‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 39 sur 109 · On descend la châsse de Sainte-Geneviève · texte numérisé non relu

On descend la châsse de Sainte-Geneviève

22. Messieurs du Parlement continuent leur assemblée. Deux opinions courantes ; l'une de faire remonstrances pour faire casser l'arrest du Conseil.

M. de Nevers se remet bien avec la Reyne, et ensuite va vers MM. du Mayne, de Buillon et de Longueville. On dit qu'il leur donna toutes sortes de bonnes paroles, leur dit que Monsieur le Prince estoit raccommodé, que Messieurs du Parlement ne se remuoyent plus, etc., et qu'eux, s'en estant fait enquérir à Paris, trouvèrent que tout cela n'estoit vray 2.

M. Broussel, qui fut le dernier qui opina, dit qu'il ne se souvenoit bien de l'arrest et des remonstrances. Voisin est mandé; dit qu'il les avoit baillez à du Tillet*. M. du Tillet est mandé ; dit qu'il estoit vray

1 « La chasse Sainte Gencviefve fut descendue le 21 dudit mois de juin, et pour la seicheresse, et pour prier Dieu de conduire Leurs Majestés. » (Merc. fr., t. iv, p. 110.) La Cour alloit partir pour Bordeaux, à l'occasion des mariages du Roi et de Madame.

- loi/. Pontchartrain, t wii, p, B3.

s Greffier en chef du Parlement, t'oy. Tallemant des Réaux, l'historiette de M" *du Tillet, et le commentaire de M. Paulin Paris qui cite

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que Voisin les lui avoit baillez; que, pour les expé- Jumi«» ditions ordinaires, il les laissoit à Voisin, mais que • celles qui estoyent d'une telle conséquence, il les gardoit dans son cabinet, et que c'estoit lui qui estoit le greffe. Et sur ce qu'on luy dit que Voisin ne les luy avoit deu bailler sans avertir la Cour, il répondit que Voisin estoit son clerc et que, s'il les luy eust refusées , il l'eust chassé. — Ordonné ensuite que le tout seroit réintégré dans les registres.

23. Messieurs du Parlement continuent leur assemblée. Résolvent de faire remonstranecs au RoV, pour le supplier de croire que l'arrest et les remonstranecs avoyent eslé résolus par l'avis commun de tout le Parlement, et de croire que, quand il luy plairoit de se faire enquérir ou s'informer du contenu en leurs remonstranecs, il trouveroit qu'il n'y avoit rien dedans qui ne fust très-véritable.

M. le président Lescalopier eut de grandes prises avec M. Gilot1, M. Perrot et quelques autres conseillers \

la généalogie des du Tillct, dressée par Motor le (iris. « Cette famille de greffiers en chef, dit M. Paulin Paris, jouissoit d'une considération égale à l'opulence qu'elle finit par acquérir.

1 Jacrpies C.illot, déjà nommé, doyen di- la cathédrale de Laigres, chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, concilier-clerc au Parlement de Paris, mort en 1019. Gillot est auteur d'une Relation de ce -nui se passa au Parlement touchant la régence de la reine Marie de Medicis, les 14 et 15 mai 1610. Cet opuscule se trouve dans la collection Michaud et Poujoulat, 1T' série, t. xi, p. On attribue aussi à Gillot une part dans la rédaction de la satire Méninge, {l'oy. la .Notice sur Gillot, en tète de la Relation, dans l'édition citée.)

2 Merc. fr.% t. îv, p. 112.

Jum le». 25. Le jeudy de devant, jour dé la Feste-Dieu, Mn,e de Longueville avoit donne Tordre que ses torches marchassent à la procession devant celles de • Mn,e la douairière de Guise'. Ce jour-là, M. de Guise envoya Monplaisir, capitaine de ses gardes, pour faire placer les torches de Madame sa mère, et avoit prié M. le marquis de Nesle2 de l'assister avec soixante ou quatre-vingts gentilshommes. Le curé avertit le Roy, qui envoya un nommé La Fosse, exempt, sur le rapport duquel ils se résolurent de se retirer. Mais y ayant eu contestation à qui se retireroit le dernier, sur cette dispute M. le marquis de Nesle baille de l'épée à un de Mmo de Longueville ; sur quoy ayant tous, de costé et d'autre, mis l'épée à la main, ils furent séparez par des soldats des gardes et des archers du Grand-Prévost.

