IL
après eux trois, on croyait qu'il embarrasserait, jouerait un rôle, et que le duc de Chartres le voulait gagner, pour se faire faire grand anural, objet pour lequel il allait à Brest, se faire faire, à ce qu'on disait, garde-marine.
De là, j’allai chez le Roï, puis diner chez M. de Talleyrand (1), coadiuteur de Reims, où il y avait grand monde, sans la magnificence du cardinal, qui effaçait tout.
A quatre heures, je me rendis à l’église, pour les premières vêpres du sacre et le sermon à ce sujet. On nous mit sur notre banc des Cordons bleus, .d’où j'étais à portée de tout. Après les vèpres, le Roi se plaça comme à Versailles, et on avait mis une chaise portative vis-à-vis, dont j'étais tout contre, L'évêèque d'Aix :2) fit le sermon, ou plutôt le discours et l'instruction au Roi.
Ce fut une des choses les plus imposantes que j'aie vues: le Roi, dans cette belle salle de décoration, enfermée dans cette superbe église, tout bien plein et rangé dans le plus parfait silence, et un discours des plus pompeux et des mieux déclamés que j'aie entendus. Le moment rendait bien à la chose; sa division fut : les devoirs et les dangers d'un Roi de France, Son exorde fut si sublime et si bien débité, qu'il sS'éleva des especes de claquements de mains involontaires, et qu'on était enlevé. Le remplissage est plus difficile : il y eut des lonsueurs, des choses trop à prétention, maïs des morceaux admirables ct qui enlevaient. I} dit bien au Roi une partie du nécessaire, surtout qu'il devait avoir de la force et de la confiance en lui-mème, et le goût du travail ; qu'il fallait vaincre la crainte de la contraction d'esprit. C'était bien, en effet, ce qu’il y avait à dire. Il fit une peinture superbe de la politique appuyée sur la vérité de la religion, et dit qu'elle aime tous les hommes, mème ses ennemis; que la France ne
(4) Alexandre-Angélique de Tallevrand-lérigord 1736-1824), d'abord aumonier du Roi, puis coadjuteur et ensuite successeur de l'archevêque de Reims (1517, Grand Auménier de france en 1808, pair de France en 1814, cardinal et archevêque de Paris en 181%.
11 était l'oncle du futur prince de Bénévent.
‘2) Jean-de-Dieu Raymond de Boisgelin, né à Rennes en 11732, évêque de Lavaur en 13565, archevèque d'Aix en 1710.
peut périr que par ses défauts; que, restant telle qu’elle doit être, elle doit être l'arbitre du monde pour en faire le bonheur. Il était connu pour un parlementaire ; aussi s’étenditil, et même trop pour la chaire et la prédication, sur l’obligation d'être soumis aux lois et de ne régner que par elles. Il appuya avec force sur l'abolition des impôts et fit une belle peinture du palais des Rois, dont la grandeur devait se montrer dans l’avantage et le bonheur des campagnes. Enfin, il y eut des morceaux éloquents, un peu de longueurs, et, malgré la plus grande force, sur ce que la religion était le seul rempart sûr des Rois, beaucoup d'adresse pour ne pas fronder les systèmes du jour, appuyant mème sur la liberté. Ce discours transporta les auditeurs, mais, en le méditant, on y trouve peut-être trop de politique cachée sous la plus grande hardiesse. Rien n’était plus frappant que d’entendre dire si ferme la vérité au maitre, le soir de sa confession et la veille du jour où il allait jurer de ne régner que pour faire le bonheur de ses peuples. Nous sortimes enchantés. Le soir, j’écrivis et me préparai pour me lever matin. Le 11 juin, dimanche de la Trinité, fut le grand jour du sacre. Le prédicateur, la veille, nous avait dit qu’il était de son devoir d'annoncer que cette cérémonie n’ajoutait rien à la grandeur royale, et avait presque dit qu'on convenait que c'était une chose inutile et seulement d'usage. Je fus fâché qu'on la prit ainsi, surtout après l'avoir vue, et j'aurais mieux aimé qu’il eût dit, comme Menin (1), à la page 177, que, quoique ceux que leur naïssance met sur le trône puissent, absolument parlant, y rester sans être sacrés, cette cérémonie leur est, néanmoins, nécessaire; et, ailleurs, qu’elle ne peut, par la beauté des prières, des cérémonies et des onctions religieuses, qu'attirer les grâces du Ciel et la confiance et le respect des peuples.
En effet, par cette cérémonie, le Roi reçoit presque tous les premiers ordres de l'Église en faisant, entre les mains
(1} Auteur du Trailé hislorique et chronologique du sacre et couronnement -des roys el des reines de France..., chez Bauche, 1723, et le meilleur des ouvrages là-dessus. (Note de l'auteur.)
de Dieu et devant tout son peuple, représenté par tous les ordres et les Grands, un engagement sacré entre lui et la Nation, de la gouverner sagement, saintement et de façon à la rendre aussi heureuse que possible. Malheur aux siècles où tout cela ne serait que formes et plaisanteries !
La cérémonie commençait à six heures. Dès quatre heures du matin, on se rendait à la grande église. Je m'y rendis. À cinq heures et demie, ma fille, ma belle-fille et toutes les dames, parées, y étaient déjà. Je fus tres bien placé sur notre banc des Cordons bleus, le premier du côté de l'Évangile, en line avec les maréchaux de France, n'ayant, devant, que les princes du sang représentant les anciens Pairs laïcs. Les autres ducs et pairs n’y ont pas de places marquées, et n’y sont pas.
Derrière nous étaient les bancs de la noblesse comme ses membres arrivaient. J'avais, derrière moi, mon fils et mon gendre, et nous fùmes des mieux placés et des plus près. Vis-à-vis sont les pairs ecclésiastiques, tout le clergé et la robe {1).
À six heures, presque tout étant placé, on commença prime. A six heures et demie, arrivèrent en cérémonie nos six princes représentant les trois anciens ducs et les trois anciens comtes du royaume, dans tout l'appareil de leur majestueux habillement, la couronne en tête : cela est très beau et très imposant, et toute cette cérémonie fait voir combien notre costume est inférieur à l’ancien. Les deux frères du Roi représentaient les deux premiers ducs, celui de Bourgogne et celui de Normandie, et les quatre premiers princes du sang, les quatre autres. Monsieur et M. le comte d’Artois étaient très jolis dans cet habillement, qui allait aussi à merveille au gros duc d'Orléans.
(41 Voyez l'ordre de tout cela dans tous les livres du sacre et surtout ceux distribués par les Menus, intitulés Ordre de la marche et des cérémonies, et Formules des prières, etc. Chez Vente, libraire des Menus, rue de la Montagne-Sainte-Gencviève, 1175 — qu'on distribua alors et qu'on a suivis parfaitement de point en point; ainsi, c'est comme si on y était. (Note de l'auteur.)
Je me trouvai derrière Monsieur : il eut toujours, à son ordinaire, le meilleur maintien, et il affectait de la retenue et de la dignité en tout. Son frère était un joli et franc débauché, fait pour plaire aux dames, et je ne vis que trop combien il avait déjà secoué les principes et voulait copier le duc de Chartres (1).
