‹ Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, 1614-1620Chapitre 92 sur 109 · Six canons partent, pour aller à Orléans · texte numérisé non relu

Six canons partent, pour aller à Orléans

Le Roy envoyé M. de Cominges Guitaut \ trouver

1 « Le sieur Bouthillier étoit parti de Paris pour la venir trouver, au même temps que les ordres du Roi me furent envoyés par le sieur du Tremblay, pour lui rendre compte de tout ce qui s'étoit passé. » (Mém. de Richelieu, p. 537.) « Un des Routhillier, dit-il, p. 533, simple ecclésiastique pour lors, qui est depuis mort évoque d'Aire, homme de cœur et d'esprit tout ensemble, dont l'adresse et la fidélité étoient égales. »

2 Laurence de Clermont, troisième femme du dernier Connétable de Montmorency, qui l'épousa en 1599, voulut en vain faire annuler son mariage, divorça et l'envoya au château de Vilhers-le-Bul, où elle demeura jusqu'à la mort du Connétable en 1614; rappelée à la Cour, elle devint Dame d'honneur de la Reine Anne d'Autriche et mourut en

» Jean Suffren, né en 1565, jésuite, confesseur de la Rcine-mèrc en 1615, puis confesseur du Roi. Disgracié, le Père Suffren suivit Marie de Medicis en Angleterre et en Allemagne et mourut en 1641. Les sermons du Père Suffren ont été publiés en 1622. On a de lui quelques opuscules et l'Année chrétienne, publiée en 1641 eu 6 vol. in-4°. {Voy. Biog. Michaud, notice de M. Weiss.)

* Pierre de Cominges, seigneur de Guitaut, capitaine de deux cents

Mars M. de Saint-Luc, et luy offrir le payement, en deux ans, sur Broûage, de cent mil francs dont il avoit cy devant eu don ; d'augmenter ses huit compagnies de Broûage, qui sont de cinquante hommes chacune, jusques à huit cens hommes, et mesme mille, de lever mille hommes de pied, et quatre compagnies de chevaux légers; de commander en chef tout cela, et mesme plus grandes forces en ce canton là, s'il en estoit besoin. Et si le Roy alloit d'un autre costé, et y faisoit une grande armée, d'y servir en qualité de Maréchal de Camp. M. de Guitaut trouva M. de St- Luc engagé avec la Reyne-mère, tellement que toutes ces propositions ne servirent de rien4.

10. Le Comte de la Roche Guyon s'en va de la Cour, à cause qu'il n'avoit pas donné à boire au Roy. Il y revint trois ou quatre jours après.

11. Les chambres des Enquestes, ayant seû que le Roy devoit aller au Parlement, députent deux de chaque chambre à la Grand Chambre, pour demander permission de s'assembler à M. le Premier Président. Il fit réponce que le Roy luy avoit mandé par M. Tronçon, qu'il ne vouloit pas que l'on s'assemblast. Sur cela, les chambres avant délibéré, dirent, qu'ils n'estoyent point obligez de croire que M. Tronçon eust porté cette parole à M. le Premier Président, aussi peu que M. de Luy nés l'eust dite à

hommes de pied en 1575, lieutenant au gouvernement de Broûage et des îles de Saintonge en 1604, gentilhomme ordinaire de la Chambre en 1611, mort après 1619.

* Voy. Fontenay-Mareuil, p. 439 ; Ilichelieu, p. 548.

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M. Tronçon, ni que le Roy l'eust dite à M. de M*ntM. Luynes; qu'il n'y avoit qu'une manière par laquelle le Roy parlast au Parlement, qui estoit par lettres patentes scellées du Grand Seau, et que sur cela, on délibéroit ce que l'on avoit à y répondre ; que si on les vouloit empêcher de parler au Roy tout bas, dans son Cabinet, et en robbes noires, ils parleroyent tout haut, en plein Parlement, et en robbes rouges ; que si le Premier Président ne le vouloit faire, d'autres Présidens le feroyent ; et que quand mesme ceux-là manqueroyent, il n'y auroit pas faute de Conseillers qui l'entreprendroyent.

Environ ce temps, MM. de Rohan et de la Rochefoucaud vont en Poitou.

12. Le Roy va au Parlement, où il fit passer les Édits des Petits Seaux, et revente de quelques Domaines, et entr' autres de la forest d'Orléans*.

M. de Béthune part pour aller trouver la Reynemère, de la part du Roy 2.

1 Voy. Merc. /V., p. 152, le compte rendu de cette séance royale. « On » leut deux Edicts, l'un pour la revente du Domaine royal aliéné et dé- >» laissement à perpétuité à tiltre de fief, ou cens, avec deniers d'en- » trée : du fonds et propriété des bois en gruërie, grairie, segrairie, » tiers et danger des forêts, gardes et buissons du duché d'Orléans et » autres Provinces, où Sa Majesté avoit des bois de la naturo susdite. » Et l'autre, pour la vente et revente des droicts de petits seaux et » augmentation d'iceux par tout le royaume de France. » A chaque reprise de la guerre civile, on voit reparaître des mesures fiscales qui, en créant des ressources momentanées au gouvernement, ruinent l'Etat. La misère du plus grand nombre est toujours la conséquence de l'anarchie fomentée par l'ambition de quelques-uns.