26. Monsieur le Prince part de Saint-Maur le vendredy à la nuit, monté sur un petit mullet et faisant semblant de s'aller promener dans le parc. Sort par la porte de derrière; va sur son mullet jusqu'à Louvres; là prend la poste et va à Creil.

28. M. de Nevers, qui estoit allé vers MM. du Mayne, de Longueville et de Buillon, rapporte qu'ils estoient très-humbles et très-obéissans serviteurs du Roy et de la Reyne, et que si Leurs Majcstez le desiroyent, ils feroyent le voyage, s'assurant qu'ils don-

* Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, veuve du Balafré, morte en 1633.

2 Réné aux Epaules, dit de Laval, marquis de Nesles, maréchal de camp, gouverneur de la Fèrc, mort en 1650.

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neroyent à Monsieur le Prince et à eux, dans les affaires, le rang et la participation que leur qualité méritoit ; qu'elles reformeroyent le Conseil, répondroyent favorablement les cayers des Estats, donneroyent contentement à Messieurs du Parlement et regleroyent les rangs de tous les seigneurs de France'.

MM. de Guise et d'Espernon craignoyent qu'ils n'eussent fait partie pour se rallier tous ensemble fortement auprès du Roy et ainsi les en chasser; dirent qu'il y avoit ligue signée entr'eux pour cet effet.

l\. M. de Villeroy va trouver Monsieur le Prince juillet, à Glermont; M. de Villesavin2 avec luy.

G. M. de Villeroy retourne.

11. M. de Villeroy retourne; meine M. de Villesavin avec luy. Envoyé M. de Villesavin. Mande que Monsieur le Prince veut doresnavant traitter article par article ; que le premier qu'il propose est celuy du règlement du Conseil ; qu'il demande que dans le Conseil des affaires d'Estat, qui se tient les matins à dix heures, il ayt la part que son rang requiert ; que l'on se serve, pour les finances, de ceux dont le feu Roy se servoit, et entr'autres de M. de Sully ; que les arrests et autres expéditions du Con-

1 Voy. Pontchartrain, Petitot, 2* série, t. xvii, p. 83 ; Richelieu, id., U xm bis, p. 250 ; Fontenay-Marcuil, id., lre série, t. l, p. 284.

2 Jean Phélypeaux, soigneur de Villesavin, comte de Buzançois, secrétaire des cominandemeuts de la reine Marie de Medicis, maître des comptes et conseiller d'Etat, mort en 1660. [Voy. Moreri, t. vin, p. 209. )

seil soyent signées de sept personnes, sçavoir : de luy, de M. de Sully, Monsieur le Chancelier, Monsieur le Controsleur-général des finances, du Rapporteur et des deux plus anciens du Conseil.

On dit qu'on lui répondit que, pour M. de Sully et la signature des arrests, c' estoit chose qui ne se pouvoit faire ; que, quant au Conseil de dix heures, il y auroit toujours le rang que sa qualité méritoit*.

15. Les lestres - patentes du Roy pour tirer 1,200,000 livres de la Bastille ayant esté refusées cinq fois par la chambre des Comptes, on donne arrest au Conseil le lfr, qui estoit le jour précédent, signé du Roy, de la Reyne, Monsieur le Chancelier et MM. Jeannin, Maupeou2, Arnaud et Dollé, portant que la dite somme seroit tirée; et le dit jour 15, Leurs Majestez, assistées de tous les Crans de la Cour, furent faire tirer la dite somme.

17. M. de Villeroy retourné. Monsieur le Prince F avoit quitté et s'en estoit allé à Muret, terre qui est à luy, pour conférer avec MM. de Ruillon, de Longueville, du Mayne et comte de Saint-Paul.

M. de Prouville, gentilhomme de bonne maison de Picardie, qui avoit tres-bien servy, avoit une jambe de bois, sept en fans, une pension et estoit sergent-major d'Amiens, est poignardé par un soldat italien de la citadelle nommé Alfonce Marianna,

* Voy. Merc. />•., t. îv, p. 116.

' Gilles de Maupeou, né en 1551, conseiller d'Etat, intendant et contrôleur général des finances sous Heuri IV et Louis XIII, mort en 1641.

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en passant sur le pont qui est entre la ville et Tes- .mmet uts, planade de la citadelle, d'où il revenoit. Il y alloit souvent donner le mot. Alfonce se sauve dans la citadelle; la ville s'émeut pour l'avoir. MM. de.Maigneux 1 et d'Hocquincourt-, venus depuis peu de Paris, promettent de le rendre et cependant le mettent en prison les fers aux pieds. HautedeClos, qui commande dans la citadelle, prend vingt mousquetaires et tire Alfonce de prison, puis sort avec luy par une porte qui est du costé des champs, et montent tous deux à cheval et prennent le chemin de Flandre. Incontinent après l'assassinat, ceux de la ville ayant pris les armes pour investir la citadelle par dehors, on dit que M. de Maigneux leur promit qu'on leur rendroit Alfonce, et que, sur cela, ils se retirèrent5.

