louRNAL nu nue m: choy
ju!:foment, mais un simple avis. T^o Roi blâma les maréclianx de France de s'en mtMer, et cependant, le 7 mars, il oi'dcjnna à M. de Monteynard de lui ôter sa nouvelle commission, qui fut donnée à M. du Muy, qui avait déjà fait toutes ces opérations-là, de sa bonne volonté. On crut M. de Maillebois écrasé, mais il brava l'orage, se soutint vis-à-vis de la comtesse, et on parla de le dédommager.
La comtesse faisait l'impossible pour faire nommer le duc d'Aiguillon ministre. On parlait aussi du comte de Broglie, qui était craint, mais le Roi, voyant les jiartis aigris, ne put se déterminer, et ne nomma à rien, de sorte que, chose unique, on vit, tout l'hiver, les places de ministre de la Marine, les Postes, les Affaires Étrangères, alors si importantes, les Bénéfices, le premier Ecuyer, le premier Médecin, et plusieurs autres grands emplois sans être donnés, et M. de la Vrillière, à lui seul, portait tous les portefeuilles.
Le parti du duc de Choiseul se soutenant par ses amis, il courut grand risque d'être envoyé plus loin en exil, et de perdre les Suisses. On fit la guerre à tous ses protégés. M. de Breteuil, nommé ambassadeur à Vienne, et M. d'Usson (1) en Suède, furent dégotés, et l'évêque d'Orléans, qui était le bureau d'adresses, fut exilé le 20 mars. Cela s'étendit sur le pauvre M. de Cormainville, qui demandait la place de Calais, et qu'on dégota aussi.
Le lendemain de Pâques, MM. de la Ponce et Gayot partirent de leur bonne volonté, comme ils l'avaient annoncé, ce qui fit un grand changement pour le militaire, et une perte grave pour nous, qui n'avions plus à parler à personne de notre connaissance; et M. de Monteynard paraissait vouloir changer tout ce qu'avait fait M. de Choiseul, ce qui pouvait écraser la belle discipline établie dans le militaire.
Le 11 mars, l'abbé Maugé, qu'on destinait pour précepteur de mes petits-fils, dîna pour la première fois à l'hôtel, et on
'1 François-Armand dUsson, marquis de Bonac (1116-1778), brigadier en 1747, maréchal de carup en 1749, ambassadeur à La Haye en 17^J1, lieutenant général en 17tj2, avait épousé, en 1740, .Marie-Louise Bidé de la Grand' vUle.
continua de s'en informer. (Il entra tout à fait le 25 avril, jour de l'inoculation.)
Le 21 mars^ je reçus avec appareil mon fils chevalier de Saint-Louis, conformément à la lettre de cachet du Roi, du 18. Il avait été nommé huit jours devant. Cette cérémonie imposante fut touchante par la joie du père et du fils et de toute la famille, et mes deux petits-fils, étant présents, pourront s'en souvenir.
La Semaine Sainte fit, pour nous, diversion à tout. Ensuite, je me remis au courant sur tous les objets. J'allai à Versailles à Pâques, où tout paraissait brillant et tranquille, quoique la fermentation fût bien grande. Alors et depuis la mi-mars, le crédit de la comtesse monta à un tel point, qu^on n'avait encore rien vu de semblable. Le Roi lui renvoyait toutes les lettres cachetées, et cependant tenait encore pour la nomination des emplois. Le jour de la Quasimodo, M. de Malesherbes (1), premier président delà Gourdes Aides, fut exilé chez lui et, le 9 avril, le maréchal de Richelieu et deux conseillers d'Etat allèrent, de la part du Roi, casser la Cour des Aides. Le Chancelier cassait, mais ne venait encore à bout de rien établir. La nation et Paris se contentaient de crier, et on attendait comment cette étonnante crise finirait.
Le 10 avril, ayant enfin tout terminé, et mis au courant d'ailleurs, je repris mon Histoire naturelles, la Terre ; je n'y avais pas travaillé depuis le 22 août, à Calais, hors le grand travail séparé d'Antiquité, et je craignais bien de ne pouvoir terminer, faute de temps, ce prodigieux ouvrage, ce qui serait malheureux.
J'y travaillai un mois juste, du 10 avril au 10 mai, fort assidûment; j'allais toujours chez M. Baume, faire et vérifier les expériences les plus importantes. Sur la fin, j'allai, de plus, chez M. de Bomare, examiner les objets de chaque sorte. Je finis donc la partie de chimie et celle en naturaliste, dont je fis les grands catalogues détaillés, ouvrage difficile
(1) Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes (1721-1794), fils du chancelier Guillaume de Lamoignon, et futur défenseur de Louis XVI, était président de la Cour des Aides depuis 1749.
et de patience, poury mettre encore plus de détails et d'ordre qu'il n'y en avait jamais eu. Ce fut un mois hion employé, <]ui me priva de jouir du plus beau printemps, mais qui, ivec le prodigieux travail des Antiquités, me fit un peu avancer, cet hiver, mon grand ouvrage, pour lequel il aurait fallu pouvoir ainsi travailler de suite.
Tant d'objets différents m'ont empéclié de parler de ce qui m'occupait le plus le cœur, et me donnait bien de Tinquiétude, c'est-à-dire l'inoculation de mes deux petits-fils.
