CHAPITRE XIX
LETTRES DU DUC D'AUMALK A CU V I LL 1 E R-FLE U R Y (i)
« Compiègne, ce 12 septembre 1834.
c Nous sommes arrivés hier en parfaite santé, à 6 heures, sans que le moindre accident soit arrivé à aucune des voitures. Partout l'accueil fait au roi a été parfait. A Senlis, à Saint-Denis, les gardes nationales étaient sous les armes. En arrivant ici nous avons trouvé les troupes sur la place et dans le château, le prince Gallitzine, Heymès, etc. Le colonel anglais Caradoc est arrivé presque en même temps que nous. Nous n'avons pas assisté aux réceptions de corps et nous avons été nous habiller tout de suite. Il y a eu grand dîner. On est sorti de table à 9 heures moins un quart et nous avons été nous coucher immédiatement après. Aujourd'hui il y aura exercice à feu et grande
(1) La volumineuse correspondance du duc d'Aumale avec son ancien précepteur se trouve à Chantilly. Mme Tiby ne possède qu'un petit nombre, de lettres.
Nous ne donnons ici que celles qui se rapportent à la première jeunesse du prince, nous réservant de publier à leur date celles, d'un intérêt beaucoup plus vif, qui ont été écrites après la Révolution de 1848.
238 CORRESPONDANCE DE CUVILLIERFLEURY
manœuvre; demain la partie de Villers-Cotterets et après-* demain déjeuner au camp, revue générale et spectacles.
« Hier on a reçu, au moment où Ton montait en voiture, des nouvelles de Joinville du 22; il était alors à l'embouchure du Tage; il avait été quatre jours malade; mais le cinquième il allait beaucoup mieux. M. Trognon mande à la reine qu'il n'avait qu'à se louer de la conduite et des attentions de M. d'Oisonville pour Joinville et que l'équipage, quoique bien jeune et bien peu expérimenté, était composé de bons Bretons bien obéissants et zélés.
c M. de Latour m'a dit que ma conduite était bonne pour les choses essentielles, et qu'il n'avait à me reprocher qu'un peu d'exaltation qui cessera, j'espère, lorsque nous serons établis.
«Adieu, mon cher monsieur; portez-vous bien, et faitesnous arriver de vos nouvelles le plus tôt possible.
t Votre affectueux élève,
« Henri d'Oklèans. »
« P. S. — Je me porte fort bien et je suis strictement le régime ordonné par le docteur. »
« Randan (1), 21 mars.
«Je viens de recevoir votre lettre, mon cher monsieur, et je m'empresse de me justifier de l'oubli des quatre volumes de Mémoires. Article premier, cet oubli est volontaire, et voici pourquoi. J'ai emporté le premier volume
(1) Le prince écrit à Cuvillier-Fleury de la terre de Randan, où il avait accompagné sa tante, Mme Adélaïde.