CHAPITRE XIII. — JANVIER
Vendredi 20.
Mme D*** était maîtresse de l'empereur, dans le bon temps. Au dernier bal du Palais, elle parcourait les appartements; arrivée dans le salon bleu où se trouvaient des tables à jeu, elle demanda quelle était cette pièce : € L'ancienne chambre à coucher de Louis XVIII, de Charles X,» lui répondit quelqu'un, — «et de Napoléon! ajouta-t-elle, mais je ne la reconnais pas.» — «On en a fait un salon de réception, les tentures en sont changées ; celle-ci est l'ancienne salle du Conseil, dit : grand Cabinet. » — « Ah ! oui, dit-elle, en montrant le côté opposé à cette dernière pièce, je m'y reconnais maintenant! C'est par là que j'entrais !»
Dimanche 22.
Je m'indignais aujourd'hui, à la table du roi, où j'étais assis à côté du général Atthalin, contre les outrages déversés à flots sur la personne de Sa Majesté. Atthalin n'y voit qu'un remède, c'est de les tolérer, «afin, dit-il, que les malveillants se fatiguent et reconnaissent l'inutilité de leurs calomnies et le néant de leurs outrages ! » Voilà comment le roi est conseillé. Calomniez donc, mes amis ; jetez le discrédit, l'outrage, sur le chef de l'Etat ; démolissez à plaisir, jusqu'à ce qu'ayant tout détruit, vous vous reposiez fatigués, sur des ruines. Voilà l'unique répression que vous avez à craindre ; c'est l'avis des plus dévoués, de ceux qu'on écoute, et de fait, ainsi vont les choses. Si
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quelqu'un touche à Périer du bout du doigt, il y a dix écrivains pour un qui rendent l'égratignure, dix juges d'instruction qui procèdent, puis les arrestations préalables, puis des procès à n'en plus finir ; mais frappez sur la personne royale à coups de poignard comme le Figaro (i), prenez la massue pour assommer comme la Tribune (2), il n'en sera rien, mes bons amis, jusqu'au néant, comme l'on dit
Aujourd'hui on a fermé de vive force le club des Saint- Simoniens. Il y avait un appareil de troupes formidable. On ne faisait pas tant d'honneur aux premiers chrétiens, dont les croyances ont conquis le monde. Quand je vois des persécutions qui plaisent aux victimes, je me dis : «Voilà des persécuteurs bien obligeants ou bien maladroits ! »
Lundi 23.
J'ai entendu le résumé que Thiers vient de faire à la Chambre de la discussion générale du budget II a parlé trois heures et demie, avec un entraînement, une facilité, une logique, une science des chiffres, une connaissance des faits, une âpreté d'attaque, une puissance de réplique, une finesse d'ironie, et, vers la fin, avec une éloquence qui ont émerveillé ses auditeurs. Il a rempli à lui tout seul toute la séance, et la séance a été pleine.
Impertinence de M. de Blancménil au bal de Rothschild
(1) Le Figaro , fondé en 1826, fit de l'opposition satirique avant et après 1830 et disparut sans bruit vers 1833.
Le Figaro actuel ne fut fondé qu'en 1854.
(2) La Tribune^ journal de l'opposition révolutionnaire.