Depuis deux ans, nous étudiions beaucoup pour chercher à nous déterminer. Ma belle-fille, encouragée ])ar ses deux sœurs et ses trois neveuv, qui s'en étaient bien trouvés, y était assez portée ; mon fils peu, et voulait, avec raison, être persuadé de l'avantage sans risque. Pour moi, j'y aurais été assez porté, si on pouvait m'apaiser sur deux grands objets que je vais dire, mais je n'aurais jamais osé me déterminer sans cela ; mes deux demandes étaient s'il était prouvé qu'avant été bien inoculé, et la révolution ayant eu lieu, on ne peut plus l'avoir ; l'autre si elle ne laisse pas de mauvaise suite et de dérangement dans la santé.
Les fameux MM. Sutton (1), grands inoculateurs d'Angleterre, étant à Paris, nous les fîmes venir le 10 avril. Mon fils parlant l'anglais presque comme le français, et un d'eux sachant notre langue, nous traitâmes la matière à fond. Ils assurèrent que, sur des registres exacts, sur cent mille inoculés, il n'en était mort que vingt-deux de ceux qui, sans régime, n'avaient pas été suivis ; qu'il n'était mort aucun de ceux qui avaient suivi le régime, et que, depuis dix-huit ans, aucun des inoculés ne l'avait eue ; qu'ils répondaient qu'on ne l'a plus après, et qu'elle n'a pas de mauvaises suites. Nos détails et rapports d'Angleterre s'y accordaient.
(1 Les frères Sutton (et non Senion comme l'a écrit, par erreur, le duc de Croy étaient des opérateurs anglais qui traitaient l'inoculation par une méthode et des spécifiques particuliers. Grande était leur vogue, et l'on verra la famille royale les appeler, malgré l'opposition des médecins de la Faculté, — mnis trop tard — au chevet de Louis XV mourant. Le duc d'Orléans et Mme .\délaïde leur avaient, alors, offert 100.000 écus, en échange du secret de eurs remèdes, mais ils refusèrent de le livrer.
Tout pesé, nous vîmes que les calculs étaient pour l'inoculation : il paraît qu'on est obligé de prendre cette précautionlà, loin de s'en faire scrupule, puisque, faute de l'avoir prise, si votre enfant meurt, on a à se reprocher d'avoir pu l'en préserver; que c'est comme une saignée de précaution qu'on serait blâmable d'éviter, s'il est reconnu qu'elle paraît devoir prévenir une maladie.
Je penchais assez pour MM. Sutton, mais, outre qu'ils n'entendent rien à nos régimes d'usage, M. Hosty (1) avait des droits, ayant bien inoculé les cinq enfants de la famille de ma belle-fille. Ainsi, elle le désira, et nous renvo3^àmes chercher, M. Milliard, médecin du prince de Salm, le conseillant, et ayant suivi nombre d'inoculés avec lui. De plus, M. Milliard, qui avait été, pendant onze ans, médecin du collège des Jésuites, où il y avait cinq cents enfants, assurait n'avoir jamais vu deux fois la vraie petite vérole à boutons bordés de rouge, avec le pus propre à inoculer, et il paraît que tous les bons médecins s'accordaient à dire la même chose. J'en étais d'autant plus persuadé, que, l'ayant eue deux fois, assez fort, à l'âge de treize et quatorze ans, j'avais bien remarqué que les boutons de la première n'étaient pas de la même espèce, et la fille de Mme de Guerchy, qui venait de la garder et soigner au plus fort, ne Tavait pas gagnée, quoiqu'elle n'eût été inoculée que très légèrement. Au reste, quelques exceptions et singularités extrêmement rares ne changent pas une règle.
Nous fîmes donc venir M. Hosty. Il nous assura avoir onze cents personnes sur ses registres, sans qu'aucune fut morte, et, en effet, ses ennemis ne lui en disputaient qu'une sur tout ce nombre. Il assurait aussi que, depuis dix-huit ans qu'il inoculait, aucune ne l'avait eue deux fois, ce qu'on ne contredisait pas, et, comme la plupart sont des jeunes personnes, il n'est pas possible que, dans un pareil temps, quelqu'une de celles-là, si on pouvait l'avoir deux fois, ne l'eût eue.
(1) Hosly, docteur régent de la Faculté de Paris, mort en ilTi.
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L'aimable milord Harcourt, ambassadeur d'Angleterre, nous appuyait aussi, en assurant que non seulement aucun des inoculés, (jui avaient bien eu la révolution de la fièvre, ne lavait eue depuis, mais même qu'il était persuadé que, si on inoculait, en Angleterre, aussi généralement qu'on s'y portait ailleurs, on bannirait de l'île cette maladie, comme ils en ont chassé les loups, si les étrangers ne l'apportaient pas.
Tout ceci parait prouver qu'elle n'est que dans l'air, et non dans le sang, et que, si on pouvait en préserver tout à fait la communication, on la détruirait. MM. Sutton font, à l'hôpital établi pour cela au faubourg de Londres, et que j'ai vu bâtir, une expérience curieuse, c'est d'inoculer des femmes grosses, pour voir si les enfants ayant quatre ou cinq ans, et les inoculant au plus fort, elle prendrait, et si la mère inoculée n'en préserve pas l'enfant.
