‹ Journal inédit, 1718-1784 (volume 2)Chapitre 6 sur 35 · DU 30 SEPTEMBRE 1783 AU 26 MARS · texte numérisé non relu

DU 30 SEPTEMBRE 1783 AU 26 MARS

Histoire de la d^^couverte des frères MontgoUier. — Les physiciens s'efforcent de la perfectionner. — Première expérience au Giiamp de Mars, le 27 août 1783. — Nouvel essai, à Versailles, en présence du Hoi et de la Reine. — Le lo octobre, Pilàtre de Rozier s'élève, le premier, dans les airs, et recommence les jours suivants. — Un mot de Benjamin Franklin à propos de cette découverte, sur laquelle je compose un mémoire que je fais imprimer à Calais. — Un article du Journal de Paris. — Le 2 novembre, je lance, à Calais, un globe qui traverse le détroit : c'est le premier ballon passé en Angleterre, opération dont les Affiches de Picardie rendent compte. — J'écris à M. Montgolfier ; sa réponse. — Ni le Roi, ni l'Académie ne paraissent faire, de cet inventeur, le cas qu'il mérite.- — Le Journal de Paris publie, sous forme de lettres, mes observations sur son invL-ntion. — Ascension, au château de la Meute, du marquis d'Arlandes, accompagné de Pilàtre de Rozier. — Le 1"" décembre, MM. Charles et Robert s'élèvent, du bassin des Tuileries, avec une machine par eux construite à grands frais, et vont tomber à dix lieues de Paris — Peu après, xM. Charles s'élève seul, à une hauteur de dix-sept cents toises. — MM. Montgolfier et Charles fraternisent; le Roi leur accorde des récompenses, ainsi qu'à MM. Robert et Pilàtre de Rozier. — Malgré mes souffrances physiques, je pars de Condé le 20 janvici- 178i, afin d'assister, en qualité de maréchal de France, à la cérémonie de l'Ordre. — Création de ducs à brevet. — Ascension de sept personnes, à Lyon. — Je travaille avec MM. Mont-

golfîer et Pilâtre de Rozier. — La promotion militaire de janvier : son injustice, — Je mets en ordre mes travaux et me fais lire le Journal de ma vie par mes petits-lils. — Le 31 janvier, je pars, avec mon chirurgien, pour Versailles, oîi, malgré la tristesse de mon état physique, je fais ma cour au Uoi et à la Reine, qui me témoignent la plus grande honte. — Je plaide, auprès de MM. de Galonné et de Breteuil, la cause de M. Montgolfler. — Je prends part à la cérémonie de l'Ordre, malgré la rigueur d'un hiver exceptionnellement dur. — Mes petits-fils vont au hal chez le maréchal de Richelieu, âgé de quatre-vingt-huit ans. — Conversation, avec le prince de Ligne, au sujet de M. Montgolfler. — Accident arrivé au hallon de M. de Bullion. — Bien que ma santé empire chaque jour, je sors en carrosse, et vais voir, au bord delà Seine, les progrès de la gelée, puis ceux du dégel. — Je prends part à une souscription en faveur de l'ascension de l'abbé Miolan. — Visites au ballon de M. Blanchard ; sa description. — J'assiste, le 2 mars, à son enlèvement au Champ de Mars; graves incidents au moment du départ; le ballon atterrit à la ferme de Billancourt où j'envoie un homme à cheval ; il me rapporte une lettre de M. Blanchard.

Découverte de MM. de Montgolfler.

Ce soir-là 30 septembre, nous fîmes l'expérience de remplir plusieurs bouteilles d'air inflammable de marais. Nous l'allumâmes à mesure, puis nous en emportâmes. J'étais porté à ces expériences par celle de la découverte de MM. de Montgolfler (1), la plus belle du siècle, qui m'occupa extrêmement et me remit à la ph^^sique. Cela demanderait un détail immense.

Ce fut le 30 août que je commençai à entendre parler, par le Journal de Paris du 27, de ces grandes découvertes et expériences-là.

MM. de Montgolfler, deux frères très savants, à la tête de la fameuse papeterie d'Annonay, vers Lyon, qui leur fait tant d'honneur, raisonnant ensemble des expériences de Boyle (2) sur les diverses pesanteurs des dilférents airs,

(1) Joseph-Michel Montgollicr (1740-1810), et Jacques-Etienne Montgolfier (1745-1790), les célobros inventeurs des aérostats dits monlf/olfières.

(2) Robert Boyle (1626-1G91), physicien et chimiste anglais, s'est surtout livré à Tétude des propriétés de l'air. Ses Œuvres ont été publiées à Londres, on j vol., en 17li.

imaginèrent que cette différence, devenant plus sensible en grand, par le déplacement d'une plus grande étendue d'air plus lourd par un air plus léger qui devait le surmonter, s'échauffèrent sur cette belle idée et eurent, pour la première fois, le courage de la mettre en pratique.

Ils cherchèrent les airs les plus légers et sans dépense. Ayant imaginé la fumée de paille mouillée et de poils brûlés, ils lirent des épreuves. Ils y sacrifièrent une pièce de taffetas qui leur était venue pour des doublures d'habit, se mirent à la coudre, la tenant serrée, y firent entrer leur gaz ou fumée. Enfin, jour mémorable, étant à Annonay, très occupés de leurs épreuves, le 5 juin 1783, la machine, en partie remplie de ce nouvel air, leur échappe des mains et va se fixer au plancher.

Qu'on se retrace, si l'on peut, la joie qu'ils durent ressentir! On ne peut guère la comparer qu'à celle de Christophe Colomb qui, à la veille d'être obligé d'abandonner sa belle entreprise, aperçoit, le premier, une petite lumière, à laquelle nous devons la connaissance de l'Amérique ; ou à celle de Coi)ernic quand, de son temps, on découvrit les lunettes d'approche pour prouver son système.

De là, tout de suite, ils éprouvent à l'air : même réussite. Ils travaillent avec ardeur à de plus grands en toile, garnis de papier collé. Enfin, le 5 juin, ils élèvent deux fois de grands ballons, devant tout le monde, et en envoient le procès-verbal à l'Académie des Sciences qui les pria devenir à Paris, répéter cette expérience à ses frais.

A peine cela est-il connu et répandu dans les journaux, que tous les physiciens s'échauffent l'imagination, voient déjà les voyages par l'air plus faciles que sur mer, et qu'on s'empresse d'en faire des épreuves. MM. Charles (1) et

(1) Jacques-xMexapdrc-César Charles (1746-1823'!, savant physicien, membre de l'Académie des sciences, perfectionna les découvertes des frères Montgolfier en substituant le gaz liydrogène à l'air dilaté par la chaleur.

Happelons quo Mme Charles, sa femme, née Julie-rrançoise Houchaud des Héretles (n8S-1817), mariée avec lui en 1804, n'est autre que l'Elvire chantée par Lamartine, et dont les lotUes au grand poète ont été récemment découvertes et publiées par M, Hcné Doumic (Hachette, IJOi»).

Robert (1), physiciens, y travaillent, une souscription nombreuse du café appelé le Caveau, au Palais-Royal, s'y joint, on se dispute, chacun veut avoir la gloire, enfin on fait au mieux, et à grands frais, un globe de douze pieds de diamètre, de taffetas enduit de gomme élastique et rempli de l'air inflammable six à sept fois plus léger que l'air, tiré de l'effervescence de la limaille avec l'acide vitriolique. C'était aller, tout d'abord, à peu près, à ce qu'il y avait de plus parfait.

Aussi, malgré la pluie et l'orage, devant presque tout Paris, au Champ-de-Mars, le 27 août 1783, on lâche ce globe qui s'enlève comme un trait jusqu'à cinq cents toises au moins, perce la nuée, se voit encore au-delà quand elle se dissipe, enfin s'élève à perte de vue et ne retombe qu'à cinq lieues de là. Cette réussite, complète malgré le plus mauvais temps et tous les obstacles, enchanta tous les spectateurs.

On comprend bien que les amateurs ne s'en échauffèrent que davantage. On fit plusieurs expériences en petit, on vendit des globes et de l'air, et tout réussit.

Cependant, M. de Montgolfier travaillait au sien pour l'Académie. Le Roi et la Reine ayant voulu voir cette singulière épreuve, on l'apporte à Versailles, il se prépare dans l'avant-cour, devant un monde étonnant. Il faisait beau : sa machine de 600 aunes de toile garnie de papier collé en forme de tente à la turque, de 00 pieds de haut sur 10 de large, est remplie de son gaz de paille brûlée, en dix minutes. On y suspend une cage avec un mouton, un canard et un coq, on coupe les cordes, et cette grande machine s'élève majestueusement, va passer par dessus la chapelle, et le vent l'emporte à une demi-lieue de là, où elle tombe doucement, et où on trouve les animaux en bonne

(1) Les frères Robert, «jeunes mécaniciens du premier mérite'), élèves de M. Charles, l'avaient aidé à exécuter l'aérostat rival de celui de MM. de MonlgoKier. Un public nombreux se pressait pour le voir et suspendu » sur la maison de l'inventeur, place des Victoires, à Paris. Les frais en avaient été couverts par les habitués du café du Caveau, sollicités par l*'aujas de Saint-Fond, géologue, administrateur du jardin du Roi. (Baclutumont.)

santé : le Roi lit mettre à la Ménagerie le mouton, pour conserver le premier animal qui a ouvert la route des airs.

