LXII INTRODUCTION
reste, « une 1res bonne tête », un esprit juste, comme celui de son aïeul.
Tel est le croquis laissé par M. de Groy, du Roi et de la Reine vus dans le temps de leur prospérité. La pointe de fermeté qu^on relève dans celui de Louis XVI ne laisse pas d'imprimer à sa figure une couleur originale, et, quant à celui de Marie- Antoinette, il confirme, par des détails nouveaux, ce qu'on savait du caractère de cette princesse, dont la légèreté devait lui être aussi fatale qu'à son époux !
Honnête homme, bon père de famille, militaire et savant distingué, M. de Groy méritait d'être heureux, et il le fut, malgré les « tracasseries » de Gour qu'il eut à subir, les intrigues qu'il lui fallut déjouer. Il fut heureux dans sa famille qui, reconnaissante de ses soins, l'aima et ne lui offrit que des sujets de satisfaction. Il fut heureux par la réussite de ses travaux, par la considération et les honneurs qui en furent le couronnement, enfin par la satisfaction intime que procure le devoir fidèlement accompli. Mais, comme il n'est point de bonheur parfait en ce monde, on découvre une ombre au tableau : sa santé, dont il eut à se plaindre depuis son enfance jusqu'à sa mort.
11 souffrait d'une affection du foie et de l'estomac, à laquelle se joignirent, plus tard, des « rhumatismes catarrheux », affection que Tronchin essaya, non sans succès d'abord, d'enrayer au moyen du régime végétarien, dont, on le voit, la première idée ne saurait être revendiquée par la médecine contemporaine. Mais ce régime ne suffisait point à calmer ses douleurs. Elles ne cédaient qu'à la fatigue physique et aux efforts violents.
En 1775, il est obligé de rester un an éloigné de la Gour, et si malade qu'il ne peut même plus se distraire en travaillant
I^îTHODUCTION LXIII
à son grand ouvrage d'Histoire naturelle. Son état général, compliqué de surdité, le contraint, en 1782, à rompre définitivement avec Versailles, ou du moins à borner ses visites aux bureaux des ministères auxquels ressortissent ses emplois. Il comprend que sa fin approche, mais n'en continue pas moins à user du seul remède que comportent ses maux, de sorte que, jusqu'en 1783, on le voit galoper au Bois de Boulogne, ou sur les routes d'Ivry et de Châtillon, avec laine de ses petits-fils.
En novembre de la même année, ses jours, comme ses nuits, ne sont qu'un long martyre. Il a de la fièvre, des vomissements, une (c goutte sciatique » qui enfle son estomac, et aussi ses pieds. Il ne s'en console qu'en suivant, avec un intérêt passionné, les progrès de la découverte de M. de Montgolfier. En janvier 1784, par un dernier effet de l'énergie dont il a donné tant de preuves, il se fait transporter, presque mourant, de Condé à Paris. C'est alors qu'il écrit ces mots mélancoliques : « Ayant tout, et étant au pinacle, je désirais finir, ne pouvant soutenir mes douleurs ! »
Enfin, il achève, à Paris, au milieu des siens, dans l'hôtel
de Croy, témoin de ses joies et de ses peines, une existence
bien remplie, le 30 mars 1784, huit jours après avoir dicté
(car il ne pouvait plus écrire) les dernières lignes de son
Jo aimai !
En terminant cette IntroductioUy remplissons le devoir agréable de remercier les personnes qui nous ont aidés à nous acquitter de notre tâche : en tête vient le nom de notre regretté maître et ami Ludovic Lalanne, qui, grâce à sa parfaite connaissance de la Bibliothèque de Tlnstitut, dont il était un des hauts fonctionnaires, a su retrouver le Journal du duc de Croy, au milieu des livres imprimés où il avait