KiunNAL nu nue de ci\oy
réparer mes torts! » La duchesse de Glioiseul, (jui adore son mari et ne veut que contribuer à son bonheur, y répondit au mieux, et, en effet, on dit qu'ils vivent bien ensemble, à Cbanteloup.
11 ne parut jamais aucune altération sur le visage du duc de Choiseul. 11 conserva la gaieté et la liberté d'esprit, et il partit de Paris le jour de Xo("l, à onze heures du matin, avec sa femme et Gatti (l), fameux médecin pour qui le Roi envoya à la duchesse de Choiseul, un mois après, des lettres de noblesse qu'il se rappela qu'elle lui avait demandées, et pour lui donner encore une marque de sa considération pour elle.
Par ménagement pour sa femme, le duc de Choiseul coucha à Orléans. Ils arrivèrent, le lendemain de bonne heure, à Chanteloup, allant aussi vite que quand il avait les Postes, car c'est lui qui a monté la vitesse qu'on appelle « aller à la Choiseul », et il se rendait à Chanteloup entre neuf à dix heures, quoiqu'il y eût soixante lieues, vitesse qui serait incroyable pour la poste, si on ne savait pas que les lieues sont très petites. Mais, en général, il allait partout à quatre ou cinq, et môme quelquefois six lieues par heure.
Il lui restait encore la cliarge de colonel général des Suisses qu'on parlait de lui ôter, son gouvernement, et, qui pis est, de puissants ennemis à la Cour, ce qui faisait craindre qu'on ne lui fit son procès. Le Roi, en effet, conserva et exerça par lui-même la charge de secrétaire d'Etat des Affaires étrangères, pour voir, par le retour des dépêches, s'il n'y avait rien en quoi on pût le trouver coupable dans le secret des négociations, et on éplucha aussi sa conduite vis-à-vis du Parlement. C'était le moyen qu'il pût jouer gros jeu, si l'on trouvait quelque chose de mauvais dans sa conduite passée, mais il paraît qu'on ne trouva rien, puisque le Roi parla même de lui d'une manière obligeante, dans la suite ; mais il faut voir jusqu'à la fin. D'ailleurs, tout ce qui arriva fut à son avantage, et jamais disgrâce ne fut plus brillante.
(Ij Galti, professeur de médecine à l'Université de Pisc, médecin consultant du roi de France, auteur de plusieurs traités sur l'inoculation.
En arrivant, le duc de Clioiseul, qui aimait la chasse, prit son fusil et alla tirer. Son château étant froid, ils se mirent tous à calfeutrer eux-mêmes. La famille, nombreuse, et la plupart de gens d'esprit arrivèrent, et on dit qu'ils passent leur temps agréablement.
Après que le duc de la Vrillière eut porté la lettre de cachet d'exil au duc de Praslin, il se rendit chez le comte du Muy pour lui déclarer que le Roi l'avait choisi pour remplacer le duc de Choiseul dans le département de la Guerre. M. du Muy s'excusa d'abord et écrivit au Roi une lettre simple et noble, par laquelle il assurait ne s'en pas croire capable, et supplia le Roi de l'en dispenser. Cela lui fit beaucoup d'honneur dans le public, d'autant qu'on assura qu'il avait refusé à plusieurs reprises, mais, dans le vrai, il ne refusa qu'une fois, et son principal motif fut qu'ayant l'ambition d'être maréchal de France, et n'ayant qu'une terre très éloignée qu'il n'aimait point, il craignit d'être exilé comme les autres et de perdre son bâton, dont il approchait par son ancienneté, et il eut une explication avec le Roi, à ce sujet, où Sa Majesté lui promit de ne pas lui en savoir mauvais gré. Oa croit que, comme il était dévot, il déclara, dans la conversation, au duc de la Vrillière, qu'il n'irait point chez la dame, et celui-ci, qui ne se souciait point de la voir en place, la rendit nettement au Roi, ce qui empêcha d'insister.
