LIV INTRODUCTION
En 1756, Mme de Pompadour se faisant remarquer par une dévotion insolite, la Cour s'attend à la voir jouer le rôle d'une Maintenon : quelqu'un ayant, en sa présence, mal parlé de Saint Augustin, M. de Groy l'entend prendre chaleureusement la défense de l'auteur des Confessions, Un autre jour, il la voit aller à la messe inôognito. Pourtant, au bout de quelques semaines, changement complet : « La gaité prit, tout à coup, le dessus, au point que l'on redevint belle comme le jour. On était engraissée ! On ne parlait que de choses galantes! On paraissait enchantée! Le Roi s'égayait. Il n'était plus question de dévotion. »
Le mot du jour fut que la Marquise s'était contentée d'un « quart de conversion ! »
L'incident fut suivi d'une recrudescence de faveur. Pendant assez longtemps, en effet, le Roi n'avait point souffert qu'elle dirigeât les « grandes affaires » du royaume, mais déjà l'on prétendait qu'elle avait, avec le concours de M. de Bernis, fait le traité de Vienne, et négocié directement avec M. de Kaunitz. Vers la même époque, M. de Croy Tentend déclarer impossible de suspendre les hostilités « avant d'avoir écrasé les Anglais! » Comme elle parlait, sur ce sujet, avec beaucoup de force et de dignité, il en conclut qu'elle avait plus d'élévation d'âme qu'on ne devait s'y attendre d'une personne de son état.
Elle règne, alors, en maîtresse absolue, et parait vouloir le bien. Les ministres travaillent chez elle; Bernis et Soubise sont ses premiers conseils. Quand M. de Croy lui présente un Mémoire sur la Marine^ il s'aperçoit qu'elle exerce jusqu'à la charge de contrôleur général : elle l'engage à recourir à des compagnies financières pour l'emprunt des quatre millions demandés par son Mémoire et même, si faire se peut, à en trouver douze dont elle a besoin pour les armées. A cette condition, mais à cette condition seulement, elle pourra, dit-elle, l'aider. On voit à quels expédients ne