‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 118 sur 271 · CHAPITRE XVII. — JUIN 1840 22s · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. — JUIN 1840 22s

aucune règle, à aucun traitement pour le dompter. Un jour elle accueille son médecin; le lendemain elle le maudit, elle prend la moitié d'un médicament et jette le reste; elle essaiera successivement de cinq ou six recettes différentes sans s'arrêter à une seule. La médecine rationnelle ne peut rien avec elle, et l'empirisme n'a pas pour vingtquatre heures de crédit. Que voulez- vous qu'on fasse? Ce qui m'étonne, c'est que votre mère, qui est une femme de sens, paraît comprendre et approuver toutes ces saillies de malade. Je soupçonne qu'en pareille circonstance elle aurait tout aussi peu de résignation. J'en conclus a priori que tous les Fleury sont bien les plus mauvais malades et les plus difficiles qu'on puisse rencontrer. Quoi qu'il en soit, l'état de votre sœur est toujours à peu près le même qu'à votre départ de Paris. Il y a des alternatives de bien et de mal dont on ne peut absolument rien conclure pour l'avenir.

c Le prince de Joinville a signalé sa convalescence par une émission de pétards et de marrons qui a mis sur pied toute la garnison de Neuilly pendant la soirée d'hier.

«Je veillerai à ce que tout soit bien préparé chez vous» pour vous recevoir, lundi soir ou mardi matin. Déjà le lit est fait... et l'eau chauffe pour le bain.

«Adieu ! mon bien bon ! Tout à vous. »

« Dimanche, 7 juin 1840.

c Cher ami ! Je ne vous écris ce court billet que pour

constater la clôture de notre correspondance. Le dialogue

à distance va enfin cesser; et quel dialogue! souvent un

vrai propos interrompu où les demandes et les réponses

, n'arrivent jamais à point. Cela ressemble tout à fait à la conversation de ces deux Goddam qui s'en allaient à frais communs de Paris à Marseille; l'un d'eux, en débouchant de la barrière de Fontainebleau, voit un champ de pois : 4 Voilà de beaux pois,» dit-il à son compagnon, « Ils sont «cossus,» répondit l'autre en arrivant à Marseille. Voilà l'histoire de nos correspondances et de leur peu d'à-propos.

«Je vous adresse ce dernier paquet à Montargis, selon vos instructions. Vous me dites dans votre lettre du 30 mai d'expédier encore à Montargis les dépêches du 8, mais je ne le ferai que lorsque je serai bien sûr que vous n'arriverez à Paris que mardi soir. Je n'en sais rien encore, aucune lettre de vous ne m'étant venue depuis celle du 2. Vous m'aviez promis une de vos bonnes heures dans un de vos bons jours, mais vous m'avez joliment brûlé la politesse; tous les bons jours et toutes les bonnes heures ont été pour les Saints-Pères. Je ne m'en plains pas; je suis heureux de tout ce qui vous rend heureux.

«Le gros Latour vous rend sans compter tous vos bons et tendres souvenirs. Quant à moi, je réglerai tous mes comptes de cœur avec vous, aussitôt votre arrivée.

«Le colonel va mieux; il n'a plus qu'un bras dans sa robe de chambre. La Charmante fait honte aux roses de juin.

«Adieu! les blés donnent les plus riches espérances, la

vigne promet beaucoup et les dahlias se présentent bien.

. « Mes tendres «t affectueux souvenirs à votre cher élève.

. La Charmante m'a lu votre première entrevue avec lui au

.retour de Médéah Vous avez été parfaits tous les deux.

A ce récit mon coeur a battu presque à l'égal du vôtre.

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