CHAPITRE XVII. — MAI
puisque vous le demandez; mais j'ose vous affirmer que la Charmante a pour vous une affection à l'épreuve d'une joue dépareillée.
«Elle a été un peu souffrante ces deux derniers jours. Elle va décidément mieux maintenant. N'allez pas vous inquiéter outre mesure, oui-dà. Jamais elle n'a été alitée; mais elle a dû garder la chambre pendant deux .ou trois jours.
« Je vais m'occuper du Xavier de Maistre.
«Mme la duchesse de Nemours est vraiment très jolie; mais elle manque un peu d'animation; un regard de Mme la duchesse d'Orléans en vaut cent des siens.
«Adieu!»
a 12 mai 1840.
«Le récit officiel de vos prouesses du 27 n'est point encore à Paris. Nous n'avons que des on-dit transmis par le commandant de la marine à Alger. Rien du maréchal. Comment se fait-il que, sur le terrain même, il n'ait pas dicté, comme cela se fait ordinairement, un bulletin donnant au moins une idée de la journée et de ses résultats ? On est fort impatient de savoir à quoi s'en tenir; et vos détails, si vous aviez daigné en donner, eussent été fort bien reçus. Mais le temps vous manquait; il n'y a rien à dire. M. le duc d'Orléans doit d'ailleurs vous fournir passablement de besogne. Est-ce que vous n'avez personne pour vous aider? Je tremble toujours que par excès de zèle vous n'en preniez plus que vous n'en pouvez porter. Ménagez-vous bien de corps et d'esprit et guérissez-moi promp-
tement du mal que vous avez. Je crains les recrudescences en diable. Vous serez bien avancé quand le prince royal pourra mettre dans ses états de services qu'il a eu un secrétaire des commandements tué sous lui !
t A la tournure que prend la campagne, je vois que vous resterez en Afrique plus longtemps qu'il ne convient aux gens qui vous aiment. Je m'en afflige pour vous, pour elle et pour moi. Il faudra bien se résigner à un nouveau sacrifice, bien que la Charmante ne s'y prête pas de trop bon gré. D'un autre côté, puisque les princes ont cru devoir aller en Afrique, il vaut mieux qu'ils y aient trouvé de la besogne sérieuse à faire; un si long voyage pour aboutir à une simple promenade militaire eût donné trop beau jeu aux mauvaises langues.
«D'après de nouvelles lettres de Toulon, on parle aujourd'hui d'un second combat qui aurait eu lieu le 29, et dans lequel toute l'armée d'Abd-el-Kader se serait trouvée engagée. On ne dit rien de plus. Si, on ajoute que le 28 vous avez eu l'ennemi à vos portes et que le massif a été ravagé par des coureurs. Ah çà ! mon cher ami, qu'a-t-on donc fait en Algérie depuis dix ans, si, quand nous avons une armée en campagne, le siège même du gouvernement se trouve exposé aux insultes d'une poignée de pandours? Cela est fabuleux! Vous nous direz un jour, je l'espère, la raison de ces déplorables faits. Il y a au fond d'une pareille situation ou une incurie ou une impéritie qu'on ne sait comment qualifier.
« J'ai porté moi-même, hier, à votre chère fiancée le petit volume de Xavier de Maistre. Elle est tout à fait remise de son indisposition et m'a reçu fort gaiement d'abord,