À sept heures et demie, arriva le Roi : on sait qu'on va le chercher comme il est couché, habillé en veste longue de dentelle d'argent, dans le superbe lit de Louis XIII ; que les deux évêques de Laon et de Beauvais frappent à la porte; on répond : « Le Roi dort! » On n’ouvre qu'à la troisième fois. Ils disent sur lui une belle oraison, puis l’amènent le soutenant sous les bras, et cette entrée, où l’archevêque et le clergé vont au-devant, et que les fanfares militaires annoncent, est très noble.
Le connétable, que représentait le maréchal de Tonnerre, doyen du tribunal, âgé de quatre-vingt-huit ans, le suit et se place seul, loin et en bas. Derrière lui, le chancelier, représenté par M. de Miromesnil, lors garde des Sceaux, et le prince de Soubise, représentant le Grand maître, se placent seuls, l’un derrière l’autre. Ils ont leur grand habit et la couronne ; le chancelier, sa toque ou mortier doré. Cela est des plus majestueux.
Le duc de Bouillon, grand chambellan, le maréchal de Duras (2), premier gentilhomme de la chambre, et le duc de Liancourt, grand maître, ayant aussi la couronne, se placent sur le même rang, derrière, vers le milieu du chœur. Cela fait, en tout, douze couronnes dont trois de ducs, et le reste de comtes, qui, avec ces grands manteaux d’hermine sur la longue veste d’or, fait un effet d'autant plus majestueux,
(1) Pour les détails, voyez le livre, car il fut suivi à la lettre, et les couronnements de Louis XIII en 1610, de Louis XIV en 1651, de Louis XV en 17°, et de Louis XVI furent absolument pareils pour le fond, et faits de même à Reims. Quoiqu'il y ait eu environ seize couronnements faits ailleurs, il ya eu quarante-huit sacres et couronnements faits à Reims, ce qui en établit bien la possession. (Note de l'auteur.)
(2) Le duc de Duras (V. tome 1+r, p. 135, note 1) avait été élevé au grade de maréchal de France le 24 mars 1775.
qu'on ne le voit que ce jour-là. Les capitaines des Gardes, qui sont en vestes et en manteaux de réseau d'or, se tiennent à côté. De mème plusieurs hoquetons, massiers et autres en manteau de satin blanc, et tout ce costume ancien est imposant.
L'archevèque de Reims, successeur de Saint-Remi, assisté des évêques de Soissons et d'Amiens, et, pour cette fois, du coadiuteur, sont assis vis-à-vis le Roi, tournant le dos à l'autel, et leurs grandes mitres, ainsi que leurs superbes ornements d'or éclatant, de mème que tous les assistants qui les entourent, et la ligne des cardinaux et prélats qui sont tout du long, du côté de l’épitre, se montrent là avec le plus grand éclat des pompes de l'Église.
Le Roi est seul, sur un fauteuil à bras, sous le grand dais élevé au milieu du sanctuaire. Chacun est à sa place en silence.
Le fond, ou rond-point, derrière le chœur, était une colonnade d’or, avec un amphithéâtre cintré trèsélevé, qui faisait au mieux, mais trop en spectacle d'Opéra. La tribune de la Reine, en décoration théâtrale des plus brillantes, celle des ambassadeurs vis-à-vis, toutes les travées et entrecolonnements, garnis, en amphithéâätre, de dames couvertes de diamants ct de personnes richement habillées, faisait l'effet le plus majestueux, et la décoration était d'autant plus frappante qu'elle était réelle.
L'archevèque donna ensuite l'eau bénite, puis entonna le Veni creator. Pendant ce temps, la Sainte Ampoule arrive, portée par le prieur de Saint-Remi, monté sur un cheval blanc, marchant sous le dais porté par les quatre propriétaires des terres quifont les quatre barons de la Sainte Ampoule. Le clergé va la recevoir, quatre seigneurs sont en otages, pour qu'on la rende ; c’est un acheminement au cordon bleu : c’étaient MM. de la Rochefoucauld, de Talleyrand, de Rochechouart, et de la Roche-Aymon. On dit sexe, et l'archevêque va prendre les beaux habits, pour la messe.
L’archevèque et tous ses assistants s'approchent du Roi, qui cst dans son fauteuil ; il lui fait les demandes de süreté
et protection pour l’Église. Le roi prononce tout haut la promesse de continuer et de conserver les privilèges de l'Eglise.
Alors, les évêques de Laon et de Beauvais soulèvent le Roi, qui regarde l'assemblée. Ils demandent aux seigneurs assistants et au peuple s'ils acceptent Louis XVI pour leur Roi, à quoi on acquiesce par un respectueux silence ; le fait est qu'ils ne disent rien. Je les interrogeai, ensuite : ils me dirent que cela n'était pas dans leur instruction, ‘et que ce soulèvement qu'ils font du Roi est ce qui reste de cet ancien usage. Ainsi, voilà le vrai : cette fameuse demande ne 8e fait plus.
Ensuite, ils lui présentent à lire le serment. Le Roi le lut haut et ferme, en latin, appuyant sur les mots avec respect et attention, et comme s'il disait à chaque mot : « Je m’engage à cela de bon cœur ! » Et, pendant toute cette cérémonie, il conserva la même ferveur. Ce serment est de maintenir la paix de l'Eglise, d'empêcher les rapines et les iniquités, de faire observer la justice, de s'appliquer sincèrement à exterminer les hérétiques : « Que Dieu, dit-il, et ces saints Evangiles (sur lesquels il avait les mains), me soient en aide ! » |
Ensuite, il prononça de même, haut et ferme, et comme s'engageant bien, le serment de l'Ordre du Saint-Esprit, qui est de jurer de vivre et de mourir dans la religion; de maintenir à jamais l’ordre du Saint-Esprit, sans le laisser déchoir, ni amoindrir ; d'observer les statuts entièrement, de les faire exactement observer, de ne contrevenir, ni dispenser, ni essayer de changer rien des statuts irrévocables dudit Ordre (1).
Puis 1l prononça le serment de l’Edit contre les duels, qui est de n’exempter aucune personne, quelle qu’elle soit, de la rigueur des ordonnances contre les duels ou rencontres préméditées, et, dans aucun cas, de ne faire grâce.
Ensuite, l’archevèque fait la bénédiction de tous les orne-
(4) Nota : On venait, cependant, de nous ôter plusieurs prérogatives utiles. (Nole de l’auteur.) «
ments, ce qui est long et a de très belles prières. L’archevêque lui ceint l'épée de Charlemagne, apportée du trésor de Saint-Denis, pour protéger l'Eglise, la veuve et l'orphehn. Le Roi tient l'épée élevée, l'offre à Dieu en la posant sur l'autel. L'archevèque la reprend; le Roi la reçoit à genoux et la remet au connétable qui la tient toujours de même, nue et la pointe haute. Toutes ces prières sont longues et belles.
Monsieur, représentant le duc de Bourgogne, met au Roi les éperons, puis on les ôte. On a mis devant, sur l'autel, la couronné d’or à grosses pierres fines non taillées, l’autre avec les gros diamants, le sceptre de Charlemagne, qui est un long bâton d’or assez lourd, la main de Justice, le manteau royal, etc.
