CHAPITRE XVII. — MAI
enchantée, et quand je me suis retiré, j'ai eu le plaisir de voir qu'elle n'était plus si effarouchée de vos amours et du fatal quand même.
t J'ai voulu, au sortir de ce long entretien, vous en rendre bien compte, afin que vous sachiez comment, de ce côté, vous devez gouverner vos affaires, et quelles paroles il vous convient de dire pour rassurer tout à fait Mme Fleury. Vous ne pouvez d'ailleurs prendre ses défiances qu'en très bonne part Seulement elle a peut-être le tort de se placer à un point de vue trop exclusif, celui de la fortune; et là où vous n'apportez que les lumières de votre cœur, elle ne voit que par celles du rigoureux bon sens. Vous n'êtes pas encore près de vous entendre. Mais qu'elle vous voie heureux, dans un bon petit ménage, bien décent, bien ordonné, et surtout bien dirigé par une femme charmante, douce, aimable, avenante, que vous serez assez sage pour ne point trop fourvoyer à la cour, ou dans le grand monde, et je vous réponds que la mère maman reconnaîtra bientôt que la raison n'est pas toujours du côté des plus gros écus.
t Un mot des Saints-Pères avant de finir. Votre belle fiancée est toujours un peu enrouée; mais son indisposition ne passe point la gorge, Dieu merci. Sa joue est toujours fraîche et brillante, son regard limpide, son esprit libre et dégagé, la fièvre n'a point passé par là. Je ne vous dis rien de son cœur; vous savez mieux que moi à quoi vous en tenir sur ce chapitre. Je lui ai porté le jour même la nouvelle télégraphique de vos prouesses contre le Sarrasin. Elle a été toute joyeuse d'apprendre que votre cher élève s'était montré brave impunément. Diantre ! c'est que toutes les balles qui auraient pu l'atteindre, venaient né-
cessairement ricocher sur vous, et la pauvre enfant ne se serait pas arrangée de voir son riant avenir dérangé par la brutale intervention d'un sale Bédouin. C'est demain que le courrier arrive; demain je lui enverrai votre lettre dans un bouquet. Est-ce galant? Décidément, mon ami, nous tournons vous et moi au Florian et à la bergerie; j'ai envie, pour votre retour, de nous avoir à chacun un petit mouton blanc et une houlette ornée de rubans couleur de feu.»
<f Samedi 9, à midi.
t Point de lettres ! Le courrier de Toulon n'a rien apporté. J'y comptais bien cependant. J'ai fait prévenir surle-champ Mlle Henriette Thouvenel et Mme Fleury de ce retard, afin qu'elles ne fussent point inquiètes. Il est probable que le steamer d'Alger sera arrivé trop tard mercredi, et que vos dépêches ne seront parties que le lendemain. A demain donc les bonnes nouvelles.
«Adieu ! Tout à vous, «enfant chéri des dames».
ce Dimanche matin 10 mai 1840.
« Enfin vos paquets sont arrivés. Il y en avait deux. La reine a été servie la première, la Charmante ensuite et votre mère immédiatement après. J'ai remis moi-même au docteur la lettre à son adresse.
«Je suis tout heureux de l'amélioration décisive qui s'est manifestée dans votre santé. Je serai discret sur la fluxion,