CHAPITRE XVII. — MAI
M. le duc de Nemours va aller reprendre toute chaude la place de M. le duc d'Orléans. C'est l'arracher bien vite aux douceurs de la lune de miel.
cNous savons que le pauvre Munster est à Alger hors de tout danger. Il faut qu'il n'ait jamais été dans un état aussi désespéré que le général Marbot l'avait dit Marbot voyait tout en noir quand il vous a écrit, c'est ce qui arrive d'ordinaire à tous les gens touchés sur le champ de bataille La pauvre mère est bien heureuse; mais le général aurait dû la ménager davantage. Elle a vu son fils enterré.
t Votre mère se porte bien, et votre sœur mieux, puisqu'elles étaient sorties ensemble, quand je me suis présenté rue Montholon.
t Adieu, carissimol*
« 30 mai 1840.
t A 10 heures et demie la duchesse d'Orléans donnait à Boismilon la nouvelle du débarquement des princes, et par conséquent du vôtre, au lazaret de Marseille, dans la nuit même à minuit. An heures je le savais et je l'écrivais à Mlle Thouvenel; à n heures et demie je lui faisais remettre ma lettre. J'étais heureux d'être le premier à lui annoncer votre bonne nouvelle!... Prtt... on m'avait devancé. Un courrier était venu de Neuilly tout exprès pour elle. Un courrier! mais qui donc a expédié ce courrier? Il ne peut y avoir que la reine, ou peut-être la princesse Clémentine, qui aient pu se permettre cette royale galanterie. Je ne suis pas encore très édifié sur ce point, mais c'est un
2i8 CORRESPONDANCE DE CUVILLIER-FLEURY
bien mauvais tour qu'on m'a joué. Mon guignon me suivra toujours auprès des femmes.
t J'ai fait passer la nouvelle rue Montholon (i). Là je n'ai pas eu à souffrir de la concurrence. J'étais bien le premier.
« Adieu ! au revoir, mon cher ami.
t Je vous expédie maintenant encore vos paquets par le Secrétariat du roi, mais jusqu'à lundi seulement; mais passé ce terme tout ira sous le couvert du duc d'Orléans, Boismilon ayant pris ses mesures pour que les dépêches du prince lui soient remises par les courriers à chaque point de rencontre en route. »
« Ier juin 1840, le troisième de ma névralgie.
c Sur les deux plis que je vous transmets ci-joints, il y en a un, le plus petit, qui a passé par les mains du gros Latour, le plus étourneau des hommes. Je ne puis donc garantir sa date. Comment se fait-il qu'il ait été un moment le détenteur de cette sainte correspondance? combien de temps l'a-t-il oubliée dans sa poche ? c'est ce que j'ignore, car le gros a eu la précaution de me la faire remettre par mon groom, afin d'éviter tout éclaircissement qui pût le compromettre. Mais à la cire encore brune qui ferme l'enveloppe, je présume que la lettre est antérieure à la nouvelle de votre débarquement en France. Depuis cet heureux événement nous ne cachetons plus qu'en blanc. Demain j'interrogerai mon Latour sur faits et articles, et
(1) Où demeurait la mère de Cuvillier-Fleury.