L’archevèque met, sur le milieu de l’autel, la patène d’or de Saint-Remi. Le prieur de Saint-Remi, ayant ouvert la Sainte-Ampoule, la donne à l’archevèque, lequel, avec une aiguille d’or, en tire la grosseur d’un grain de froment, le met sur la patène, puis le remet au prieur. Ensuite, il y mêle du Saint-Chrême.
Après cela, le Roi se prosterna à plat sur un long carreau de velours violet, et l'archevêque (malgré son grand âge et ses infirmités) se prosterna à côté. Les quatre évêques dirent les litanies des Saints : cette position et ce moment est touchant et imposant.
Puis le Roi, à genoux sur les marches de l'autel, et toujours en petite camisole, l'archevêque assis au haut de l'autel, et tous ses assistants autour, dit beaucoup de belles prières sur le Roi, qui eut toujours l’air très dévôt et attentif.
La consécration du Roi se fait ensuite, à genoux aux pieds de l'archevêque assis, qui l’oint sur la tête avec ce qui a été mis sur la patène, en disant : « Je vous sacre Roi avec cette huile sanctifiée au nom du Père », etc.
La veste et la camisole du Roi sont ouvertes, et jusqu'à la chair, dans tous les endroits, et l’archevêque lui fait de même six onctions, de sorte que le Roi reçoit tous les premiers ordres de l'Église et les a presque tous, hors la prétrise, tout cela dans l'esprit de l'Ancien Testament, dont
l'origine est du temps de Saül : « Vous ne toucherez point à mon oint; vous respecterez ce que j'ai oint; on obéira à l’oint du Seigneur, etc. » C’est à peu près comme Saül, David et Salomon ont été oïnts ; ainsi, l'antiquité de ces cérémonies est respectable, et c’est dans ce sens que saint Remy, ayant baptisé Clovis, l'oignit et le sacra à Reims, dans l'église de Saint-Remy, la veille de Noël de l'an 496.
Ensuite a lieu la bénédiction des gants, de l'anneau. L’archevèque lui remet le sceptre, grand bâton d'argent doré de Charlemagne, de six pieds de haut, lourd, et qui sert plutôt de canne, en disant : « Recevez ce sceptre, qui est la marque de la puissance royale, appelé sceptre de droiture et règle de vertu, pour vous bien conduire vous même, l'Église et le peuple, pour le défendre des méchants, corriger les pervers, etc., afin que vous passiez d'un royaume temporel à un royaume éternel! » Il lui remet ensuite la main de Justice de Charlemagne, qui est un bâton de deux pieds, avec une petite main d'ivoire au bout, en disant de belles prières et exhortations sur la sagesse et la vertu. Cela fait, on passe au couronnement.
M. de Miromesnil, faisant les fonctions de chancelier, monta à l'autel contre l'Evangile, et là, tourné vers l’assemblée, et d’une voix très claire et haute, fit au mieux l'appel, ce qui est fort beau, en disant ou criant avec emphase : « Monsieur, qui représentez le duc de Bourgogne, présentezvous à cet acte ! » Il en dit de même aux cinq autres, qui se lèvent à mesure et s’approchent du Roi. Il appelle ensuite les cinq pairs ecclésiastiques. L’archevèque prend, sur l'autel, la grande couronne de Charlemagne ; il la soutient seul à deux mains sur la tête du Roi, sans le toucher, en disant : « Que Dieu vous couronne de la couronne de gloire et de justice, etc., et vous arriverez à la couronne éternelle! » Ensuite, il met seul la couronne sur la tête du Roi, les pairs laïcs et ecclésiastiques portent tous la main, pour la soutenir, à un doigt de la tête du Roi, et ce moment superbe fit la plus grande sensation. L'archevêque, ensuite, ôtant sa mitre, dit sur le Roi, toujours à genoux à ses pieds, plusieurs prières et bénédictions.
On passe, alors, à l'intronisation.
L'archevêque prend le Roi par le bras droit : il est revêtu du grand manteau royal d'épitoge d’hermine, qui est bleu, parsemé de fleurs de lis, avec la longue queue, sous lequelle Roi a la tunique et la dalmatique qui représente les ornements de diacre et de sous-diacre; le Roi s'appuie, de la main droite, sur la grande canne appelée sceptre; il a, de la main gauche, la main de Justice, la couronne en tête, et il est mené ainsi, majestueusement, sur le bèau trône qui était très élevé sur la décoration du jubé où est un fauteuil semé de fleurs de lis, entre les quatre grandes colonnes qui supportent le grand pavillon royal, et d’où il peut être vu de partout.
On ouvre la grande porte, le peuple entre en foule, on lâche les oiseaux, toutes les trompettes annoncent le maitre par leurs sons éclatants, mais ce qui l’annonça bien mieux, fut le cœur des Français. Dans ce moment, des larmes de joie coulèrent à chacun, malgré lui, et le saisissement fut tel que, ce qui n’était jamais arrivé, des claquements de mains sans nombre se joignirent aux cris de Vive le Roi! et tout le monde fut comme transporté hors de lui-même,
Je sais bien que je n’ai jamais eu d'enthousiasme pareil : je fus tout étonné de me trouver en pleurs, et de voir tout le monde de même. La Reine eut un tel saisissement de plaisir, que ses veux coulérent en torrents ; elle fut obligée de tirer son mouchoir, ce qui augmenta l'émotion générale. Le Roi parut bien sentir ce beau moment, et nous vimes, enfin, ce qu'on ne voit que là : notre Roi revètu de tout l'éclat de la royauté, sur le vrai trône, coup d’œil qu’on ne peut rendre, tant il fit d'effet. Le transport fut réellement général.
Le Roi resta ainsi, tout le reste de la cérémonie, sur ce trône, le sceptre et la main de Justice en main, et l’on ne pouvait se lasser de le regarder. On jeta des médailles au peuple, les troupes firent trois salves autour de l’église, et les cris, les trompettes et les claquements de mains continuels faisaient un eflet frappant. Chacun avoua que ce moment avait encore surpassé l'idée qu'on s’en était faite.
Les pairs se portent sur les marches du trône, les deux capitaines des Gardes, en manteaux de réseau d’or, debout contre les colonnes, pour laisser voir le Roi de tous les côtés. L'archevèque, en le plaçant sur le trône, dit de belles prières pour que Dieu affermisse le Roi sur le trône de la justice qui est héréditaire et successif; puis, ayant quitté sa mitre, il baise le Roi ct dit trois fois : Vivat Rex in æternum! C’est la proclamation où l'on devait crier, mais le cœur des Français n'avait pu l’attendre, et, depuis longtemps, on ne se connaissait plus, chacun sortait de sa place, et les cris, les fanfares, les battements de mains, faisaient qu’on n’entendait plus rien, pas même le Te Deum que l’archevèque, revenu à l’autel, entonna.
Il faut avouer que ce moment fut sublime, mais un peu contre l'ordre. 11 n’était jamais arrivé qu'on claquât des mains dans l’église, et si longtemps, et d’une manière si outrée. Ou les recommença"quand les frères du Roi, ainsi que les pairs représentants, baisèrent le Roi. Toutes ces couronnes, ces habits majestueux font très bien autour du trône, mais la décoration était un peu théâtrale, et les applaudissements venaient de l’usage nouveau de claquer le Roi et la Reine au spectacle,
C'était le dimanche de la Trinité, et ce n’est pas ce qui s'entendit le mieux. Le coadjuteur s'était préparé, mais le vicil archevêque fit tout, quoiqu'on crût, à chaque pas, qu'il allait s'évauouir. Lui et le connétable, qui fit plus d'un faux pas, eurent bien de la peine, mais remplirent leur tâche.
