‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 117 sur 271 · CHAPITRE XVII. — JUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. — JUIN

sois laissé battre par elle dans l'affaire d'avant-garde que nous avons eue ensemble à l'occasion de votre mariage. Non ! de par Dieu ! je me suis défendu en homme de cœur et en allié fidèle et je suis resté maître du champ de bataille Mais cela ne m'empêche point de dire qu'au point de vue purement utile et positif, il y a lieu de tenir compte de quelques-unes des raisons qui l'avaient engagée dans ce conflit J'ai fait jouer les grandes batteries de la tendresse maternelle et du sentiment, en définitive elle a humilié son drapeau devant le mien. »

<( 6 juin 1840.

«J'ai reçu de vous, mon cher ami, deux paquets, un hier, un aujourd'hui, ce dernier daté du 2 juin. Lettres à la belle des belles, lettres au Journal des Débats, etc., tout a été remis en son temps et selon vos désirs.

«Je suis fâché de ce qui est arrivé pour vos deux paquets du 29 et du 30; mais maintenant vous devez les avoir, à moins que le préfet maritime de Toulon, exécutant sa consigne avec l'intelligence de nos caporaux des Tuileries, n'ait trouvé plus régulier de les conserver par devers lui. Au reste, je lui écris aujourd'hui même pour le prier, dans le cas incroyable où il les aurait encore entre les mains, de vouloir bien les réexpédier sur-le-champ pour Paris. Ainsi, tôt ou tard, vous les aurez et nulle ne sera perdue de cette précieuse correspondance qui vous tient tant au cœur. Mais, encore une fois, si l'amiral n'est point un butor de l'espèce des matelots bas-bretons, vous devez tout avoir.

« Si Boismilon avait tenu sa promesse de me prévenir à

temps de tous les changements de direction qui surviendraient dans la correspondance du prince royal, ce malentendu n'aurait pas eu lieu. Mais on expédiait déjà depuis deux jours pour Marseille que je n'en savais rien encore.

«J'ai été voir votre chère maman hier. Elle se porte très bien. Nous causons beaucoup ensemble, et quelque tournure que prenne d'abord l'entretien, nous en revenons toujours à votre futur mariage. Nos petits dialogues sont assez piquants. Elle fait du positif et moi du roman; elle me parle dot et trousseau, je lui réponds amour et sympathie. C'est une sorte de conversation fuguée, comme diraient les musiciens, où chacun suit sa phrase et sa mesure, marquant les temps pour son compte, sans s'embarrasser de ce que fait le voisin. Puis cela finit ensemble et à l'unission comme dans un vieux duo d'opéra :

ENSEMBLE c Mme FLEURY : Enfin, pourvu qu'il soit heureux ! « Moi : Elle saura le rendre heureux !

c'est le félicita des Italiens. Ça n'est ni fort de pensée, ni fort d'expression; mais, en situation, je vous assure que cela produit un effet très original.

«Au moment où je quittais Mme Fleury, votre pauvre sœur est arrivée. Rien qu'à la voir et à l'entendre parler, je devine qu'elle doit être pour l'humeur, l'esprit et le tempérament un second vous-même, sauf la légère différence que la nature a voulu y mettre. Cette analogie bien constatée sera un grand obstacle à sa guérison. Comme vous, elle s'impatiente contre le mal, et ne sait se soumettre à

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