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campaLTiies, ol cire sous la remise ot, par conséquent, perdre le fruit de tant de peines, dans ma vie.
Au reste, il y en avait bien d'autres (jui auraient voulu esquiclier (sic), comme moi, car on avait la plus mauvaise opinion de nos armées, (^elle de Souhise, ayant M. d'Estrées pour mentor, ne paraissait pas j)ouvoir aller bien ; s'ils se maintenaient, à force de soins et de risques, en Hesse, on ne leur en saurait pas de gré ; s'ils étaient ramenés au Mein, comme cela paraissait très possible, ils étaient perdus, et, pour y être en treizième, je n'y avais pas de regret.
Sur le bas Rhin, j'aurais été mieux, et en quatrième, mais on donnait pour mentor à M. le prince de Condé, qui n'en voulait pas, M. de Monteynard (1), mon ancien, et on y répondrait des événements malheureux, sans avoir la gloire des choses avantageuses. Ainsi, de ce cùté-là, il paraissait aussi bon d'avoir son pot à part, et, étant sous M. le duc d'IIarcourt, et avec la liougue, je ne paraissais pouvoir avoir que de l'agrément, à moins que les folies d'Angleterre ne revinssent trop fortement.
Enfin, tout le monde convenait que, dans l'excès de mal enfourné qu'étaient nos affaires, on ne pouvait être bien nulle part, et beaucoup de gens trouvaient très adroit de dormir un an ou deux. Je le sentais bien, pourvu que cela ne fût pus un sommeil qui devînt sans réveil.
Je regrettais la seule affaire d'Espagne, quoique l'on dit alors l'accommodement fait entre l'Espagne et le Portugal, ce qui était faux. Ainsi, il ne restait rien à faire, hors Gibraltar qu'on disait impossible, ou garder les côtes d'Espagne, car on n'ajoutait pas foi au bruit qu'on faisait courir d'envoyer nos douze bataillons s'embarquer au Ferrol, pour passer en Irlande avec les Espagnols. J'appris que M. de Beauvau avait, pour maréchaux de camp, MM. d'Egmont et de la Tour du Pin (2), ce qui paraissait vouloir faire quelque
1 Louis-François, marquis de Monteynard, n6 en 1713, brigadier en 1746,
maréchril de canip en 171S, lieutenant général en 175!), fut ministre do la
Guerre en 1771. Il avait épousé Marie-Françoise de Monteynard, sa cousine.
(2) Philippe-Antoine-Gabriei- Victor-Charles de la Tour du Pin delaCharce,
chose. Je pressai pour y faire recevoir M. Desbans dans l'état-major.
Le duc de Fitz-James gardait les cotes de la Méditerranée. Le maréchal de Senneterre gardait l'Aunis, et M. de Narbonne continuait de suivre l'expédition de l'île d'Aix pour tâcher de faire sortir les vaisseaux de Rochefort qui, sans cela, était un port inutile ; mais, quand on pourrait vaincre les difficultés de la barre de la rivière et de la rade de l'île d'Aix, nos vaisseaux, n'étant que neuf, ne pourraient vaincre les quatorze vaisseaux anglais, qui étaient toujours à la rade des Basques ou de La Rochelle, et à Brest il n'en restait que cinq ou six. Ainsi, nous étions bien bas !
M. le duc d'Aiguillon gardait la Bretagne, comme il l'avait voulu dans son intérieur, M. le duc de Ghoiseul l'ayant emporté sur le Contrôleur général.
M. d'Hérouville était nommé pour commander, en Flandre, trente-six bataillons, dont douze devaient toujours camper entre Mardyck et Dunkerque. Il avait, sous lui, MM. de Grillon et de Puységur et le chevalier de Mézières (1). Ainsi, toute son affaire [marchait] comme il le désirait, étant l'ami de cœur du ministre, et il préparait son embarquement, ou le semblant.
Ainsi, tout était nommé, et, dans le vrai, M. de Ghoiseul ne pouvait guère faire mieux pour moi-même, vu l'état des choses.
Depuis plus d'un mois, je sentais des rhumatismes et des courbatures affreuses. Je me forçai, pour mes Pâques. Étant de retour chez moi, très fatigué, je pris deux tasses de chocolat qui me tournèrent mal, et, le soir, je fus très souffrant.
Le vendredi, le samedi saints et le jour de Pâques, j'allai aux offices. Les deux jours suivants, je me forçai à aller à la messe, dans la maison, mais la fièvre tierce la plus rude
brigadier on 1758, maréchal de camp en 1761, fut employé, du 1" mai 17G2 à la paix, à l'armée d'Espagne où il était chargé de l'inspection des troupes.
(1) Charles-Théophile de Bélhisy, chevalier de Mézières, né en 1713, brigadier en 17 iS, maréchal de camp en 17u9, employé à Dunkerque où il continua de résider jusqu'à la paix.
