CHAPITRE XVIII
• ce voyage ira diminuant au lieu de se grossir à chaque pas, car dans ces sortes de choses, on gagne ou on perd très vite.
c Les autorités sont bonnes à Lyon et connaissent bien le terrain. L'accord du préfet, du maire et du lieutenant général, qui a une grande position dans cette • ville, et dont le prochain départ sera une perte irréparable, doit obtenir de bons résultats, s'il existe un plan bien combiné d'avance. Il faudrait que la réception à Lyon commençât par les communes de la banlieue qu'il serait, je crois, facile de disposer ad hoc : une fois le flot lancé, il se grossirait promptement.
cil y a à Lyon un M. Arlès-Dufour, fabricant très influent sur la jeunesse et les ouvriers, ami intime du célèbre père Enfantin (aujourd'hui membre de la commission scientifique d'Alger), qui pourrait, si le préfet le jugeait à propos, être utile : c'est un homme actif, intelligent et adroit. Le maire aussi a de l'action sur une classe de la population qui entraînerait les autres. Le peuple de Lyon est militaire, impérialiste; il y a beaucoup de soldats en retraite, peut-être pourrait-on s'en servir?
« Mais tous ces renseignements ne valent quelque chose que lorsqu'ils peuvent être communiqués tous ensemble et accompagnés des commentaires verbaux, qui seuls en fixent la valeur : ici ce n'est que du bavardage et je m'arrête.
«J'en écrirai cependant un mot à mon frère demain; car il faut qu'il sache le prix que nos ennemis attachent à effacer l'effet excellent de son passage à travers la Provence. Il est de son devoir maintenant de vaincre dans
cette lutte et de triompher de l'hostilité sourde mais active qui a reçu le mot d'ordre partout, et particulièrement à Lyon.
«Je regrette vivement d'être ici loin de tous les ministres et surtout de M. Duchâtel, mais après tout je me console de mon impuissance en songeant que ce n'est que sur les lieux que l'on peut quelque chose pour des affaires de ce genre, et c'est avec plaisir et entière confiance que nous vous voyons auprès de cet excellent Aumale dans une circonstance qui doit marquer dans sa vie.
«Il faut qu'à Lyon, Aumale tienne grand état, c'est indispensable pour cette ville, et qu'il fasse grand cas de tout ce qui est industriel; mais je lui écrirai cela moimême demain.
«Mille pardons du décousu de ce billet, que je griffonne au salon au moment du départ pour une de ces interminables promenades qui remplissent ici la journée et endorment pour toute la soirée, et recevez de nouveau, monsieur, avec mes remerciements, l'assurance de tous les sentiments que vous me connaissez pour vous.
« Ferdinand-Philippe d'Orléans. »