. — Après, le cardinal de Sourdis approcha, qui dit, qu'il supplioit leurs Majcstez d'avoir agréable la récusation qu'il avoit faite contre Monsieur le Prince, attendu ([u'il s'estoit ouvert, et que tout juge qui s'ouvre est récusable. Ensuite de cela. Monsieur le Prince demeura un peu, puis parla à M. le maréchal d'Ancre, et sortant incontinent après, il dit : que le cardinal de Sourdis estoit un prestre, qu'il ne le pouvoit offencer, qu'il avoit rendu au Roy et à la Reyne tout le respect qu'il Icurdevoit, que pour le fond de l'affaire , il se tiendroit toujours en gros pour le service du Roy ; que quant à son particulier, il feroyt ce que leurs Majestez luy commanderoyent. — On dit que sa résolution est de savoir si le clergé avoue M. le cardinal de Sourdis; s'il l'avoue, de former sa pleinte contre tout le clergé, sinon, de la faire contre le cardinal de Sourdis en particulier. — Cette procédure n'est bonne, car il y a apparence que le Clergé ne le désavourra pas, mais il faudroit former la pleinte contre luy en particulier, attendu qu'il ne luy appartient point d'avancer cette parole sans en avoir charge expresse du Clergé, par délibération faite exprès sur ce sujet; ou que si cela n' estoit point, H devoit estre chastié, etc.
OnremarquequeiVlM. de Guise furent ce jour là à la chasse, et que M. d'Espernon n'alla point au Louvre.
Lorscjiie le cardinal de Soindis lit sa récusaliuii , M(Misii'iir le Prince dcvoit répondre que sans le res- |)('(t (lu lloy el de la lleyne, il luy eust passé son espée à travers le corps, pour avoir esté si téméraire (fue d'oser prononcer cette parole contre un Prince du sang, sur le sujet d'une alTaire si importante '.
9. M. le marquis de. la l''orce" ayant de longtemps ([ucrelle avec M. de CiranHnont% se dérobbe le soir, auparavant de ses gens, dans le Louvre; sort par la porte des cuisines où deux chevaux de M. deSaint-Angel, son cousin, les attendoyent. Vont coucher hors la ville. Le lendemain 9, à quatie heures du matin, Saint-Angel va dire à M. de Grammont que M. de la Force l'attendoit en tel lieu. M. de (Irammont va avec luy, avec son escuyer réputé vaillant. — Arrivé, dit qu'il se veut battre à cheval. — M. de la Force dit qu'il n'estoit raisonnable, vcu qu'il estoit mal monté, et que l'autre avoit le Cardinal (barbegris à M. de la Rochefoucault, valant 1200 écns). iXéantmoins, se battent. M. de la Force blesse M. de Grammont au bras, retournant à la passade, et M. de Grammont blesse en... du corps; son cheval fait un saut, le jette à terre. M. le marquis de la Force luy fait rendre
* f'oy. le Merc. fr., t. m, qui entre dans les plus grands détails sur les délibérations des assemblées des États et donne l'analyse des principaux discours prononcés dans les réunions des trois ordres.
2 Armand Nompar de Caumont, deuxième duc de la Force, pair, maréchal de France en 1652, mort en J075.
2 Antoine de Graniont, deuxième du nom, comte de Graniont, de Huiclie, de Louvigny, duc et pair on 16'i3, mort en 1G4Z|.
30 JOIIIINAL IINÉDIT
.);.nvi.T 1615. l'ospoe (iiG Ic vcut tuer), puis va séparer les seconds qui se batloyenl ù pied, à Tespée seule. Saint- Angel avoit baillé un coup d'espée h son homme au bras; ils estoienl aux prises, il luy oste les armes; puis s'en viennent luy et M. de la Force, avec les quatre espées, ciiez M. de la Force le bonhomme' ; de là chez IVL de Rohan, où ils couchèrent. M. de Grammont dit que ^J. de la Force avoil fait ce qu'il put pour le tuer, qu'il luy fit passer son cheval cinq ou six fois sur le vtiiitre et le laissa pour mort, et que luy avoit perdu le sentiment à cause des foulures du cheval; et que sur cela, M. de Saint-Angel estant venu, ramassa son espée. Cause de nouvelle querelle. — Le lendemain, un gentilhonmae de M. de Grammont qui n'ayant esté par le chemin que son maître luy avoit dit, ne l'avoit pu trouver, fait appeler M. de Saint-A.ngel chez M. de Rohan qui en fut fort indigné'-.
M. l'ambassadeur d'Angleterre fut trouver M. de Villeroy pour avoir audience de la Reyne, afin de se pleindre de ce que le cardinal du Perron avoit dit, et à Sa Majesté, et par plusieurs fois dans les Estais, que c'estoyent des pensionnaires d'Angleterre qui
1 Jacques Nompar de C:uimont, premier duc de la Force, père du marquis, né en 1559, maréchal de France en 1G22, duc et pair en 1037, mort en 1652. 11 a laissé des mémoires.
