‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 35 sur 68 · Du couvent de Saint-Michel, dans le diocèse de Totil · texte numérisé non relu

Du couvent de Saint-Michel, dans le diocèse de Totil

2. Ce moine fut exécuté le 3 aTril. Yoy. de Thou, 1. GXXIII, t. XIII, p. 423.

3. Voy. fonds Dupuy, HO, fo 99, B. I., Satisfa^ctian de M. de Saint-PhaUe à M. du Plessis. Elle est imprimée au t. lY des Mémoires d'État , à la suite de ceux de Yilleroy. Voy. P. Leloùg,

a MoDS'. le Connestable avec Messieurs lesHareschaux de France s'en iront trouver le Roy pour lui dire comme ils ont entendu ce qui s'est passé entre le sieur du Plessis et de St. Phalle. Qu'ils ont trouvé que le sieur de St. Phalle a grandement offensé Sa Majesté^ dont il mériteroit punition^ et qu'il ne pouvoit yenir au Combat avec le sieur du Plessis pour la qualité de l'Offense qui Ten a rendu incapable.

a Et aians ci devant les parens dudit St. Phalle supplié Sa Majesté de lui pardonner l'offense qu'il lui avoit foite.

a Monsieur le Connestable dira qu'ils l'en ont supplié de nouveau; et qu'avec eux il en supplie Sa Majesté de trouver bon qu'il lui présente led. de St. Phalle pour se jecter à ses pieds et lui en demander pardon.

a Lors ledit sieur de St. Phalle se présentera devant Sa Majesté; et mectant un genouil en terre^ la suppliera très humblement lui pardonner la faute qu'il lui a faite; et trouver bon qu'en sa présence il satisface Mons'. du Plessis. Puis il se lèvera et dira audit Sieur du Plessis :

a Mons% aiant creu que vous aviés fait quelque Rapport au Roy qui poUvoit révoquer en doute la fidéUté que je lui doiS; comme son très fidèle subjet ; cela a esté cause qu'estant à Angers ; aians disné ensemble au logis de Hons'. de Rochepot; vous voiant sortir du

t. Il, 49758, et Duplessis Mornay, Mémoirei, in-8, éd. 48SI4, l. I, p. 347, 334 et 337.

logis accompagné de quatre hommes^ je sortis peu après Yous^ plus accompagné que yous^ et en trouYai encores qui se joignirent aYec moi. Vous aiant rattaint, je Youlus m'esclaircir de ceste doute aYec yous. Sur quoi YOUS me dites honnestes langages y m'oflhint me faire telles raisons qu'on a accoustumé entre gens d'honneur^ chose suffisante pour me contenter. Mais la créance de ceste offense aYoit peu tellement sur moi qu'elle m'osta la Raison. Prenant un baston quej'aYois derrière mon dos^ sans que yous le peussiés préYoir^ et YOUS en donné un coup qui yous porta par terre. Soudain j'allai à mon cheYal^ quoique les miens eussent l'espée à la main, et donnèrent quelques coups aux Yostres^ qui Youloient yous garantir des miens. Je reconnois yous aYoir fait ceste offense de propos délibéré et aYec tel aYantage qu'il n'y a homme d'honneur à qui l'on ne puisse faire le semblable. Qui me fait yous supplier me le pardonner, et me soubmets de receYoir de Yostre main un pareil coup que yous receustes. Vous suppliant intercéder Yers le Roy à ce qu'il face arrester le coup de la Justice pour les punitions que j'ai méritées , d'aYoir si indignement offensé un gentilhomme de YOstre qualité. Conseiller d'Estat, et qui exerçoit une Commission de si grande importance, et demeurerai en Récompense toute ma Yie Yotre Ami et Senriteur, yous asseurant que si pareille chose m'estoit arriYée, je me contenterois d'une telle Satisfaction.

a Hons^ du Plessis dira au Roy qu'il le supplie très humblement de pardonner son offense aud. sieur de

St. Phalle, et pour le Regard delà sienne qu'il eust bien désiré d'en tirer sa Raison par autre voie.

