‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 49 sur 68 · Ce paragraphe est raturé dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Ce paragraphe est raturé dans le manuscrit

DECEMBRE

JLe Lundi iy« de ce mois, fust décapité en la place de GrèTe à Paris un Gentilhomme nommé FremincourI d'auprès deMontdidier en Picardie, attaintet convaincu d'avoir participé au meurtre de sa mère.

Le Samedi ix** de ce mois le Roy espousa à Lyon Marie de Hédicis, Princesse de Florence ^

Les cérémonies se firent le lendemain x" de ce mois^ qui estoitle dimanche, avec le festin et magnificence en la forme et manière que s'ensuit; extraictes fidèlement de la lettre non imprimée d'un courtisan, à un sien ami de Paris, Conseiller, qui contient à la fin quelques nouvelletés du temps.

Je vous dirai que sur le midi le Légat est entré dans l'Église pour se préparer à dire la messe devant le Roy et la Roine, mais Leurs Majestés n'y sont arrivées qu'à deux heures après midi. L'ordre qui y esté gardé à rentrée a esté comme aux autres cérémonies. Les trompettes sont entrées les premières dans le cœur, suivis de quelques gentilshommes parés; puis marchoieni les Chevaliers du St. Esprit, et après les Princes qui alloient devant le Roy, hors mis Mons' le Prince de Conti, qui menoit la Roine du costé droit, et Mons' de Montpensier

4. Voy. de Thou, 1. CXXV, t. XllI, p. 560; P.-Cayet, Chnm. sept,, p. 423; P. Uurauit, p. 605.

de l'autre costé. Madame de Nemours portoit la queue de la Roine du costé droite et Madame de Guise de l'autre costé. Après marchoient Hadamoiselle de Guise^ et les autres Dames qui estoient parées.

Arrivés qu*ont esté Leurs Majestés^ ils se sont agenouillés fort près du grand hostel^ le Roy sur un tapis violet^ et la Roine à sa gauche^ sur un tapis rouge^ et ont receu la bénédiction du Légat^ et ouï sa messe qu'il a dite basse et a fort peu duré ; durant laquelle tous les Princes ont tousjours esté debout derrière leurs Ma-

Lorsque le Roy est allé à l'Offrande^ Mons' le Prince de Conti a porté l'escu. Le Legat^ au lieu de la Paix^ a présenté sa main à baiser au Roy et à la Roine.

Après la Messe Leurs Majestés se sont agenouillés devant le Légat^ lequel a leu quelque temps dans un livre, et puis leur a donné sa bénédiction. Après laquelle. Leurs Majestés se sont levées et s'en sont retournés au mesme ordre qu'ils estoient entrés.

Estant arrivées, le Roy a commandé tout aussi tost qu'on servist, et s'est mis à table au droit du milieu, la Roine à sa main droite, et le Légat à sa gaucbe, auprès duquel estoit le Cardinal de Joieuse, puis le Cardinal de Gondi, le Cardinal de Givri, le Patriarche, les Ambassadeurs d'Espagne et de Venise.

Du costé de la Roine estoit Mons' de Vendosme, Mesdames de Nemours, de Guise, et Madamoiselle de Guise, et vis-à-vis d'elle Madame la Princesse d'Auvergne.

A la table des Dames qui estoit au bas de TeschaiTaut à la main gauche du Roy^ il y avoit madame de Fresue au bout de la table; Madame de Rosni à sa main droite, et au dessoubs Madame de Carnavalet, et Madame de Beauregard, et auprès d'elle, une que je ne connoîs point. De l'autre costé estoit Madame de Guercheville et Madame de la Guische, Madame la vicomtesse de Lire, Mad"" Mandelot et sa fille avec celle de Mad* de Beauregard et quelques autres. Somme, elles estoient seize à ceste table.

L'autre table estoit celle des filles, où estoit la maistresse de Mons' de Heilli, laquelle a tousjours esté assistée, durant toute la cérémonie, de sa personne, qui mesme estoit à la table.

Je vous en dirai davantage par celle qui suivra ceste ci.

Pour revenir à Leurs Msjestés, le Roy a esté servi par Monsr le Prince de Conti qui a fait la charge de grand pannetier, Mons' le Comte de St. Fol de grand maistre, Mons' de Montpensier d'Eschanson, et Mens' de Guise d'escuier tranchant.

Mons' de Nevers pour la Roine a fait la charge de grand Pannetier et marchoit sur la main gauche du Prince de Conti, Mons' d'Elbœuf lui a servi d'eschanson, et Mons' de Joinville d'escuyer tranchant.

Il estoit six heures après-midi quand Leurs M^estés ont eu disné, et se sont levées de table. Une heure après le Roy a commencé le grand bal et a mené la Roine, laquelle avoit un grand manteau roiial, tout semé de

fleurs de lis, qu'elle avoit aussi à la messe^ avec une couronne de pierreries et une infinité d'autres riches carquans et enseingnes.