2 « En ce temps les duels furent si communs que deux seigneurs de Gascongne, sçavoir : le comte de Grammont, l'un des députez aux Estats et le marquis de la Force, capitaine des gardes du corps, avec leurs seconds, se trouvèrent et se battirent à cheval au Pré aux Clercs, » {Merc. f'r., t. m, p. 210.)
d'arnauld d'andu.iv. ol
jM-0(Miroyoiit cl ;i\ oyoïil mis eu avant raiticlc du J""^'''" '«'»• Tiers- l'ilal. — M. de \ illeruy l'en veut dissuader, mais ne peut le faire.
Le Parlement s'assemble sur le sujet de l'arrest du conseil et lettres-patentes qui luy avoyent esté envoyées, portant interdiction de connoistre de ce (pli concerne l'article du Tiers-Estat. Dix opinent vertement. — On dit qu'un d'entre eux dit au Premier Président qu'il ne méritoit point de les présider, puisqu'il se portoit si laschement à une allaire de telle conséquence. — L'heure sonne, on se retire.
10. Le Parlement se r' assemble ; on achève d'opiner. Ordonné que l'arrest du conseil et lettrespatentes ne seront enregistrez dans le registre de la Cour, mais qu'ils seront gardez à part.
Auconseilde rLntresolle, M. le président Jeannin lit l'estat général des finances ; la conclusion est, qu'il y a un million d'or de faute de fons. — Après cela, il se taist, et se passe un fort long temps avant que personne ne die mot. Ce que voyant, M. Arnaud ' prend la parole, dit : qu'il voyoit que per-
' Isaac Arnauld, seigaeur de Corbeville et de la Roche, intendant des finances, oucle d'Ai-uauld d'Audilly. Aommé intendant eu 1605, il prit en qualité de premier commis son neveu, quoique celui-ci n'eût alors que seize ans et le forma aux affaires. « La reine-mère, Marie de Me- » dicis, alors régente , alloit d'ordinaire au conseil des finances (dont » Arnauld faisait partie), et quand le feu Roi commença à croître, il y » alloit aussi. Comme mon oncle étoit extrêmement considéré de la Reine » et des ministres à cause de son extrême capacité, j'avois l'avantage » que nul autre à l'âge que j'avois aloi-s n'a jamais eu, d'entrer dans le » conseil et d'y demeurer tant qu'il duroit derrière les chaises du Roi » et de la Reine à voir opiner, ce qui ne me donnoit pas une petite cou-
32 JOURNAL IMÎDIT
innvi,..- if.i.i. sonne ne disoit mot; que néantmoins il tenoit que Taflaire qui se présentoit esloit la plus importante qui se prcsentast aujourd'hui dans F^sLat; et que, de ce que la Reyne résoudrolt présentement, déj)endoil ou la ruine ou le s;ilut du royaume, et tout ensemble de son autorité, pour ce que la faute de fons des finances estoit qui pouvoit apporter le plus grand désordre; que le Trésorier de l'Espargnc n'ayant point (fargonl, ne pourroit faire sa charge; que tout ce que Ton luy ordonneroit ne serviroit de rien. Sur cela, la Reyne luy dit : Et bien, que faut-il donc faire? Il reprit : qu'il faloit donc nécessairement remédier à cette faute de fons d'un million d'or; que le seul moyen estoit de se retrancher sur la dépence ; qu'il croyoit que le devoir de sa charge et sa conscience l'obligeoyent de dire franchement et nettement la vérité ; qu'il estimoit donc que pour ce qui concernoit la dépense de la maison du Roy, il estoit comme impossible d'y rien retrancher; qu'il faloit venir aux pensions qui estoient montées à une somme si excessive, qu'il faudroit avoir les Indes-Orientales et Occidentales pour y subvenir; qu'il estoit donc d'avis d'en retrancher un cjuartier montant à onze cent mil livres; qu'un des autres plus grands retranchements qui se pouvoyent faire estoit sur les
» noissanC(! des aiïaiies. » (M(''mo!i'es d'Ariiauld d'Andilly, édition citée, p. 360.) l'oij. en tète des mémoires d'Aruauld d'Andilly la notice qu'il consacre à son oncle Isaac Arnauld, l'intendant des finances, dont il analyse plusieurs fois dans ce Journal les discours et les propositions au conseil des finances.