Pendant la messe, on est distrait par la grande cérémonie des offrandes, que deux maréchaux de France et deux chevaliers de l'Ordre vont porter au Roi, et qu'il vient offrir en grande cérémonie. À chaque endroit où il devait être découvert, Monsieur lui ôtait la couronne, puis la lui remettait. Le Roi entendit mieux une basse messe qu'on lui disait à une chapelle portative, à côté du jubé. C'est là, et la seule fois, que servent les superbes ornements dela valeur de trois millions de cette petite chapelle, et l’on reste étonné des richesses en tout genre qui ne servent que ce jour-là.
188 JOTANAL DC DTC DE CROf
Aprés la messe, le Roi descendit avec tout le grand aprareil. Il se prosterne au pied de l'autel, on lui ête les crnemerts qu'on remet aux trois maréchaux de France, gardes de la couronne, du sceptre et de la main de Justice.
ll entre sous une petite tente, ou pavillon vioiet. où son confesseur l'attend pour se réconcilier, au besoin. car il a été à confesse la veille au soir. Il v fut quelques minutes, puis vint aux marches du grand autel où il communia sous les deux espèces, des mains de l'archevèque. Je fus bien mortifié de quelques propos que j'entendis près de moi, mais le Roi montra beaucoup de résignation et d'attention respectueuse à tout, et Monsieur fut tres décent, ainsi que le duc d'Orléans. Je voudrais en pouvoir dire autant du comte d'Artois et de quelques princes du sang et de jeunes libertins; le reste montra peu d'attention.
Le Roi s'étant recueilll un moment, Monsieur lui mit la couronne de 16 à 18 millions. Les maréchaux de France lui remirent les honneurs. Le clergé précédant, on prit la marche pour la sortie de l’église, et nous suivimesle Roi tout contre Jui. Le clergé l’avant quitté à la porte, par la belle galerie couverte et aux cris du peuple, il remonta à son appartement, ce qui est encore un moment d'éclat. Le Roi, la belle couronne en tête, portant et le sceptre et tous les ornements, entouré de ces douze personnes à couronnes et de tous ces habillements majestueux et riches, fit une marche réellement frappante. C’est ainsi que nous le ramenânes chez lui, à onze heures et demie. Cela finit donc plus tôt qu'on n'avait cru, et parut court, par la multitude d'objets.
- Le Roi, déshabillé, vint et parut content : nous restämes dans l'appartement à examiner les ornements de Charlemagne, qu'on rapporte, après, à Saint-Denis. A une heure et demie, avec beaucoup de cérémonie, et un assemblage singulier de mitres et de couronnes pêle-mèle, le Roi alla au festin, qui est vilain et fort inférieur à celui de Francfort, la salle étant laide et sombre, et tout étant confondu (1). Le Roi est sur une
‘14) V. tome I, p. X de l'Introduclion, note 3.
estrade élevée; ses frères mangèrent avec lui, les autres pairs à d’autres tables, une pour les pairs laïcs, qui étaient les princes du sang, une autre pour les évêques, ce qui fait un drôle d'effet avec les miîtres, une autre pour les ambassadeurs, et une autre pour ceux qui ont porté les offrandes. Cela est confondu et moins beau que le reste, quoique bien riche et cher; le repas est aux frais de la ville et servi par elle, les échevins et municipaux de Reims.
À cinq heures, je dinai avec ma famille chez l'hôte du duc de Charost où logeait ma fille, son mari et M. de Priego, puis on ne songea qu’à se reposer, mais on convint que cette cérémonie avait été encore plus belle qu'on n’avait cru, et chacun, qui n'y allait presque qu'à regret, convint qu’on aurait été bien fâché de n’y avoir pas été.
TM VE ".
Les chevaliers de l'Ordre. s'assemblent, le {12 juin, chez le comte de Provence, atin d'examiner les dispositions prises pour les cérémonies du lendemain. — Nouvelle réunion, le 13 au matin, sous la présidence du comte de Provence, qui s'acquitte de sa tâche avec distinction. -- Le Roi fait savoir à l'assemblée que, conformément aux décisions de eelle-ci, H paraîtra revêtu du manteau de l'Ordre. — Vèpres et Complies, — Chapitre tenu par le Roi, atin de recevoir les dolances de l'Ordre, — Nomination de deux commandeurs ecclésiastiques et de quatre otages de la Sainte Ampoule. — Le 14, cavalcade à laquelle le Roi prend part: dévotions à l’église Saint-Remi: toucher des écrouelles, — Je visite les églises Saint-Remi et Saint-Nicuise; leur description, et celle de la Sainte Ampoule. — Dîner chez le duc de Bourbon, — Visite au maréchal du Muy et à Turgot, avec lequel
j'ai une nouvelle conversation sur le commerce des grains. — Le
peuple acelame le Roi sur la promenade publique. — Visite à la collection de coquilles de M. Favart. — Le 15, le Roi prend part
à la procession de la Féte-Dieu. — Mon ohinion sur le Sacre. —
Je quitte Reims pour Attichy où je reste deux jours; je vais en-
suite à Paris, d’où je sors le 25 juin, pour me rendre à Amiens, puis
à l'Hermitage et à Calais. — Je reviens à Paris le 15 décembre. —
Mort du maréchal du Muy, ministre de la Guerre. — Intrigues dont
sa succession est l'ohjet. — Le Roi fixe son choix sur le comte de
Saint-Germain, — Portrait du nouveau ministre, que je vais voir à
Versailles ; compte rendu de notre conversation, — Passion du
Roi pour la chasse. — Aspect du parc de Versailles après l’abatage des arbres. — Diner chez M. de Saint-Germain, et visite à M. de Maurepas. — Ma rencontre fortuite avec le Roi, dans l'Œil de Bœuf, à onze heures du soir. — Réforme de la Maison du Roi, par M. de Saint-Germain ; consternation des intéressés. — Caractère du Roi. — Je soupe dans ses cabinets, où il y a une exposition de porcelaines de Sèvres. — La Reine me montre des bijoux dont elle désire faire l'acquisition. — Nouvelle entrevue avec M. de Saint-Germain. — Objet de toùtes les conversations : les réformes du ministre de la Guerre et les édits du contrôleur général Turgot.
Le lundi 12 juin, je vis la foule des dames chez la Reine; je fis des visites et dinai chez M. d'Aranda, ambassadeur d'Espagne.