« Le Roy fera lors cest honneur aud. sieur du Plessis de lui dire qu'il avoit jugé l'autre tel qu'il ne devoit estre recherché par la voie des armes^ et au reste qu'il reconnoist la soubmission de St. Phalle suffisante pour réparer l'injure qu'il a receue, et qu'il s'eû doit contenter^ mesmes pour ce qu'il y va de son service de voir assoupir les quereUes entre ses serviteurs et de telle qualité^ et qu'elle lui commande le faire. Et pour ce qui est de rôflènse de Sa Majesté , qu'elle y pourvoirra selon qu'il verra estre à faire.

o Le sieur du Plessis dira lors aud. sieur de St. Phalle, que puisqu'il plaist à Sa Majesté et que Hess", le Connestable et Hareschaux de France trouvent qu'il y a occasion de Satisfaction, qu'il lui pardonne par son Commandement.

a Le Roy fera lors cest honneur aud. de St. Phalle de lui dire qu'il lui pardonne à la prière dud. sieur du Plessis, et lui remonstrera sa faute, lui commandant de se garder à l'avenir retourner en semblable.

a Signé : H. de Montmoranci, de La Tour, Brissac, Lavardin, d'Omano, de Laval. »

Ce jour s'esleva sur le soir, à Paris, un bruict d'une St. Barthelemi de huguenots qu'on vouloit faire, bruict aposté par quelques séditieux, et du tout hors de propos. Pour y donner couleur, on disoitque Mons^ de Bouillon et le Sieur du Plessis Momay en avoient eu advis, ce qu'ils désavouèrent tous deux. Ceux de la

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Ligue disoient que c'estoient les huguenots qui la youloient faire sur les Catholiques.

Les mesmes firent courir uq faux bruid que Messeigneurs de Hontpensier^ Joieuse et d'Espamon avoient fait ligue ensemble pour .s!opposer à l'Edita dont on disoit que le Roy avoit esté adverti et qu'il aToit tait response qu'il n'en croioit rien^ mais*,... tant estoit^ qu'on le pourroit nommer le triumvirat du fol, du sot et d'un magicien.

Le Samedi xyk» de ce mois^ fust par H', le Procureur Général présentée à la Cour la suivante requeste, qui lui fut respondue sur le champ :

a Supplie le Procureur Général du Roy, disant qu'il a esté adverti qu'un nommé Robert de Hangest, dit le Capitaine la Forest, avoit eu volonté de tuer et assassiner le Roy, et pour ce faire, se seroit voulu aider d'un certain poignard, lequel il auroit fait empoismmer, afin que la plaie en fust mortelle. Et d'autant que ce lait est de dangereuse conséquence, et grandement dommageable au publiq et qui mérite une punition très exemplaire, le Suppliant requiert Commission lui estre délivrée, adressante aux plus prochains Juges des lieux et domiciles des tesmoins qui en peuvent parler du tait, qui sont le BailUvf de Sentis ou son Lieutenant, à Compiégne et Yillers Costerels. Pour ladite information faite, communiquer au suppliant, prendre par lui telles conclusions que de raison, et vous ferés bien.

a Signé : de la Guesle. »

Ait Commission. Collationé. Voisin. Duplicata.

Ce jour fust pendu^ à la Croix du Tirouer, un petit laquais de xiu aus qui avoit dérobbé 300 escus à son maistre.

Le Mardi xvi'' de ce mois, Lugoli^ Prévost de THostel^ alla prendre prisonnier dans le couvent des Cordeliers de Paris, un Cordelier, chargé par un tayernier, nommé Macé Roger, d'avoir voulu tuer le Roy avec une espée et une pistolle. Le Cordelier coucha la nuit au petit Chastelet, mais il en sortist incontinent, et le tavemier fùst tnis en sa place, pour avoir esté avéré qu'il avoit &ussement chargé le Cordelier de ce crime, pour de l'argent qu'il lui devoit, dont mesmés il avoit fait arrester ses vins. Joinct ique la pistolle fust trouvée n'avoir point de rouet, et l'espée toute rouillée qui tenoit pour gage au Cordelier de six escus.