De là, tout le monde s'empresse à donner des idées et à préparer de nouvelles expériences. Beaucoup deglitbes d'environ six pieds de diamètre, réussirent. Un, avec transparent, à la fête du duc de Grillon (l), reste onze heures en l'air, un autre va à six lieues. Mais le décisif fut l'expérience que M. de MontixoHier préparait dans des jardins, au faubourg Saint-Antoine, à ses frai?, et pour examiner tout l'effet de son invention, qui n'est pas seulement admirable par la découverte, mais surtout de l'avoir tout de suite imaginée en grand, et d'avoir trouvé un gaz pratique et point cher.

Ce fut le 15 octobre qu'où je viens de dire et devant un monde prodigieux, un homme s'éleva en l'air pour la première fois. Ce fut M. Pilàtre de Rozier(2), physicien, qui en mérita l'honneur par le zèle qu'il montra toujours pour cette découverte. Le 17, M. de Rozier y remonte avec un réchaud à faire du gaz, et se relève d'un arbre par lui-même. Enfin, le 19 novembre, dimanche, beau temps calme, devant plus de deux mille âmes, M. de Rozier s'élève quatre fois différentes, les deux dernières avec un compagnon. Ainsi deux et trois hommes se tinrent en l'air, à au moins 300 pieds de hauteur, retenus par des cordes, la machine pesant 1.000 livres, la galerie 500, le tout ayant 70 pieds de hauteur, sur 45 de large, rempli de son gaz en cinq minutes, et à sa volonté. Deux fois il frise la terre et se relève en faisant du gaz. Ainsi, point de risque à descendre. Voilà une réussite complète, et deux et trois hommes élevés et soutenus à volonté dans l'air, chose, jusque-là, absolument impossible !

(1) Louis de Balbo Birlon, marquis de Crillon (V. t. II, page 12, à la note), avait pris, en 1182, le tiîre de duc de Crillon-Mahon, et reçu la gi-andesse d'Espagne, après la conquête de Minorque par l'armée espagnole dont il avait re<;u le commandement.

(2) Jean-Kramois-Pilàtre do Hozicr, né en IT-if., intendant des cahincts d'histoire naturelle et de pliysiquc du comte de Provence, mort le io juin llS.i, au cours dune ascension tentée à Boulogne en compagnie d'un sieur itomain.

Je fis venir aussi de ces ballons de Paris, et M. Mouron, bon physicien, s'en étant bien servi, tout le commencement d'octobre, je m'amusai extrêmement à enlever de ces globeslà devant tout le monde, à enflammer, en versant de l'eau dessus, de l'air des marais que nous prenions au mieux, et à détonner l'air de limaille avec l'acide vitriolique, toutes expériences très neuves et très frappantes, qui nous amusèrent fort, ainsi que de lire et bien étudier les livres de M. Sigaud de Lafond (1) que j'ai cité, et tout ce qui se fit et s'écrivit à ce sujet, qui occupait tout le monde avec d'autant plus de raison que voilà, à peu près, la première vraie découverte faite par des Français, et, après l'électricité, la plus grande du siècle.

Il me parut, d'après l'expérience, que l'embarras était la prompte perdition de cet air subtil dont je trouvai une échelle graduée, qui fait que les machines ne peuvent rester longtemps en l'air, mais elles avaient l'avantage de descendre doucement et sans risque, et, au long temps près, on remédiait aux difficultés.

M. Frankhn, auteur de la découverte de l'électricité du tonnerre, dit, au sujet de ces globes, qu'on appela ae7'0Siatiques : « C'est un enfant ! Peut-être ne sera-t-il que peu de chose, peut-être aura-t-il beaucoup d'esprit ! Il faut voir à compléter son éducation ! » Mais les hommes enlevés, comme j'ai dit, par M. de Montgolfier, du 15 au 19 octobre 1783, commençaient à fixer l'enfant d'esprit.

Les détails se succédant, j'écrivis une lettre, peut-être importante, le 17 octobre, à M. de Montgolfier, que je rapporterai, avec sa réponse, dans la suite.

Le Journal de Paris du 26 octobre nous donna un article si curieux, que je le fis imprimer séparément à Calais et à Valenciennes, et répandre partout. Cela en valait d'autant plus la peine, que je donnai à diner, ce jour-là, à un monsieur qui

(1) Jean-René Sigaud de la Fond (1740-1810), auteur d'une Description et usac/e dun cabinet de physique expérimentale (1176, 2 vol, in-8»), d'un Dictionnaire de physlrjue {IISO. i vol. in-8»), etc., devint plus tard membre de rinstilul.

était témoin, et que 1 lial)ile -M. Dagelet me manda le détail en savant, d'où je vis que les deux hommes avaient été élevés^ et sans risques ni peine, à deux cents pieds au-dessus de Montmartre, et descendus de même.

Ainsi, de mon vivant, on a fixé le système de Newton, M. Franklin a conduit le tonnerre, on a découvert les longitudes, les marées, M. Gook a parachevé la connaissance du globe dont on ne connaissait guère que moitié, on a trouvé les airs factices qui faisaient partie des corps, et on a analysé l'air. La chimie et les hautes sciences se sont éclaircies et prouvées, etc. Enfin, voilà des hommes élevés dans l'air à de grandes hauteurs, ce qu'assurément on aurait juré impossible, il y a un an, sans compter tout ce qu'on perfectionna 1

J'ai dit que, le 28 octobre, j'avais fait, pour le journal, un mémoire sur l'invention de MM. de Montgolfier : je le fis imprimer à Calais. Pendant une quinzaine de jours, on ne parla que de cet objet, qui m'occupa beaucoup.

Le 2 novembre, donnant à dîner à M. de Thiboutot (1),. maréchal de camp d'artillerie, je donnai à tout le monde le spectacle de remplir, avec de la limaille et de l'acide vitrioli([ue, un petit globe d'un pied que j'avais fait venir de Paris. Nous le lâchâmes à près de cinq heures du soir. On le perdit de vue fort haut vers l'Angleterre. Les Affiches de Picardie le rapportaient, au vrai, de cette sorte:

Hier, vers cinq lieures du sou% le maréchal de Croy a fait lâcher, devant beaucoup de monde qui désirait en voir rexpérience, un petit, globe aérostatique vers l'Anglelerre, qui doit y avoir été bientôt rendu, à en juger par la hauteur où il s'est élevé et par la vitesse avec laquelle il allait, quand on l'a perdu de vue.

Cela fît un singulier mouvement; toute la ville courait, se culbutant, les têtes en l'air en y suivant de vue le globe qui enfila, à deux cents pieds de haut, la couche d'air et le vent médiocre qui le menait pourtant vers l'Angleterre, entre

(1) Jean-Léon, iii.tri|iii> de Tliiboutot, maréolial de camp eu 1"S0, lieutenant général en ITJl, avait épousé, en 1717, Mlle de Tieuville.

Douvres et la dune, d'une telle vitesse à y être rendu en une demi-heure. Si le vent ne lui a pas manqué, et qu'il ait continué de même, ce sera le premier corps terrestre qui n'y aura pas été par eau.

M. Mouron et son fils, qui faisaient très bienles expériences, la donnèrent aussi : l'inflammation de l'air par l'eau et la détonation, et tout réussit.

Voici, maintenant, la lettre que j'ai dit que j'écrivis à M. de Montgolfîer, et ensuite sa curieuse réponse :

De Calais, le 28 octobre 1783.

Permeltez-moi; Monsieur, en qualité d'amateur de physique, de vous faire mon sincère compliment sur votre admirable découverte et son entière réussite.

La découverte par elle- même est admirable, mais surtout d'avoir tout de suite osé essayer en grand, seule façon de réussir à de grands effets, la matière étant si légère qu'il faut une grande étendue et un grand volume de déplacement pour faire effet, et surtout d'avoir trouvé tout de suite un gaz pratique et peu cher qui, seul, peut remplir un grand espace en peu de temps.

Je viens de lire avec grande joie vos épreuves du 15, du 17 et surtout du 19 de ce mois d'octobre, et voilà, enfin, deux et trois hommes enlevés à volonté dans l'air, sans risque ni peine. Voilà sûrement ce qu'on avait cru n'être jamais possible I

J'ai fait venir de petits globes, je les ai fait enlever avec l'air de limaille et d'acide vitriolique. L'air même des marais et autres inflammables font quelque effet, mais tout cela est trop cher et difficile : c'est à votre gaz ou ceux qui y ressembleront qu'on devra la réussite.

En laissant pendre une ficelle ou un fil, en la graduant et pesant, j'ai coupé pouce par pouce, et fait remonter à chaque fois, et, prenant garde au temps, cela m'a donné une échelle de perdition d'une proportion pour le temps fort accélérée, dès que la déperdition va en augmentant.

J'ai vu, de là, qu'en changeant le fond, à peu près comme dans la gravure du petit livre de Comidéralions. chez Lejay (1), assez

(1) Le Jay, libraire à Paris.

bien imaginé pour le bas, si c'était au-dessous de voire grande machine, et que ce fussent quatre petites barres de fer, au lieu de courroies, pour nèlre pas écrasé dessous, on pourrait d'abord lester, puis jeter en bas des boulets, à mesure, ce qui soutiendrait encore, à la descente.

Mais, comme il ne reste que de refournir le gaz pour se soutenir plus longtemps, et que vous en êtes déjà venu à bout le 19, j'ai à vous prier instamment de voir divers fourneaux de tôle que j'ai vus à Paris chez des marchands, pour échautïer en peu de temps et de dépenses. J'en ai vu qu'on éciiaull'e avec des graines peu dispendieuses et peu pesantes, et d'une belle flamme. Il faudrait comme un tube d'alambic qui allcât, '\e crois, en haut, et qui, en retour, chassât l'air naturel; de grands chapiteaux en spirale pour couper la flamme et en ôter le risque, et je suis persuadé qu'avec tout cela, et dans ce goùt-là, vous trouverez mieux que personne le moyen d'entretenir, au moins une heure, ce fourneau, à la réformation d'un gaz suffisant.