Anciennement, MM. Tronchin, Ilosty et tous les autres, attiraient l'humeur par en bas, et prenaient beaucoup plus de précautions, mais, par les expériences nouvelles en Angleterre, on avait retranché tout cela et même simplifié presque à l'excès : au lieu qu'on tenait, anciennement, chaud, et qu'on faisait suer, dans le traitement ordinaire, on faisait, alors, aller à l'air, môme par la gelée, et rafraîchir; enfin, le traitement do cette maladie avait passé du froid au chaud, et, depuis, elle était bien moins mortelle.
La différence de pratique de l'opération était que M. Sutton introduisait sous l'épiderme, avec une lancette, du pus frais sortant d'un bouton, au lieu qu'Hosty mettait sous l'épiderme du virus séché, conservé dans un fil qui en avait été imbibé. Je crois les deux également bons, l'effet étant de donner au sang la vraie révolution de cette fermentation.
Tous deux s'accordaient à dire que l'effet était de donner la vraie petite vérole, quand le corps était en bon état, et de la donner d abord par le dehors, pour qu'elle s'introduisît, par là, au dedans, au lieu qu'en la prenant naturellement, elle se gagne par la respiration et commence à fermenter par ce dedans, où elle a plus de peine à parvenir au dehors.
Sans cette remarque, une bonne façon d'inoculer les enfants, c'est, étant très bien portants, de les faire coucher avec un enfant sain qui a la petite vérole. Cette méthode a réussi souvent, mais, comme c'est toujours un air de maladie, ils prétendent que la révolution se faisant également en se communiquant par le dehors, cela a moins d'inconvénients. Voilà, en gros, de quoi prendre d'assez bons principes sur cette maladie.
Je reviens à ce qui nous regarde.
Nous étant déterminés avec M. Hosty, il fit, avec M. Milliard, préparer mes deux petits-fils, dont l'aîné avait cinq ans, et le second trois ans moins deux mois. Tous deux étaient en bonne santé ; le cadet était plus fort, mais un peu jaune, depuis quelques mois.
L'aîné fut bien purgé, et presque trop ; le cadet le fut moins, par l'extrême difficulté de lui faire prendre des purgatifs, et il était très difficile à conduire là-dessus.
Nous avions loué, au Gros-Caillou, une maison bien aérée et d'usage à ce sujet : on sait qu'il est défendu d'inoculer dans la ville. Le fils du duc de Villequier en sortait, et avait eu, à la suite, une forte fièvre putride. Ce n'était pas le seul exemple pareil, et c'était cette suite-là que je reprochais le plus à l'inoculation. Cependant, nous nous informâmes beaucoup, et nous crûmes découvrir que ce n'était que quand on faisait quelque faute. Nous prîmes donc les plus grandes précautions. Mon lils les vit et les suivit de près. Comme j'étais très inquiet, je tâchais de songer à toutes les recherches, mais je n'y allais pas dans la maison, et rien qu'à la porte, pour pouvoir aller à la Cour, et nous prîmes exprès le temps où la mère, qui ne l'avait eue que faiblement, au couvent, était grosse, sans quoi il eût été impossible de l'empêcher de les garder. A tous égards, elle méritait d'être bien conservée.
Ce fut le jeudi 25 avril 1771, qu'ils allèrent s'établir au Gros-Caillou, et, le même jour, tout en arrivant, ils furent inoculés, précaution sage pour empêcher de la prendre par l'air de l'endroit où il y a beaucoup d'autres inoculés.
L'abbé Maugé, nommé précepteur, entra, ce jour-là, et s'y
enferma, l'ayant eue, et pour faire connaissance. La gouvernante et Signy, le la(|uais, furent ceux (jui les soignèrent et qui eu eurent tout l'honneur et la peine, qui n'est pas petite, car on est trois jours bien malade, et le cadet donnait une peine prodigieuse. Mon lils les vit inoculer : c'est avec une lancette cachée qui ne peut percer que l'épiderme, tirer quelques gouttes de sang, sans presque qu'on le sente, et on place, dans la plaie, un morceau de ce fil imbibé de pus, qui, alors, est sec, et se garde longtemps sans perdre son virus. Un chirurgien du Gros-Caillou, très expérimenté et habile, qui nous fut de ressource, logeant vis-à-vis et inoculant sans cesse, fit cette petite opération dont à peine les enfants s'aperçurent.
On les inocula chacun aux deux bras. Quatre jours après, on s'aperçoit, par la rougeur, si cela prend, et, des quatre bras, il en prit trois.
Ce fut vers le neuvième jour, à peu d'heures l'un de l'autre, que la fièvre se déclara tout à fait, et voilà ce qui me rendrait le plus partisan de cette pratique, car la fièvre qui, à un jour ou deux près, prend, pour ainsi dire, à point nommé, qui est très forte, et souvent avec les symptômes les plus effrayants, quoique sans danger, indique bien une fermentation très réelle et complète dans le sang, causée par ce seul virus et, par conséquent, une fermentation jusqu'à saturation, c'est-àdire aussi complète que ces deux substances peuvent l'avoir entre elles, et, par conséquent, le sang doit en être préservé pour la suite, une liqueur fermentée à saturation avec un ferment, ne pouvant plus fermenter, ensuite, avec le ferment de pareille espèce.
