‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 48 sur 68 · Voy. P.-Cayet, Chron. sept., p · texte numérisé non relu

Voy. P.-Cayet, Chron. sept., p

Une nommée la Scote^ magicienne^ et qui faisoit profession publique de Magie et de Sorcellerie^ mourut aux fauxbourgs St.-Germain à Paris en ce mois. Et ne youlust permettre Mons'. de Chavagnac^ curé de TÉglise St.-Supplice à Paris y qu'on l'enterrast dans son Église, de laquelle il lui avoit défendu l'entrée longtemps auparavant^ aiant esté adverti de sa vie et profession infâme.

En ce mois fust receu au Parlement de Paris le premier Conseiller se disant de la religion, et faisant publique profession d'icelle, qui estoit un nommé Garraut, qui avoit autresfois esté conseiller du grand Conseil.

Quelque temps après y fust receu ung autre nommé Berger de mesme profession et religion.

AOUST

JLe Mercredi ii'' de ce mois, sur les six heures du soir, le tonnerre tumba à Fontainebleau sur une des galeries, où il abbattist et gasta tous les chifihres de feue Madame la Duchesse et du Roy \

La nuict du Jeudi x*" de ce mois, laquelle finissoit le jour limité au Duc de Savoie pour l'eflèct de ses tant réitérées promesses, la ville de Bourg, Capitale du pays Bressan, fust réduite en l'obéissance du Roy, sans autre

f . Voj. Ménwiren de Duple$9i$ Momay, t. 1, p. 383.

perte que d'un soldat^ ressérant destrement et par forme d'asseuré blocus les retirés dedans le fort^ si qu'ils n'eussent moins d'en sortir qu'à leur désavantage. Aiant trouvé bon de patienter et mesnager le temps^ l'argent et l'armée qu'il fallait pour gangner et battre une si forte place *.

Le lendemain^ qui estoitle Vendredi xi"" du présent mois, l'ouverture de la guerre contre le Duc de Savoie fust criée et publiée à Lyon, et la nuict mesme Sa Majesté fist entrer son armée en la Savoie pour la surprise de Mommélian, le voulant entamer par la principale et plus importante place de toute la Province *. Dont le Duc de Savoie adverti, en dissimulant son raaltalent, et faisant^ comme on dit, bonne mine en mauvais jeu, dit qu'il feroit encore longtemps porter la cuirasse au Roy*. Ce qu'aiant esté rapporté à Sa Majesté, repartist incontinent qu'il lui feroit à lui porter la besace. Sur quoi fust divulgué le quatrain suivant :

Il voiLS fera porter la Cuir ace Ce Duc ambitieux et vain; Faites lui porter la besace, L'Espagnol lui donnera du pain.

Le Mercredi xxiii® de ce mois , la ville de Chambéry,

4. Voy. de Thou, 1. CXXV, t. XIII, p. 520; Sully, Mémoires, t. I, ch. cxvi; P.-Clayet, Chron. sept., p. 408.

2. Voy. SnWjf Mémoires, U I, p. 339; P.-Cayet, Chron. sept,^ p. 409.

3. Voy. P.-Cayet, Chron, sept., p. 445; de Thou, t. XIII, p. 548.

Parlement de la Savoie et siège du dernier ressort de la Province^ fust réduite au Roy sans résistance et par composition ^ Où le Roy entra et yérifla le dire des devins du Duc de Savoie : Qu'au mois d'Âoust de ceste année, il n'y aurait point de Roy en France.

SEPTEMBRE

i^e Dimanche x"" de ce mois, le fort de Charbonnières en Savoie fust réduit au Roy par capitulation, que les Assiégés sortirent sans drapeaux, mesches esteintes, et bagues sauves, ce qui fust exécuté *.

En ce mois, on receust à Paris nouvelles de Testrange trag8Bdie jouée en Escosse par le comte de Gaurie, Escossois, qui voulant tuer le Roy d'Escosse fust lui mesme miraculeusement, et par ung juste jugement et permission de Dieu, tué par un page dudit Roy, nommé Rampsay'.

Mons'. Cazaubon, homme singulier en doctrine et en la connoissance des langues, principalement de la Gneque, arriva à Paris par commandement du Roy qui l'y

4 . Voj. de Thon, t. XIII, p. 623 ; SiiUj, Mémoireê, 1. 1, p. 333; P.-Cayet, Chron. Mpt., p. HO.

t. Voy. de Tbou, p. 624; Sullj, Mémoires, p. 336; P.-Cayet» Chron. sept,, p. 440.