La descente sans risque étant trouvée, la réussite du voyage sera sûre, en reformant du gaz, mais les tourbillons de vent étant toujours le plus à craindre, il est à souhaiter qu'on n'essaye en liberté qu'en temps très fait, et d'un vent modéré, cl bien lesté, sans quoi un remous de vent ferait renverser.

Si j'ai le bonheur de vous voir, cet hiver, en janvier et février, je crois pouvoir vous proposer bien des moyens d'utilité, et, outre ceux qui sont connus, faisant couler la machine (mise du bon cùlé pour le vent le long d'une corde, par un anneau avec poulie, on pourrait porter des vivres et des matériaux à des hauteurs inaccessibles, remplacer les grues, les manœuvres, etc., dans une tour creuse, aider les pompes à feu; enfin, on en trouvera assez pour vous admirer, et c'est dans ce senliment-là que j'ai l'honneur d'élre voire, etc.

Si(j)ii} : Le mahkciial dlc de Croy, covimandaut en Picardi<\ à Calais.

P. -S. — L'Académie et la Cour devraient donner à cela un peu plus d authenticité, au lieu de laisser imprimer des misères qui nous font tort chez l'étranger. Sur cela, vous pouvez montrer ma lettre au ministre et à M. le Noir.

Jtéponse De Paris, à l'Archevêché, le '■) novembre 1783.

Monsieur le Maréchal,

J'ai reça avec reconnaissance les nouvelles vues dont vous avez bien voulu prendre la peine de me faire part. Je n'ai pu encore en faire usage, pour mes affaires personnelles, mais je verrai, au premier moment de liberté, les fourneaux que vous avez eu la complaisance de m'indiquer, et je ne doute pas qu'on ne puisse en construire qui facilitent beaucoup la production du gaz igné qui déplace et raréfie l'air commun.

Le choix du combustible est aussi un objet à étudier, et qui peut beaucoup augmenter les effets. Nous venons d'en être convaincus dans un essai très en petit qu'a fait mon frère à Lyon : une livre de papier et une livre d'huile ont élevé, par leur combustion, une machine cube d'environ six pieds de côté, pendant vingt-deux minutes. Au bout de ce temps, on l'a perdue de vue, et on ignorait le lieu où elle est tombée et le temps qu'elle est restée dans l'air. Vous sentez combien une si petite machine a de désavantage, vu la grandeur de sa surface, relativement à son peu de capacité, et combien l'effet serait plus considérable en grand.

C'est sous ce seul point de vue, comme vous l'avez très bien vu, Monsieur, que cette découverte peut être utile, mais les essais, alors, devenant plus dispendieux, sont hors de la portée de la fortune des particuliers. Si l'intérêt que vous y témoignez peut déterminer le gouvernement à s'en occuper, je ne doute pas qu'on ne fasse des progrès rapides, tant pour perfectionner la chose en elle-même, que pour en faire des applications utiles, dont beaucoup n'ont point écliappé à vos lumières.

Je regrette beaucoup de ne pouvoir en profiter en ayant l'honneur de vous aller faire ma cour, lorsque vous serez à Paris, mais il est temps que je me rende à mes atTaires dont la suite de mes expériences m'a peut-être trop distrait pour le bien de mes intérêts.

J'ai remis à l'Académie des Sciences un mémoire sur les macliines aérostatiques qu'elle rendra peut-être public. Je crois qu'il faut laisser circuler tous les petits pamphlets et les plaisanteries qui

JOURNAL DU DUC DE CllOY

amusent le loisir de Paris : c'est le goût de la Nation, et les vouloir réprimer serait peut-être les multiplier.

J'ai riionneur d'être, avec le plus profond respect, Monsieur le Maréchal, votre, etc.

Si'jtiij : Mo.NTGOLFIER.

On voit, par la première de ces lettres, que j'avais bien saisi le grand de l'ensemble de la découverte, qui est d'avoir éprouvé en grand, seule manière, comme il le dit, de faire effet, — et d'avoir trouvé une matière commune et abondante pour le remplir. Et l'on voit, parla seconde, que M. de Montgolfier est un vrai savant, estimable à tous égards, ce qui se montre par la simplicité et par la candeur répandues dans sa lettre, qui me fit grand plaisir.

Mais ce qui est cruel, c'est que cette lettre ne montre que trop ce que j'avais prévu, savoir que le lloi et l'Académie n'en paraissant faire nul cas, comme il nous arrive de tout ce qui coûte de l'argent, et n'ayant point aidé, on voit, par la lettre, q^e M. de Montgolfier se retirait peu content, et peut-être presque ruiné pour avoir fait une belle découverte ! C'est ce que j'ai vu arriver si souvent avec douleur. On voit qu'il m'abandonnait, pour ainsi dire, la besogne, s'en rapportant à mon crédit. Et l'on se moquerait peut-être de moi, si je m'en mêlais 1 Gomment faire quelcjue chose de bon, en France ?

Cependant on voit aussi, par la lettre, que M. de Montgolfier approuvait toutes mes réflexions, et qu'on aurait pu en tirer grand parti. J'ai donné, à ce sujet, dans un cahier de détail, le dessin et tous les moyens de perfectionner cet objet, tel que l'inventeur les approuve. J'ai fait, aussi, un petit mémoire imprimé, daté de Calais le 28 octobre, par où je réfute les objections et donne une liste considérable des utilités réelles.

On voit donc que, grâce à l'abandon de M. de Montgolfier par le Roi et l'Académie, je ne pouvais plus suivre cet objet.

Quelques jours après, je trouvai, daus le Journal de

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Paris (1), mes observations sur l'invention de MM. de Montgolfier, mises au mieux et au plus fort, en forme de lettres. Cela fut donc prodigieusement répandu et parut bien prendre, nialgré la force presque outrée des reproches à la Nation qui auraient dû plutôt tomber, si je l'avais pu, sur le Roi et l'Académie (2).

M. le marquis d'Arlandes, qui s'était élevé avec M. Pilâtre de Rozier le 19, proposa d'en faire Texpérience en liberté devant le petit Dauphin, à la Meute, et pour sa gouvernante la duchesse de Polignac, la grande amie de la Reine. En trois jours tout fut prêt. Le Journul de Paris a donné le procèsverbal de cette étonnante opération. On y voit que, par cette nouvelle route, ils longèrent et traversèrent la rivière, le dessus des plus grands dômes et des maisons de Paris, les monticules, enlin que rien n'arrêta plus, sur la croûte de la terre.

Trois jours après, M. le marquis d'Arlandes donna, dans le Journal de Paris, le détail le plus vrai, le plus curieux, et qui rend l'opération comme si on l'avait faite soi-même. Il faut le lire dans le Journal. Gela, avec ce qui précède, ne laisse rien à désirer sur cette opération.

M. de Montgolfier eut l'attention de m'envoyer d'abord le procès verbal (3). C'était M. de Rozier qui avait fait tout l'ouvrage en brûlant vivement de la paille. Chaque botte bien enflammée élevait de cent pieds. Mais M. de Montgolfier, dans sa lettre, paraissait mécontent de ce que M. le marquis d'Arlandes n'avait pas secondé M. de Rozier, et avait voulu descendre trop tôt. D'ailleurs, il paraissait toujours mécontent et dérangé par cette dépense. Je lui fis voir, par ma lettre, que, pour la première opération en liberté, elle avait rempli tous les objets, qu'il avait toute la gloire, qu'il avait été très heureux qu'on eût fait le procès-verbal le

(1) Voyez le n» 321, c'est le Journal du lundi ïl novembre 1783. {\ote de V auteur.)

(2) Voyez aussi au Mercure du lo novembre 17S3, page 137. {Sole de Vauleur.)

(3' C'ost-à-dire le Journal de Paris du 22 novembre, rapportant l'expérience de la Meute.

même jour, si bien constaté ; qu'il avait, le premier, inventé, exécuté devant le Roi avec des animaux, et élevé des /ior7î?77 es retenus à la corde ; qu'enfin, toujours le premier, il les avait lâchés dans l'air. Ainsi, qu'on ne pouvait rien lui ôter, et qu'il ne devait qu'être flatté qu'on cherchât à perfectionner.

Ceci nous mène à d'autres opérations du même genre, mais avec de grandes dilTérences.

J'ai dit, au commencement, que M. Charles, démonstrateur de physique, qui commençait une réputation et avait beaucoup d'ardeur, paraissait vouloir s'attirer l'honneur de l'invention.

La plupart des bons physiciens l'avaient faite. On la trouve au long dans le Père Galien (1), mais ce n'étaient que des imaginations vagues, sans exécution, et l'on devait toujours s'étonner qu'on n'eût pas osé l'entreprendre plus tôt, puisque l'on connaissait des dilîérentes pesanteurs d'air. Quoi qu'il en soit, MM. de Montgolfier l'avaient exécuté les premiers, à la célèbre expérience d'Annonay, le 5 juin, et ce n'était que le procès-verbal de cette étonnante opération qui avait mis M. Charles sur la voie.

Hors cela, il faut avouer que MM. Charles et Robert prirent des moyens tout din"érents, bien connus de M. de Montgolfier, mais qu'il n'avait point choisis pour la dépense et la difficulté, ce qui l'avait fait revenir à la simple fumée.

M. Charles poussa tout de suite à la perfection son opération du Champ-de-Mars, en prenant le bon taffetas, la gomme élastique et le gaz du fer. Par ce moyen, il faut avouer que son opération était plus solide, celle de M. de Montgolfier manquant un peu de ce cùté-là — mais aussi beaucoup plus chère et difficile à remplir. Cela fit donc comme deux sectes rivales qui partagèrent les esprits.

