‹ Journal inédit du duc de Croÿ, 1718-1784;Chapitre 51 sur 59 · INTRODUCTION LIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LIX

celui de l'autre. Notre maître resta bien le Roi chez lui, sans aucune affectation. »

Il en est de même quand il accueille le comte et la comtesse du Nord, auxquels il fait les honneurs de Versailles avec d'autant plus de mérite qu'il n'aime point les cérémonies : quand, par exemple, assis sur son fauteuil, il reçoit M. de Croy maréchal de France, il lui tend le bâton fleurdelisé, puis se lève et s'éloigne si vite qu'il a disparu quand le nouveau dignitaire est parvenu à se remettre debout. Ce qui ne l'empêche pas, « dans son particulier, d'être tout autre, et très bon ».

— «c II ne lui manquait que d'agir par lui-même », dit ailleurs M. de Croy. Cependant, il semble qu'avec l'âge, la fermeté lui vienne, car il décide alors beaucoup de choses proprio motu^ et à l'insu de tous. C'est ainsi que, sans consulter personne, il nomme le maréchal de Broglie commandant des côtes de France, depuis Nantes jusqu'à Dunkerque. L'ordre règne dans le royaume, et les finances, auxquelles il n'a jamais permis à la Reine, ni à sa « Société )>, de toucher, paraissent se rétablir.

De cette Reine, M. de Croj' nous dit aussi les qualités et les défauts : et, pour commencer, nous rapporte la jolie anecdote de sa rencontre avec son époux, au Bois de Boulogne — elle à cheval, lui à pied — au temps de leur lune de miel. Marie-Antoinette, l'apercevant, saute à terre, et court au Roi qui lui applique, comme un bon bourgeois, deux baisers retentissants sur les joues, aux vifs applaudissements de l'assistance. Leur ménage est, en effet, excellent, et fait plaisir à voir. La Reine prend tout de suite « un très bon ton » ; elle a de la dignité, de la « politesse », et de la gaîté.

Malheureusement, elle ne tarde point à exciter des jalousies en témoignant une affection outrée à « la jolie Mme Dillon », et en cherchant à procurer à son mari un avancement anticipé. Elle adore la toilette, et M. de Croy la

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