On peut objecter à cela que, le sang se renouvelant sans cesse, au bout de peu d'années il n'y a plus une goutte de l'ancien, mais on peut répondre que, comme il ne se renouvelle qu'insensiblement, le nouveau, qui se forme à mesure, participe à la saturation de l'ancien. Enfin, l'expérience ne paraît certaine que quand l'action de la fermentation a été bien marquée par la fièvre, on ne l'a plus, et, plus la fièvre est forte, plus on en parait bien préservé. En effet, de sept
OU huit personnes qui les gardaient, qu'on avait eu soin de choisir ayant eu la petite vérole, aucune ne la gagna, mais la bonne et le laquais, qui les baisaient souvent, dans la dessiccation, eurent des aphtes et la bouche enflammée, ce qui marque que le venin, quoique bien existant, ne pouvait plus se communiquer au sang.
Il y eut deux jours de fièvre forte, pendant lesquels on les tenait au lit, étant trop abattus pour sortir, mais tout ouvert. Ensuite les boutons parurent; ils furent mieux, alors; on n'est bien malade que les deux ou trois jours de la fièvre ; ensuite elle baisse, et on court à l'air pendant l'éruption et la dessiccation.
Un jour que j'étais à leur porte pour causer avec le chirurgien expert, je fus fort étonné de les trouver à la porte de la rue : je descendis et les examinai. L'aîné n'en avait pas au visage : je n'observai qu'un gros bouton au bas du pouce de la main droite. Les vrais boutons de petite vérole ont le milieu blanc et le tour fort rouge et enflammé, d'un rouge foncé et rude, ce que n'ont pas les petites véroles volantes et autres dont le pus est aussi différent. Celle-là, on l'a plusieurs fois, mais avec la révolution de fièvre et des symptômes moins forts.
L'ainé n'eut qu'une trentaine de boutons, dont deux sous la plante des pieds, mais il y en avait bien, autour du seul bras qui avait pris.
Le cadet en avait assez bien, parsemés sur le visage et partout, au moins cent cinquante, et, anciennement, on aurait été bien étonné de voir, en cet état, des enfants précieux courir presque les rues et toujours à l'air. C'était en les échauft'ant et renfermant qu'on rendait le malade putride.
L'aîné, plus avancé en âge, très doux, sage et charmant, fit tout ce qu'on voulut avec gaîté et ne donna pas de peine, mais le cadet, plus fort et bien diflicile, donna la plus grande peine, ne pouvant lui faire prendre les remèdes nécessaires. C'est pour quoi, quand ils sont dans ce cas-là, il est bon d'attendre que, par la raison, on puisse les faire obéir.
M. Hosty paraissait de fort bonne foi; il disait que tout ce II. 31
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qu'il savait, c'était de donner la petite vérole le plus complètement qu'il pouvait ; que, d'ailleurs, la quantité de boutons était absolument incertaine, variant à chaque sujet; que, seulement, plus la révolution de la fièvre était forte, plus il arrivait souvent qu'on en avait, mais qu'il n'y avait rien du tout de constant là-dessus, et que cela était égal, la fermentation complète dans le sang, démontrée par la fièvre et les accidents, étant le vrai })réservatif, et que tout ce qu'il savait était qu'il n'y avait pas de préservatif plus certain de cette maladie, dans la suite. Souvent, en Angleterre, les enfants inoculés ont des convulsions et paraissent à la mort, sans (]u'on s'en inquiète.
A la grande dilliculté près que donna le petit, ne pouvant ni le purger, ni le faire boire et prendre des remèdes, tout se passa au mieux dans les temps ordinaires et, peu de jours après l'éruption, ils en furent quittes, mais, pour plus de sûreté à l'égard de la mère, on les laissa là jusqu'au 20 mai, ainsi un mois moins cinq jours.
J'avais donc été bien occupé, tant de ces inoculations que de l'assiduité au travail pour finir l'élément Terre, et aux affaires du temps, qui méritaient d'être approfondies. Je vis, tout à coup, que la Pentecôte, des voyages à Versailles, un à Ivry où nous allions pour faire changer d'air aux inoculés, et l'immensité de papiers et d'affaires que j'avais à ranger et finir, m'occuperaient beaucoup, et que je n'avais pas un moment à perdre pour être au moins trois jours à l'IIermitage, où la dépense des basses-cours, pendant mon absence, était forte. Je sentis qu'il fallait cesser mon grand ouvrage.
Le 10 mai, par un travail forcé, je terminai cet objet, ne laissant que les deux derniers articles des analyses et de la terre végétale à repasser et terminer à Calais, où je voulais arriver le l'-"" juin.
Le 13, par une belle nuit, j'allai à Versailles pour le mariage de M. le comte de Provence.