MM. Charles et Robert ne s'endormaient pas avec leurs

(1) Le P. Joseph Galien, dominicain, professeur de philosophie et de théologie en l'Université d'Avignon, né au l'uy-en-Velay, a publié, en 1751, L'Art de naviguer dans les airs. 'In-12.)

amis; ils firent une machine de plus de 15.000 francs, et annoncèrent qu'ils partiraient en liberté avec elle.

Ce grand jour eut lieu le l^"" décembre, et fut un des plus beaux spectacles qu'on ait jamais vus. La machine était posée sur le grand bassin du parterre des Tuileries.

Qu'on s'imagine la belle façade, et ces combles, et ce beau jardin rempli du plus beau monde, les deux bords de la rivière, la place Louis XV, le Cours et, au loin, les environs remplis d'une telle foule que mon fils, qui m'en envoya le meilleur dessin de sa main, et le meilleur détail, me marquait que c'était pour cette fois qu'on pouvait dire que tout Paris y était, et, heureusement, il fit beau temps.

Dans ce bassin à sec des Tuileries, étaient environ douze tonneaux fournissant à la machine le gaz de fer, par la fermentation de l'acide vitriolique. Le globe avait la plus belle forme, ainsi que le char qu'il enlevait.

Le globe, presque rond, avait 26 pieds de diamètre. Sa partie supérieure, entourée d'un filet, soutenait par ses cordes, à 9 pieds au-dessous, un char de 8 pieds de long, très décoré. Le globe, partagé par un grand nombre de fursaux, était éclatant, en couleur de rose et or alternant.

MM. Charles et Robert cadet montèrent dans le char et partirent dans l'air à 1 h. 40 minutes, à l'enthousiasme de tout Paris. Ils s'élevèrent assez haut, le soleil l'éclairant, faisant le plus superbe effet dont jamais char triomphal n'avait approché. Le vent donnant vers la basse Normandie, il suivit à peu près la ligne du Cours, un peu plus au nord, et, passant sur la multitude qui était à la place de Louis XV, ils jetèrent, pour faire honneur, leur pavillon qui, zigzaguant dans l'air, fit trembler tout le monde croyant que c'étaient eux qui dégringolaient. On les suivit longtemps de vue, avec les plus vives acclamations, et, enfin, on les perdit dans l'espace.

Peu après, on les vit passer de Pontoise, deux lieues au nord, tenant la ligne horizontale et allant le train des nuées. Ayant fait environ 9 lieues, ils se rabaissèrent, choisirent une belle place, et^ devant M. le duc de Chartres et M. le duc de

Fitz-James qui les avaient suivis à vue sur des chevaux de course anglais, ils planèrent à volonté le long de la prairie et mirent à terre si doucement qu'on ne s'apercevait pas qu'on y eût touché, et ils en sortirent plus aisément qu'on ne fait d'un vaisseau à quai !

Voilà, assurément, une bien complète et glorieuse réussite pour t-tre, suivant ce moyen, le premier début. Peut-être, dans dix ans, cela paraîtra-t-il si commun qu'on n'y fera plus attention, mais qu'on se rappelle toujours si on l'aurait cru possible, il y a un an !

Ils prirent terre à trois heures trois quarts, dans le Vexin françiùs, et à la prairie d'Hédoiiville, à environ dix lieues de Paris, ayant fait environ quatre lieues par heure, mais le vent était modéré. Les curieux du voisinage qui accoururent, signèrent le procès-verbal, que M. le duc de Chartres et M. le duc de Fitz-James signèrent aussi.

Le vent étant tombé, au coucher du soleil, M. Charles, pour aller haut, s'éleva seul jusqu'à dix-sept cents toises, prouvées par le baromètre, de 28 pouces 4 lignes descendu à 18 pouces 10 lignes, chose étonnante, et le thermomètre, de 7 degrés et demi au-dessus de la glace, descendit à 5 degrés au-dessous. Ainsi, il avait été à la région de la grande gelée sans éprouver, dit-il, d'autre gêne que celle d'un beau froid sec. Le lendemain, ils étaient tous de retour à Paris, avec la machine dans le meilleur état.

Ne pouvant entrer dans un plus grand détail pour mes Mémoires, il faut conclure par dire que, dès le lendemain du retour de M. Charles, s'étant rencontré avec ]\I. de Montgollier au bel hôtel des Monnaies, au cours gratuit, et si couru, de M. Sage, ces deux espèces de rivaux firent la plus belle réconciliation, et l'empire des airs put s'accroître sans obstacles.

Le soir même, à une séance où ils furent appelés, ils reçurent, de l'Académie des Sciences, les plus grandes louanges. Le 6 décembre, le Roi donna à M. de MontgoHier la noblesse et le cordon de Saint-Michel, 2.000 livres de [.cnsion à M. Charles, 1.000 à MM. Robert, et 1.000 à M. PilAtre de

Rozier, et tout fut au mieux (1) .

Le 27 novembre, à Calais, ma maladie se déclara tout à fait par de terribles vomissements, la fièvre et l'estomac tout à fait barré par la terrible goutte sciatique qui ne cessa de me tenir les pieds enflés et de me procurer des douleurs insoutenables de toute espèce. On ne peut pas plus souffrir, ni avec des douleurs plus aiguës portant au cœur et au plus affreux désespoir.

La lièvre étant à peu près cessée, je partis de Calais le 17 décembre et j'arrivai à Condé le 19, encore bien malade. Le voyage, TefTort que je fis pour jouir de mes belles promenades à Coudé, au milieu du plus fort hiver, et les bons soins de Petit, mon chirurgien, me soutinrent quelque temps, mais les douleurs allant en augmentant et devenant tout à fait insoutenables, je fus porté au plus grand désespoir et il devint très incertain si je pourrais partir à temps pour assister à la cérémonie de la Chandeleur, à laquelle j'étais assez flatté d'assister au moins une fois comme maréchal de France. Ainsi, ayant tout et étant au pinacle, je désirais finir, ne pouvant plus soutenir mes douleurs !

Le 20 janvier était destiné pour le départ, mais cette nuit fut si aO'reusement cruelle, que j'envoyai éveiller M. de Gheugnies, à quatre heures du matin, pour lui faire voir qu'il fallait renoncer, et ne plus songer qu'à rester à Condé, pour y occuper mon dernier gîte.

M. de Gheugnies avait beau me représenter que, si je ne partais pas, je ne retournerais plus jamais à Paris; que,

(1) A'o/rt ; c'est le 19 janvier 1784 que M. de .Montgolfier, l'aîné, s'éleva à 400 mètres, en liberté, avec sept hommes, {Xote de V auteur.)

(2i Le 'à octobre, M. de Croy estime que son port de Calais est « porté à la perfection ».

En novembre, il tombe gravement malade, et ne se console que par la lecture des comptes rendus de la découverte de Montgolfier.

Ses souffrances, quoique incessantes, ne l'empêchent ni de se rendre à Condé le 19 décembre, ni de s'occuper des devoirs de sa charge. Le 13 janvier, il est à rilermitage, d'où, malgré ses douleurs, il se dispose à partir pour Paris, afin d'assister, en qualité de maréchal de France, à la cérémonie de l'Ordre.

peut-être, je m'y remettrais et serais fâché d'avoir manqué cette cérémonie, la seule que je fisse par an, surtout ayant été si bien traité, car le bruit de ma mort ayant été général, les regrets du Roi et de la Reine, des ministres et de tout le militaiie furent si flatteurs, qu'on ne peut avoir une plus belle oraison funèbre.

Le moment était donc critique et incertain. Les chevaux de poste étaient mis, les canons chargés, et je disputais avec M. de Gheugnies. Enfin, cette dispute m'ayant échauffé, je fus un peu moins mal, et, tout le monde m'y poussant, et ayant résolu d'emmener Petit, qui était toute ma ressource, à huit heures on me mit hors du lit et, par un de mes coups de force ordinaires, je pris encore mon parti et repris des forces par l'arrangement du départ, malgré la neige partout et la gelée affreuse. Cela me fit prendre mon grand cabriolet de plus, pour mes gens, et Petit, dans ma voiture anglaise.

Vers neuf heures, parfaitement empaqueté dans ma bonne voiture bien fermée, et très malade, je partis donc de Gondé avec les honneurs de maréchal.

De retour à Paris dans ce cruel état, j'eus, au moins, la grande consolation de retrouver ma nombreuse famille dans la meilleure santé, savoir mon fils et ses six aimables garçons venant au mieux, et les deux aînés étant déjà au service depuis trois ans.

De même ma fille ayant quatre enfants, cela faisait, avec MM. d'Havre, de Priego, Mme de Leyde et moi, seize Groy à Paris.

J'étais si mal, qu'il fallut renoncer à la vie ordinaire et à descendre de mon appartement. Je m'y établis et ne quittai plus l'habit et la vie de malade. Mes nuits étaient afTreuses et, à l'ordinaire, de trois heures après minuit à trois heures après midi, je souifrais au delà de toute expression et de manière à me faire continuellement désirer la mort, quoique comblé de tous les biens et avantages terrestres.

Passons, maintenant, aux choses intéressantes du moment : vers le 25 janvier, le Roi fit quatre ducs, savoir IV. 21

322 JOURNAL DU DUC DE CROt

MM. de Beuvron et de Cossé (1) à qui ce n'était qu'en avancer les honneurs, et MM. de Gharlus (2) et de Maillé (3), nouveaux ducs à brevet.