3. Voy. de Thou, 1. CXIIY, t. Xlll, p. 490, le rédi de œ nngoUer complot, et P.-Cayet, Chron, sept., p. 103.

aToit mandée pour estre son professeur Roial en la langue graeque. Ce qu'il ne peust à cause de la religion ^

Mourust en ce mois à Paris Mons^. Brisart^ conseiller en la grand Chambre^ homme de bien, mais si long en l'expédition des procès des pauvres parties, qu'ils n'en pouvoient sortir. Tellement qu'un jour une pauvre femme, du procès de laquelle il estoit rapporteur, n'en pouvant cheoir, comme elle en eust fait plainte à son procureur de sa longueur, et qu'elle lui avait jà baillé plus de cinquante placets. Le procureur, sans y penser autrement, lui fist response qu'elle en âst faire deux cents, et qu'elle les luisbaillast, ce que la bonne femme entendant à la bonne foy, va faire depescher tout à la haste cent placets, et les aiant enfilés trèstous ensemble, aUa les présenter de ceste façon à Mons'. son rapporteur, lui disant que son procureur lui avoit conseillé, pour estre plustost depeschée, de lui présenter deux cents placets, dont elle en avoit fait faire ces cent tout à la haste et qu'elle lui apporteroit bien tost les cent autres. Lors, Mons'. Brisart, se prenant bien fort à rire, voiant lanaifveté de ceste bonne femme, la depescha tost après. Sa simplicité lui aiant plus servi que la courtizerie de beaucoup d*autres, qui y eussent inutilement despendu et leur temps et leur peine.

En ce mois^ les vents à Paris furent si violens et impétueux, qu'ils déracinèrent en une nuict le May placé

4. Voy, Lettres missives de Henri IV, t. V, p. 80. Gasaubon était appelé à Paris par lettre de Henri lY du 3 janvier 4599.

devent les grands degrés du Palais, et le jettèrent à bas de telle impétuosité qu'il rompist tous les ovans de là autour^ et gastèrent une boutique de là auprès.

OCTOBRE

JLe mariage du Roy et de Sérénissime Marie de Hédicis fust fait et célébré dans la ville de Florence \ selon la procuration qu'en avoit envoie Sa Majesté au grand Duc pour cest efléct^ le Vendredi vi* jour du présent moisd'Octobre, en la forme et manière contenue en une lettre (qui n'a esté imprimée) escrite de Florence le tu* de ce mois, qui contient aussi les festins et magnificences qui y furent faites. De laquelle lettre un mien Ami me donna la copie suivante :

Le mariage du Roy se flst hier en ceste ville. Le maistre des Postes de Romme en va advertir le Roy. II ni eust rien d'extraordinaire en ceste cérémonie. Le Légat dit la messe. Â main droite y avoit un Poisle de drap d'or^ rehaussé de trois degrés^ tapissé en bas de velours cramoisi où monta Mons^. le Légat ^ et s'assist en une chaize. La Roine etMons'. le Grand Duc estoient sous un autre à main gauche. Ils se levèrent tous deux. La Roine conduite par Mons'. le Grand , grand escuyer de

4. Voy. de Thou, 1. GIIV, t. XIII, p. 552; P.<4:ayet, Ckrtm. sept., p. U5.

France^ s'alla mettre à main droitte du Lcgat^ Mom^. le Grand Duc à gauche. Après^ Hons'. le Grand Duc présenta la procuration qu'il avoit pour espouser la Roine au nom du Roy. Elle fust leue par deux prélats; puis celle que le Légat avoit du Pape pour faire cest office. Cela tait, les espousailles se firent, et le canon tira de tous costés. La Messe flnie^ on baptiza une fille du Grand Duc que les Ambassadeurs de Venise portèrent au nom d'icelle^ puis on se retira K La nuict venue^ il fust préparé un festin Roial à toutes les Dames de qualité. 11 y eust bal ayant cela^ où l'on dansa à la mode du pays. Là Roine Youlust qu'on dansast des courantes et des bransleS; et que Mons'. le Grand commencast^ lequel Sigongne et Chalart suivèrent. La feste n'a esté belle qu'au riche appareil du festin. 11 y fust préparé une grande salle^ où à main droite et à main gauche y avoit deux tables^ où s'assirent les Dames, et estoient posées au bout de celle de la Roine qui tràVersoit toute la salle haute eslevée de quatre degrés. Tout vis à vis, à l'autre bout de la salle, il y avoit une crédance ou buffet en fleurs de lis, qui montoit jusques au plancher, garni tout de yases d'or et d'argent, de porcelaines, d'Âgathes, d'Esmeraudes, rubis, sappbirs et diamans par dedans, de la yaleur de dix huit cent mil escus.