Le 14, la nouvelle mariée arriva, et le mariage se fit à la chapelle, comme celui de M. le Dauphin. 11 y avait une circonstance bien différente, qui était l'espèce d'exil de tous les
princes du sang qui, hors le comte de la Marche, avaient défense d'aller à la Cour, et l'espèce de bouleversement qui était occasionné par la cessation de la justice, à cause de la suppression des grands tribunaux, la nation ne voulant pas reconnaître les nouveaux. Cependant, la rumeur s'étant bornée dans les écrits et les discours outrés, la Cour alla son train comme si de rien n'était, et ce mariage se passa très bien. On ne s'aperçut même pas beaucoup du manque des princes et de beaucoup de seigneurs qui avaient pris des prétextes pour s'éloigner. Le peuple, loin de prendre parti, vint en abondance, et, en général, tout fut assez plein pour qu'un étranger ne s'aperçût pas du trouble de l'intérieur. Cela faisait voir combien la Cour l'emporte en tout, quand elle est ferme, et la nation aussi douce qu'elle était alors.
Je trouvai le cabinet du Roi Inen garni, sans foule et le coup d'œil en était beau et intéressant, par la bonne grâce avec laquelle le Roi reste avec sa famille; sa figure distinguée, sa gaieté et sa joie de marier ses petits-enfants était remarquable, et il ne paraissait pas son âge de soixante ans faits.
M. le comte de Provence était charmant, dans son bel habit de chevalier de l'Ordre, en réseau d'or. Cet habit singulier lui seyait bien; il avait Ijonne grâce et l'air de la plus grande joie ; aussi intéresse-t-il tout le monde. Sa future ne parut rien moins que bien, d'abord, mais elle gagna, dans la suite. La jolie Dauphine, pleine de gentillesse et d'envie de plaire, l'effaçait beaucoup; cependant M. le Dauphin, quoique se fortifiant, n'aimait que la chasse, et ne paraissait pas s'y adonner encore, et on les mariait tous trop tôt I
Je m'amusai de ce coup d'œil du cabinet, où je fus agréablement, et fis connaissance avec M. de Boynes (1), nouveau ministre de la Marine, les autres emplois restant vacants^ Les gentilshommes de la Chambre exigèrent que je descendisse dans la chapelle pour y prendre un carreau, comme Grand d'Espagne, pour qu'il y eût un peu de chaque rangea
(1) Pierre-Étienne-Fiançois Bourgeois de Boynes, conseiller d'État depuis 17G1, ministre de la Marine de nii à 1774.
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la suite du Roi. C'était la première fois ((ue j'avais vu preudre le carreau, pour des hommes titrés, sans charges.
.Nous descendîmes d'avance pour prendre place; j'y trouvai les ducs de la Trémoïlle, de Béthune (1), et plusieurs autres.
Le cortège fut beau, à l'ordinaire, et les banquets des appartements étaient bien garnis, quoique le sang ne brillât pas par sa beauté. Il faut avouer que, dans toutes ces cérémonies, il est étonnant combien il parait laid !
Le coup d'oeil de la chapelle était superbe, et la cérémonie du mariage fort belle.
Au dîner, le comte de Provence parut encore plus charmant, plein de grâce, de galanterie noble, chose que nous n'avions encore guère vue. Il aimait les Lettres, donnait au "bel esprit, savait bien le latin et l'italien, et paraissait vouloir plaire et briller par les agréments de l'esprit.
Je dînai, ce jour-là, chez la comtesse de Marsan auprès de qui ma belle fille, pour profiter du crédit que Mme de Marsan paraissait avoir sur M. de Monteynard, avait entamé pour l'engager à demander la survivance de mon gouvernement de Condé pour mon fils. Mme de Marsan me parut s'y porter très vivement, et me dit de lui donner un mémoire. Ainsi, ce fut encore une grande aifaire de commencée.
Le soir, il y eut grand jeu dans la galerie, qui fut superbe, et le banquet royal, dans la nouvelle belle salle, ce qui est un des beaux spectacles. La table était bien diminuée, les princes y manquant; cependant, toutes les princesses ayant été invitées s'y rendirent. ,Je me donnai le coup d'œil de chaque endroit, et il fait effet.
Le soir, au coucher, le Roi fut très gaillard. On assure que, quand il instruisit le comte de Provence, il y répondit d'une façon très dill'érente et plus gaie que M. le Dauphin.
fl; Armand-Joseph de Hétliunc, duc de Béthune-Charost 1738-1800), liriga- -dier en 1766, maréchal de camp en 1770, lieutenant général des armées en 1792, lieutenant général de Picardie et Boulonnais, gouverneur des ville et citadelle Je Calais, avait épousé, en 1760, Louise-Suzanne-Edmée .Martel.
Je remplis le 15 mai de deux manières : Tune, des promenades pour moi, l'autre à suivre ce qui regardait la fête.
Ma promenade fut, par le plus beau jour de printemps, d'aller, à huit heures du matin, comme à la fête de l'année d'auparavant, examiner l'ordonnance du feu d'artifice : il était plus rapproché et dans les terrasses seules d'en haut, et les deux pièces d'eau. 11 était de trois différents artificiers, au fond, sur le bord de la terrasse, une grande façade de belle architecture de feux de couleur que j'appris nous avoir été apportés, par le pauvre abbé Chappe, de Pétersbourg : c'est du soufre en pâte, couvert d'artifices plus éclairés qui,, après avoir fait temple de lumière, enflamment le soufre affaibli, qui donna une belle couleur bleue assez durable.