On a vu comme l'importante découverte de MM. de Montgolfier avait échauffé les esprits, depuis qu'on avait réellement vu quatre hommes en l'air. Le 19 janvier, on en vit sept à Lyon, dont le fds aîné du prince de Ligne (4), et M. de Montgolfier l'aîné, principal inventeur, puisque c'est lui qui eut la grande satisfaction de voir échapper le premier ballon de ses mains et de lâcher le premier en Fair. Ceci se fit à Avignon vers le 15 novembre. Ainsi, voilà le véritable début.

L'aîné resta à opérer à Lyon, et le second, avec qui j'étais en correspondance, à Paris. Dès le lendemain de mon arrivée, il vint me trouver, et je vis bientôt que, si on ne l'aidait pas, son moyen ne pourrait pas avoir de suite. Je travaillai plusieurs jours avec lui, et je m'aperçus que son moyen était uniquement la raréfaction et l'ascension de la flamme, au lieu que celui de M. Charles consistait dans les différences d'équilibre des airs ou gaz. M. de Montgolfier était si modeste et si timide que je vis que son moyen allait en rester là, l'Académie tirant pour elle les petits fonds que la Cour accordait pour des expériences de détail, de sorte que cela faisait comme une troisième tète à contenter, et je résolus d'en

(1) Hyacinthe-Hugues-Timoléon, marquis, puis duc de Cossé-Brissac (1746- 1813), maréchal de camp en 1188, lieutenant général en 1791, avait épousé, en premières noces, Marie-Louise-Antoinette-Gharlotte-Françoise-Gonstance de Wignacourt, morte en 1788, et, en secondes noces, Françoise-Dorothée d'Orléans, comtesse de Uothelin, morteenl818.

(2) Armand-Nicolas-Augustin de la Croix, comte de Gharlus, fils du marquis de Gaslries, naquit en 175C. Maréchal de camp en 1788, lieutenant général en 1814, il avait porté ce nom de Gharlus jusqu'au 25 janvier 1784, jour où il fut créé duc de Gastries.

(3) Gharlcs-René, d'abord baron, puis comte, enfin duc de Maillé (1732- 1791), maréchal de camp en 1770, premier gentilhomme de la Ghambre du comte d'Artois en 1773, lieutenant général en 1784.' Il avait épousé en secondes noces, en 1769, Madeleine-Angélique-Charlotte de liréhan.

(41 Le fils aîné du prince de Ligne était Gharles-Joscph-Emmanuel, né en 1759, marié, en 1779, avec Hélène, princesse Masalska, dont Lucien Perey a retracé la vie dans son livre Histoire d'une t/rande dame au XVllI' siècle (1887).

parler vivement à tous les raiuistres, ce que je fis ù la Chandeleur, après laquelle je reprendrai cet objet ^^1;.

Le 7 février, M. de Montgollier m'amena M. l'ihUre de Rozier, et j'eus la grande satisfaction de travailler deux heures avec l'inventeur et le premier voyageur aérien. Je pris les moyens pour les bien aider.

Passons, à présent, à ce qui regarde la promotion. Elle était faite dès le commencement de 1783, datée du l" janvier 1784, et ne commença à paraître que le 12 janvier, ou plutôt elle ne parut jamais, car, suivant l'usage, on tenait tous les bureaux fermés et on n'en savait rien qu'en ramassant à la longue tous ceux qui avaient des lettres d'avis. Cette promotion fut une des grandes et cruelles époques du militaire français, puisque ce fut la première où on manqua tout à fait à suivre le tour de rôle et où il fut- décidé que, même en servant au mieux et se distinguant toujours, on sera, dans quelques grades, comme chassé et renvoyé.

Cela tient à la grande faute qu'a faite Louis XIV de porter tout au-delà du possible : il avait, au commencement de son règne, 30.U00 hommes, presque pas d'état-major, et, dans sa gloire, il avait 500.000 hommes, une foule de places, etc. 11 avait monté toute la noblesse au militaire ; on ne pouvait plus faire autre chose, et il en résultait qu'il y avait dix lois plus de gentilshommes à placer, qu'il n'y avait d'emplois ; de là que, tout le monde voulant gagner un emploi relevé, il fallait qu'à la fin où il y eut plusieurs milliers de brigadiers ou officiers-généraux, ou qu'on les mit dehors, ou qu'on les cassât aux gages en cessant de leur rendre ce qu'on leur devait, en changeant l'ordre du tableau, ce qui est bien injuste !

C'est, pourtant, le parti cruel qu'on prit à cette promotion, en oubliant et passant net tous les colonels à la suite qui n'avaient pas été employés, de même que tous les brigadiers et maréchaux de camp qui n'avaient pas été employés dans

(1) Voyez, à ce. sujet, le Happorl à l'Académie des Sciences, le -1'^ décembre 1183 (Chez Muut u'd, iinprinieur-Iibruire). C'est ce qu'il y a de plus important là-dessus. {Sole de Vuuleur,)

leurs grades, ce qui fit qu'un grand nombre se trouva chassé, ce qui était bien dur pour tous ceux qui n'avaient pas pu être employés et qui avaient des blessures, des actions d'éclat et une réputation établie dans le militaire. D'ailleurs, c'était assez bien fait pour ceux de la noblesse qui ne pouvaient citer que ce que cite pour euxBoileau, dans son épitre à Dangeau (1).

On peut donc dire que ce fut une injustice pour les premiers dont je viens de parler. Il en résultait que cela achèverait de dégoûter tout le monde. Puisque le meilleur colonel ne pouvait être assuré d'avoir assez de crédit pour être employé au grade de brigadier, et qu'on le vo3'ait sûr d'être cassé aux gages à celui de maréchal de camp, quelle ressource et quelle consolation cela pouvait-il laisser aux capitaines et aux autres officiers inférieurs?

Il faut, maintenant, voir ce qui regarde Versailles : du 22 janvier que j'arrivai si malade, au dernier du même mois que j'arrivai à Versailles, on vient de voir une partie des objets qui m'occupèrent; d'autres où mes petits-fils contribuèrent à apaiser mes cruelles souffrances. La dernière chose qui me restait à faire était de ranger et faire relier mes divers mémoires et projets sur toutes les matières. Mon extrême faiblesse m'en empêchant, je repassai l'ordre de mes Mémoires, et, le hasard m'ayant fait reprendre mon introduction, je trouvai que c'était là où j'avais mis dans sa perfection mes deux premières campagnes de Westphalie, Bohême et Bavière. Mes trois petits-fils aînés me les lurent avec tant de perfection et d'intelligence, que cela me fit revoir, comme si j'y étais, ces moments, les plus intéressants de ma vie, et me paya des peines infinies que ces Mémoires-

(1; V. Boileau, Satire V. Epîlre à M. le marquis de Danr/ecm : La noblesse, Dangeau, n'esl pas uoe chimère, Quand, sous l'étroite loi d'une vertu s vère, Un homme issu d'un sang l'ccond en dcmi-ilieux, Suit, comme toi, la trace < ii mircliaient ses aïeux. Mais je ne puis souffrir qu'un fat dont la mollesse, N'a rien, pour s'appuyer, qu'une vaine noblesse, Se parc insolemment du mérile d'autrui, Et me vante un honneur qui ne vient pas de lui.

JOUnNAL DU DUC DE CROY 325

là m'ont coûté à faire. Il me paraissait que je renaissais!

C'est alors, aussi, que je commençai à faire copier et relier mon beau mémoire, ou petit livre des Maisons du Nord et à pouvoir en jouir, et que, M. Dupia mayant apporté le très beau volume du premier tome de ma crrande Histoire naturelle, je le donnai à relier.

Le plus cruel iiiver continuant, j'allai voir casser les glaces et la rivière prise au-dessus de Paris, pendant plusieurs lieues. Voilà, avec la maladie, ce qui m'occupa d'abord.

Mes soulVrances ne laissaient croire à personne et ne me permettaient pas d'espérer que je pourrais aller à la cérémonie, mais, étant habitué aux coups de force, je ne voulus pas manquer celui-là, et je partis à quatre heures pour Versailles, le dernier de janvier, par une gelée et une neige étonnantes. J'emmenai Petit, mon chirurgien, qui continua de coucher dans ma chambre et d'être excédé de fatigue. L'appartement de Versailles était bien préparé. Dès ce même soir, j'allai à l'après-souper du maréchal de Gastries. et j'entamai tout de suite pour M. de Montgolfier, pour lequel il s'intéressait et s'y prenait mal, demandant trop peu.

Le dimanche i'"' février, j'y mis tant d'art et de courage, qu'avec grand'peine je pus aller à, la messe à la chapelle, et ensuite faire ma cour au Roi et à la Reine, mais pas à d'autres. Cette matinée, si dure par mon état, fut une des plus flatteuses de ma vie. Mon espèce de résurrection faisait effet. Tout le monde paraissait réellement aise de me revoir. Ayant été présenté dans le cabinet, le Roi, du ton le plus agréable, vint à moi les bras ouverts, et me dit : « Vous avez été bien malade, et on a été inquiété ! »

De là, je courus chez la Reine, qui, venant à moi, de l'air . le plus affable me dit : « Vous nous avez fait bien peur 1 » Et, comme je paraissais pénétré, elle ajouta : « Vous le méritiez bien ! »

De retour dans le cabinet du Roi, je continuai d'être traité au mieux par tous les ministres, et, à une heure, je retournai chez moi, bien flatté et bien souffrant et dégoûté de la vie. Après mes petits plats d'herbes à l'eau, je retournai au café

des ministres. J'entamai un peu avec M. de Ségur, mais il n'avait pas le temps, et je vis, pour la première fois, M. de Oalonne en place. Comme je lui eus fait entendre qu'il fallait donner beaucoup plus à M. de Montgolfier, il me dit que lembarras était qu'on avait dit au Roi qu'avec 6.000 livres on en sortirait, ce qui prenait la tournure de manquer.