(V2 .lOLHNAL nu DUC DK CIIOY
se déclara. Le manli, Tnccî-s fut d'une force effroyable, avec des coliques, des maux de cœur, et des souffrances comme je n'en ai jj^ui're ressenti. Il ne fut ])lus question de bouger du lit pendant trois semaines.
La fièvre me quitta le 3 mai. Je me tins solitaire, tant pour mes purgations que j)Our pouvoir employer à dicter les moments les moins mauvais. Mon état fit du bruit, et je fis savoir, à la Cour et à M. de Choiseul, qu'on m'avait tué, pour tâcher d'en tirer parti. J'avais ordre de me rendre à Rouen le l""" mai, mais j'obtins le temps nécessaire, et ma mère et mes enfants agissaient pour émouvoir à la Cour, par M. de Guerchy, qui (it bien, et le prince de Tingry, qu'il fallait pousser.
Le 7 mai, je finis le travail complet sur l'IIermitage, et mes affaires, qui étaient au mieux. Je fis, ce jour-là, un plan pour le projet de mon port des Rochettes, et j'y travaillais comme le fameux >L Hector (1), qui arrivait de tirer les deux derniers vaisseaux de la Vilaine, vint me voir. Il parut content de l'ouvrage, où il me donna ses avis. Je vis, ce jour-là, mon maréchal de camp, M. d'Aubigny (2), et, la veille, M. de Brou, intendant de Rouen (3), et tout cela paraissait bien disposé pour l'agrément.
Le 8, le 9, le 10 et le 12, je fis le grand travail de mettre en ordre tous mes papiers les plus curieux du tiroir du milieu du cabinet de Paris, et j'en fis le catalogue et le mémoire intitulé Mes œuvres, contenant l'abrégé de l'histoire de mes différents Quvrages qui commencèrent à se trouver en ordre, au moyen des différents cahiers pour chaque matière, et son catalogue au-dessus. Il y avait longtemps que je désirais faire cet ouvrage que je remettais à la paix comme
1) Heclor, capitaine de vaisseau en 1762, chef d'escadre commandant la Marine, à Brest, en 1781, présenté à la Cour la même année, et gratifié, en 1786, dune pension de 0.000 livres.
<'2, Jean-Marc-Antoine Morel, comte d'Aultigny, brigadier en nV6, maréchal de camp en 1758, lieutenant général en 1762.
'3 Antoine-Paul-Joseph Feydeau, marquis de Brou (1731-1762), Conseiller au Parlement en 1751, intendant de Kouen en 1735, avait épousé Jusline- Josèphe Boucat.
trop fort. Eu suivant cela, continuant d'y tout rassembler et faisant copier et relier le principal, je pouvais avoir un corps complet de mes ouvrages, pour ne pas perdre tout le fruit de tant de travail, dans ma vie.
Le 10 mai, je fis, pour la première fois, la belle promenade du nouveau et charmant boulevard, dans la belle voiture en diligence que ma mère venait de me donner, par un temps de printemps admirable, et j'allai voir travailler à la chaussée, qu'on achevait, du pavé d'Orléans à celui de Fontainebleau. On le garnissait d'une bonne espèce de gravier, de deux pieds d'épais, ce qui est suffisant pour les belles voitures, mais il ne faut pas que les charrettes ni coches en approchent.
Je continuai trois jours de suite cette charmante promenade et, le 12, je passai, le premier, sur ce charmant chemin totalement fini. J'allai d'un rang à l'autre, et je le parcourus plusieurs fois jusqu'aux Invalides, examinant toutes ses beautés et ses petits défauts ou négligences, ce qui m'engagea à faire, sur les lieux, un mémoire à ce sujet.
Malheureusement, nous venions de perdre, depuis trois mois, le fameux M. Outrequin, entrepreneur des pavés du Roi et de ce nouveau cours qu'il avait exécuté au mieux, en moins de deux ans. J'envoyai chercher son cousin qui continuait avec la veuve. Il approuva toutes mes remarques, il me dit que plusieurs étaient résolus, mais que cela regardait M. Aubry, ingénieur des Ponts et Chaussées, et M. Trudaine, tous deux très difficiles, ce qui m'éloigna de pouvoir bien suivre cela. On aurait pu, en faisant des petites recherches, tourner cet ouvrage d'une manière admirable.
