‹ Journal inédit du règne de Henry iv, 1598-1602, publChapitre 50 sur 68 · I. Voy. fonds Dupuy, 140, fo · texte numérisé non relu

I. Voy. fonds Dupuy, 140, fo

led. Sr. de MarsiUi^ avec la soubmission et satisfaction qu'en offre faire led. Harsilli au S'. Chevalier, en présence de telles personnes qu'il voudra nommer et à la manière qu'il dira avoir pour agréable.

Sa Majesté aiant le tout considéré et jugeant la soubmission et satisfaction qu'offre led. Harsilli suffisante, et telle que ledit Chevalier s'en doit conlenter. Aiant fait appeller devant soi ledit Chevalier, et lui aiant expressément commandé de ce faire, nonobstant ses remonstrances, a ordonné à Mons'. de Montpensier d'assembler lesd. S". Chevalier et Harsilli pour effectuer lad. soubmission et satisfaction, conformément à sa volonté qu'offre led. S^. de Harsilli, et le commande-* ment exprès fait par sadite Hajesté au S^. Chevalier de la recevoir.

Sur quoi, roondit S^. de Hontpensier aiant mandé lesdits Chevalier et Harsilli, et particulièrement fait entendre au S'. Chevalier la volonté expresse de Sa Hajesté, mesmes son jugement et celui des mareschaux de France, chevaliers du St. Esprit et autres seingneurs et gentilshommes qui y assistèrent, ausquels ladite soubmission et satisfaction avoil esté communiquée, et qui estoient lors présens pour l'effect d'icelle, telle qu'il s'en devoit contenter.

Ledit Sr. de Harsilli, en présence dudit seingneur de Hontpensier et autres seingneurs, auroient, la teste nue, confessé et dit au S'. Chevalier ce qui s'ensuit :

Honsieur, il y a quelque temps qu'estant sur le chemin de Gentiili, où je vous attendois de propos délibéré.

accompagné de plusieurs des miens ^ qui estoient conune moi à cheval avec armes et tous avantages^ je courus à vous qui estiés dans vostre carrosse en pourpoint sans armes avec madame vostre femme et ses servantes seulement. Et vous outrageammes moi et les miens par mon commandement de paroles et de coups d'espée. Et outre ce^ je vous frappai d'un baston sans que m'en eussiés donné aucun subject^ n'aiant pour lors aucun moien de vous revencher^ et vous m'aiant prié vous faire donner au moins Tespée d'un des miens pour me faire raison de ce que je prétendois avoir à vous demander^ vous refusai, et mesme vous voulus contraindre de vous mettre à genouil. Ce que ne voulus faire, ains me dites, que je vous pouvois bien tuer avec Tavantage que j'avois sur vous, mais non pas vous faire meltre à genouil; comme, à la vérité, il ni a homme de bien au monde qui, estant en Testât où vous estiés, ne puisse recevoir tel outrage.

Je reconnois vous avoir fait ceste offense de propos délibéré contre toute raison, la façon de procéder des gens de bien et l'honneur qui est deu à ceux de vostre qualité et mérite. Je voudrois sçavoir par quels moiens je vous en pourrois faire satisfaction suffisante. Si je le sçavois, je le ferois, quand il iroit de ma vie; mesmes n'estoit Tarrest que je connois avoir esté donné contre moi au Parlement, et Texécution ignominieuse d'icelui qui s'en est ensuivie. Je me soubmettrois de recevoir de vous à vostre discrétion pareils coups que je vous ay donnés. Je vous supplie me pardonner et inter-

céder pour moi envers le Roy et Mess**, du Parlement pour faire arrester le cours des punitions que j'ai mé* rite. Et je demeurerai en récompense vostre ami et serviteur. Vous asseurant que si pareille chose m'estoit arrivée^ je me contenterois d'une satisfaction semblable à celle que je vous fais présentement. Laquelle recevant, j'advoue que vous me donnés la vie.

Le ^. Chevalier respondit en ces termes :

Monsieur^ puisque le Roy a trouvé la soubmission et satisfaction que vous me faites suffisante^ et que vous. Monseigneur et Messieurs^ qui sont ici près de vous^ le jugés tel^ et que Sa Majesté me commande si expressément de m'en contenter. Je veux bien vous pardonner.

Après cela Mons'. de Montpensier remonstra audit Sr. de Marcilli sa fsiute^ et Texhorta de se mieux comporter à l'avenir.

Au dessus est escript : je confesse à tous qu'il appartiendra^ avoir fait la soubmission et satisfaction susdite à Mons'. Chevalier en la forme et en présence que dessus. Ce xii« jour de Décembre 1600. Signé Jean des Champs Marsilli.

Et a esté encores dressé un autre acte signé de Mons'. de Montpensier^ Hess, les Mareschaux de France, Chevaliers du SL Esprit^ et autres Seingneurs et gentil»* hommes qui y assistèrent.