2 M. de Béthune portait à la Reine-mère les réponses du Roi et du Prince de Piémont, en date à Paris du 12 mars, aux lettres de la Reinemère du 23 février. (Voy. ces réponses, Merc. fr., p. 140 et 145.)

Mars ut». 13. M. de Bérule part en poste, pour aller, de la part du Roy, trouver la Reyne-mère. Il revint le cinq avril et repartit le neuf.

14. Villiers Saint-Genest arrive de la part de la Reyne, avec une lettre de Sa Majesté au Roy2. — Sur quelques paroles qu'il dit, le Roy luy dit, que sans le respect de la Reyne sa mère, il luy auroit fait trancher la teste. Villiers répondit qu'il aymeroit mieux mourir mille fois que d'avoir oflencé Sa Majesté, et que s'il l'avoit fait, il la supplioit très humblement de luy faire trancher la teste.

Le jeune Chappes, nommé Villequier % âgé de quatorze ou quinze ans, se bat avec M. de Bouteville- Montmorency \ environ de son âge.

» Voy. Mém. d'Arnauld d'Andilly, p. 386; Richelieu, p. 530.

2 Voy. Merc. fr.y p. 161, cette seconde lettre de Marie de Medicis à Louis XIII, datée d'Angoulùme le 10 mars. On trouve dans le Mercure trois autres lettres de la Roine-mère, en date du môme jour, adressées au Chancelier, au Garde des Sceaux et au Président Jeannin, suivies des réponses de ces grands hommes d'État.

3 Antoine d'Aumont, second fils de Jacques d'Aumont, baron de Chappes, mort en 1614, et de Charlotte-Catherine de Villcquier, fut élevé à la Cour comme enfant d'honneur du roi Louis XIII, porta d'abord le titre de marquis de Villequier, servit au siège de Montauban en 1621, devint capitaine des gardes en 1632, gouverneur de Boulogne en 1635, Maréchal de France en 1651, gouverneur de Paris en 1662, premier duc d'Aumont et pair de France en 1665 et mourut en 1669. (Voy. P. Anselme, t. IV, p, 877 et t. vu, p. 542.) Le Maréchal duc d'Aumont étant mort en 1669, âgé do soixante-huit ans, suivant le P. Anselme, aurait eu, à l'époque du duel dont il s'agit, environ dixhuit ans. La Notice de M. Salabéry, dans la Biog. Michaud, confirme le témoignage du Pl-rc Anselme et place la naissance du duc d'Aumont en 1601.

* François de Montmorency, seigneur de Bouteville, gouverneur de Scnlis, se distingua aux sièges de Saint-Jean-d'Angely, de Montauhan,

d'arnàuld d'andilly. /ilâ

45. M. de Blainville va Ambassadeur extraordi- M«™ «•»»• naire en Lorraine, sur le sujet de ce que Ton croioit que M. de Lorraine favorisoit M. d'Epernon.

21. Monsieur le Prince tombe malade. — Mardy 2 avril, MM. Hélin, Duret et Seguin vont au Louvre représenter Testât de sa maladie. La cause en estoit attribuée à profonde mélancolie. Il fut tenu plusieurs jours hors d'espérance. Il fut permis à Madame sa mère, à Madame la Comtesse, à Mme de Ventadour à Mn,e la Comtesse d'Auvergne2, à Mme de la Trémoille \ à M™ de Fontaines4, à Mmc la Grande5 etc.. de l'aller visiter.

de Royan et de Montpellier, se rendit tristement célèbre par ses nombreux duels et surtout par le dernier contre le marquis de Bcuvron, à l'occasiou duquel il fut condamné à avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté le 22 juin 1627. {Voy. P. Anselme, t. m, p. 588.) Il eut pour fils postbume le célèbre marécbal duc de Luxembourg.

1 Marguerite de Montmorency, fille du Connétable et belle-sœur de Monsieur le Prince, mariée en 1593 à Anne de Lévis, duc de Ventadour, morte en 1660.

2 Charlotte de Montmorency, sœur de la précédente, mariée en 1591 à Charles de Valois, comte d'Auvergne, depuis duc d'Angoulème, morte en 1636.

* Le jeune duc de la Trémoillc avait épousé le 19 janvier de cette année 1619, sa cousine, Marie de la Tour, fille de Henry de la Tour, duc de Bouillon et d'Elisabeth de Nassau, qui mourut en 1665 ; mais les nouveaux mariés n'étaient pas encore revenus de Sédan, comme on le verra plus loin. Il s'agit ici de la duchesse de la Trémoille, douairière, Charlotte Brabantine de Nassau, fille de Guillaume II de Nassau, Prince d'Orange, et de Charlotte de Bourbon-Montpcnsier, alliée de Monsieur le Prince.

