CHAPITRE XIX. — MARS
de Comines et le premier de Bayard. Croyez-vous sincèrement que j'aie le temps d'en lire davantage, surtout avec les lettres qu'il faudra écrire et les occupations que vous m'avez tracées pour le matin? Me voici, je crois, justifié.
€ Notre voyage a été plus long que je ne croyais. Un essieu rompu à la Commode (2) nous a arrêtés trois heures à Fontainebleau; j'ai profité de ce temps pour prendre uns bonne leçon de paume qui m'a bien amusé. Ensuite, pendant la nuit, nous avons été horriblement menés, parce que les chemins entre Briare et Nevers sont dans un état affreux. Enfin nous sommes arrivés ici hier soir à 5 heures, et ma tante a été reçue avec un élan que je n'avais jamais remarqué dans la population auvergnate. Les grands dîners ont commencé dès hier 9oir, et j'ai commencé aussi à m'acquitter de mon mieux de mes fonctions d'adjudant
« Adieu, mon cher monsieur, amusez-vous et reposezvous bien en mon absence, et si vous changez de résidence, avertissez-m'en à temps pour vous écrire.
« Votre affectionné élève,
« Henri d'Orléans. »
u Alger, ce 19 mars 1841.
c Je ne croyais pas avoir le temps de vous écrire, mon cher Krodjiak (2), mais il me reste cinq minutes entre deux visites, et je ne veux pas laisser passer cette occasion de
(1) C'était le nom donné à la berline de famille.
(2) Secrétaire, terme arabe.
vous dire combien votre émotion m'a touché lors de notre séparation (i). J'avais aussi bien des larmes dans le cœur en vous quittant, en quittant la France, mais je me contiens devant le monde et les larmes ne sont pas venues jusqu'aux yeux. Maintenant me voilà à Alger; la vie active que je vais mener me fera un peu oublier l'isolement où je me trouve; mais vous pouvez être sûr que je penserai bien à vous; je n'oublierai jamais le soin que vous avez pris de mon enfance, et l'affection si vive, si franche que vous m'avez toujours témoignée.
«Tout à vous,
« Henri d'ORLÉANS. »
« Devant Blidah, ce 6 juin 1841.
« Je n'ai écrit qu'à la reine et à ma sœur, mon cher monsieur Fleury, mais cette fois vous pouviez être sûr que je ne manquerais pas de vous féliciter sur votre nouvelle dignité de père; c'est pour vous un nouveau gage de bonheur, et je m*en réjouis comme un de vos plus fidèles amis.
«Par exemple, je ne serai pas long, car je suis tout absorbé par un commandement honorable, mais difficile qui vient de m'être confié. Je pars demain avec trois bataillons pour conduire à Médéah un convoi de deux cents mulets; c'est une responsabilité un peu lourde pour mes épaules de dix-neuf ans; mais je tâcherai de m'en
(1) Voir la lettre de Cuvillier-Fleury à sa femme, du 16 mars