Le Roy avoit peu de pierreries^ sinon à son bonnet.

Après le Roy H' le Prince de Conti menoit Hadamoiselle de Guise^ Mons' de Montpensier Madame de la Guische^ M' le Comte de St. Pol Mad* de Ventadour, Mons' de Guise Had« la Comtesse d'ÂuTergne^ Hons' le Comte d'Auvergne la petite Sagonnc^ Hons' d'Esparnon Mad« de Fresne^ Monsieur de Nevers une petite Italienne des filles de la Roine^ Hons' le Grand Mad** de Rosni^ Mous' de Termes Mad* de Guercheville, Ruffec la vicomtesse de Lire^ le vidame du Mans la fille aisnée de Hons' de Gondi. Le s' de Nantouillet son autre sœur^ maistresse de Mons' de Heilli, Mons' de St. Luc une des filles de la Roine, et le fils deMons' de la Force la fiUe de Mad« de Beauregard.

Voilà la suite du grand bal.

Je ne vous escrits point encore la façon des habits^ le réservant à la première^ pour ce que je n*en ai pas le loisir; et toutes fois pour ne rien oublier des joies de ceste cour, je finirai par une nouvelle qui s'y dit^ c'est que Mons' le Légat est si fort amoureux de Madamoiselle de Guise^ et tant friand de son beau sein^ que quand il y peust couler la main^ on l'en void lécher ses doigts trois heures après.

On en conte une autre de la rencontre de Mons' de Rocquelaure et la Varanne^ le lendemain du mariage de Leurs Majestés, qui est que ledit Seingneur de Rauque-

laure estant dès le matin allé donner le bonjour à Lears Majestés, estant encore au lit comme la Varanne y estant^ entretenoit la Reine de propos d'un lendemain de nopceS; la Roîne^ n'entendant pas bien ce que La Varanne lui disoit^ va dire : je ne puis entendre le langage de la Varanne. Par Dieu^ Madame^ répliqua Rauquelaure^ tous sériés la première femme de bien qui l'auroit entendu. Ce qui fist rire Sa Hajeslé bien fort.

Comme j'allois fermer celle ci^ on m'a enyoié en poste une despesche de l'armée^ dans le paquet de laquelle s'est trouvé un discours sairoiart d'un médecin du Duc de Savoie^ emprisonné pour avoir donné advis à son maistre de ne croire son deyin, arec le sonnet suivant que je tous euToie^ accompagné d'un petit mémoire et d'une couple de prophéties. Je tous garderai le discours pour mon retour, qui est imprimé. Des autres pour contenter Tostre curiosité, de peur qu'elles ne s'esgarent, je tous ay fait ceste copie tout à la haste.

Sonnet sur la Vaillance des Hespagnols.

Far Dieu je n'y vas pas , je ne svdspas si grue, De me mesler jamais parmi ces rodomons De qui les coups de pied sont des coups de canons, Leur regard, une mort, leur point, une massue. Qui tuent les soldats eslongnés d'une lieue Du vent de leur espée, ou bien de leurs talons. Les envoiant si haut qu'aux petits moucherons Avant qu'estre tombés ils servent de repeue; Qui font mourir les gens avant que d'estre nés. Et qui portent tousjowrs le bonnet sur le nés; ,

Que en cent mil corps ont leurs lame» trempée t^ Et que feray-je donc? Par Dieu je n'y vas pas. Si ferai, si ferai, fy vas tout de ce pas; .

Ils tuent de la langue et non pas de Vespée.

Mémoire de la rodomontade d^iin Espagnol, qui crachoit sur le bout de son espée^ de peur, disoit-îl, qu*en se battant, le feu s'y venant à prendre, il ne brnslast la moustache du François.

Prophétie.

L'an deux cinq cens, avecques deux fois trois Que le grand Coq ira pondre à Marseilles, Oyseau plumée povr la dernière fois.

Ne vaudra rien qu'à prendre des Corneilles.

Quand le soleil quatre fois reluisant Pour quelque temps s'eslongnera des Gaules, L'oyseau hossu d'un revers foudroiant Verra plumer un mont sur ses espaules.

Le Mardi, XII^ de ce mois, de l'exprès commande* ment de Sa Majesté, l'accord de Hons^. Chevalier, M"", des requestes, et du seingneur de Marcilli, fust fait à Lyon et conclud en ces termes * :

Monsieur de Hontpensier aiant par commandement du Roy ouï les seingneurs Chevalier et de Marsilli, et entendu par leurs bouches la vérité du discord qui est entre eux, et depuis aiant fait voir par escript tout le narré de la cause dud. différend, confessé au vrai par

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