J'allai, ensuite, entamer connaissance avec le fameux baron de Breteuil, qui jouera un grand rôle, pour lui parler au sujet de Montgolfier. Sur quoi il me dit qu'il avait, comme de raison, renvoyé tout à l'Académie, laquelle employait pour son compte et ses expériences particulières.

Je revins terminer chez moi cette journée, dans des souffrances, et mettre beaucoup d'art à me préparer une journée passable pour le grand jour du lendemain.

Le 2, jour de la Chandeleur, quoique j'aie horriblement «ouffert toute la nuit, j'y mis tant d'art et de force, que, dès dix heures, j'étais habillé avec l'habit de l'Ordre, et j'allai me chauffer dans l'Œil-de-Bœuf, une heure d'avance, de crainte que le mal de cœur ne me reprit. Cela me redonna un peu de force. La multitude d'objets me ranima, ainsi que les amitiés qu'on me fit. On entra au cabinet. Il y avait chapitre, et le Roi nomma le duc de Liancourt, le duc de Tonnerre (1) et le comte d'Apchon (2), et ce choix fut approuvé.

Après la publication, on fit l'appel, et je fus nommé le cinquième, ce qui, de plus, étant maréchal de France, était la plus belle position possible, et je fus aise d'avoir pu m'y trouver, pour la première fois, dans ce nouveau grade. L'extrême rigueur du froid avait éloigné bien du monde. Ce matin-là, il tomba une espèce de verglas si glacial que les porteurs y pouvaient à peine tenir, et qu'il gela de quatre de-

(1) Cbarles-IIenri-Jules, duc de Clermonl-Tonnerre (1120-1794), maréchal de camp en [T68, lieutenant général en 1762, lieutenant général de la province de Dauphiné, avait épousé, en H il, Marie-Anne- Julie Le Tonnelier de Breteuil, fille du mai'quis de Breleuil, secrétaire d'Etat de la Guerre.

(2) Antoine-Marie, comte d'Apchon, né en 1714, maréchal de camp en 1761, lieutenant général en 1780, avait été nommé gouverneur du duc de Bourbon, fils du prince de Condé, en 1762.

JOURNAL DU DUC DE CROt 327

grés dans la chapelle fermée. J'avais peur de ne pouvoir marcher sans être soutenu, mais je m'en tirai mieux que je n'aurais cru, surtout en allant où il y avait un peu d'ordre, mais le retour à la course me fit de la peine.

Quant à la chapelle, je ne l'ai jamais sentie si froide, et j'eus, plusieurs fois, regret d'avoir tenté l'entreprise. Enfin, de retour chez le Roi, la chaleur me remit, je gagnai vite ma chaise, voyant tout le monde gelé, et je fus fort aise quand je fus déposé chez moi, dans mon grand fauteuil, au coin d'un bon feu.

Ce ne fut qu'à force déjeuner que je pus soutenir tout cela, et que je me mis en état, à quatre heures, d'aller au café de MM. de Ségur et de Vergennes, qui me firent bien des amitiés.

Enfin, tout cela réussit et, ne pouvant pas en risquer da. vantage, à cause de l'extrême rigueur du temps, je partis vers cinq heures, et revins chez moi à Paris, par la neige terrible et continuelle. '

Je trouvai M. de Montgolfier qui m'attendait, et lui fis part de mes démarches dont il avait bon besoin. 11 fallait qu'il s'y prît mieux pour avoir des fonds.

Dans ce temps-là, nous donnâmes quatre grands soupers de cérémonie, où je me traînai un soir, mais, mon mal allant en augmentant, la fièvre ne me quittant presque jamais, j'étais dans un état affreux.

Le 9 février, je vois, pour la première fois, un ballon en l'air, dans la rue Notre-Dame-des-Ghamps. Le soir fut le superbe bal du maréchal de Richelieu, âgé de 88 ans, et dans son superbe hôtel dont il faisait encore si bien les honneurs : mes petits-fils y allèrent.

Il y eut alors, les matins, un faux dégel, qui fit de Paris une masse de boue, mais, comme il regelait de cinq à six degrés la nuit, c'était un verglas complet. Les montagnes de neige qu'on relevait dans les rues, avec des frais prodigieux, et les profondes ornières rendirent Paris, pendant deux mois, comme les plus mauvaises rues de Vaugirard et autres, ce qu'on n'avait, peut-être, jamais vu.

Ma maladie empirait d'une façon affreuse, et je souffrais tout ce qu'il était possible. Depuis les tracas du mois d'août, la goutte vague de la sciatique augmentait sans cesse. J'avais toujours les pieds enflés ou douloureux ; ma sciatique catarrheuse me donnait des vomissements et des dégoûts continuels. Tout cela me rendait perclus, avec des douleurs insoutenables partout.

Le 11 février, j'eus une grande conférence avec le prince de Ligne pour obtenir des finances pour que M. de Montgolfier pût continuer ses opérations. J'appris qu'il était convenu avec M. de Montgolfier l'aîné, de Lyon, d'y travailler en grand au mois de mai, à Belœil, où il m'invita.

Le 12, je lâche le grand mémoire et le plan des Maisons du Nord à M. de Condorcet qui, l'ayant lu chez moi, le trouva intéressant.

Ce même jour, je fus si mal que mon fils me força à me laisser régulièrement soigner par M, Heherard, médecin allemand. Ma maigreur et ma jaunisse étaient affreuses.

C'est alors que je me traînai à l'hôtel de Luynes (1) où je vis manquer et brûler un ballon, à la manière de M. le marquis de Bullion (2), très ridicule par la façon dont il avait placé le feu trop près du ballon.

Le 18, une espèce de vraie goutte reprend et me culbute. Le 19, horrible mal de cœur et anéantissement. Je souffre audelà de l'expression. Je crois que je vais finir, et je m'y prépare.

(1) L'hôtel de Lxn'nes, situé rue Saint-Dominique, et aujourd'hui disparu, avait été bâti par Le Muet, architecte (lo91-1669), pour Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse.

(2) Officier aux Gardes françaises en 1768, le marquis de Bullion avait épousé, la même année, Mlle Petitjean de Menarches. 11 fut nommé, en 1771, commandant du régiment provincial de Blois.

D'après le Joui-nal de Paris, qui le qualifie de « chimiste », M. de Bullion aurait été jilus heureux dans une autre expérience, le 3 février précédent , jour où, dans ce même hôtel de Luynes, il eût enlevé .« un ballon fait en papier petit raisin », d'un diamètre de quatorze pieds, construit d'après un procédé dont il avait fait part à l'Académie.

Parti à 2 heures 45, le ballon, tomba, vers 3 heures et demie, aux environs de Bûville, après un trajet de plus de neuf lieues.

Les jours suivants ne vont qu'en empirant, mais, pour me forcer et dissiper un peu, je cours, les matins, en carrosse, très empaqueté, pour suiATe les progrès du dégel et des savants. On essaye les amers.

Le 24 février, le prince d'Arenberg de la Marck (i) vient me faire un rapport bien intéressant de son retour et de sa campagne aux Indes.

Le 26 février 1784 fut une époque. Les fleurs parurent en plein, ayant commencé le 23, et ma plate-bande d'ellébore était superbe. La neige finit sur les toits, la rivière monta, de 4 de la veille, à 14, ce jour-là (2).

J'étais toujours mourant et souffrant au-delà du possible. Cependant, je fis l'effort d'aller voir, rue Taranne, la machine de Blanchard, où tout devait s'élever suivant les moyens de M. Charles, et sans feu.

Au sortir de là, venant d'en voir l'annonce dans le journal, j'allai souscrire chez un abbé de Miolan (3), jeune professeur de physique, quai de l'Horloge, et qui se servait du moyen du feu. Il en résultait donc que, sans que la Cour s'en mêlât, nous allions avoir encore deux grands globes, un sur chaque système, et propres à porter des hommes.

Je reviens à ma visite rue Taranne, où il me fallut du courage de toutes façons, cette matinée-là. Outre que je ne pouvais me soutenir, il me fallait garder le bonnet, les bottes fourrées et le plus grand accoutrement de malade, et, précisément j'y trouvai la plus belle et nombreuse compagnie.

(1) Auguste-Marie-Raymond prince d'Arenberg, comte de la Marck (1753- 1833), maréchal de 'camp en 1188, avait épousé, en 1774, la marquise de Cernay qui lui avait apporté en dot la terre de Raismes. C'est le célèbre ami du comte de Mirabeau.

(2) Nota : le 27, elle était à 20 pieds et demi. {Note de raideur.)

(3j L'abbé Miolan, physicien, avait fait annoncer, pour le 11 juillet, une ascension dans un ballon construit par ses soins. Au jour dit. une foule considérable, et qui avait payé ses places de 3 à 6 francs, s'était portée au Luxembourg, où le départ devait se i'aire, mais, au dernier moment, l'aérostat ne put s'enlever, de sorte que les spectateurs, furieux, manquèrent faire un mauvais parti à MM. Janinet, graveur, le marquis d'Arlandes, et Bredin, mécanicien, qui devaient accompagner l'abbé. Quant à celui-ci, il avait disparu.

J'eus le plaisir d'y rencontrer d'abord M. de Montgolfier, comme particulier, dans la foule, ce globe n'étant pas de sa façon, et de tout voir en donnant le bras à l'inventeur.

Tout le monde voulut bien m'aider, Blanchard me montra, d'abord, le globe d'étoiïe gommée d'environ 26 pieds de diamètre, pareil, tant pour le globe que pour le gaz, au fameux qu'ont lâché MM. Charles et Robert. Le globe était garni de filets jusqu'à moitié, et, d'ailleurs, comme les autres. Le char pouvait avoir cinq pieds et pour deux places en visà-vis. Un bâton soutenait bien jusqu'au globe.

