CHAPITRE XX. — JUILLET
à une exaltation de douleur inouïe dans une femme si douce et si calme... C'était la nuit, quand elle a rencontré Chomel. Elle ne croyait pas à la mort... Et puis, elle n'a plus eu qu'une pensée, de revoir le prince dans son cercueil. Cette consolation, si c'en est une, lui a été refusée. Elle est mieux, elle a dîné avec le roi et la famille royale; elle a pris résolument le grand rôle de mère qui lui reste à jouer, à défaut de celui de reine; ce rôle est immense, si elle est chargée de l'éducation du prince héritier de la couronne Du reste, toutes ces questions commencent à agiter les esprits. On prend parti pour ou contre des noms propres et ces noms sont augustes. Cela est triste. Ce matin le Courrier français s'est, en très bons termes et dans un langage très modéré, déclaré pour la duchesse d'Orléans contre le duc de Nemours. C'est la penséç de l'opposition; ce sera bientôt le cri de la presse. Nous serons, nous, pour la pensée du roi qui est décidée en faveur de l'aîné survivant de ses fils. Tout cela va nous occuper beaucoup.
cLe temps est magnifique, mais très chaud. Prudence! Prudence!
tLa famille royale est bien; mais conçoit-on qu'elle s'obstine pieusement à aller entendre la messe tous les matins auprès du cercueil de ce malheureux prince ! C'est trop d'épreuves. J'ai hâte de les voir cesser... Mais il semble qu'on les entretienne à plaisir... Enfin la reine des Belges arrive. Moins le prince de Joinville, la famille royale va se trouver réunie. Elle puisera dans cette réunion un soulagement que, jusqu'à ce jour, elle n'a pu trouver dans l'immense sympathie dont elle est l'objet.
a8o CORRESPONDANCE DE CUVILLIER-FLEURY
tje t'ai inscrite hier chez la duchesse d'Orléans. J'en ferai autant aujourd'hui sur les registres du roi. t Je te renvoie la lettre de ton père. « Adieu ! A bientôt. »
a Paris, 18 juillet 1842, 9 heures
tj'ai passé toute ma journée d'hier à travailler, mon cher ange, et je ne suis allé à Neuilly que le soir. Armand m'avait prié d'éreinter la Gazette de France, et ma matinée depuis une heure y a passé. Maurel est venu me voir. Nous avons causé, et ensuite j'ai lancé mon char à toutes brides dans la carrière. A Neuilly je n'ai pu rejoindre le duc d'Aumale. Jamin, qui avait passé là toute sa journée, ne l'a pas vu davantage. Seulement à 6 heures, quand LL. MM. belges sont arrivées, toute la famille royale, la pauvre reine en tête, le roi suivant, a passé dans le salon où nous étions réunis avant le dîner. Cette procession assez longue de personnes royales portant l'empreinte sur leurs visages et la couleur sur leurs habits de l'immense catastrophe qui les a frappées était un triste spectacle. La reine courait recevoir sa fille, la sœur chérie et préférée du prince royal; le roi suivait péniblement. J'ai vu la duchesse d'Orléans. Elle était pâle, mais son visage n'offrait pas cette altération maladive que l'on pouvait redouter. L'entrevue de la reine des Belges avec la famille royale a été, dit-on, déchirante. On est allé ensuite à la chapelle, devant ce cercueil avec lequel la famille royale converse et semble trouver une joie secrète et amère à entretenir d'affreuses angoisses. Cela durera