Sur la fin de ce mois et an 1600^ par l'entremise do Cardinal Aldobrandioi, nepveu et Légat du Pape, fust

traictée la paix entre Sa Majesté Très Chrestienne et le Duc de Savoie ^

Lomélino^ Italien^ secrétaire du Pape^ estant allé voir Genève^ y mourust le xxiv*. de ce mois d'une apoplexie. Crainte qu'on eust que ce fust de poison^ son corps fust ouYert par le commandement du Roy^ qui le fist rapporter en Tarmée.

Ce nom de Lomélino^ symbolizant au nom de Loménie^ fist courir un bruict que Loménie^ secrétaire du cabinet^ estoit mort à Genève. Laquelle nouvelle estoit commune et creue à Paris le Dimanche^ dernier de cet an 1600.

Sur la fin de cest an 1600^ le Jubilé fust mis à Orléans^ où il y vinst tant de peuple de toutes parts^ que plusieurs^ par faute de logis^ couchèrent emmi les rues et estoient logés à l'enseigne de l'Estoille».

Le Théologal administroit dans l'église Ste. Croix où se célébroit le Jubilé, magnifiquement revestu, dont beaucoup de gens qui y affluoient de tous les environs de la ville, qui estoient bonnes gens des champs fort simples et ignorans pour la plus part, et ce pendans

4. Voy. Mémoires de Sully, t. I, p. 347; Palma-Gayet, Chrofu 9ept.y p. 433; de Thou, l. CXXV, t. XIII, p. 565.

2. On peut juger de Taffluence par ce fait rapporté par de Thou, t. XIII, p. 573^ qu'il y eut dix mille personnes qui s'accusèrent de faux.

meus d'une bonne dévotion^ voians ce Mons^. le Théologal si brave^ se disoient l'un à l'autre par grande admiration : Voilà MonsMe Jubilé.

Plusieurs particularités se passèrent en la célébration de ce Jubilé où les plus meschans avoient Tayantage, ny aiant si énorme ne détestable pecché qu'il n'effaçast^ desquelles entre s'est remarquée la suivante bien avérée :

Trois frères qui avoient fait chacun un enfant à trois de leurs soeurs^ et puis les avoient tuées^ aiant confessé le fait^ en eurent l'absolution^ et gangnèrent le Jubilé.

Aussi flst un autre qui confessa avoir tué son père fort vieil, pour ce qu'il vivoit trop à son gré.

Le tour subtil d'un prestre joué à une femme fort à propos, et qui méritoit bien ce qu'elle eust, n'est ici à oublier.

Un quidam d'Orléans estant venu à révélation à un prestre auquel il se confessoit de cent escus qu'il avoit dérobbés à une femme bourgeoise d'Orléans; en aiant fait restitution au prestre pour les rendre à la femme, mais à ceste charge qu'il ne le nommeroit point, et qu'elle ne sçauroit qui il estoit. Le prestre en aiant adverti la femme, et lui voulant remettre entre ses mains les cent escus, ne les voulust recevoir que préalablement il ne lui dit qui estoit le larron. Sur quoi, le prestre lui aiant remonstré qu'il ne le pouvoit faire, que c'estoit un secretxle confession, et aussi qu'il lui devoit suffire de ravoir son argent; celte femme, nonobstant toutes ces raisons, et après plusieurs prières et imper*

tunités^ demeurant opiniâtre de ne les point recevoir qu'elle ne sccust qui les lui avoit pris, le prestre en sa présence prist les cent escus et les mist dans te tronc, en en demeurant justement frustrée, à quoi la bonne dame ne s'attendoit pas, car selon que je congnôis Thumeur des femmes d'Orléans, elle eust aimé autant son argent entre les mains du larron que dans le tronc.

Les deux suivans actes perpétrés pendant ce Jubilé sont prodigieux et remarquables :

Ung petit garsonnet, aagé de cinq à six ans, fust dérobbé à sa mère, à Chartres, et enlevé par des gueus, qui lui tordirent les bras et les jambes, et en ccst estât portèrent ceste pauvre petite créature innocente au Jubilé à Orléans, le tenant devant la porte Ste. Croix afin de tirer argent du peuple.

Advinst par une juste permission de Dieu que la pauvre mère comme désespérée, cherchant son enfant partout, s'en alla à Orléans pour gagner le Jubilé, et comme elle passoit pour entrer dans TEglise Ste. Croix, le petit enfant, qu'un de ces gueux tenoit entre ses bras à la porte, recongneust sa mère et l'appellant piteusement, la pauvre mère encore plus piteuse et esplorée le prist entre ses bras, ou en le baisant et serrant fort, rendit incontinent l'esprit. Les gueus aians esté saisis et appréhandés, après avoir confessé le fait, furent bruslés tout vifs à Orléans.

En ce mesme temps un gentilhomme de la forest d'Orléans tua, dans ung chasteau d'ung sien voisin, dixsept personnes, n'y aiant laissé qu'un sien chien qui

Page 1