J'allai voir les deux jardins neufs et curieux du bout de la rue Notre-Dame-des-Champs. Celui de M. Chomel est charmant pour la beauté et le choix des meilleurs arbustes, et ne laisse rien à désirer à cette partie. Celui de M. de Bompar est excellent pour son bosquet d'hiver et le choix des grands arbres. Je fis, sur ces deux jardins, un mémoire instructif pour rilermitage, qui acheva de compléter toutes mes remarques à ce sujet, et j'y écrivis en conséquence, de sorte que.
si tout réussissait, ayant de plus qu'eux la beauté des percées et des beaux naturels, et y réussissant tout ce que j'avais vu et imaginé de mieux dans tant de pays, cela devait faire un endroit charmant.
Mon gendre le petit duc d'Havre tournait au mieux, ainsi que ma iille, et ce mariage réussissait à souhait à tous égards. C'était pour moi une grande consolation, ainsi que le bon caractère de mon fds, qui avait tous mes goûts, et qui me donnait des idées excellentes.
Le lv{ mai, mon gendre partit pour aller joindre M. de Guerchy, avec qui il allait faire la campagne comme aide de camp. Il ne pouvait être en meilleures mains, mais M. de Guerchy, comme colonel du régiment du Roi, était toujours des plus exposés. Ainsi, c'était un parti bien héroïque, mais presque trop fort qu'avaient pris madame sa mère et M. le prince de Tingry, rien ne l'y obligeant. On peut juger de la douleur des deux duchesses d'IIavré, et nous la partageâmes bien. M. de Guerchy commença parfaire voir au jeune homme, en passant, l'admirable roi de Pologne et ses charmantes campagnes, ainsi que les cours qui étaient sur la route, dont mon gendre envoya une jolie description.
Le 15 mai, j'eus une rechute. La fièvre tierce m'a repris à sept heures du soir, au lieu du matin qu'elle prenait devant. J'avais recommencé mes jus d'herbes simples et chiendent, et mes trois plats d'herbes. Ils ne passèrent point, et je me trouvai dans les soullrances, les inquiétudes, et le plus grand embarras, car malgré ce que disaient les médecins de Paris, je sentais, comme le mandait M. Tronchin, qu'il n'y avait d'essentiel que mes embarras de naissance, qui venaient, apparemment, de ma mère et de sa mère, dans le petit lobe du foie.
On sut ma rechute, à Versailles. Ma fille engagea M. le prince de Tingrv à la faire valoir, et M. le duc de Choiseul envovait tous les jours savoir de mes nouvelles. Nous aurions bien voulu en tirer parti, mais rien ne réussissait, et mon cruel état était tout ce qui me restait de tant de traverses et de chagrins, mais j'en tirais au moins le parti de m'étre
calmé, et, dans ces temps malheureux où il n'y avait rien de bon à faire, de pouvoir me retourner à jouir, sans qu'on put le trouver mauvais.
Le 25 mai, je recommençai à aller en carrosse, sur le nouveau cours. Je rencontrai mon fils, au rond des Gobelins, qui ramenait en cabriolet M. Chaussard(l) d'Ivry, ce qui le divertissait fort. Nous examinâmes, au jardin de M. de Chomel, le peu d'arbustes en fleurs à la fin de mai ; c'est bien dommage que cela passe si vite !
Le 26, je refis la belle promenade du nouveau cours et devant les Invalides, où je passai le bac, et fis le tour de la nouvelle place dont les bâtiments du fond s'avançaient, et je revins par le même chemin, par un temps superbe. Gela fut charmant.
Ce fut le 25 mai, que M. le duc de Chaulnes vint me trouver, le matin, pour m'apprendre en secret que M. de Grillon passait au service d'Espagne et que lui, M. de Chaulnes, me demandait pour retourner en Picardie, Calaisis et Boulonnais, et qu'il me priait d'en écrire, ce que je lui promis, et, le lendemain, j'envoyai ma lettre à Saint-Hubert (2), où ma mère envoya aussi pour nos grandes affaires.
Je ne demandais rien positivement, dans ma lettre, mais j'acquiesçais seulement à la demande de M. le duc de Chaulnes, remarquant que je croyais pouvoir être plus utile dans les parties que je connaissais. La réponse de Saint- Hubert du 27 mai, de M. de Choiseul, était flatteuse, et je reprenais avec agrément mes anciens postes, dans un temps où l'on parlait bien peu de nos armées, et où on recommençait à parler des expéditions d'Angleterre.
J'étais fâché de quitter l'aimable duc d'Harcourt, mais mon avantage paraissait être de retourner à Calais, et le
(1) Architecte du priace de Croy.
(2) Château bâti pour Louis XV, par Gabriel, dans la forêt de Rambouillet et sur les terres du duc de Penthièvre, près de l'étang de Pourras et dans le voisinage du Perray. Orné de chefs-d'œuvre de sculpture et de peinture signés Pigalle, Falconet, Goustou, Watteau, Carie Vanloo, ce château a été détruit sous la Révolution.
ciel menant cela sans que j'eusse liLii demandé d'abord, je m'y laissai aller. Ainsi, mon sort parut enfin se fixer de ce côté-là, et je commençai les arrangements en conséquence pour quand je pourrais aller, car je ne pouvais me soutenir.