M. Blanchard, pour ne pas se séparer de ses anciennes idées, y avait mis tous ses anciens moyens.

Des deux côtés du char, en long, il y avait quatre grandes ailes en manière de feuilles de palmier, agissant en tous sens, qu'une mécanique en-dedans, très adroite, faisait hausser, baisser et fermer à volonté et avec assez de force pour agiter beaucoup d'air. C'est par ce moyen qu'il espérait (le globe étant en stagnation dans un calme) pouvoir le conduire et même le hausser et baisser à volonté.

Entre le char et le globe, à deux pieds de ce dernier, était un très grand parasol de presque autant de diamètre que le globe, et fixé à l'arbre du milieu, et à deux pieds audessous du globe. Ce parasol était encore pour suivre ses anciennes idées et celles qu'il avait eues pour ne pas courir de risques en tombant.

Ce parasol se pliait comme les autres, à la moitié de son rayon, et alors déployait huit ou douze crochets renversés où, par un cercle d'environ trois pieds et demi de diamètre de nerfs de bœuf bien entendu, tenaient toutes les cordes du filet du globe, et on pouvait tout- à-coup le décrocher et en faire une affaire à part. Telle était cette curieuse pièce, qui pouvait fort bien réussir, mais qui serait bien fragile pour la tempête !

Comme, pour voir tout ceci, il fallait prendre un billet pour trois livres, et que la foule augmentait, on croyait bien qu'il remettrait et allongerait l'opération. Ils avaient publié le 28, et ils me dirent, alors, pour le 3 mars.

Le 27 février, ayant attendu que tout le monde partît, j'allai, avec mes deux petits-fils, à 2 heures et demie, chez M. Blanchard. Rien n'était si curieux, et on ne pouvait pas le mieux voir.

Au moyen des crochets qui étaient à la moitié du grand parasol et de celui quv-était au bas du globe, les deux pièces étaient bien jointes ensemble, mais, en les décrochant, elles étaient tout à fait détachées. J'entrai, d'abord, dans le plus grand détail au sujet du char, qui était dans un cabinet, et tout détaché. J'ai appris que le char ne regardait que M. Blanchard, et tout le globe ne regardait que le petit moine (1).

Je conviens que, si le globe crevait, le parasol et les ailes, qui sont d'une mécanique curieuse, pourraient retarder la chute.

Je conviens aussi que, dans un grand calme où le globe, fixé en haut par son équilibre, serait presque immobile, toutes ces inventions-là peuvent le faire un peu agir, hausser, baisser et tourner, mais je trouvais le tout beaucoup trop fragile, le char ou trop lourd, ou pas assez lesté, enfin courant très grand risque, dans un tourbillon qui peut le faire pirouetter et renverser et mettre d'abord en pièces, toutes ces petites inventions trop délicates.

Il résultait de tout cela que, comme il n'avait jamais réussi et toujours trompé, on croyait qu'il ne s'enlèverait jamais, et continuerait d'attraper en tirant, le plus longtemps qu'il pourrait, de ces billets de petits écus. Ils avaient déjà annoncé pour le 28, ensuite pour le 2 mars. 11 fallait beaucoup de jour pour remplir le globe, chose aisée à manquer tout-à-fait, et on ne voyait encore aucuns préparatifs pour aller s'établir sur l'endroit dont il faisait encore un çrrand mystère.

Le débordement, ce jour-là, fut à sa plus grande hauteur. Il alla, surtout le 4 mars, dans les fosses du boulingrin d'Ivry, à cinq pas en dedans de la grille et dans les carrés. Les bateaux passant par la plaine, il monta au Gours-la-

(1) On verra ci-dessous ce moine, dont le nom était dom Pech, accompagner Blanchard dans son ascension.

Reine, sur le chemin de Versailles, quatre pieds sur le pavé entier du terrain devant les Invalides, et au quart, en bas de la pièce du Ghamp-de-Mars. En 1740, il était deux pieds plus haut. J'allai voir. Il y avait de superbes coups d'œil.

Le 28 février, M. Blanchard laissa encore son globe en partie plein d'air naturel, pour attirer du monde, et les petits écus pleuvaient. Cependant, le temps pressait pour les préparatifs.

Le 29 février, je crus d'abord être un peu mieux, et je fis une charmante promenade. J'allai au bas des Invalides, où tout le monde courait pour voir la largeur de la rivière, ensuite traverser et faire ce qu'on pouvait du tour du Champde-Mars. Enfin, on y était en pleins préparatifs, les grands arbres étaient dressés et la barrière mise.

Outre le beau coup d'œil de l'endroit et de ces préparatifs, le soleil dora cette immensité d'eau, et la montagne vis-à-vis, si bien garnie, faisait un ensemble enchanteur, La rivière commença, alors, à descendre un peu, et ma plate-bande printanière était d'une beauté éclatante, mais elle remonta, ensuite, au plus haut.

Le 1" mars 1784, j'étais, à 2 heures, sous la machine, seul, au moment intéressant où on la gonflait. Voici ce que je vis et appris: ce globe était tout pareil à celui de M. Charles. Il coûte dix mille livres, le gaz huit. On pourra avoir le gaz pour six mille, mais le tout ira toujours vers sept. D'ailleurs, il y a la solidité, et tout est, à peu près, à sa perfection. Vingt-sept pieds de diamètre pour deux hommes, lesté et se délestant pour s'élever. Si l'on cherche à épargner sur l'étoffe, ou sur quelque chose, le globe tamise, perd et ne fait aucun effet durable.

Celui-ci, au compte de M, Blanchard et de son petit moine par M, Tourillon (1), inventeur d'une nouvelle gomme, et rempli par M. Javet, à la manière perfectionnée de M. Charles, et avec l'acide vitriolique, mais fer rouillé, et à l'épargne,

(1) Tourillon était un fabricant de papier de la rue Pavée Saint-André-des- Arts, chez lequel Blanchard avait fait exécuter le « globe » de son a Vaisseau volant ».

Le filet était beaucoup mieux, bien serré, ce qui remédiait à tous les accidents de l'enlèvement de la calotte de bois, plus long et débordant le diamètre, ce qui est nécessaire pour ne pas trop couper ni fatiguer, et pour éviter tous les risques de l'enlèvement du chapiteau, et sans cercle, mais avec cercle de corde qui embrasse bien.

On apprenait à les bien remplir, en plaçant les tonneaux au-dessus du vent et en retenant le globe par tout un côté des cordes du filet. De même par le dessus du vent. Par là, on parvenait à lui donner une inclinaison assez fixe, mais il vaudrait mieux pour toujours les renfermer dans un grand hangar solide de charpente, peu cher à Paris, et même fermé par en haut, qu'on ouvre toujours aisément, et alors on charge en sûreté.

Il y avait six grands tonneaux lestés où se faisait la fermentation en grand, avec des tuyaux de tôle qui fournissaient dans la grande cuve d'où, d'après les principes, le gaz entrait (sans être très pur, car on se servait de toutes sortes de lerrailles), dans un tuyau de six pouces de même nature que le ballon, et le remplissait très insensiblement. Il fallait trois jours pour que les six gros tonneaux pussent suffire à le remplir, et, cette fois-là, ils ne purent le remplir tout à fait.

C'est donc, à présent, une machine connue et éprouvée, mais toujours chère, longue, et qu'on ne peut remplacer, sans compter le risque du tonnerre.

Le 2 mars, fait bien extraordinaire, le temps fut superbe.

Quoique le gros de l'objet manquât, la journée fut des plus intéressantes et utiles pour confirmer et étendre la belle découverte, et ce fut le plus beau et élevé des ballons, avec un homme bien en liberté, qu'on ait encore vu.

Pour moi, cette journée et ce superbe spectacle fut vu d'une manière extraordinaire. J'avais, trois jours devant, bien demandé au gouverneur un coin, au grenier, à part pour moi, très malade. Il m'arrangea au mieux. J'arrivai d'avance. On me mena en haut, dans un petit logement d'un chapelain où je trouvai bon feu, chaise percée dont j'avais grand besoin, et tout au mieux pour un malade.

De 10 heures à 2 que j'y fus, j'eus un dévoiement avec des coliques à périr et un grand vomissement très douloureux. Voilà un terrible état pour voir de belles choses !

M, Dagelet, astronome de l'Ecole, vint me tenir compagnie, ce qui l'empêchait de prendre tous les points de hauteur avec son quart de cercle, dont j'enrageais, et je fis tout ce que je pus pour l'y renvoyer, mais l'Académie ayant méprisé la chose, il ne voulut jamais s'y attacher, ce qui nous fit manquer la hauteur. Le seul angle qu'il prit donnait environ onze cents toises de hauteur.

Pour revenir à l'opération, on fit beaucoup de billets. Il doit avoir gagné, hors les frais, une vingtaine de mille livres. 11 y avait peu de monde dans le bas, mais beaucoup autour dans les allées et partout, et le temps superbe. Gela était beau.

Il n'y avait pas assez d'ordre auprès. L'enceinte des barrières était beaucoup trop petite et serrée, ce qui fit qu'il n'y avait que des laquais qui forcèrent dedans, et de là partout à tout culbuter. Gela fut cause, en partie, du tumulte. On ne put jamais remplir plus de deux tiers des loges qui tamisaient, apparemment par épargne sur l'étoffe.

Avant midi, on tira le canon, et Ton attacha le char avec toutes ses inutilités. En serrant le mât du parasol, on le cassa et l'ôta. Vers midi un quart, avec toujours beaucoup de canon, M. Blanchard monta dans le char avec le petit moine, ses quatre grandes ailes et tout son ajustement.