Au milieu, beaucoup d'artifices qui forment le combat, et devenus des feux de Torré, avec trois grands globes qui étaient de nouvelle invention.
Après avoir raisonné avec eux sur leur art, j'allai jouir, le matin, du beau printemps dans le parc. Je ne pouvais me lasser d'admirer la hauteur des arbres, qui ne sont pas asse^. remarqués. C'est là qu'il y a les plus hauts chênes que j'aie jamais vus, égalant, pour quelques-uns, le droit et la hauteur des plus hauts sapins. Leur ombrage, avec la quantité d'oiseaux, mériterait plus d'éloge qu'on n'en fait, mais alors le goût des prairies, prétendues naturelles, d'x\.ngleterre, faisait qu'on prenait à tâche de blâmer ces superbes jardins qui, quoiqu'un peu monotones, sont les plus riches du monde. Quand, d'autres fois, je voyais jouer les eaux, ou que j'examinais les statues, je regrettais toujours qu'on ne puisse pas admirer ce qu'on a.
Ensuite, je me rendis à la Ménagerie où, de même, on trouverait de belles choses, si elles étaient plus loin. J'y observai quelques oiseaux rares, et surtout le gros bec du- Tatoua (1), qu'on n'a guère vu en vie, ici. C'est une singularité
(1} Il n'est point purlé d'oiseau portant ce nom, dans VHisloire naturelle de Butl'on. L'auteur de notre Journal a dû se tromper et vouloir désigner le Toucan, oiseau qu'on trouve en Amérique et dont le bec est, en effet, d'une grosseur hors de proportion avec le corps.
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de la nature qu'un oiseau qui se nourrit de fruits, et qui aie bec beaucoup plus grand et plus gros que tout son corps. Les proportions, dans celui-là, sont difficiles à expliquer. Le grand j>élican est aussi curieux à voir pécher et garder dans sa poche du gosier des carpes de plus d'un pied, ou en rafler plusieurs petites à la fois.
Mais ce qui m'attirait, à la Ménagerie, c'était un rhinocéros que M. Bertin y avait fait venir, depuis un an, du Cap de Bonne-Espérance : c'était le premier rhinocéros mâle qu'on eût vu en Europe. 11 y avait environ vingt ans qu'on en avait vu un grand à Paris, mais c'était une femelle, dont j'ai parlé, alors. Celui-ci était fort jeune, et n'ayant presque que moitié de sa taille ; ces animaux, apprivoisés, sont fort doux. Il avait environ cinq pieds et demi de haut, et pouvait encore grandir de deux pieds, mais sa grosseur et les replis singuliers de sa peau sans poil, et comme une robe détachée et qui fait des plis, est très singulière. Il avait, de même que la femelle, une corne renversée sur le nez, qui ne faisait que pousser, mais il paraissait, de plus, qu'il en poussait une de l'autre sens, sur la croupe, au lieu qu'on la dépeint, à l'entrée de l'épine. Il sera curieux de voir si elle pousse ! Le pied à trois ongles est remarquable, ainsi que la forme allongée de la tête.
De la Ménagerie, je montai en chaise, et, par le beau morceau de la tête de canal, j'allai à Trianon, qui tombe, ainsi que bien d'autres choses des ouvrages de Louis XIV. Il est malheureux combien peu durent les beautés de l'art, et comme elles dépérissent d'un règne à l'autre !
J'allai au jardin du petit château, trouver mon ami M. Richard, avec qui j'eus une bonne conversation de botanique. Il m'assura avoir, dans son catalogue, environ onze cents genres, sans parler des espèces, savoir si on ne multiplie pas trop la dénomination de genre, que Tournefort (1) réduisait à dix-huit, et que M. Linneus porte, à présent, à quatorze cents. Je vis les fleurs et surtout le bosquet d'eue?'-
(1) Joseph Pitton de Tournefort, célèbre botaniste (1636-1708).
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green où je remarquai que j'ai, au bosquet d'hiver, à l'Hermitage, tout ce qui peut résister. Il m'assura que c'était le soleil, dans les dégels, qui faisait périr. Je crois plutôt, comme le dit M. Lemonnier, que c'est l'humidité, mais notre froid de 12 et 15 degrés est trop fort pour réussir en plein, comme en Angleterre.
■Je m'amusai beaucoup dans ces jardins-là, et je ramenai son fils (Ij à Versailles, qui nous a rapporté tant de plantes étrangères. Il me dit, au sujet des peupliers d'Italie, que ce n'est absolument que notre peuplier blanc, mais une variété qui vient beaucoup plus droit, et dont il croit que l'on se lassera, à la fin.
Je dinai, ce jour-là, chez le duc d'Aumont ; j'y appris que, comme il ne veut personne que ses créatures à Boulogne, il avait fait remei cier M. de Surlaville, maréchal de camp, qui, quoiqu'on eût bien crié contre lui, est celui qui a fourni le premier travail et la base de tout ce qui a fait la réformation de notre discipline. C'est ainsi que tous ceux qui ont le plus travaillé finissent presque toujours mal, ce qui n'est pas encourageant : tous les inventeurs et découvreurs de nouveaux pays en sont l'exemple. Cependant, je me remis avec Mi\I. d'Aumont et de Villequier, qui n'étaient point jaloux que je commandasse en Boulonnais, parce que je n'y tracassais pas.