À cinq heures, je me rendis, comme les autres, chez Monsieur où, par invitation de l'huissier de l'Ordre, nous étions avertis de nous trouver, tous les chevaliers du Saint-Esprit, à une assemblée, et non à un chapitre, car il n'y a que le Roi qui en tient. C'était la première assemblée et convocation de tout l'Ordre, depuis un temps infini. On disait que ce devait être chez le doyen, mais on assura que les statuts disaient : « Chez le plus éminent en dignité. »
En conséquence, quoique les princes n'aient pas, là, de distinction, on avait mis, au bout d’une grande table, un fauteuil où Monsieur présida, à sa droite le duc d'Orléans, à sa gauche le comte d'Artois; à droite du duc d'Orléans le prince de Condé; à la gauche du comte d’Artois son ami le duc de Chartres, à côté de qui était. le duc de Bourbon : cela était en ligne, au fond. A gauche de Monsieur, sur le revers, les quatre cardinaux ; sur le même rang, des deux côtés de la table, tous nous autres, et derrière, au fond, suivant nos rangs de dignité et dans l'ordre de l’appel. Ainsi, de mon côté, c'étaitle maréchal de Richelieu, le maréchal de Noailles, moi, le maréchal de Fitz-James (1), le duc de Nivernois, etc.,
(4) Charles, duc de Fitz-James (V. t. I,p. 334, note 1), était maréchal de France depuis le 24 mars 1775.
et, vis-à-vis, de méme, par les rangs de dignité, comme nous marchämes.
Au bout de la table était assis M. d'Aguesseau {1), grand prévot; à sa droite M. de V'ergennes, secrétaire ; à sa gauche l’évèque de Bourges, chancelier; à sa gauche M. Bertin, grand trésorier. Les petits officiers étaient les deux huissiers debout vers la porte, et le sieur Chérin (2), debout derrière le grand prévôt, et sans place ni prétention, comme généalogiste.
L’archevèque de Bourges, qui parle fort bien, dit que l'objet de l’assemblée était de voir si tout était bien disposé pour le lendemain. Il objecta, d'abord, qu'on avait mis, dans les livres de cérémonie, que le Roi paraïtrait en novice et serait reçu; que c'était une faute; que le Roi avait déjà été reçu publiquement ainsi, et était chevalier; qu'il devait donc paraitre en manteau, et supprimer une nouvelle réception que les livres avaient mise à tort sur d’autres règnes où le Roi n'était pas encore reçu. On voulut parler et opiner, mais il objecta que, cela allant sans dire, cela devait passer par proclamation, ce qui fut fait, et il fut arrêté que le Roi paraïtrait en chevalier déjà reçu.
1] ajouta qu’on demandait siles deux huissiers, qui sont en manteaux, comme nous, à la cérémonie, baiïiseraient la main du Roi, comme ïls avaient fait au sacre de Louis XV; M. Bertin détailla les raisons d'usage pour eux, sans droit. On resta en silence. Sur quoi, le maréchal de Tonnerre, de quatre-vingt-huit ans, et doyen, car il était de la promotion
(1, Jean-Baptiste-Paulin d'Aguesseau de Fresne (fils du chancelier}, comte de Compans et de Maligny, né en 1102, conseiller d'État au Conseil des Dépéches et au Conseil du Commerce, avait été nommé, en 1112, prévôt maitre des cérémonies des Ordres du Roi. Il avait épousé, en 1736, Anne- Louise-Francoise Dupré de la Grange -Bléneau, morte en 1137, et, en 1744, Marie-Geneviève-Rosalie Le Bret, fille du premier président du Parlement de Provence.
2, Bernard Chérin 1318-1785), généalogiste des ordres de Saint-Lazare et de N.-D. du Mont-Carmel, puis des Ordres du Roi en 1772, et leur historiographe en 1736.
Soa fils Louis-Nicolas-Henri {17361-1199) est devenu aussi célèbre comme homme de guerre que comme généalogiste.
du sacre du feu roi, en 1722, se levant, observa que, puisqu'il était question d’eux, ils devaient sortir. Monsieur les fitsortir; on alla aux opinions par la queue, et il fut unanimement décidé qu'ils ne devaient pas jouir du plus grand honneur des chevaliers.
De là, le maréchal de Duras, qui fut le plus vif, franc et net, se récria contre notre grand prévôt M. d’Aguesseau, peu aimé, de ce qu'il demandait au Roi bien des choses, sans l'avis préalable des chevaliers. MM. de Beauvau, de Poyanne, le maréchal de Noaïlles furent des plus forts et des plus vifs ; on se récria contre le pouvoir de tous les grands officiers de l'Ordre qui faisaient tout sans lui, sur ce que le Roi manquait à son serment par les droits que l'abbé Terray nous avait Ôôtés et tous les abus sur les finances et autres, que les commissaires n'étaient pas écoutés, qu'il en fallait davantage. Le maréchal de Noailles alla jusqu'à dire que l'Ordre aurait été en état de payer le couronnement, si ses fonds étaient bien administrés. Tout cela fut vif et débattu.
Monsieur, avec une grâce et un talent très marqués, récapitula tout, saisit supérieurement le vrai, enfin parla à merveille. Nous en fûmes tous enchantés, car il montre le plus grand talent pour le Conseil. C’était réellement remarquable pour ses vingt ans; il ne se pouvait rien de mieux, et cela coulait, comme de source. Grâce, force, justesse, noblesse, enfin le ton et la chose, tout y est.
L'assemblée ayant été longue et vive, Monsieur fit rédiger les objets, et dit qu'il les présenterait, dès le soir, au Roi, et il fut arrêté qu'on se rassemblerait le lendemain, à dix heures, chez lui, pour savoir les réponses.
On allait à une revue du régiment de housards qui était à Fismes, pour l’objet de la révolte des grains, circonstance triste, en pareil cas. Nos deux princes étaient en uniforme vert de dragons, le cordon sur l'habit, et le casque en tête. Ils sont très bien de figure, et étaient charmants, comme cela. L'ensemble de ces uniformes à casques, des cardinaux et de tous les beaux habits avec le cordon par-dessus, fit une
ut. LE
assemblée remarquable. Nous étions, avec les princes, quarante chevaliers présents.
Je revins, de là, écrire, me mettre au courant, et me coucher tard, ayant bien des objets à marquer.
Le mardi 13 juin fut bien rempli. À 10 heures, nous nous rendimes et nous plaçâmes de même chez Monsieur. Ilouvrit la séance par dire que le Roi recevait nos félicitations ; qu'il paraîtrait en manteau ; qu’il voulait bien, puisque c'était notre avis unanime, que les deux huissiers ou petits officiers de l'Ordre ne fussent pas admis à baiser la main, quoiqu'ils l'eussent fait au couronnement du feu Roi; que le Roi ne voulait pas augmenter le nombre des commissaires ; que, s'il ne s'agissait que de 12,000 francs, (réponse singulière), de ce qu'on avait ôté à l'Ordre pour ne pas manquer à son serment (fait la veille), il s’en ferait rendre compte ; que, pour l'uniforme de la broderie des revers, qui était un des objets, et que j'ai oublié, les commissaires n'auraient qu’à présenter des modèles. Et il dit cela avec grâce et justesse.