D'ARNAIH.I) n'ANDII.I.V. ?>'?>
gens de guerre; (lu'il (h'sireroit ((ii'on on peu?^f, en- lanvin- ifii.-. treteiiir deux fois davantage, mais qif il valoit beaucoup mieux en relraiirher que de courir i^ une ruine iiilaillible ; qu'on avoit parlé de retrancher la moitié des Suisses; mais que puisque la Reyne se vouloit tenir forte, alin d'accomplii' h^s mariages, (jiril pensoil que l'on se pourroit cont(>nter de l'2()() en gardant 10 compagnies de ISO hommes chacune ; qu'il faloit aussi prendre les deniers du taillon. Sur cela, M. le Prince ayant pris la parole (M. de Bulion n'y estoit) , et fait un grand discours, après l'avoir laissé tout dire, il répliqua : que quand le Roy mourut on en prenoit deux cent mil livres, qu'auparavant on en avoit pris trois cent quatre-vingt-dix mil livres, et qu'on avoit mesmeestéjusqu'à six cent mil livres; que les gens d'armes coustoient beaucoup, et neservoyent quasy point; que la Reyne n'en vouloit point mener en son voyage, mais seulement des chevauxlégers ; et qu'il estoit d'avis d'en prendre six cent mil livres ; qu'il se dépensoit quatre cent mil livres pour les fortifications ; c{iie tout cela se mangeoit par les trésoriers, controlleurs et gouverneurs de places ; qu'il estoit d'avis d'en retrancher trois cent mil livres et laisser cent mil livres pour les gages d'officiers, pour travailler à une ou deux places, telles que Sa Majesté aviseroit et pour entretenir ce qui est commencé; et qu'il valoit beaucoup mieux ne point faire de fortifications cette année et conserver l'ordre dans l'Estat, que non pas en en faisant, s'incommoder de telle sorte, que ceux qui voudroyent
tVi .loi i\NAi, im';dit
.i..i.xkri6i;.. ciiLreprendre siii- nous, nous pussinil facilemenl ;ill;jquer; de là, il suivit sur les ba.sliniens et quelques autres dépenses, tant qu'il trouva son remplacement. M. le président Jeannin disoit quelquefois quelque petit mot. La Reyne approuva tout extrêmement ; dit qu'il le falloit faire; personne ne put contredire. Au sortir, chacun demeura d'accord qu'il n'y avoit là dedans que luy qui sçeust conduire les afTaires.
11. îM. de Riberpré, sortant d'une académie, pensa estre assassiné par un nommé d'Arcueil (qui est au maréchal d'Ancre) et deux autres. — Se pleint au Roy le lendemain '.
On présenta à la Chambre des comptes des lettrespatentes portant connoissance à M. de Puisieux des deniers du taillon, sans que l'on peust recevoir sur ce sujet aucunes expéditions signées d'autres que luy.
M. le président de Nicolay -, voyant que cela touchoit extrêmement M. de Villeroy, arreste la vérification et porte les lettres à M. de Villeroy, qui luy
1 Voij. sur cette affaire, Richelieu, éd. citée, t. xxi bis, p. 236. On pensa que le maréchal d'Ancre avait fait faire le coup pour se venger de ce que M. de Riberpré, gouverneur de la citadelle d'Amiens, s'était déclaré pour M. de Longueville. — Le marquis de Riberpré était de la maison de Moy.
2 Jean U de Nicolay, premier président de la Chambre des Comptes en 1587. Neuf membres de cette famille ont été successivement premiers présidents de la Chambre des Comptes depuis Jean I", en 1506, jusqu'à Aimar Charles, le dernier président de l'ancienne Chambre des Comptes, {yoy. le commentaire de M. Paulin Paris à l'historiette du président Nicolay dans sa belle et excellente édition de Tallemant des Réaux, t, IV, p. 313.)
d" \ lî \ A r I, I) n' V N 1)1 I. r, V. 55
dit qu'il n'en sravoil rien et (ju il luy avoit fait plai- '""vi.r teis. sir. Mt (iirafiii qu'il ne scmbiast que l'on eust t'ait cette all'aire contre son gré, il vouloit signer les lettres; et ainsi les fit refaire et les signa.
11). Assemblée faite dans le Tiers- Estât [k la poursuite de M. d'Espernon) , sur le sujet de l'article. — Ordonné qu'il seroit osté. — Quel([ues-uns protestent au contraire (entre autres le lieutenant civil) , et dirent qu'ils feront des remonstrances.
La Reyne envoyé quérir le lieutenant civil ' et quelques autres, dit : qu'elle ne veut point en tout que l'on luy fasse des remonstrances sur ce sujet. Ainsy on veut qu'ils se r'assemblent, afin (jue cette affaire se passe sans remonstrances. — M. Myron abandonna entièrement l'article.
Résolu dans le Tiers-Estat que Monsieur le Prince rendroit Amboise et qu'on osteroit la garnison de Soissons.
La Reyne avoit envoyé quérir les Députez de Normandie et de Bretagne, et leur avoit commandé d'ester l'article. — M. de Guise avoit fait le semblable pour la Provence; M. d'Espernon, pour
Guyenne ; idem pour Dauphiné. Voilà cinq
provinces. Languedoc , Lyonnois et Champagne
* Henri de Mesmes, lieutenant civil de la prévôté et vicomte de Paris, président à mortier au Parlement, présidait la chambre du Tiers- État en l'absence du prévôt des marchands.
2 Robert Miron, prévôt des marchands, président et orateur de l'ordre du Tiers-État, ambassadeur en Suisse, intendant en Languedoc, mort en 1641. Il était frère de François Miron, le céJèbre prévôt des marchands sous Henri IV.