Le 29 mai, veille de la Pentecôte, je fis mes dévotions et je fus un peu moins mal.
Le 2 juin, le lendemain des fêtes de ki Pentecôte, j'allai à Ivry dans le nouveau petit carrosse. Le nouveau chemin me fit renaître, ainsi que de voir les champs. En y arrivant, j'y perçai la haie du boulingrin ; j'allai, dans le blé, voir Talignemcnt; j'appris que Toccupeur était le sieur Le lloy, fermier accommodant, et je le fis avertir : cela me dissipa un peu. C'était un ancien projet que j'avais à cœur, de percer un chemin pour avoir une sortie sans passer par la boue des rues. Je craignais les difficultés du chapitre de Notre-Dame à qui appartenait la terre. Cependant rien n'était plus utile à faire pour nous.
Le 3 juin, je m'éveillai par la maladie, comme toujours, à trois heures. Je me levai. Je vis la belle aurore, le beau lever de soleil, avec ces superbes vues de ma chambre, et j)iesque de solstice, que je marquai, les premiers rayons qui dorent Paris, le tapage des oiseaux, la fraîcheur, les parfums de chèvrefeuille, tout cela m'enchanta. C'est à Ivry que M.Pluche (1) a composé ses belles peintures du matin.
Je descends au jardin avec délices ; je vais d'abord faire faire une trouée sur l'alignement, et je commence à jalonner. M. Le Roy vient ; il était alors collecteur. Il fut charmant. Nous convînmes j)0ur un louis par an tant qu'il aurait le bail, et il l'avait encore pour onze ans. Je dressai l'acte et vis tout facile, de difficile que je l'avais craint, à cause du chapitre. .Nous le signons en double, et tout se trouve arrangé. J'y mets les ouvriers, et je jalonne. Cela me fortifie et m'amuse, mais j'avais toujours un jour mauvais, sans jambes. J'étais
(1) L'abbé Noêl-Antoine Pluche '1688-1761 , docteur en théologie, puis professeur de rhétorique, d'histoire, de géographie, etc., a écrit le Spectacle de la Salure, ou entretiens sur l'Histoire Salurelle et les Sciences (Paris, 1732, 9 voL in-12; ; ['Histoire du Ciel ;Paris, 1732, 2 vol. in-12i, etc.
assommé dès que je mangeais et, en tout, j'étais dans un terrible état. L'ouvrage tracé, je vais en cabriolet d'emprunt, par cette belle matinée, le long de l'eau.
Le 4, j'allai chez M. de Chaulnes, qui me remit mes lettres de service pour Picardie et Boulonnais, et me dit que j'avais aussi l'Artois, M. de Grillon l'ayant et ayant tout sous lui (qui ne me gênait pas, n'y allant que huitjours par an). M, de Cremilles n'y allait plus non plus. Ainsi, je redevenais de même que j'avais été, et, pouvant venir par là à mes vues de jouer un rôle commode et honorable, dans les Pays-Bas, même en temps de paix. J'appris les grandes querelles de la Maison du Roi, M. de Chaulnes me combla d'amitiés, et nous fûmes très bien ensemble.
De là, à deux heures, je repris le cours et, passant le bac des Invalides, et le dehors de la nouvelle place, je me rendis chez M. Michel, qui bouda de me voir venir si tard, étant servi. Pour l'adoucir, j'y dînai. Ce fut ma première escapade. Sa femme et ses deux filles étaient aimables. J'étais mis en malade. Je les ramenai sur mon extraordinaire à force de causer, et je m'amusai. Le soir, nous finîmes les affaires de M. Tugghe (1). Je vois, de sa terrasse, la nouvelle place, le cours qui languissait; cela sera beau. Je rapportai des cerises qui me tentèrent.
De là, par le vieux cours, je revins à sept heures. Je tombai au beau moment des jeux et de la foule des carrosses. Cela est singulier, et était nouveau pour moi. Je passai par la porte Saint-Antoine, le long de la rivière, par le bac de la Râpée, où j'achevai, à deux chevaux, d'avoir fait le tour de Paris sans aller sur le pavé. Cela fait trois bonnes lieues. Je repris les rênes après le bac, et j'entrai, menant hardiment, malgré le fossé et les cris de ma mère, le premier par mon nouveau chemin et par le jardin. Cela me dissipa et me remit, pour ce jour-là. Le soir, ma fille arriva. Elle s'amusa, ainsi que mon fils, à faire bien de l'exercice, et mon aimable famille me donnait bien de la consolation !
(1) Tugghe, entrepreneur, à Dunkerque, de travaux concernant la Marine et les fortifications.