‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 110 sur 271 · CHAPITRE XVII. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. — MAI

convient pas à l'héritier présomptif d'une couronne. Ce doit être désormais le lot de ses jeunes frères et principalement de M. le duc de Nemours. Le prince royal doit se ménager pour de plus dignes occasions, et malheureusement il ne s'en présentera peut-être que trop plus tard, soit sur les bords du Rhin, soit même sur le pavé de Paris. J'ai dit

t Aussitôt cette bonne nouvelle reçue, je me suis dépêché de la transmettre aux Saints-Pères* avec le bouquet d'ordonnance, c'était le jour des fleurs. La nouvelle a été reçue avec enthousiasme; mais il n'en a pas été de même du bouquet Voici le pourquoi. Depuis quelques jours le colonel est souffrant et se tient constamment à la chambre. Comme tous les malades secs, pâles et inquiétés dans leurs fonctions digestives, il est d'une susceptiblité nerveuse dont son humeur se ressent, et je ne dois pas vous dissimuler qu'il a envoyé le bouquet à tous les diables. Ceci se passait, Eugène présent. C'est sur son rapport que je vous raconte l'épisode. Bref, la Charmante m'a fait prier de ne plus lui envoyer de bouquets dorénavant, parce que cela incommodait son père, et lui donnait à elle-même des migraines. Je supprimerai donc les fleurs puisqu'on l'exige, mais j'ai toutes les peines du monde à me départir de ma consigna Cela était si gracieux, si galant, si conforme à mes vieilles traditions amoureuses! J'ai vu un temps où j'asphyxiais presque mes maîtresses sous les roses dont je les accablais; et la mission dont vous m'aviez chargé m'était d'autant plus douce, qu'elle me rappelait ces mœurs de mon bel âge. Il faudra bien se résigner.

t Allons! voilà encore un billet qui va vous attendre à 11. 14

2io CORRESPONDANCE DE CUVILLIER-FLEURY

Toulon ou à Marseille. Ce sera de la pâture pour votre quarantaine. Le prince de Joinville est en pleine convalescence, mais il a été rudement secoué; Mme la duchesse d'Orléans se rétablit très bien; elle a un appétit insatiable; c'est bon signe; toutes les bonnes convalescences sont ainsi faites.

t Alfred de Wailly me charge toujours pour vous de mille propos obligeants et affectueux. Bien d'autres encore me parlent de vous et toujours dans des termes qui me font voir que je ne suis pas seul à vous aimer. Mais après moi s'il en reste.

aAddio caro! a reverderci.*

« 23 mai 1840.

c C'est demain décidément que ma chère fille me quitte pour aller en Angleterre. Je n'ai pas le cœur à vous écrire Cette séparation m'est douloureuse. C'était une des joies de mon intérieur; il y faut renoncer. C'est déjà mourir un peu. A mon âge et avec ma chétive santé, ce que l'on perd est bien perdu et il n'y a plus d'espoir de remplacer. Il faudra bien se résigner.

c J'attendais de vos lettres ce matin; rien n'est venu; à demain donc; à moins qu'une estafette n'arrive dans la soirée.

«On part, on est parti pour Neuilly. Vos dépêches vont éprouver maintenant un retard de 3 ou 4 heures, mais ce sera votre faute; pourquoi avez- vous persisté à les expédier par le cabinet du roi? Il eût été plus simple de les mettre sous le couvert du duc d'Orléans. Vous auriez évité

Page 1