Le soir, l'appartement fut très brillant : le galerie, par le soleil, et ensuite éclairée, et assez de monde, sans trop, faisait un très bel effet, et c'est, je crois, la plus belle assemblée dans le plus bel endroit qu'on puisse voir. Le Roi y jouait un gros 'pharaon qui est d'un mauvais exemple ; le monde était très abondant autour, et on y vola deux cents louis dans la poche de M. de Soubise. La veille, on avait pris, au duc d'Havre, une superbe boîte avec le portrait du Roi, qui l'avait donnée à son père.
;1) Antoine Richard, fils de Claude, devint, comme son père, un habile botaniste, et lui succéda dans la place de conservateur des jardins de Trianon. 11 mourut en 1807.
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J'observai encore, dans ces fêtes, Mme du Barry, que je ne voyais pas, d'ailleurs ; elle avait grand air, point embarrassée, et était de la partie du Roi où était toute la famille royale.
A neuf heures, nous vîmes, de la galerie, le feu d'artifice qui réussit encore mieux que celui de l'année de devant : il fut plus long et curieux. On dit que c'est un des plus beaux que l'on ait vus, quoique le bouquet du dernier était plus fort. A celui-ci, il y eut deux choses neuves : savoir le grand palais d'architecture, en feu bleu, du soufre affaibli que j'ai dit, qui est un effet superbe et charmant qui dure un demiquart d'heure ; et l'autre était, dans les globes tournants, un portrait fixe du Roi, en lumière, bien ressemblant. A cela, on claijua des mains, et, en tout, le peuple, bien abondant, parut content de la fête, qui ne se ressentit pas, en gros, des malheureuses circonstances des affaires du temps, malgré le grand déchaînement du parti du parlement.
Le 10 mai, je fus, tout le matin, avec agrément, dans le cabinet, où l'union et la gaîté de la famille royale étaient charmantes. De là, j'allai faire bien des affaires au bureau, et dînai chez Mme de Marsan, à qui je remis le mémoire pour la survivance de jnon gouvernement de Condé, que mon fils avait fait la veille. Elle le reçut au mieux et marqua le plus grand zèle et joie de l'aire valoir son nouveau crédit auprès de M. de Monteynard, disant qu'à toute la peine qu'elle avait dans sa place, il n'y avait de vraie récompense que de pouvoir obliger des personnes comme nous. Ainsi, cela fut entamé, et c'était une circonstance à suivre.
Le soir, je vis l'opéra de la Reine de Golconde (1) : la beauté de la salle, des décorations et ballets faisait toujours, quoique je ne fusse pas fort content de la pièce, un superbe spectacle. En gros, malgré les circonstances, tout ce mariage réussit fort bien, et me parut même mieux que celui du Dauphin, et d'heureuse espérance.
(1) Aline, reine de Golconde, opéra en trois actes, tiré, par Sedaine, d'un conte du chevalier de BoufUers, musique de Montigny. Il fut représenté pour la premi^-re fois, en 17C6, à l'Académie royale de musique.
Le 17 mai, je retournai pour diner chez moi à Paris, avec toute la belle famille du prince de Salm, et même ses deux charmantes filles à marier, ce qui était chose rare, car on ne les laissait voir à personne, et il n'y a guère eu d'aussi belle famille en tout, que celle-là. Aussi le père est-il bel homme, et la mère a été une des plus belles et jolies personnes du monde, et était encore bien. Notre salon et jardin, ainsi garni, l'été, par un beau jour, était charmant, et notre hôtel, alors à sa perfection, était gai et magnifique.
Le soir, j'allai aux Théatins, tout venant à la fois, faute de temps, et étant écrasé de la précipitation et de la multitude d'objets. 11 est étonnant tout ce que je fis d'ouvrage, dans ce mois-là!
Le 18, samedi, étant obligé, par le serment, aux dévotions de l'Ordre, j'y donnai, comme de raison, tout le jour. Cependant, voulant être, le l^'juin, à Calais, et passer trois jours par l'Hermitage, où j'avais cent ouvriers, il n'y avait pas un moment à perdre. Ainsi, je fis, en gros, l'arrangement, et, la nuit, j'allai à Versailles. Tout ce printemps fut superbe et singulièrement sec.
Au milieu de tout cela, nos enfants étaient au Gros-Caillou, à la fin de leur inoculation, devantaller, le 20, à Ivry, et la mère était retenue par sa grossesse très avancée, et sans regret de manquer les fêtes, n'étant occupée que de ses devoirs, chose remarquable pour son âge et sa figure.
Le 19 mai, jour de la Pentecôte, je suivis cette cérémonie, à l'ordinaire, à Versailles, où, par mon rang de Grand d'Espagne, j'étais tout des premiers. Le duc de Bourbon (1) devait être reçu, mais, éloigné de la Cour comme les autres princes, cela fut remis, et jamais cérémonie de l'Ordre n'eut moins de princes du sang ni de chevaliers ! Epoque singu
(1) Louis-Henri-Joseph de Bourbon, né en n.j6, succéda à son père Louis- Joseph de Bourbon, dans la charge de grand maître de la Maison du Uoi, en avril 1770, époque de son mariage avec Louise-.Marie-Thérèse-Batiiilde d'Orléans, fille de Louis-Philippe d'Orléans et de Louise Henriette de Bourbon- Conti.