Il parait que c'est le Roi qui, de lui-même, songea à ce choix, et il est malheureux qu'une personne pieuse ait manqué l'occasion de s'établir ainsi à la Cour, ce qui pouvait amener, par la suite, des changements. M. du Muy était le grand ami du feu et respectable Dauphin. Ainsi, cela fait voir que le Roi estimait toujours le mérite, et qu'il n'aurait que bien choisi, s'il avait pu se déterminer par son propre choix. Il est encore à observer que M. du Muy était le grand ami des Jésuites, et qu'il l'avait choisi pour remplacer celui qui passait pour les avoir détruits : ce qui indique que le personnel du Roi n'y était pas contraire, et combien peu il faut pour changer les systèmes en entier, puisque cela se passait
diins le moment où le Parlement, (jui les avait anéantis, allait être détrnit.
M. du Mny ayant refusé, on nomma beaucoup de monde, et les jtartisans de Mme du Barry se donnèrent beaucoup de mouvement, mais le Roi tint bon pendant quelques jours. A la fin, le comte de Maillebois, voyant qu'il ne pouvait se faire nommer, songea à M. le marquis de Monteynard, qui lui devait sa fortune et qui, par là, devait lui rester attaché. 11 en parla à Mme du Barry, et ils convinrent de le faire proposer par M. le prince de Condé. On lui envoya plusieurs couiriers. Il vint tout de suite, et il faut remarquer que M. le prince de Condé et M. le comte de la Marche étaient les deux princes du sang qui s'étaient livrés à Mme du Barry. M. le prince de Condé dinait chez elle avec le Roi dans les petits dîners où il n'y avait personne, et on croit que c'est là qu'il frappa les derniers grands coups contre le duc de Choiseul. Le prince de Condé connaissait M. de Monteynard, pour avoir été major-général de son armée. C'était donc s'assurer une créature dans le ministre. Il a{)prouva ce choix et le proposa au Roi, qui trouva qu'en effet cela convenait. C'était un inspecteur grand travailleur, qui ne tenait à rien, ainsi, qui ne paraissait être d'aucun parti.
M. de Monteynard est un homme de condition du Dauphiné, d'un âge mûr, peu riche, ne tenant presque à personne. Il avait été longtemps capitaine d'infanterie. Le comte de Maillebois, son ami, lit sa fortune en le mettant dans 1 etat-major. Il avait été d'abord capitaine dans le régiment Royal des Vaisseaux, du pauvre M. de Guerchy dont il était l'ami, colonel du régiment d'Agenois en ilVi, brigadier dès l'année d'après, maréchal de camp le 10 mai 1748, lieutenant général en 1759, et il était inspecteur d'infanterie dès 1751. On voit, par là, que c'est principalement au comte de Maillebois et au prince de Condé qu'il dut son avancement et sa place.
Il était dans ses terres de Dauphiné, ou plutôt en route avec sa femme pour venir à Paris à petites journées, avec ses chevaux, et bien éloigné de s'attendre à ce qu'on faisait
pour lui. On lui envoya un courrier avec l'ordre du Roi, qui le lui remit en route et, sans doute, lui causa beaucoup de surprise. C'est un homme tranquille et de cabinet. Il ne parut pas se presser beaucoup; on l'attendit quelques jours, et enfin il prêta serment à Choisy, et il s'établit dans l'appartement du ministre en cet endroit, à la mi-janvier. Comme il aime le travail et qu'il a été grand détailliste dans ses différents états de colonel d'état major et inspecteur, il s'adonna tout de suite à la besogne, en détail et posément. Mais on dit que le Roi trouva beaucoup de différence entre la légèreté du travail du duc de Choiseul et le sien. Comme on avait reproché trop de dépense au duc de Choiseul, pour le militaire, et que l'abbé Terray demandait beaucoup de millions de retranchement pour mettre la dépense à l'égal de la recette, on s'attendit à de grands retranchements ; mais, bientôt, tout parut rester sur le même pied, ce qui fit voir que les retranchements ne sont pas si aisés qu'on le croit, ni les abus si grands qu'on les dit.