La table de la Roine fust couverte d*une chasse de tous animaux, avec de grands arbres , partie faits de

1 . Palma-Gayet reproduit textuellement cette partie de la lettre, Chron. sept,, p, 116.

sucre et partie de linge ploie. La Roine s'assist au milieu. A sa main droite estoit la Duchesse de Hantoue sa sœur^ la grande Duciiesse et la Duchesse de Bressiane; à la gauche» le Légat et le Duc de Hantoue; le grand Duc Dom Virginio Ursin la servist d'Escuier, et Dom Jean, frère du grand Duc, d'Eschansson. Le premier service levé, la table se sépara et disparut, une partie d*un costé, et l'autre de l'autre; et à Tinstant en vinst une autre du bas, toute couverte de confitures; après celle là une autre, qui estoit un pré vert, garni d'arbres et de fleurs, avec une fontaine à chaque bout, et infinis petits oiseaux qui voloient par la salle.

Les tables des Dames furent aussi levées, et s'y trouva dessous une table, couverte de confitures. Puis des deux bouts de la salle vinst une nuée, dedans laquelle, à un des costés, y avoit une femme, assise dans un chariot, tiré par des Paons, représentant Juno; a l'autre, une dans un autre chariot, tiré par des chevaux représentant Minerve, qui toutes deux chantoient des hymnes & la louange de la Roine.

Dimanche il se doit faire une superbe comédie, et Lundi une Pastorelle, dont la despense coustera plus de soixante mil escus ^

Le Mardi xviie du présent mois d'Octobre, Madame la Duchesse d'Eguiilon * mourust à Paris en la fleur de

4 . Voy. Tanalyse de cette comédie par Palma-Gayet, Chron, Bept., p. 447. 3. Henriette de Gonzague Clèves, fille de Louis de Gonia^ne ,

son aage, et en sa première couche d'un enfant mort qu'on lui tira de son ventre. Elle estoit de la maison de Nevers.

NOVEMBRE

JLe Vendredi hi** de ce mois^ la Roine arriva à Marseille^ de laquelle arrivée un mien ami me presta le discours suivant (qui n'a esté imprimé) escrit particulièrement à un grand Seingneur de la Cour^ contenant des jiarticularités véritables et remarquables K

Mons'. de Guise^ estant adverti de l'arrivée de la Roine proche de Marseille^ et aiant sceu qull n^avoit eu la nomination du Roy pour l'y recevoir, ains Messieurs les Cardinaux (combien qu'il prétendist que cela lui appartenoit comme gouverneur et Prince en son gouvernement)^ s'embarqua dès le matin en une galère^ et alla à trois mille au devant d'elle^ accompagné d'une infinie noblesse du pays^ qui lui firent la révérence au Chasteau d'If^ où elle disna.

Les maistres d'hostel et officiers du Roy en firent de mesme.

prince de Mantoue, et d^Henriette de Glèves , duchesse de Nevers, mariée en 1 599 à Henri de Lorraine , duc de Mayenne et d'Aiguillon. C'est par erreur que sa mort est indiquée en 4601. P.Anselme, t. III, p. «91.

1. Voy. Palma-Çayety Chron, sept., p. 118, la relation du ▼oyage de la reine.

Ladite Dame arrîTa sur les entre quatre et cinq heures du soir, accompagnée de cinq galères de nostre St. Père, cinq gallères de Halte et six gallères de Florence, et celle où elle estoit, nommée la Réaile, toutes fort bien et magnifiquement accommodées. Au port de Marseille y aiant ung pont de bois qui alloit du logis de lad. Dame à laGalléne, où elle mist pied à terre, et là estoit attendue avec le Poisle qui fust porté par quatre Consuls de la Tille qui avoient le genouil en terre. Deux desquels, les plus anciens, présentèrent deux grands clefs d'or à Sa Majesté, qu'elle prinst et les donna à Mons'. de Lussan, capitaine des gardes Escossaises, et fust reçeue par Messieurs les Cardinaux et Officiers de la Couronne, et grand nombre d'autres Seigneurs, Princes, Princesses, Duchesses et infinies d'autres Dames. Lad. Dame estant accompagnée de Mesdames la Grande Duchesse de Toscane et de Uantoue, et de trois Princes, deux de la maison de Médicis, et un de celle dllrsini; de plusieurs autres Seigneurs el de quatre vingt et dix Dames. Elle estoit Testue d'une robbe de drap d'or, coiffée haut à l'Italienne. Ses nœuds justes avec les cheveux sans poudre, le visage sans tard, sa gorge un peu ouverte, avec un rang de grosses perles dedans.

