‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 102 sur 271 · CHAPITRE XVII. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. — MAI

n'ai rien pu imaginer qui ne blessât toujours trop la convenance et les règles étroites du respect qu'on doit à une jeune fille; je suis resté court. A vingt ans j'aurais trouvé ou risqué.

tOuf ! j'ai fini de cette grosse affaire? Me donnez-vous congé de me reposer maintenant? Allons, bonsoir; soignez-vous bien.

cA propos, et votre névralgie? Ah! mon pauvre ami, que je vous plains ! Et dans les mâchoires encore !

Haud ignora malt miseris succurrere disco (1).

t J'ai retenu cela, et je vous le lâche. L'ai-je bien scandé? Mme de Bawr disait quelques jours après votre départ qu'à notre dernier souper chez M. Bertin vous étiez si abattu que vous n'aviez fait qu'une seule citation latine; encore prétendrait-elle que la moitié vous en était restée dans la gorge.

«Mais bonsoir donc, je ne puis me séparer de vous. Adieu et aimez-moi.

«P.-S. — Pardonnez-moi le grand négligé de cette lettre; j'en avais tant à vous dire et j'avais si peu de temps pour le faire que je n'ai pas eu le temps de purifier mes phrases de bien des mots mal venus; que le fond protège la forme! Encore un point que j'oubliais. J'ai remarqué que la Charmante s'était presque toujours assise dans vos deux fauteuils à la Voltaire. Est-ce intention, est-ce hasard, est-ce tout simplement que la chère enfant aime ses aises? Je vous laisse cet écheveau à démêler. Quant à

(1) Je connais la souffrance et j'y sais compatir.

il. '3

moi, je crois, Dieu me pardonne, qu'il y avait intention et qu'elle en prenait d'avance la mesure.»

« 4 mai 1840.

a Dans ma lettre d'hier j'ai oublié de vous donner le chiffre de vos dépenses du Ier mai. Au récit que je vous ai fait des magnificences de cette soirée, vous allez vous croire ruiné. Il est temps que je vous rassure. Vous en avez pour f. 21, plus un bouquet : total f. 31. Dans une circonstance aussi importante, où il s'agissait de vous honorer vous-même, en honorant ce qu'il y a de plus aimable et ce que vous aimez le plus au monde, il m'a semblé que je ne devais pas hésiter à engager ma responsabilité, comme on dirait au Parlement.

«Je viens de voir Alfred de Wailly; la mort de M. Poisson a plongé toute cette famille dans un deuil qui n'est pas seulement sur les habits. Il me demande toujours de vos nouvelles et me charge de le rappeler à votre souvenir.

«Ce soir la Charmante aura, je l'espère, son Lamartine décemment vêtu.

« Tout à vous, bien cher. »

« 5 mai 1840.

a La Charmante a le Lamartine, Méditations et Harmonies^ édition in-32, maroquin, doré sur tranches, mais pas si bien conditionné que je l'eusse voulu. Bossange, Gosselin, Le Doyen, Rousset ne l'avaient pas. C'est très difficile à trouver tout prêt à cette époque de l'année; le jour de l'an fait rafle de ces sortes de petits livres coquets

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