INTRODUCTION LV
était réduite celle que la coupable faiblesse de Louis XV avait, en quelque sorte, créée régente du royaume !
M. de Croy ne se montre point ingrat; il n'accable point, après sa mort, celle qui, vivante, lui a rendu d'importants^ services : il rappelle Tobligeance, la bonté dont elle lui a donné tant de preuves, mais, comme la reconnaissance n'empêche point d'être juste, avoue « qu'il est arrivé à la France bien des malheurs de toute espèce, de son temps, et bien des^ dépenses inutiles I »
Avec l'autre demi-reine (1), Mme du Barry, M. de Croy n'aura point, comme avec Mme de Pompadour, de rapports directs — pendant son règne, du moins. Il se contentera d'observer et d'enregistrer ce qu'il apprendra d'intéressant sur son compte.
A de rares exceptions près, la partie saine de la Cour s'abstient de tout commerce avec elle, et cet ostracisme est moins dû à l'humilité de son extraction (celle de Mme de Pompadour n'était pas plus brillante !) qu'aux hontes de son passé. M. de Croy lui reconnaît, cependant, une grande qualité : la bonté. Quant à la beauté de Mme du Barry, il est, comme tout le inonde, obligé de lui rendre hommage. Il ajoute même — détail à noter — qu'elle a « bon ton ».
Cependant, la famille royale la tient à l'écart, et si les^ duchesses d'Aiguillon et de Mazarin l'accompagnent en qualité de dames d'honneur, leur exemple n'est point suivie et la présence, à ses cAtés, de la duchesse de Montmorency, pendant les fêtes du mariage du comte de Provence, est sévèrement jugée.
M. de Croy donne des détails curieux sur la lutte de la
(1) Nous empruntons ce mot au titre que M. Frantz Funck-Brentaûo donne k un ouvrage en ce moment sous presse : après un volume sur les Beines de Finance, il en publiera un second sur les Demi-Reines^ dont l'histoire nous montre parfois les tôtes plus réellement couronnées que celles des souveraines légitimes.