Estant lassée de la mer, se relira de bonne heure avec les Princes et Princesses de sa suite sans estre veue jusques au lendemain, qu'elle ouîst la messe en son logis, et disna en publiq, et après disner vinst à vespres en l'Église proche de son logis, et lors commença à paroistre en Cour, elle vestue d une robbe de drap d*or à

fonds colombin à grande queue^ aiant sa teste accoustrée comme le jour de devant^ et sans masque^ suivie de quinze carrosses. Ses Pages et Estaâers en grand * nombre tous irestus de toile d'or imprimée avec force passemens d'argent^ larges de deux doigts. Ses filles^ Dames d'honneur et Damoiselles vestues à l'Italienne^ toutes d'une couleur et parure de toile d'or et d'argent^ accompagnées d'un grand nombre de gentilshommes tous revestus de toile d'or et d'argent, suivis de leurs Serviteurs, Pages et Laquais, accoustrés somptueusement des couleurs des maistresses de leurs maistres, rendoient une lueur et esclat si beau et si grand qu'il faut confesser que la suite des Princes et Princesses de la France ne parust rien auprès de cela.

Sa Majesté est de fort riche taille, grasse et en bon point, a l'œil fort beau et le teint aussi, mais un peu grossier; au reste sans fard, poudre ni autre vilanie. Hons'. le Grand et ceux qui l'ont accompagnée ne se louent pas fort des Florentins, et y a des querelles ordinaires non-seulement entre les laquais et estaflers du Roy et de la Roine, mais mesmes entre les Seigneurs et gentilshommes, jusques au sang répandu, et est la nuict qui ruent les grands coups.

Il faudroit beaucoup de papier pour particulariser le tout. Quoique c'en soit, on y fait bonne chère pour son argent, mais le Roy s'en lassera bien tost. Car il desfraie tout, et fait son Estât de trois mil cinq cens escus qu'il lui en couste par jour. Il n'y a pas jusques aux forçats des gallères qu'il ne nourrisse. D'une chose

466 JOURNAL DU RËGNE

66 plaignent fort les François^ c'est que ceux que le Roy avoit envoies un mois devant pour attendre la Roine et la servir ont tousjours vescu sur leur bourse^ et ne seront sans emprunt de moiens pour s'en retourner. Car à la mode de Florence^ le donner est perdu, et le tout y est fait chiche.

L'humeur de la Roine plaira fort au Roy, car elle est prompte et gaye, porte une grandeur au front assez modérée, toutesfois altière et accorte, aime fort la chasse aussi bien que le Roy, et la musique aussi ; qui a esté cause que Sa Majesté lui a envoie la sienne avec tous ses violons et joueurs d'instrumens, que la Roine et tous les Seingneurs et Dames de sa suite ont loué et admiré tout ensemble.

Le Mardi xxi^ de ce mois arriva à Paris le Seingneur Bordeox qui apporta lettres du Roy à Mons'. le Premier Président de la reddition du Chasteau de Montmeillan, place imprenable (disoit-on) à tout autre guerrier fors qu'au Roy.

Ce jour un pauvre fol nommé Martingan, qui couroit les rues de Paris, et alioit criant au Palais et partout^ Vive le Roy I donnant pour compagnons à ce vivat tous ceux qui le faisoient boire, et lui donnoient de quoi dlaner, se noia en passant Teau près les Augustins, sans qu'on le peut sauver. Il crioit en se nayant Vive le Roy ! et f ust porté mort dans le Couvent des AugusUns, où il avoit autrefois esté moine.

