XVI INTRODUCTION
ni les goûts frivoles de son temps ; fortement imbu, au contraire, de principes religieux, et remplissant avec exactitude les devoirs qu'ils imposent, M. de Croy ne serait jamais, il le reconnaît lui-même, « sorti de l'ornière », si, dès le début, il n'avait su s'imposer, à la Cour, par son caractère et ses talents. Il est vrai qu'il eut, en outre, l'adresse de s'y ménager des protecteurs, mais on est obligé de reconnaître qu'il le fit sans bassesse, et s'avança au milieu des intrigues, sans intriguer lui-même.
On sait que, sous Louis XV, le meilleur moyen de pénétrer dans l'intimité du Roi était la chasse, quand on possédait les quartiers de noblesse requis pour y être admis.
Après un certain nombre de chevauchées, le Roi, dont la mémoire était excellente, retenait non seulement les traits, mais encore le nom du cavalier, et, bientôt, l'inscrivait sur la liste des habitués des Cabinets. Celui-ci pouvait, dès lors, se considérer comme un familier du souverain.
A l'exemple delà plupart de ses contemporains, M. de Croy commença par s'imaginer que son assiduité aux chasses le mettrait promptement sur le chemin de gloire ; il s'aperçut de son erreur, quand, après avoir été plusieurs années, comme le disait plaisamment M. de Souvré, « au galop pour toute nourriture «, il se vit refuser, en 1743, la survivance du gouvernement de la ville de Condé, par lui sollicitée.
Il n'est pas plus heureux quand il demande, quelques années après, le grade de maréchal de camp (étant brigadier depuis 1745). En effet, il a beau multiplier ses démarches auprès de Mme de Pompadour, sans laquelle aucune grâce ne peut s'obtenir; de Mme d'Estrades, cousine de la marquise; de d'Argenson, du cardinal de Tencin, de M. de Puisieux; épuiser, en un mot, toutes ses ressources en fait d'appuis, — il n'aboutit qu'à un second échec.
Sans se décourager, il « entame » (mot dont il se sert