‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 145 sur 271 · CHAPITRE XX. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. — JUILLET

de larmes dans la voix et une expression de douleur déchirante sur son visage. Pardon, chère Henriette, de faire ainsi passer dans ton âme les émotions dont je souffre. Il faut que tu pleures pour soulager cet affreux chagrin. Je ne pleure que depuis hier soir avec abondance, et je ne puis te dire à quel point je me trouve plus calme. J'ai besoin de toutes mes forces. Ce travail du journal que je fais tout entier depuis deux jours est écrasant quand il faut que les pensées et les formes du style passent à travers les angoisses du cœur... Oh! merci de ta chère lettre que je reçois à l'instant par exprès. Merci ! Merci de ce soin délicat de me rassurer avant même que j'aie éprouvé aucune alarme! Car je n'ai pas ta première lettre. Je l'attends avec anxiété. Remercie notre bon, notre aimable ami de son souvenir (1). Quelle délicieuse et touchante lettre il m'a écrite, noble esprit et noble cœur ! Dis-le lui bien en lui serrant la main et en embrassant pour moi notre bonne amie qui est sa digne compagne.

t Je vais aller à Neuilly pour la fête de notre prince. J'y déjeunerai. Je reviendrai écrire. Je n'ai pas trouvé une minute (à la lettre) pour aller voir ma mère. Mais ton excellent père y a pourvu. Il a été la visiter hier. Lui-même, je le vois en ce moment, et quand il est là, c'est à peine si j'ai le temps de lui parler. Mais je le vois, je le sens là, et c'est beaucoup. Car lui, c'est toi, quand tu n'y es pas. Ton frère se porte bien. Tu l'as vu aussi. J'espère que le général ira te voir samedi. Quant à moi, au premier moment de liberté, j'accours. Mais songe qu'il me faut six heures...

(1) Le comte de Bouteiller.

Oh ! ce ne sera pas plus tard que les premiers jours de la semaine prochaine, si ce n'est avant. J'ai une soif ardente de te voir. J'ai si besoin de pleurer avec toi! Mais ne songe pas à revenir avant mon aveu, et reste tant que tes hôtes te garderont Et ne sors pas de la maison et du parc. Et prudence! prudence! chérie de mon cœur. Baise tendrement cette chère petite et aime-moi. Je t'envoie le Globe d'hier. C'est emphatique, mais c'est quelquefois bien fait. Il n'y a dans les autres journaux d'hier presque aucun détail ; ceux d'aujourd'hui répètent le journal des Débats qui seul est complet. Les réflexions politiques des feuilles de l'opposition sont excellentes. Lis le Journal des Débats d'aujourd'hui, sur la littérature, sur la famille, tout y est. Adieu. Pardonne ce griffonnage et cette confusion. Ce n'est qu'ainsi que j'ai pu en écrire si long. Il faut que je parte pour Neuilly...»

« Dimanche 17 juillet, 5 heures.

«Je n'irai à Neuilly qu'à 5 heures pour dîner et y passer la soirée. La pauvre duchesse d'Orléans est arrivée hier matin. Le journal te donne tous les détails. Mais ce que je n'ai pu te dire trop longuement, ce sont ses angoisses pendant la route. Elle poussait des cris ! Bertin, qui Ta accompagnée, établi sur le siège de sa voiture, entendait ses cris malgré le bruit des chevaux et de la route. C'était affreux Elle est restée vingt-cinq minutes couchée par terre, sans vouloir bouger, poussant des sanglots et livrée

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