XLVI INTRODUCTION
gélal : les rejetons jettent dehors les vieux troncs ! » Une autre fois il dit, à propos des velléités du Roi de nommer ]MM. de Ségur et de Castries maréchaux de France : « Si ces deux ministres plient bien, ils seront très courbés, et il faudra leur donner K?'( bùton pour se soutenir... Mais s'ils résistent et regimbent trop, il faudra le leur casser sur le dos ! »
Quand, récemment créé lui-même maréchal de France, il vient remercier la Reine, celle-ci s'écrie : « Cela était trop juste ! Vous l'avez bien mérité ! — Voilà joindre la grâce à la grâce ! » répond M. de Groy qu'unjeu de mots ne faisait point reculer, dès qu'il s'agissait d'être aimable avec sa souveraine !
Une jolie scène est celle de sa rencontre, en 1783, avec le Dauphin, alors âgé de deux ans. L'enfant lui ayant fait de «jolies mines», le maréchal, ému jusqu'aux larmes, s'écrie: « J'espère que les fils de mes petits-fils vous serviront comme j'ai tâché de servir votre bisaïeul ! »
Mais ce ne sont là que des anecdotes propres à faire connaître au lecteur le caractère de M. de Croy. Notre Journal fournit à l'Histoire d'autres documents d'une réelle valeur, tels que le récit des visites de l'auteur à J.-J. Rousseau, à Benjamin Franklin ; la relation des séjours à Paris de divers souverains étrangers ; celle du second mariage et des derniers moments du Dauphin ; du mariage de ^larie-Antoinelte ; de la dernière maladie et de la mort de Louis XV ; d'amples détails sur le ministère de Choiseul, sur le chevalier d'Eon et l'espion Parades, que M. de Croy a connus ; le duel du comte d'Artois avec le duc de Bourbon, etc., etc.
Si sou style n'est point brillant, ni même toujours correct, il possède, en revanche, l'art d'écrire clairement et dépeindre à merveille ses personnages, souvent en quelques mots. Aussi son, 7ou?'na/ contient-il une série de portraits qui n'en forment point la partie la moins intéressante. Citons d'abord