Le maréchal duc de Duras se leva et dit ferme qu’on avait oublié bien des articles dans la rédaction des doléances {c’est le mot d'usage), et représentations de l'Ordre, surtout les plaintes contre les grands officiers de l'Ordre quifaisaient tout sans lui rien communiquer, et même parlaient seuls au Roi, et sur l’abus des finances. Sur cela, on s’échauffa, on parla à la fois : MM. de Beauvau, de Noaïlles et autres furent, à l'ordinaire, très vifs, Ce qui fut remarquable, ce fut de voir là, simple chevalier, le fameux duc de Choiseul, et il opina un moment, ct persista, malgré la réponse du Roi, à demander plus de commissaires. Le chancelier de l'Ordre observa assez justement qu'on pouvait, du moins, proposer que les sortants d'exercice remplaceraient les manquants, pour qu'il y en eùt toujours trois effectifs. M. de Beauvau écrivit, en particulier, un avis ; toutle parti du duc de Choiseul se récrla pour soutenir son avis, ce qui était remarquable. Enfin, M. de Beauvau ayant donné son papier, le maréchal de Duras résuma les demandes à faire au Roi. Poyanne, à l'ordinaire, opina ferme,.et conseilla de profiter de l’occa-
sion, qu'on n'aurait peut-être plus, de s’assembler, et, après deux heures de débats, Monsieur se leva en promettant de remettre au Roi, ce même jour, les doléances et représentations de l’Ordre. Il fit, en deux occasions, surtout, des distinctions et résumés d’une justesse, d'une facilité et d'une grâce étonnantes : il semblait qu'il ne faisait jamais autre chose. Le duc d'Orléans parla bien aussi. Telest le détail des deux seules assemblées de l'Ordre qu’on ait vues depuis bien longtemps.
Avec cela, on se débattit pour nuire à nos officiers, et j'aurais voulu, comme je le proposai, sans pouvoir me faire entendre, car le tout est d’être à la mode, qu’on eût arrêté que le registre serait mieux tenu, que chaque chevalier pût y porter ses plaintes et lire les registres et les arrêtés des commissions, ce qu'on eût plus appuyé sur la régie des fonds. On disait qu’on donnerait double commande pour le sacre, mais on n’en parla plus.
J'étais prié à un grand diner chez le maréchal du Muy. On se mit tard à table. Il était en habit de l'Ordre, ainsi que le maréchal de Contades, au manteau près, ce que je n'osai faire. A la moitié du diner, je m'échappai et vins m’habiller, ce qui n’était pas aisé. Cet habillement si cher, qu’on ne met qu'une fois, est difficile à arranger, et l'immense manteau, très beau, mais mal coupé, cst difficile à mettre, ce qui fait que la plupart vont mal.
Etant ajusté, je me rendis, non sans peine, avant 4 heures chezle Roi, et j’y arrivai des premiers. C'était une majestueuse cohue ; on était étoulfé, étranglé et assommé de ces immenses manteaux, eton ne pouvait se retourner. Le mien, qui me coûta environ 8.000 francs, sans le reste de l’ajustement, et que j'aurais pu éviter, si j’eusse su que le prince de Tingry m'envoyait celui de M. de Vérac, me pesait horriblement et me faisait grand mal sur les clavicules, car on est chargé comme un portefaix. Si cet habillement était moins incommode et mieux coupé sur la personne, et si l’épitoge était moins large, ce serait un superbe habillement que le Roi devrait faire porter aux cérémonies, mais ilne peut les souffrir
et fut si assommé de son manteau, qu'il està croire qu'il ne le reportera jamais.
À 4 heures et demie, on fit l'appel comme à Versailles: y ayant quelques absents, je me trouvai le cinquième, ce qui est un beau rang que je devais à ma grandesse de 1706, les autres ducs et pairs étant après.
Un peu devant 5 heures, on partit deux à deux, à l’ordinaire. Je marchai avec le maréchal duc d'Harcourt. On ne peut se représenter la beauté de cette marche, dans cette belle et longue galerie descendante, et à l'entrée de cette belle église et de la décoration du milieu, illuminée comme au sacre. Les dames parées remplissaient les travées, et les seigneurs ct gens bien mis, les amphithéâtres et les banquettes. La Iteine et les ambassadeurs étaient dans leurs mêmes belles loges, le Roi entouré de ses grands officiers, et avec ce superbe et immense manteau que le chevalier de Talaru (1), en habit et manteau de réseau d'or, soutenait, aidé de quatre garçons de la Chambre. Dès qu'on vit entrer le Roi dans l’église, les battements de mainsreprirent, mais moins, et tous les gens sensés, y ayant réfléchi, blâmaient fort cette extase qui tenait de notre amour pour les spectacles, et que la Reine, qui aimait à être applaudie, avait encouragée par ses révérences.
La cérémonie fut superbe, mais paraissait froide, après celle du sacre.Il n’y avait, ici, de costumes singuliers que ceux de l'Ordre, et, le Roi n’étant pas reçu, cela se bornait aux Vêpres et Complies, aux révérences et aux baisements de main, mais l’espace qu'il fallait que nous laissions entre nous pour ces grandes queues trainantes, faisait bien.
Le Roi avait un trône en tribune à l’entrée, et peu brillant, et un autre sous un grand dais, comme aux réceptions à Versailles, à l'entrée du sanctuaire.
(1) Louis-François, vicomte de Talaru (1729-1382), d'abord chevalier de Malte et garde de la Marine, passa ensuite dans le service de terre et devint mestre de camp de cavalerie en 1358, premier maitre d'hôtel de la Reine en 17:30, chevalier des Ordres du Roi à l'occasion du Sacre en 1715. Il avait épousé, en 1767, Henrictte-Jeanne-ITélie de Becdelièvre.
Nous étions dans les hautes stalles, nos armoiries sur des cartons derrière, et assez bien, mais, anciennement, cela était bien mieux, à l’ordre de la Toison d'Or, y restant toujours. Mon côté, qui se trouvait à droite en entrant, était sur la même ligne, dans les hautes stalles. À commencer par le côté du Roi : Monsieur, le ducd'Orléans, le prince de Condé, le maréchal duc de Richelieu, le maréchal duc de Noailles, moi, le maréchal duc de Fitz-James, le duc de Nivernois. De l’autre côté, sur la même ligne : M. le comte d'Artois, le duc de Chartres, le duc de Bourbon, le duc de Villeroy, le maréde Mouchy (1), le maréchal duc d'Harcourt, etc.
Après les vèpres, et quand le Grand maitre (que M. de Vergennes remplaça, M. d’Aguesseau boudant et ayant la goutte), et les deux huissiers, en habits comme nous, et même l’archevêèque de Bourges, chose singulière pour un prélat (mais on dit que c’est une sorte d’aumusse ou chape que nous avons, et que nous sommes d’un ordre religieux, puisqu'il oblige au bréviaire et à des dévotions de congrégations) après Vèpres eurent fait les révérences pour avertir, les deux frères du Roi, puis les princes firent les révérences isolément: il y en a bien une douzaine à tout le monde (2). Puis les chevaliers les firent quatre à la fois. On n avait point fait de répétitions ; onne nous avait pas même indiqué ce qu’il y avait à faire, ce qui, je crois, venait de la façon dont on traita M. d’Aguesseau et nos petits officiers, de sorte que les quatre premiers furent fort embarrassés : c’étaient le vieux maréchal de Richelieu, le duc de Villeroy, le maréchal de Noailles et son frère le maréchal de Mouchy.
Nous vinmes ensuite, savoir : moi, le maréchal d'Harcourt, le maréchal de Fitz-James, et le duc de Nivernois. Le maréchal d'Harcourt nous dérangea un peu, et cela alla comme on
(1) Philippe, comte de Noailles, puis duc de Mouchy en 1715, maréchal de camp en 11##, lieutenant général en 178, maréchal de France le 24 mars 1715, avait épousé, en 1741, Anne-Claude-Laurence d'Arpajon. Il fut guillotiné, ainsi que sa femme, en 1194.
