‹ Journal inédit, 1718-1784Chapitre 17 sur 59 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

dont il avait lui-même tracé le plan, et, quand il en avait le loisir, écrivait des traités à leur usage.

Sa fille épousa Joseph-Anne-Auguste-Maximilien de Croy, duc d'IIavré, son cousin, et réussit parfaitement à la Cour. Quant à son iils, il avait hérité du goût de son père pour le travail et pour le métier des armes. Dès l'âge de seize ans, M. de Croy l'avait conduit à la guerre, et fait nommer colonel à vingt-trois. Entre ces deux dates, il avait voulu le marier, incident dont les détails offrent un spécimen trop curieux des mœurs du dix-huitième siècle, pour que nous ne le rapportions point ici. Il prouve que les « arrangements matrimoniaux » ne sont point l'apanage exclusif de notre époque, et qu'en 1746, les unions se négociaient autant, et peut-être plus qu'aujourd'hui, comme des affaires d'intérêt ordinaires.

Dans son désir de marier son fils, M. de Croy poursuit deux objets à la fois : tout en s'occupant d'une demoiselle de Mailly, il envoie l'abbé de Villemenet, précepteur de ses enfants, en ambassade à Turin, demander la main d'une des cinq princesses de Garignan, sans en désigner nommément aucune.

Les deux projets ayant échoué, il souscrit à l'offre que lui fait le duc d'Estissac, d'une de ses deux filles. Tout marche à souhait, quand on apprend que la jeune personne vient d'être demandée par le prince de Robecq. Que fait, alors, M. de Croy? Il court chez Mme d'Estissac, déclare se retirer devant le prince, et — chose à peine croyable — s'offre à renouer « en cas de manque ». C'est sa propre expression. Touchée du procédé, Mme d'Estissac propose sa seconde fille. « Tout cela fait roman ! » s'écrie l'auteur. En ce cas, le roman n'est guère romanesque !

L'affaire n'ayant point abouti, M. de Croy tourne ses regards vers une des filles du prince de Salm-Kyrbourg, qui est peu fortunée, mais dont on lui a dit grand bien. Le seul

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