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tout était décidé. M. Potier, chargé des armements, me montra l'état arrêté de celui-là qui, pour un vaisseau de 64 canons, le l'uland, une frégate de 24, l'Oiseau, et vingt ctun mois de vivres, tant en nature qu'en argent, allait à environ sept cent mille livres. Ainsi, ce sont curiosités de souverains, et un peu chères. Je n'en aurais pas mème parlé, si l'armement n’eüt été résolu pour aller jusqu’à sa découverte aux terres australes. Ainsi, je n’y ajoutais que de tâcher de profiter d'une circonstance unique pour faire le retour de la manière la plus propre à tout découvrir à la fois. On promit que ect ordre serait signé le 22 et partirait tout de suite pour Brest, pour tout préparer, commencer l'armement le premier, et partir le 20 mars. M. Auda me demanda les derniers éclaircissements et promit de mettre au net les instructions. Ainsi, tout parut décidé délinitivement.
Les jours suivants, je travaillai avec M. de la Lande et les autres savants, pour la collection des instruments astronomiques et physiques.
Je travaillai aussi, alors, beaucoup avec M. de Vaugondi, bon géographe, pour mon grand planisphère antarctique, qui pouvait être un chef-d'œuvre bien curieux.
Le 21, j'allai à Versailles jour solliciter pour les instruments astronomiques que demandait M. de la Lande, pour l'expédition de M. de Kerguelen. J'en donnai l'état au ministre et à MM. Auda et Rodier, et on donna espérance. M. Potier me fit lire tout au long la lettre portant ordre pour cette expédition. Elle était très bien, signée de la veille, et partit le lendemain. Ainsi, ce fut aflai xlée. Je dinai chez M. de Boynes et purlai bien marine, et revins, le soir, écrire sur le tout à M. de Kerguelen, et le presser fort. Comme j'avais fait mettre, dans l’ordre, que personne ne s'embarquät par force, qu'on dit à chacun les risques, et qu'il n'y allât que ceux qui le voudraient, je lui peignis au plus fort le danger d'aller faire 5 000 lieues de canton absolument inconnu, avec de si gros vaisseaux qu'un de 64 et une frégate, et des bâtiments trop longs et trop faibles, et je lexhortai fort à ne rien risquer. Je lui mandai ce que
j'avais appris sur la route de M. Cook (1), que je craignais nous avoir prévenus dans notre projet, et je prévoyais au pis tous les risques, pour qu'on n’eût rien à se reprocher.
Tout cela me tint plusieurs jours avec les astronomes et artistes pour les instruments, précautions, et avec MM. Borda (2), Lalande, ceux qui avaient été pour essayer les excellentes horloges de MM. Berthoud (3) et le Roy (4), et tout cela faisait des détails extrêmement curieux, et il est affreux qu’ils n’occupassent pas plus de monde.
Le 28, j'allai, avec M. de Lalande, chez M. Berthoud, qui nous montra ses fameuses montres marines en détail. Il en avait inventé de quatre sortes : les unes étaient à ressort, les autres à poids contenus par des moulettes très mobiles, entre quatre piliers d'acier. Il avait étudié à fond ct vaincu tous les grands obstacles des frottements, balancements, variations ct dilatations par le chaud, le froid, le sec, l’humide; enfin, tout était prévu; aussi sa montre n°8 eutelle le plus grand succès au grand voyage de La Jflore, qui nous fixa juste les mers ordinairement pratiquées. Une des pendules de M. Le Roy avait eu les mêmes avantages, et toutes deux l'avaient emporté, pour la précision, sur la pendule anglaise de M. [arrison (5), qui avait remporté le prix
{1) James Cook (1728-1739), le célèbre navigateur anglais,
-Charles Borda {1733-: , gévmätre et marin, ayant commencé dans l'armée de terre, n'entra dans la marine qu'en 1758. Il ex 1 et 1715, des voyages scientifiques et prit, ensuit( général, une part glorieuse à la guerre d'Ainéri: Voyage fait par ordre du Roi en 1:74 el 17
13) Ferdinand Berthoud, horloger et méc:
en 1807, auteur d'Essais sur l'horlogerie (11 marines (L73:, ete.
(4) Julien Le Roy, le fameux horloger, mort en 1759, eut pour fils Pierre, horloger du Roi comme lui et auteur d'Etrennes chronométriques pour l'an 4760 ; Julien David, architecte et archcolugue, membre de l'Institut, et Charles 14726-1719:, médecin à Montpellier, anteur de Mélanges de physique (TT), de Mémoires el observations de médecine !ATG6-178), ete.
(5) Jobn Ilarrisson (1693-1776), horloger et mécanicien anglais, inventeur de l'horloge marine Time-Keeper (garde-lemps) pour caleuler les longitudes, qui lui valut un prix de 20.000 livres, en 1749.
vel. in-f0), ele.
icien, membre de l'Institut, mort 2 vol }, d'un Traité des horloges
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du problème des longituies. prenieme resolu par là, et par les octants et sextants perfecticnnes.
Ainsi, nous nous occupions fort à avoir les instruments et astronomes propres à cet objet. Je sus qu'un M. de Lobe, fameux navigateur, qui était chez M. Ogier, avait été sur la Flure il}, et avait le meilleur sextant, et j'allai l'engager à le prèter.
Le 30, mon petit-tils de Mœurs mit, pour la première fois, un habit d'homme pour un bal chez le prince de Monaco. Il apprenait un peu les contredanses, et réussissait. D'ailleurs on le tenait dans des habits de matelot qui sont commodes, et il faisait, avec ses frères, un très #rand exercice, beaucoup de tours de force et de souplesse, et cette nouvelle façou d'éducation était fort supérieure pour fortitier le corps. De tout l'hiver, il n'y eut pas un seul jour qui les ait empèchés, hors la grande pluie, de faire de grandes promenades à pied : aussi ne furent-1ls pas enrhumés.
Avant la Chandeleur, j'allai trouver M. de Boynes et son bureau, pour les instruments et l'instruction, et je m'y donnai tout entier sans relâche, jusqu'au depart. Ce fut un travail prodisieux et bien intéressant. Ce grand objet avait commencé, Comme où à vu, le 6 décembre. J'Y avais déjà bien travaillé, mais, tout le mois de février, et jusqu'au 22 mars que je finis. je ne fis rien d'autre et je m'y adonnai avec toute l'application que méritait le plus grand et le plus important voyage que les Français eussent encore entrepris pour les Sciences, et pour achever la connaissance du globe.
J'achevai, en janvier, d'étudier à fond tout ce qui pouvait
(4, Un officier distingué, qui devint chef d'escadre si, Verdun de la Crenne, accomplit, en 1331 et 1552, sur Le bâtiment : « , armé à Brest, un vovage avant pour but d'experimenter des mentres imarines récemment exécutées, et différents autres instruments. A cet étlet, 1l se rendit de Cadix à Ténéritle, et, de la, aux Antilles, en Liande et en Hanciuuwk. I a publiée avec J.-Ch. Borda ct Pinzré, le récit de <on expedition, sous le titre de Voyage fuil par ordre du Roë en 1571 et 1132. pour vérifie: l'utilité de plusieurs méthodes el instruments servant à determine, la latitude et la longilude. Paris, Moutard, 13538, 2 vol. in-1°.