(2) Voyez les livres. (Vote de l'auteur.)
put. On raisonne beaucoup, en France, et quand ce vient à à exécuter, on laisse tout aller !
Les autres en firent de même, quatre à quatre ; il y a beaucoup à se retourner, ce qui n’est pas aisé, affublé de ce grand manteau, mais les derniers avaient beau jeu, ayant le temps de voir ce qu'il y avait à faire.
Ensuite, on se tient debout, en ligne, et le Roi se lève et vient aussi faire les mêmes révérences ; il les fit bien, les ayant étudiées. On lui portait avec adresse cette immense queue, et il eut bon air, dans cette cérémonie. Monsieur y fut charmant. Le loi, ayant fait ses révérences, monta sur le trône qui est à l'entrée du sanctuaire : c’est là où, suivant le livre, on devait l’habiller, mais, étant dé;à chevalier, on n'eut qu’à lui porter à signer le registre où, depuis la création de l'Ordre, ils ont signé, et où il confirme son serment. C’est donc là ce qui le constitue Grand-Maître ; il n'y a, ensuite, que le baisement de main, qui n'a lieu que là.
Les princes, puis nous tous, dans le rang que j'ai dit, s’avancèrent devant le Roi, firent une révérence à l’autel, une au Roi, puis, mettant un genou sur un gros coussin parsemé de fleurs de lis, baisèrent la main du Roi : ensuite, une révérence à l’autel, une au Roi, puis chacun alla se remettre dans sa stalle. Comme j'étais seul, et que je vis exécuter cela devant, je le fis au mieux, après le maréchal de Noailles, et avant le maréchal d'Ilarcourt (1).
Tout cela fait, le Roi, refaisant des révérences (on sait qu'elles se font à l'antique, en baissant les genoux, comme les femmes), revint à son premier trône, ou plutôt à son fauteuil à bras, comme ceux de Charlemagne, un prie-Dieu devant. On dit Complies, et j'ai oublié de dire qu’on se tient couvert dans l’église, ce qui, avec ces chapeaux à plumes, fait bien, et les huissiers avertissent, par des révérences, le Roi, chaque fois qu'il faut se découvrir et se mettre à genoux.
L'office fini, en commençant par la queue, on va, deux à
(1) On observera que le Roi détourna la tête, quand le duc de Choiseul y vint. (Note de l'auteur.)
deux, faire la révérence à l'autel, puis au Roi, et on reprend la marche en se couvrant, comme on est venu. Toutes les troupes sur la place, le peuple qui garnissait tout, et cette superbe marche le long de cette grande galerie, fait au mieux, mais les manteaux étouffaient et étranglaient encore plus en montant, et chacun en eut son saoul.
Le Roi, rentré dans son appartement, nous fit entrer. On appelle cela tenir chapitre, et cela se fait fort lestement, personne n’y pouvant rien dire. C’est pourtant alors que les Grands Officiers peuvent apporter les représentations ou doléances de l’Ordre, maïs le Roi en est quitte pour dire : « J'examinerai cela! » et aller son train. Monsieur, de très bonne grâce, lui offrit et lui recommanda les représentations qu'on avait rédigées le matin. Le Roi dit : « J’examinerai cela! » puis, avec l'air moins libre et aisé que Monsieur, il dit : « J’ai à vous proposer, Messieurs, pour commandeur ecclésiastique, et MM. les quatre otages, et mon porte-queue pour chevaliers laïques (en les nommant). On s’inclina, puis il dit : « Mettez par écrit et publiez! » Alors il ôta son immense manteau, s’amusa et sauta d’aise d’être désaffublé de tout cela, car, quoique très dur et fort, il sentit bien cette fatigue.
M. de Vergennes alla, les portes ouvertes, publier la promotion, savoir deux commandeurs ecclésiastiques, l’ancien précepteur du Roi, et l'archevêque de Narbonne. Les quatre otages de la Sainte Ampoule, comme cela est d'usage, étaient le vicomte de La Rochefoucauld (1), le comte de Talleyrand (2), le marquis de Rochechouart (3) et le marquis de la Roche-
(1; Jean-François, vicomte de La Rochefoucauld, né en 1735, d’abord connu sous le nom de marquis de Surgères, colonel du régiment de Royal-Champagne (cavalerie; avait épousé, en 1752, Anne-Sabine-Rosalie Chauvelin, fille du Garde des Sceaux.
2, Charles-Daniel, comte de Talleyrand, né en 173%, maréchal de camp en 1310, chevalier des Ordres du Roi en 1775, lieutenant général en 1784, avait épousé, en 1151, Alexandrine-Victoire-Eléonore de Damas d’Antigny.
(3) Jean-Louis-Roger, marquis de Rochechouart (1717-1196), maréchal de camp en 11761, lieutenant général en 1765, chevalier des Ordres du Roi en 1715, avait épousé, en 1351, Charlotte de Faulcon de Ris, nommée, pendant la même année, dame pour accompagner Mesdames de France.
Aymon (1), et, de plus, le chevalier de Talaru, qui avaient, ce jour-là, aidé à porter l'immense manteau du Roi, comme cela est encore d'usage. Comme tout cela ne peut 8e faire par des personnes titrées, cela fit qu'il n'y en eut pas dans cette promotion, et qu'elle se borna à ce qui est ordinaire, hors l'archevêque de Narbonne (2), qui fit crier, à cause dela jalousie qu’on portait à la jolie Mme Dillon (3), à qui la Reine marquait un attachement distingué. Il en resta encore, je crois, six de vacants. |
Il n’y eut qu’à aller se reposer ; les épaules me firent mal pendant deux jours. Il serait convenable qu’on fit les manteaux moins gênants, et qu'on les portät à quelques cérémonies.
Le mercredi 1% juin fut encore bien rempli et curieux. Nous allâmes, toute la famille, avec le duc de Charost, sur un échafaud couvert, vis-à-vis le nouvel hôpital, voir passer la cavalcade. Il faisait très chaud. La vue cest large, et on était bien placé. On suivit ce qui est écrit dans le petit livre des cérémonies. Les mousquetaires noirs, dont les chevaux étaient beaux, puisles gris, les chevau-légers à cheval, les gardes de la prévôté à pied, hors M. de Tourzel à cheval, très peu de seigneurs à cheval, parce qu'on n'avait pas été averti, sans quoi il aurait dû y en avoir davantage, quatre chevaux de main du Roi, superbement caparaçonnés, douze pages à cheval, les trompettes, les Cent-Suisses de garde à pied, ayant le duc de Cossé à cheval, en habit de Cent-Suisses, d'argent
(1) Antoinc-Charles-Guillaume, marquis de la Roche-\yÿmon, né en 1351, d’abord Garde du corps, et menin du Dauphin plus tard Louis XVI, fut promu brigadier en 1384, maréchal de camp en 1753, lieutenant général en 1314. Il avait épousé, en 1571, Colette-Maric-Paule-Ilortense-Bernardine de Beauvilliers, dame du palais de la Reine,
‘2, Arthur-Richard de Dillon, né en 1521, évèque d'Evreux en 1353, archevèque de Toulouse en 1358, et de Narbonne en 1762.