Alors, vers midi seize minutes, un écolier de vingt ans, dont me parlait alors M. Dagelet comme étant prié de me le mener pour me faire voir un joli dessin d'un globe avec lequel il voulait passer d'un trait en Amérique, dont les sciences échauffaient la tête et dont je lui répondais que je n'en avais que faire, que c'était un fol — précisément cejuilà même saute la barrière, l'épée à la main, et s'élance dans le char, au milieu du chef et du moine, et déclare qu'il veut partir avec eux. M. Blanchard le repousse et est blessé à la main ; le moine le poussait par derrière. Un officier qui accourt est blessé aussi, enfin les Suisses de la Garde

assomment de coups l'écolier, et on Tentraîne à l'Hôtel, avec une des ailes brisées.

Pendant ce tapage, tout avait été cassé ou dérangé. Le baromètre et le thermomètre, qui appartenaient au moine, étaient brisés.

Alors, M. Blanchard prit la résolution de partir seul, sans toutes ses machines.

On sentit que le globe, qui perdait toujours son gaz, ne pouvait porter deux personnes, et AI. Blanchard avait déjà eu ordre de ne pas laisser partir le moine ; on lui fît sentir qu'on ne pouvait partir deux. Ainsi, on lui signifia de sortir. Il ne se fît pas prier, descendit et s'en alla, bien inquiet de son supérieur.

Il faut avouer que, jusque-là, M. Blanchard marqua un très grand courage et autant de présence d'esprit. Il avait un bel habit rouge, avec une petite broderie d'or^ était bien mis, et il étonna par sa fermeté.

Enfin, étant seul et sans machine^ mais avec du lest, il partit à midi 37 minutes, et rebaissa à terre à 1 h. 40.

Le ballon était tout pareil à celui de M. Charles. 11 s'éleva très pompeusement, et ce moment, entre autres, est imposant. M. Blanchard, à vingt pieds de haut, fit de belles révérences, ce qui réchauffa un peu, mais on était troublé de tout cela. On voyait l'objet manqué, et il n'y eut pas de mouvement ni d'acclamations. On se promenait à l'aise, voyant le globe s'élever. Voilà les malheurs. Le reste fut superbe.

. Le char et le globe n'avaient aucune communication ; ainsi, c'était bien à ballon perdu.

Il s'éleva droit, puis tirant, en s'élevant, sur Chaillot, où il fut dix minutes en stagnation ; puis revenant passer la rivière, et près de l'Ecole militaire, du côté de la plaine, il monta à sa grande hauteur, que nous vîmes bien au plus haut des nuées, et le plus haut qu'un homme ait encore monté devant tout le monde.

Le soleil le dorant, rien n'est plus superbe. Qui, un an devant, eût dit qu'on aurait vu, sans risque ni peine, un homme planer à son aise au-dessus des nuées? On s'y habi-

tuera, mais cela n'en est pas moins admirable, et cela me fit grande sensation !

Le globe s'éleva ensuite vers Montrouge, se perdant par les rayons du soleil. De là, il tomba dans des courants contraires qui, le ballottant, lui firent perdre encore plus de son gaz, et il descendit en pente douce, et assez vite, par un vent qui le ramena vers Sèvres. Il allait donner dans l'inondation ! M. Blanchard jeta du lest, se releva un peu, et tout glissant fort bas, allait labourer la terre à la ferme de Billancourt. Il jeta tout le reste, et vint, contre le rond du chemin de Versailles, à celui du Bois-de-Boulogne, aborder en frisant, le char étant trop léger. Heureusement, on courait après, et on le fixa en appuyant dessus.

Il mit donc pied à terre, en bon état, à i heure 40.

Quant à cette partie de la course aérienne, elle fut triomphante. M. Blanchard fut accueilli à la ferme de Billancourt^ où, pendant quatre heures, il écrivit ses procès-verbaux avec un peu de tromperie, disant qu'il s'était conduit. J'y envoyai un homme à cheval, et, de sa main, trois heures après l'arrivée, il m'écrivit ceci :

Monsieur,

.le suis parti à midi, à ma montre. J'ai été d'abord élevé à une hauteur que je n'ai pu juger, mes instruments ayant été cassés par l'ardeur indiscrète d'un jeune homme (1) qui s'est élancé dans mon vaisseau, fépée à la main, voulant absolument partir avec moi, dont j'ai même été effleuré à la main gauche. Un chevalier de la Compagnie de l'Arc de Paris, qui a voulu prendre ma défense, a été également blessé de la même épée.

Quoique mes ailes et mes mouvements pour ma direction aient été briséspar cet événement, j'ai cru devoir partir pour la satis-

(1) Oq a prétendu que ce jeune enthousiaste n'était autre que Bonaparte. 11 n'en est rien : c'était, en vérité, un élève de l'Ecole militaire, mais il s'appelait Dupont.

JOURNAL DU DUC DE CROt 337

faction da public. Je suis donc parti avec dom Pech, mon compagnon de voyage, et me suis élevé un peu avec lui, mais, comme le vent avait beaucoup contrarié l'opération de remplissage du ballon, et qu'il avait beaucoup perdu de son air inflammable, que,, d'ailleurs, les instruments de physique dont devait faire usage mon compagnon de voyage étaient brisés, je l'ai engagé à descendre, ce qu'il a fait à regret.

Je suis, alors, reparti seul. J'ai été enlevé à une hauteur très considérable, et un courant d'air m'a conduit sur Passy. Là, j'ai éprouvé un calme parfait et suis resté stationnaire environ quatorze minutes. Ensuite, j'ai repassé la rivière, et, dans ce passage, les nuages m'ont paru au-dessous de moi. Dans ce moment^ j'ai ressenti ardemment la chaleur des rayons du soleil, et j'ai été accueilli d'un calme semblable au précédent, qui a duré environ quinze minutes. J'ai passé vivement dans un autre courant qui a fortement agité mon ballon. Jai ressenti alors un froid excessif qui m'a obligé de me couvrir d'un manteau. Ce courant m'a fait revirer quatre fois sur moi-même. Ensuite, un autre courant, moins violent que le précédent, m'a dirigé sur Montrouge, où je suis resté, pendant environ quinze minutes, immobile. Ayant, alors, vu mon ballon diminuer, par l'agitation véhémente que j'éprouvais, occasionnée par la contrariété de deux vents opposés qui le comprimaient, j'ai jeté à peu près quatre livres de lest, ce qui m'a fait remonter, après quoi j'ai été très vite dans la dernière direction d'oîi j'étais parti, mais, en retraversant la rivière, je me suis aperçu que je descendais sensiblement.

Alors, pour éviter de tomber dans l'eau, j'ai jeté encore du lest, ce qui a prolongé ma course jusque dans la plaine de Billancourt, où j'ai longé la terre environ 200 pieds, mais, comme le terrain était très raboteux, j'ai pris le parti de jeter le reste des débris de ma machine, ce qui m'a fait toucher doucement la terre.

Des gens sont accourus, et, ayant appuyé sur le bateau, l'ont fixé sur terre à une heure trois quarts, ce qui fait à peu près cinq quarts d'heure de route.

M. de Sentre, fils d'un officier réformé de la légion de Lauzun, étant alors chez monsieur son père, habitant de la ferme de Billancourt, est arrivé et m'a engagé très poliment de venir chez lui, afin de me procurer des rafraîchissements, ce que j'ai accepté avec plaisir, et j'ai fait, sur le champ, dans sa maison, le présent procès-verbal, en présence de MM. le duc de Fronsac, le marquis IV. 22

d'Aigle (1), de Montaignac (2\ de Montesquieu (3), de Réault (4), de Sentre fils, des majors adjudants, adjudants quartier-maîtres, et de trois chevaliers de la Compagnie du noble jeu de FArc, établie à Paris sous les ordres de Mgr le duc de Luxembourg (5).

Signé : Blanchard (6), .

(1) Jacques-Louis-Joseph des Acres, marquis de l'Aigle, marié, en 1790, avec Aglaé-Hemnette-Flore-Calixte de Gaucourt.

(2) Les frères de Gain de Montaigaac étaient au nombre de trois : l'aîné, Jean-Marie, fut écuyer du Roi en sa Grande Ecurie; un autre, Jean-Léonard, commandant des écuries du comte de Provence, et un troisième, Marie- Joseph, maréchal de camp en 1891 et lieutenant général en 1814.

(3) Probablement Anne-Pierre, marquis de Montesquiou-Fezensac (1741- 1798), premier écuyer de Monsieur en 1771, mai'échal de camp en 1780, membre de l'Académie française en 1784, lieutenant général en 1791, député aux Etats généraux de 1789, général en chef de l'armée du Midi en 1792.

(4) Il faut, sans doute, lire, non de Réault, mais des Re'aux.

L'auteur doit vouloir désigner François-Louis, marquis des Réaux, colonel en second, en 1776, du régiment de Bourbonnais. 11 avait épousé, en 1753, Anne-Franroise-Louise de Mesgrigny.

(5) Charles Sigismond, duc de Luxembourg, né en 1737, colonel des grenadiers de France en 1738, puis colonel du régiment de Montmorency, maréchal de camp en 1780, lieutenant général d'Alsace en 1784.

(6) Les dernières pages du Journal de M. de Groy offrent un résumé succinct de ses souffrances jusqu'au 26 mars (on sait qu'il expira le 30). Les phrases incohérentes qu'on y relève justifient la note suivante, écrite en marge, au crayon : « 11 dicta ceci, n'ayant pas bien sa tète. »

On voit que, jusqu'à sa dernière heure, ce Journal demeura sa préoccupation.

FIN DU TOME QUATRIEME ET DimiNIER

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