‹ Journal inédit du duc de Croÿ, 1718-1784;Chapitre 52 sur 59 · LX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LX INTRODUCTION

voit, un jour, étaler devant son entourage « des diamants et de belles boucles d'oreilles qu'elle aurait voulu acheter, mais qu'elle cachait au Roi! » Goût fatal et qui entraînera des catastrophes ! Mais M. de Croy aura quitté ce monde quand elles se produiront.

Bientôt, poussée par des jeunes gens qui flattent son goût pour le plaisir, et par des libertins comme Besenval, qu'il voit un jour « ricaner » avec elle, dans un angle du salon de Versailles, et se moquer de toutes les personnes qui entrent, elle devient « très dissipée ». Toujours « très parée», elle court les spectacles, les bals, est continuellement « en l'air ». Elle passe, par exemple, une nuit au bal de rOpéra, rentre à sept heures du matin, dit bonjour au Roi, et repart aussitôt après, pour assister à une course de chevaux dans la plaine des Sablons. Elle a mis le jeu à la mode, et Ton se livre, chez elle, à un pharaon terrible ! Plus innocent est le jeu de billard, qu'elle pratique aussi. Elle aime tant le théâtre, qu'après une couche, elle organise, dans son appartement, une petite scène où elle fait jouer des pièces auxquelles elle assiste, étendue sur sa chaise longue.

Tout cela n'enlève rien à ses qualités dont la principale est d'être « bonne et aimable ». Elle se plaît à rendre service, et oblige avec délicatesse. On en pourra juger par le billet dans lequel elle promet à la duchesse d'Havre, fille de notre héros, de s'intéresser au « Gordon bleu » de son mari. Tout le monde remarque la bonne grâce avec laquelle elle va à l'offrande, le jour du mariage de M. de la Rochefoucauld (1781). A une fête en l'honneur du comte du Nord (( elle était, dit M. de Groy, fort bien, d'une politesse et d'une grâce prévenante et charmante. Je fus surtout frappé d'une contredanse qu'elle dansa au mieux, ainsi que lui, avec M. de Lafayette. » Un autre jour, elle distribue des gâteaux aux enfants de M. de Groy, et l'on pense que leur grand-père l'entend, sans déplaisir, les déclarer « charmants » !

Page 1