(3) Louise-Thérèse de Rothe, dame du palais de la Reine, morte à Paris -cn septembre 1782, àgéc de 32 ans, était lu femme d'Arthur, comte de Dillon, brigadier, colonel du régiment d'infanterie de son nom, maréchal de camp
en 1184, lieutenant swénéral en 1792, remarié, en 1385, avec mademoiselle de Latouche-Longpré.
La première comtesse de Dillon, après avoir joui de la faveur de la
reine, lui déplut par ses exigences et fut supplantée par madame de Poligoac.
avec un manteau, et qui avait tres bon air, quelques chevas liers de l'Ordre pèle-mèle {et pas assez, n'ayant pas été averis), les maréchaux du Muy, de Broglie et de Nicolaï, sans garder le rang et en uniformes de lieutenants-généraux, muis brodés de mème sur les tailles, le grand écuyer M. de Lambese, le Roi superbement habillé, en bas de soie comme les autres, et sur un magnifique cheval, où il était fort bien, les deux capitaines des Gardes à ses côtés, des écuyers à .pied, les six gardes écossais en hoquetons, à pied, sur les ailes, tout cela faisant très bien, mais un peu trop serré ct confondu, comme dans toutes nos cérémonies. Derrière le grand chambellan, le premier gentilhomme de la Chambre et le premier écuyer de front, les deux frères du Roi, puis les princes du sang : leurs habits, chevaux cet harnais étaient des plus beaux; on remarqua surtout le cheval de Monsieur, qui avait coûté quatre mille francs, celui du due de Chartres, avec un grand panache, et le harnais de beaux diamants du comte d'Artois.
Venaient ensuite les officiers des gardes du corps, puis le détachement choisi des gardes du corps, et les gendarmes de la garde fermaient la marche. Tout cela est fort beau : le moment où le Roi et les princes passent est frappant, mais cela parut un peu court, et pas assez garni. Le Roi ôta son chapeau, de bonne grâce, pour nos dames, en allant et en revenant ; il était mieux à cheval qu’à pied, s’y tenant mieux et menantbien son cheval.
Nous n'étions pas loin de l’église de Saint-Remi. Dès que le plus gros fut passé, nous nous fourrâmes dans les intervalles des gendarmes, et, non sans suer, nous allâmes à la suite. Les autres entrèrent au parc où étaient les malades, et moi je me fourrai à la suite du Roi, à l’entrée de l'église Saint-Remi. N'étant pas de la cavalcade, je n'osais d’abord me montrer, mais, voyant que cela était égal, je remis mon cordon bleu sur l’habit et me mis tout à fait à la suite, ce qui fit que je vis tout avec d'autant plus de facilité que nous étions peu de monde.
Le Roi alla près de la sacristie prendre le manteau et le
petit habit de l'Ordre du Saint-Esprit, pour suivre à la lettre les statuts qui prescrivent de l’avoir, quand on fait ses dévotions. C'était une nouveauté pour moi, qui me fit plaisir à voir, car, de mon temps, le feu Roi, ayant toujours eu des maitresses, ne les avait pas faites. Il est dit que le Roi doit être en état de grâce pour toucher les malades : c’est pourquoi, quoiqu'il les eût faites à son sacre, ilfit encore ses dévotions et communia là encore d'autant mieux qu'il n'y était que pour cela, et sans autre cérémonie. Il entendit ensuite, toujours prosterné et marquant une vraie dévotion, une seconde messe basse, et je fus extrêmement édifié de la religion qu'il marqua et du respect avec lequel il fit cette communionlà. Ce n'était pas faute qu’il fût entouré de bien des incrédules, mais il est certain que, s’il ne change pas, il aura bien de la dévotion, sans rien de gèné ni d’exagéré.
D'après la règle, tous les chevaliers de l'Ordre auraient dù être en petits manteaux, mais on préféra, pour le coup d’œil, les beaux habits. Après ces deux messes, le Roi, toujours en petit manteau de l'Ordre, alla dans le parc, toucher les malades, cérémonie dont je parlerai après.
Comme j'étais là, pour profiter de l’occasion, je laïssai aller le Roi et je restai à visiter l’église et ce qu'il y avait à voir : Saint-Remi est une église du xr° siècle, un beau et grand vaisseau d’un goût noble et simple. La maison des religieux venait d’être brûlée, avec une perte terrible de livres et de manuscrits, et on avait reblanchi l’église à la hâte.
Le maître-autel a un retable d’or antique fort beau. Derrière, au milieu du chœur, est un très grand mausolée avec figures, assez ancien, dans lequel, on renferme les châsses de saint Marcou et de saint Remi, et la Sainte-Ampoule. On me montra et on m’expliqua tout. On avait ôté les deux châsses et on les avait mises aux deux côtés de l'autel ; celle de saint Marcou, où le Roi va faire sa prière, est d’or et à l'antique. Celle de saint Remi est plus grande, d’argent ; elle n’a que cent ans et est belle.
On me montra, ensuite, en détail, la Sainte-Ampoule : elle est enfermée sur le devant du grand tombeau dont j'ai parlé.
La porte d’or, avec pierreries, est très ancienne. On tire de dedans (et c’est le sacristain, en chasuble et étole), un petit reliquaire carré d’or, avec de vieilles pierres précieuses non taillées. Il a, environ, cinq pouces sur chaque face. Derrière une glace, on voit dedans une petite bouteille d'environ un pouce de haut, qui est rougeûtre et sûrement de la plus haute antiquité. Elle me parut bien pleine. Il y a, dans le reliquaire et derrière, l'aiguille d’or dont on tire, au sacre, la grosseur d'un grain de blé, mais le père sacristain nous dit qu’on ÿ remet ce qui reste sur la patène, après les onctions, de sorte que, si on en tire un grain, on peut y en remettre deux. Il n’est donc pas étonnant qu’elle soit toujours pleine, et c'est du reste du Saint-Chrème, de sorte que c'est une espèce de boue ou de poussière grasse, et comme un onguent séché.
Où sait que la tradition rapporte que cette bouteille ou petite fiole d’un pouce de haut, aprèsla conversion et le baptème de Clovis, la veille de Noël de l'an 496, fut apportée par une colombe, à la vue de tous les assistants, jusque sur l'autel où saint Remi attendait le Saint-Chrème, qui ne pouvait arriver assez tôt pour le sacre, à cause de la foule qui remplissait l’église. Ce qu'il y a de visible, c’est que le reliquaire est très ancien, et que la petite bouteille le paraît encore plus. :
On montra aussi la canne en béquille, qu’on dit être celle de saint Remi, et quelques autres antiquités de ce genre, et il est certain, par la tradition de tous les plus vieux auteurs, que cela est très ancien.
Après avoir tout vu à Saint-Remi, j'allai me fourrer dans la foule pour bien voir letoucher des malades des écrouelles. On sait qu’on fait aussi remonter cet usage au temps de Clovis.
Devant l'église, à droite, il y a un ancien parcet une longue allée d'arbres. C'était le long de cette allée que les malades, dont beaucoup de jeunes gens, étaient rangés, des deux côtés, sous les arbres, à genoux et serrés l’un contre l'autre; ils tenaient des deux côtés, quoiqu'il y en eût plus de deux mille