* Anne de Bueil, fille de Louis de Bueil, comte de Sanccrre, grand échanson de France, et de Jacqueline de la Trémoille, veuve depuis 159G de Honorât de Bueil, seigneur de Fontaines, conseiller d'État, vice amiral, lieutenant-général en Bretagne, gouverneur de Saint- Malo. Elle était par sa mère alliée à Monsieur le Prince.

6 Anno de Bueil, dame de Fontaines, filin des précédents et femme

Mars uiti Le lundy 8 avril, le Roy luy renvoyé son épée par M. de Cadenet, et luy écrit : Mon cousin, je suis bien fâché de vostre maladie. Je vous prie de vous réjouir. Incontinent après que j'auray donné ordre à mes affaires je vous donneray vostre liberté. Réjouïssez-vous donc, et ayez assurance de mon amitié. Je suis.... 1

23. Premier courrier de M. de Réthune arrive, avec une grande dépesche de luy, dont quelque chose du sommaire est, qu'ayant leû la lettre du Roy, la Reyne dit à M. de Réthune, qu'estant en créance sur luy, elle seroit bien ayse de savoir ce qu'il a voit à dire, (et cela en présence de M. d'Epernon), à quoy M. de Réthune ayant répondu qu'il n'avoit charge de parler qu'à elle seule, et en particulier, elle insista fort disant qu'aussi bien elle auroit la peine de le luy redire. Enfin, il parla à elle, à part, et ne luy ayant dit que les mesmes choses que contenoit sa lettre, elle dit qu'elle s'étonnoit de cela, puisque la lettre estoit en créance sur luy. Ensuite, elle luy fit ses pleintes du mauvais traittement qu'elle a voit reçeu, excusa fort M. d'Epernon, et en dit beaucoup de bien. Enfin, estant entrez jusques aux avis des désordres dont elle avoit à informer le Roy, elle dit à M. de Réthune, que s'il vouloit, elle les luy feroit entendre. A quoy M. de Réthune répondit, qu'il n'avoit point charge de rien écouter de cela; (en cela,

de Roger de Saint-Lary et de Termes, duc de Rellegarde, pair et grand écuyer de France.

* Voy. Merc. /h, p. 185.

d'arnauld d'andilly. ûl5 on trouva qu'il avoit fait très grande faute, pour ce m«™ h». qu'il pouvoit oûir, et dire à la Reyne, qu'il ne voioit nulle apparence de parler de cela au Roy, etc. Et néantmoins écrire le tout au Roy).

25. M. Arnaud le Mestre de camp des Carabins, envoyé par le Roy vers M. Sully, trouva que la Reyne mère luy avoit écrit trois ou quatre fois, et qu'il commençoit à se fort engager de ce costé là. Il le ramena à ce qu'on eust pû désirer. Revint le samedy 30. Il y retourna encore depuis, un second voyage, sur la fin du mois d'Avril, dont il revint le dernier du dit mois. — Dix sept mil livres pour les garnisons, non comprises en celles de seureté.

Lundy i. M. de Guise arrive à la Cour. avhi.

Il arrive nouvelle au Roy que les habitans de Boulongne s' estoyent barricadez contre le chasteau. (Meuz qui y commandoit, n' avoit que sept ou huit hommes, et point de pain.) M. de Longueville s'offence extrêmement de ce que l'on refuse de l'y envoyer. Le Roy, quelque temps après, envoya quérir ledit sieur de Meuz, lequel vint. Depuis, environ le 18 avril, on y dépesche Fouquerolles, Exempt des gardes, avec deux Archers

1 Voy. Richelieu, p. 542; Pontchartrain, p. 277; Merc. />.,p. 175. Le Mercure rapporte une lettre que la Reine-mère écrivit au Roi au sujet de cette affaire, pour se plaindre que l'on attaquait les places dans lesquelles elle pouvait au besoin trouver sa sûreté. Le duc d'Kpernon était gouverneur de Boulogne; son lieutenant remit la place entre les mains du Roi.

Avril m». 3. M. le Maréchal de Yitry revient à la Cour avec le gré du Roy.

11. M. de Vendosme refusé d'un pouvoir de commander en Bretagne, et en Normandie, dit qu'il ne seroit jamais avec M. de Luynes. Parle au Roy contre luy. Le Roy l'interrompt et luy dit, qu'il estoit en colère. M. de Luynes luy en ayant fait pleinte, il dit, qu'il estoit vray, etc..

6. M. de la Tremoille revient de Sedan, où il s' estoit allé marier à la fille aisnée de M. de Buillon, quelque six semaines ou deux mois auparavant '.

M. d'Epernon part d'Angoulesme, avec deux canons, pour aller secourir Uzerche.

8. Le Roy écrit à Monsieur le Prince, et luy renvoyé son épée {vide supra) 2.

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