Le Jeudi xxur de ce mois. Monsieur de Montenay,

cousin germain de Monsieur de Longueville, Seingneur de 50 mil livres de rente^fust décapité dans Rouen pour avoir suborné sept faux tesmoins^ ausquels il avoit fait déposer qu'un gentilhomme de la femme duquel il avoit longtemps abusé et abusoit encores^ lui avoit derobbé deux mil escus, à cause de laquelle fausse accusation, il Tavoit fait emprisonner et condamner. Hais l'innocence du Gentilhomme avérée et descouverte, ledit de Montenay estant en la prison pour faire receler et confronter les tesmoings, y fust retenu lui mesmes et à quatre jours de là exécuté à mort nonobstant les prières et intercessions de Madame de Longueville sa parente, laquelle, accompagnée de bien 200 gentilshommes, sollicitoit pour lui. Estant partie de Paris le Dimanche au soir, et arrivée dès le Lundi au matin 4 Rouan pour cest eflèct. Bonne justice et rare, et pourtant remarquable.

Le Vendredi xxiv^ de ce mois. Veille Ste. Catherine, lemaistre de l'Image St. Pierre aux fauxbourgs St. Germain des Prés près le Pilori, s'estant levé dès le matin et aiant dit à sa femme qu'il s'en alloit à la messe, s'alla se noier à la nouveUe tuilerie, et s'estant de propos délibéré précipité dans l'eau, ânist ainsi sa misérable vie. Misérable en toutes sortes, pour estre estimé homme de mauvaise vie, ligueur, seditieus, grand putier et blacH phémateur, n'estant aagé que de 35 ans ou environ, et toutesfois ne pouvant plus cheminer qu'avec un baston (avec lequel mesme il s'alla noier) pour une espèce de goutte qu'il avoit.

Sur la an de ce mois^ le fort Ste. Catherine à deux lieus de Genève^ basti sur un haut tertre relevé de cinq bastions^ dans lequel le Savoiart tenolt en garnison six cens hommes de guerre, fust assiégé par le Roy et peu après rendu au grand contentement des Genevois, qui regardoient d'un mauvais œil ce fort, comme une citadelle de leur ville, et la mort à la longue de leur liberté K

Pendant ce siège, bon nombre de Seingneurs (et entre iceux le duc d'Aiguillon et de Nevers), Officiers, GentUshommes. Soldats, Capitaines et autres François, tant d'une que d'autre religion, furent àGenève, aucuns pour s'accommoder, autres par curiosité, mesmes plusieurs catholiques Rommains furent au presche. Les uns pour y apprendre, les autres pour reprendre, et la pluspart pour rapporter matière d'entretien commun *.

Le Roy envoia quérir Mons'. de Besse * par lions', de la Forse, Capitaine de ses gardes, pour le voir et lui parler, et lui flst mener une des meilleures montures de ses escuries et des plus douces. Estant arrivé. Sa Majesté l'embrassa fort et le caressa, jusques à l'appeler son père, parla bien deux heures à lui, à la veue de tous

4. Voy. de Thou, 1. CXXV, t XIII, p. 540 et 562; SuUy, Jf^ moireê, t. I, p. 344.

2. Voy. Mémoires de P. Hurault, coll. liichaud et Pouj., p. 602*

3. Théodore de Bèze. Il avait prié le duc de la Force de le présenter à Henri IV. Voy. Mémoire$ du duc de la Force, publiés par le marquis de la Grange, in-8, 4843, Paris, t. 1, p. 434. Voy. Sully, Mémoires, t. 1, p. 345.

œux qui voulurent entrer dans sa chambre, car le Roy commanda qu*on eust à y laisser tout le monde. Voulust qu'il s*assist en parlant, à cause de son aagequi passoit quatre-vingts ans. Puis aiant commandé pour s'en retourner qu'on lui accoustrast le carrosse de son fils de Vendosuie, de Besse supplia Sa M^esté qu'il lui pleust lui permettre de s'en retourner sur la mesme monture qu'il estoit venu pour ce qu'il s'y estoit trouvé fort à son aise. Ce que le Roy lui accorda.

Quand il vinst à partir et monster à cheval pour l'amour de la chère et bon visage que lui avoit fait le Roy il y avoit presse entre les courtisans à s^offrir à lui, et lui dire à Dieu, et l'eussent volontiers adoré et baisé la pantouffle comme au Pape.

On a eu opinion que son voiage avoit rooienné envers le Roy, la desmolition du Fort Ste. Catherine, moiennant bonne quiltance de l'argent que Sa Majesté devoit à ceux de Genève, qui firent grande chère et réception à tous les François qui les voulurent aller voir.

Mons' de Nevers fust voir Hons' de Besse jusques en sa maison, lequel après il traita avec le Duc d'Aiguillon, et lui donnèrent à disner.

Ce que dessus est extrait d'une lettre escrite de Genève à un mien ami par un des familiers de Besse K

Page 1