‹ Journal inédit du duc de Croÿ, 1718-1784;Chapitre 28 sur 59 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

Moins portée par ses inclinations naturelles, vers les Beaux- Arts que vers les Sciences, il aimait, cependant^ les collections de tableaux, et, quoique ne fréquentant plus les théâtres depuis la mort de sa femme, s'y rendait, néanmoins, « en philosophe », dans les grandes occasions, soit pour apprécier le mérite d'une pièce à succès comme Le Siège de Calais, soit pour applaudir sa compatriote Mlle Clairon. Et son Journai prouve qu'il savait juger non seulement les œuvres dramatiques ou lyriques, mais encore leurs interprètes I Mais ce qui atteste le mieux, peut-être, son sens artistique, c'est sa description des grandes fêtes publiques, qu'il s'agisse du cortège royal se rendant à Notre-Dame pour un Te Deam, delà décoration de la cathédrale de Reims pour le sacre de Louis XVI, ou de celle des salons et jardins de Versailles pour le mariage de Marie- Antoinette. Les spectacles de la nature ne le laissent pas, non plus, indifférent, et, quand il en parle, il y a du poète dans sa prose, ainsi que le démontre son croquis de Paris vu, au lever du soleil, du haut de son observatoire de Châtillon.

On devine qu'avec de pareils goûts, M. de Croy préférait la société des hommes instruits à celle des petits-maîtres et des femmes élégantes, « entendant mieux, dit-il, leur langage, que celui de ce qu'on appelle beau monde. » Aussi les dîners auxquels il donnait la préférence étaient-ils ceux de M. de Chaulnes, astronome comme lui, de M. Trudaine, de M. de Bertier de Sauvigny, intendant de Paris, et des ambassad eurs étrangers, chez lesquels il était sûr de rencontrer des hommes distingués qui, de leur côté, trouvaient en lui un causeur digne d'eux.

En 1765, les astronomes Lemonnier et Cassini l'avaient engagé à poser sa candidature à l'Académie des Sciences, comme membre honoraire, en remplacement de M. de Montmirail, décédé. Malheureusement M. de Courtenvaux, beaupère de celui-ci, se mit sur les rangs, et ce fut lui que, par

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