On verra, ci-dessous, qu'il ne fut pas rei'u chevalier de l'Ordre avant le i" janvier 1773.
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lière, au milieu des fêtes ! Et, cepeiidaut, on s'en aperçut peu, tant la Cour elVace tout par elle-même, et la famille royale y mettant une grande augmentation de charges, bien à charge à l'Etat.
Ce jour-là, je dinai pour la première fois chez M. de Monteynard, ce qui m'occasionna de commencer une affaire à laquelle je ne m'attendais pas, et qui me tracassa bien.
Avant le diner, ayant demandé audience dans son cabinet, je lui demandai si je ne ferais pas bien de prendre congé en uniforme, le lendemain du bal paré qui terminait le gros des fêtes. Je fus fort étonné qu'il me dit : « Vous êtes bien le maître ! N'avez vous pas la grande patente de commandant enregistrée ? Mais je ne vous ai pas trouvé sur l'état de payement qu'a laissé M. de Choiseul pour 1770, ni pour 1771 ; ainsi, vous n'êtes plus payé ! »
En effet, je ma rappelai qu'il y avait quatre ans, lorsque le duc de Choiseul me fit part que mon fils avait un régiment, il avait annoncé cela. Mais, ayant fait mes représentations, il m'avait écrit, depuis, que je pouvais toucher en plein jusques et y compris 1701), et que le Roi déciderait pour la suite. J'avais toujours continué d'y aller ; comme commandant fixe en Picardie, on m'avait toujours envoyé tous les ordres, et MM. Dubois, alors, et de la Ponce, depuis, m'avaient dit d'aller mon ti'ain, et que tout cela serait remis, et je n'y avais presque plus pensé et ne m'y attendais pas. Mais ces deux messieurs n'y étaient plus ; il y avait ordre de retrancher huit millions sur le militaire, et M. de Monteynard ne pouvait que suivre les derniers états qu'il avait trouvés.
Je vis avec douleur que c'était une nouvelle affaire à entamer. Elle avait son bon en ce qu'on me reconnaissait comme commandant fixe de province, sans rouler avec les lieutenants généraux employés, et me laissant mon maître d'aller ou non ; et, comme j'étais très las d'y perdre tous mes étés, sans pouvoir jouir de mes beaux établissements, je penchais à tout laisser là. D'un autre côté, mon fils et ma belle-fille m'encourageaient à suivre et, ayant, hors trois ans, été toujours employé, depuis que j'étais au service, je pouvais
avoir des regrets. Je me contentai de lui dire que cela s'arrangerait, et nous montâmes nous mettre à table.
Il me présenta à Madame, qui est aimable, et je fus bientôt en grande liaison avec eux.
Je comptais rester à Versailles, le bal étant le lendemain, mais, voulant conférer avec ma famille, sur cet incident, je partis pour Paris après le dîner, et je rencontrai heureusement mon fils dans la rue du Bac, étant allé savoir des nouvelles du duc d'Havre, qui venait de gagner, de Mme la princesse de Tingry, la rougeole, dont il était bien, — et de M. de Saint-Simon qui venait d'être à la mort, sa femme prête d'accoucher. Y ayant rencontré mon fils, je le ramenai chez moi, et nous traitâmes mon affaire, et après souper, avec sa femme.
Je passai cette soirée à chercher les papiers de cette affaire, à les mettre en ordre et faire copier ; ensuite nous raisonnâmes de toute l'affaire, et ils m'engagèrent à la suivre.
Le 20, de bon matin, je retournai à Versailles : le bal paré y avait attiré tant de monde, qu'on s'étouffait à la chapelle. J'allai, ensuite, au bureau, fondre la cloche avec M. Bannière (1), ayant cherché à éviter, dans cette affaire. M, Fou- Ion (2) qui avait fait manquer plusieurs affaires de particuliers quej'avais traitées avec lui, surtout celle de M. Gollins et celle de Rigaut. M, Bannière me dit que c'est deux choses, d'être commandant ou payé ; que j'étais bien sur la liste des commandants fixes, mais que M. de Choiseul, soit qu'il voulût que je lui en parle, ou que les arrangements que j'avais proposés pour avoir ma liberté lui eussent déplu, m'avait rayé sur l'état des payements pour 1770, et que M. de Monteynard n'avait pu que suivre sur l'état arrêté de 1771 ; ainsi, que je perdrais ces deux années-là. Cela faisait cinquante mille francs qui m'allaient bien déranger, et, si j'avais su cela, je
(i; Claverie de Bannière, premier commis de la Guerre, préposé au bureau des fonds.
(2;, Foulon, maître des Requêtes depuis 1760, el intendant de la Guerre, avait, sous ses ordres, le bureau des fonds, des subsistances, de Ihabillement des troupes, des hôpitaux, de la milice et des garde-côtes (ce dernier ubo r donné, on le sait, à M. de Vault).