Disons, à présent, un mot des autres places vacantes par la culbute des Choiseul. Cela avait fait vaquer les départements de la Guerre, de la Politique et de la Marine, et le duc de la Vrillière se trouva seul des quatre départements des secrétaires d'Etat, ce qui devait faire huit mains ; on remarqua qu'il n'y en avait qu'une, M. de la Vrillièreé tant manchot, à cause d'un fusil qui, en crevant, lui avait emporté le poignet. Ce ministre, plus connu sous le nom de Saint-Florentin, était vraisemblablement le plus ancien des secrétaires d'Etat du monde, y ayant près de cinquante ans qu'il l'était pour la partie de la Cour, et, hors pour la Bretagne, où il tint ferme contre M. de laChalotais et pour le duc d'Aiguillon, il ne s'était jamais mêlé de grand'chose, s'était fait aimer dans sa partie, et ayant eu l'adresse de se bien tenir avec toutes les maîtresses, sans cabaler. Il serait curieux de compter le nombre immense de lettres de cachet et de demandes de démission qu'il avait portées ou expédiées dans sa vie, cela étant de son département.
On vient de voir comme le ministère de la Guerre lut
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rempli, après avoir traîné quelque temps ; mais les deux autres traiiuront bien plus, ce qui fit une espèce d'anarchie ministérielle singulière.
Comme on prétendait qu'il y avait de grands abus, et de grandes épargnes à faire, dans le département de la Marine, le Roi chargea le Contrôleur général d'exercer par intérim, pendant plusieurs mois, ce département, pour voir ce qu'on y pourrait retrancher. Il est à observer que c'était dans le moment qu'on armait à outrance, à Brest, et qu'on ne savait pas encore si on ne pouvait pas parer la guerre. Ainsi, c'était un singulier temps pour n'avoir point de ministre de la Marine, mais un bon moyen pour savoir le vrai.
Pour ce qui regarde les Affaires Etrangères, il n'était pas facile de trouver quelqu'un qui pût remplir ce département avec la dignité qu'y avait mise le duc de (^hoiseul. Quoique le duc d'Aiguillon déclarât qu'il ne voulait point de département, on assura que Mme du Barry avait beaucoup pleuré (ce qui était sa manière) pour l'obtenir pour lui ; mais le Roi tint bon et prit le parti vigoureux d'exercer par lui-môme, quelque temps, ce département, pour veiller par lui-même à l'objet pressant de la pacification entre l'Espagne et l'Angleterre, et pourvoir, par le secret des négociations, si le duc de Choiseul avait agi suivant ses intentions et avait pressé assez fort pour cela.
Le parti que le Roi prit là était le meilleur : il aurait été à souhaiter qu'il eût toujours agi par ses propres idées, et, en général, il montra, dans tous ces temps-là, plus de fermeté qu'il n'avait encore fait. L'abbé de la Ville, chef des bureaux de distinction, formait le portefeuille, le duc de la VriUière le remettait au Roi, qui lisait et conduisait par lui-même les principales dépêches. La négociation avait été bien entourée et portée presque à son dernier point, et le Roi ne fut peutêtre pas fâché d'avoir la gloire d'en terminer par lui-même le succès ou d'y donner le dernier coup de force, s'il le fallait. Cette pacification était nécessaire dans ce changement total de ministère et dans le moment où on se décidait à casser
(chose unique) le parlement de Paris, et que, par conséquent, tout moyen manquait pour la finance.
Je i-eviens à ce qui me regarde.
Le 10 décembre 1770, ayant demandé à M. le marquis de Paulmy, qui en était président, quelles étaient les plus habiles et les meilleures tûtes de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, il me nomma MM. de Sibert (i) et de Guignes (2). J'allai d'abord chez eux leur exposer mon plan. Ils l'approuvèrent et me firent grand plaisir en m'encourageant et m'assuraut que j'en sortirais plus aisément que je ne croyais. Ils me fournirent les meilleurs matériaux, et je me mis tout de suite, par un travail des plus assidus, à comparer, extraire et approfondir ce qu'il y a de mieux sur les plus anciennes époques, et, en trois semaines du travail le plus suivi, je parvins à faire un résumé d'antiquité des plus importants.
Je ne sortais presque point. Le matin, étant assommé de mes rhumatismes, et trop distrait, je trouvai plus de liberté à continuer d'écrire la nuit. Ne faisant qu'un seul repas, je souffris moins de l'estomac ; ainsi, je me remis à écrire de cin(( heures de l'après-midi à deux heures de la nuit, pour suivre mon grand travail. Je ne l'interrompis que pour aller passer un jour à Versailles où je demandai et obtins trois régiments pour les côtes de ma partie, que je fus fâché, après, d'avoir fait marcher dans le fort de l'hiver, mais c'était la côte la plus exposée et, n'ayant demandé des troupes que le dernier, je craignais de n'en avoir plus, si j'attendais davantage.