M. le maréchal d'Ancre a depuis mis Hautedeclos pour commander dans Ouillebœuf, au commencement de l'année 1617.

21. A quatre heures du matin, M. de Villeroy (assisté de M. de ISeubourg) repart, va coucher a Villers-Cotterets, pour de là aller le lendemain matin à Noyon, où s'assemblent les Princes.

* Charles des Essars, seigneur de Meigneux, gouverneur de Montreuil, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Hoi, lieutenant de la compagnie des gendarmes de la reine Marie de Medicis, puis du maréchal d'Ancre, mort en 1017.

2 Georges de Monchi, seigneur d'Hocquincourt, gouverneur de Péronne, pfcre du maréchal d'Hocquincourt.

3 roff. cette affaire, Richelieu, p. 25<> ; Fontenay-Marcuil, p. 287 Mac. /r., t. iv, p. 1A8.

juinrt îe». 26. M. de Pontchartrain 1 va porter une lettre du Roy à Monsieur le Prince, par laquelle Sa Majesté lui commande d'estre samedy à Paris pour partir avec elle; et, à faute d'obéir, dit à M. de Villeroy que le Roy lui avoit commandé de s'en revenir, après avoir sommé le Prince. Sur cela, le traitté se rompt entièrement.

28. M. de Pontchartrain revient avec la réponse de Monsieur le Prince, par laquelle il nomme les six personnes dont il se pleint, et demande qu'ils soyent mis hors des affaires. La datte est de Coucy2.

La Reyne s'estoit trouvée fort mal la nuit du 27 d'un grand flux de ventre, qui la mena vingt-cinq ou trente fois avec du sang. On en attribue la cause à une colère qu'elle avoit eue le jour précédent.

Treize compagnies des gardes, prestes à partir, furent arrestées sur ce sujet.

On tient que M. de Pontchartrain fut envoyé si soudainement , afin que l'on rompist plus tost sur le sujet du voyage que sur la nomination des six personnes dont on se pleint.

On a dit depuis que ce fut MM. de Guise et d'Es-

1 Paul Phélypeaux, seigneur de Pontchartrain, né en 1569, secrétaire des commandements de Marie de Mcdicis, secrétaire d'Etat en 1610, mort en 1621. Les précieux Mémoires de cet homme d'Etat ont été publiés dans les collections Petitot et Michaud.

2 Voy., dans les Mém. de Math. Molé, la lettre du Roi au prince de Condé et la réponse de celui-ci, ainsi que la longue lettre écrite par le Roi au Parlement, au sujet des démarches infructueuses faites auprès de Monsieur le Prince, pour l'inviter à accompagner la Cour au voyage de Guyenne (p. 62 et suiv.). Voy. les mûmes pièces, Merc. /r., t. iv, p. 139-148.

d'arnauld d'andilly. 93 pernon qui, craignant que la négociation s'accommo- amtatiew. dast à leur préjudice, firent, avec le Commandeur (de Sillery)1 et M. de Bulion, résoudre la Reyne à envoyer M. de Pontchartrain sans que Monsieur le Maréchal ni M. Dollé le sceussent.

Comme on eut leu la lestre de Monsieur le Prince, sur ce que quelqu'un demandoit ce qu'il faloit répondre, on dit que M. le maréchal d'Ancre dit que c'estoit à ceux qui avoyent donné le conseil d'envoyer M. de Pontchartrain de dire ce qu'il faloit faire.

On dit que sur ce que Monsieur le Maréchal dit devant M. d'Espernon, que c'estoit un conseil violent que l'on avoit donné à la Reyne, M. d'Espernon répondit : Monsieur, le conseil est très-bon et je suis prest de le maintenir à la pointe de mon épée ; que sur cela, Monsieur le Maréchal répondit : Monsieur, je ne parle pas pour vous, mais pour Monsieur le Chancelier. A quoy M. d'Espernon répondit que le conseil de Monsieur le Chancelier estoit très-bon.

Ce fut M. de Longueville qui voulut que l'on nommast le Maréchal et la Maréchale, et M. de Buillon qui voulut que l'on nommast M. Dollé.

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