Le Mercredi xxvu% ung nommé le Mesle, dit la Roguinière, natif de la ville du Mans, et Clerc du greffe de lad. ville, eust la langue percée d'un fer chaud, et les deux lèvres couppées, pour avoir proféré des blasphèmes exécrables contre Jésus-Christ, fist amande honorable la corde au col et fust banni à perpétuité du Roiaume de France, et à lui enjoint d'en vider dans XV jours, lesquels passés s'il y estoit trouvé, seroit pendu et estranglé sans forme ne figure de procès.

Le Samedi xxx% un paveur fust pendu à la porte de Paris, pour avoir dérobbé deux assiettes d'estain en une taverne. U ai^oit eu la fleur de lis autresfois pour avoir dérobbé le plomb des fontaines, ce qui fust cause de le faire pendre.

Ce jour, deux gentilshommes aians esté menés prisonniers par Rappin^ pour avoir dit quelques paroles contre le Roy ^ après que Sa Majesté eust commandé à Rappin de les mettre dehors^ prirent à partie led. Rappin^ qui leur envoia six hommes masqués qui les aiants conduits hors la ville, leurbaillerent à chacun un bulletin portant deflènse à eux d'approcher la Cour du Roy de 50 lieues.

Le Dimanche , dernier de ce mois. Madame, seur du Roy, fust mariée dans le cabinet de Sa Majesté, à St. Germain en Laye, avec le Marquis de Pont, qu'on nonmioit le Duc de Bar, fils aisné du Duc de Lorraine, par Mons'. de Rouen S frère bastard du Roy, lequel cmn duit le nouveau marié à la messe, comme aussi fist la nouvelle mariée, conduitte au presche par Mons'. de Bouillon et autres Seigneurs et Gentilshonunes de la Religion en grand nombre *.

Peu de jours auparavant s'estoit retiré de la Cour Mons\ le Comte de Soissons, qui dit qu'il s'en alloit pour ne point voir ni l'Edit, ni le mariage, au reste fort content de la bonne chère et réception que lui avoit fait le Roy, et de l'honneur qu'il avoit eu d'estre son Compère, mais un peu marri de ce qu'on ne lui avoit

4 . Charles de Bourbon , fils d*Ântome de Bourbon et de Louise de la Beraudîère, évêque de Lectoure en 4590, archevêque de Rouen le 5 novembre 4594, se démit de cet archevêché en 4606, mourut en 4640, après le roi son frère.

2.Voy.Sully,Jlfi^wioir<?«, 1. 1, p. 306; Palma Cayet, Chron.sept,, p. 44.

rien donné, car il eust bien estimé cest honneur autant ou davantage que l'autre.

Ce jour, dernier du mois, comme on devisoit du mariage de Madame , et d'un autre encore de plus grande conséquence, qui estoit le mariage de madame la Duchesse et du Roy, que beaucoup de gens craingnoient et croiioient, ung nommé Risacassa, Piedmontois, qui a esté des moins trompés en ses prédictions» dit à un mien ami, qui me le redit le lendemain, qu'il Fasseuroit sur sa vie que jamais ce mariage ne se feroit, voire plus, que la Duchesse ne verroit point le jour de Pasques, et qu'il se souvinst qu'il lui avoit dit *.

En ce mois de Janvier et le ix« d'icelui, mourust à Lyon Pierre de Pinac «, Primat de France et Archeyesque dud. Lyon, en Faage de 59 ans. Se sentant proche de sa fin, il flst venir à lui un homme d'Eglise des siens, qu'il aimoit et estimoit, et le pria et conjura fort de lui dire ce qu'il sentoit de Dieu , connue s'il n'eust pas esté fort asseuré de ce qu'il en devoit croire. On en a brouillé et escrit autrement, mesmes un historien de ce temps sien ami. Mais la vérité est celle que j'escris.

4 . Note de LTstoile. < Si Madame eust eu Tasseurance de cest accident que prédisoit Rizacasza, jamais n*eust esté mariée à Lorrain ni en Lorraine. »

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