Les troupes souffrirent extrêmement de toutes ces courses-
1) Gautier de Sibert, membre de l'Académie des Inscriptions, historiographe de l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, né à Tonnerre, où il est mort eu IT'JS, auteur de Considérations sur l'ancienneté de l'existence du Tiers État et sur les causes de la suspension de ses droits pendant un temps {11S9]; d'une Histoire des ordres royaux, hospitaliers et militaires de Saint-Lazare de Jérusalem (1775), etc.
'2) Joseph de Guignes (1721-1800;, orientaliste, secrétaire interprète, pour les langues orientales, à la Bibliothèque royale, professeur de syri.ique au Collège Royal, garde des Antiques du Louvre, etc., auteur de l'Histoire générale des Huns, Turcs, Morjols et autres Tartares occidentaux... (1756-1758, 5 vol. in-i"), etc.
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là. (]e fut surtout uu réij^iniont suisse à lioulogue et uu de draj^ous à Abboville, (]ui étaicut les })lus uécessaires. J'étais inquiet de Calais, vu l'état de M. de la Boulie ; j'écrivis à de Bons, lieutenant-colonel, et pris bien des précautions. La guerre paraissant inévitable en décembre, cela pouvait m'obliger à partir pour Calais ; c'est pourquoi je pressais, d'une manière un peu forcée, mon grand travail d'Anliquité^ où j'avais besoin des savants de l'Académie pour l'emporter aujtaravant.
Le 14 décembre, je dînai à Versailles, à côté du duc de Choiseul, avec qui je rentaniai beaucoup d'objets, et me remis à merveille avec lui. J'en fus très content, mais c'est la dernière fois que je l'ai va en place. Sa disgrâce, la veille de Noël, le temps sans ministre, la paix, et le temps qu'il fallait au nouveau ministre pour s'arranger, fit que je laissai, ensuite, reposer tout cela.
DU 1®"" JANVIER AU 31 DEGEMIiRE 1771
Occupations diverses : travaux scientifiques, affaires de mon commandement de Calais, dîner chez lord Harcourt, bal chez la Dauphine. — Mon attitude à r<''gard de mes cousins d"Orsay. — Je me remets à monter à cheval, et fais le tour du Champ de Mars et de TÉcole Militaire.
— Le Chancelier fait enregistrer, au Parlement, l'édit portant création des Conseils supérieurs. — Visite à la foire Saint-Germain. — Arrêt affectant 140.000 livres au canal de dessèchement deCondé. — Séance à l'Observatoire. — Visite aux princes de Suède et mort de leur père.
— M. de Maillebois et les maréchaux de France — Je reçois mon fils chevalier de Saint-Louis. — Exil de M. de Malesherbes. — Reprise de mes travaux d'histoire naturelle. — Inoculation de mes petits-fils.
— Mariage du comte de Provence : cérémonie religieuse, banquet, feu d'artifice. — Représentation des opéras la Reine de Golconde et la Fde et Mirzelle. — Mlle Vestris, Brizard, Mole et Le Kain dans Gaston et Baijard . — Vols à la Cour. — Promenade dans le parc de Versailles, à la Ménagerie, à Trianon ; conversation avec le jardinier Richard. — Dîners chez le duc d'Aumont, le prince de Salm, M. de Monteynard. — Mme de Marsan présente un mémoire en faveur de mon fils, pour la survivance du gouvernement de Condé. — Visite au Cotisée. — Voyage à Etiolles, chez Mme de Vérac. — Juvisy.
— Démarches au sujet des appointements échus et à échoir, de mon commandement de province. — Séjour à Ivry. — Bal masqué chez l'ambassadeur de Sardaigne. — Visite à l'Ecole vétérinaire, près le pont de Conilans. — Le magasin à blé de Corbeil. — Le duc d'Aiguillon ministre des Affaires Étrangères. — Départ pour Cambrai, THermitage et Calais, le 8 juin. — Retour à Paris le !«■■ décembre. — Achèvement de mon travail sur l'Antiquité, et rédaction